Maurice Tornay, né le à La Rosière, près d'Orsières (Suisse) et mort assassiné le au col du , à la frontière sichuanaise-tibétaine, est un chanoine régulier suisse, missionnaire en Chine. Mort pour la foi, il fut béatifié comme martyr. Liturgiquement, il est commémoré le ou localement le ..
Biographie Enfance et jeunesse
Fils de Jean-Joseph et de Faustine Rossier, paysans, Maurice est le septième d'une famille de huit enfants. De son enfance, sa sœur Anna retiendra qu'. thumb|left|Hospice du Grand-Saint-Bernard. Il fait ses études au collège de l'abbaye Saint-Maurice où il reste interne six ans, de 1925 à 1931. Il apprécie la lecture des récits de saint François de Sales et ceux de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Il sollicite ensuite son entrée au noviciat du Grand-Saint-Bernard en 1931. Au prévôt de cette congrégation, Théophile Bourgeois, il écrit son intention : .
Au moment de quitter les siens, Maurice répond à sa sœur aînée qui aurait souhaité le voir rester : . Le , il est admis au noviciat de l'hospice du Grand-Saint-BernardL'hospice du Grand-Saint-Bernard est situé à 2 472 m d'altitude. Il peut y faire jusqu'à -20 °C.. De là, il écrit à sa famille : .
En Chine et au Tibet La congrégation du Grand-Saint-Bernard est alors sollicitée par Jean Budes de Guébriant, des missions étrangères de Paris, pour envoyer dans l'Himalaya quelques religieux habitués à la vie en montagne. Un premier groupe part en 1933 pour le Yunnan mais Maurice Tornay, souffrant, ne peut en faire partie. Il écrit alors à sa sœur Joséphine :
Le , il prononce ses vœux solennels. Le prévôt, Théophile Bourgeois, décide de renforcer l'équipe de chanoines en place au Yunnan en leur envoyant trois autres religieux, Maurice Tornay, le chanoine Cyrille Lattion (1909-1997) et le frère Nestor Rouiller. Tous les trois se préparent pendant plusieurs mois à ce long voyage.
Après un mois et demi de voyage, les trois hommes parviennent à la mission de Weisi () dans les Marches tibétaines. Rapidement, Maurice Tornay se remet à l'étude, approfondissant sa connaissance de la théologie sous la direction du chanoine Lattion, et s'initiant à la langue chinoise auprès d'un vieux professeur protestant qui avait des sympathies pour le catholicisme. Ses progrès en chinois sont rapides et lui permettent alors de mener sa mission d'évangélisation auprès des populations locales.
Après avoir passé avec succès ses examens de théologie, Maurice Tornay est ordonné prêtre le Il célèbre sa première messe à Siao-Weisi le 3 juillet 1938, en présence des PP Émile Burdin (1909-1945), Victor Bonnemin (1904-1960) et Georges André (1891-1965) des Missions étrangères et de ses confrères du Grand-Saint-Bernard, les chanoines Paul Coquoz, Cyrille Lattion et Pierre-Marie Melly et les frères Louis Duc et Nestor Rouiller.. Au bout d'une longue marche de près d'un mois, il rejoint François Chaize, évêque d'Hanoï. Il écrit alors à ses parents : .
La Chine est envahie en partie par le Japon depuis 1937, et les forces nationalistes et communistes s'affrontent entre le nord et le sud. L'Armée nationale révolutionnaire chinoise commence à repousser les Japonais à partir du printemps 1945. La zone de mission de Maurice Tornay est occupée militairement, ce qui entraîne la disette et des soulèvements populaires et des pillages. Le jeune prêtre se voit contraint de mendier pour se nourrir. En mars 1945, alors que la guerre de reconquête en est à ses débuts, le père Tornay est nommé curé de la paroisse de Yerkalo à mètres d'altitude, fondée par Félix Biet et Auguste Desgodins, missionnaires français de la Société des missions étrangères de Paris, en 1865. Il succède au père Émile Burdin, mep, mort de la fièvre typhoïde. C'est un poste difficile, plusieurs prêtres y ayant déjà été tuésLe dernier étant l'avant-dernier curé assassiné en 1940 par des pillards, cf Archives MEP., et l'hostilité des autorités locales est grande. Yerkalo par un changement de frontière survenu en 1932 est passé de la Chine au Tibet intérieur.
Sur place, il se heurte au lama Gun-Akhio, tulkou » et chef du monastère de Karmda dans la vallée de Kionglong. Celui-ci, qui veut récupérer les terres vendues à l'ancienne mission et sur lesquelles les fermiers chrétiens sont délivrés des redevances féodales dues à la lamaserie : , refuse la présence du père Tornay et le menace ouvertementMission-Thibet, .
Selon son confrère, le père Louis Emery arrivé de Suisse en 1946Il était chargé de la zone du Dulongjiang, à trois jours de marche de Tzedzjong., Tornay était « anti-lama » et ne manquait pas de se moquer des lamas qui venaient lui demander des conseils médicaux : , alors que ces mêmes lamas lui manifestaient de l'hostilité. Évitant de chercher querelle à Gun-Akio et à ses moines, le père Tornay est résolu à se dévouer, face à la fourberie de l'administrateur, à ses fidèles qui refusent d'apostasier lorsque les lamas les menacent de sanctions..
Le au matin, une quarantaine de lamas armés de fusils envahissent la résidence du missionnaire et la pillent : .
La situation s'envenime de chaque côté, et en janvier, il est expulsé du Tibet. Maurice Tornay se tourne alors vers le gouvernement chinois de Nankin, ce qui le discrédite : aux yeux des autorités tibétaines, il apparaît comme un agent chinois, comme le souligne l'historien Christoph Baumer : .
, le père Tornay reçoit une lettre du gouverneur de Chamdo, autorité civile suprême de l'Est du Tibet. Celui-ci lui promet sa protection et l'invite à revenir à Yerkalo. Le , il se met en route, mais est tout de suite arrêté par Gun-Akhio. Nankin n'ayant aucune influence sur Yerkalo, depuis le changement de frontière, il prend la décision, absurde selon Christoph Baumer, de se déguiser en Tibétain pour aller défendre ce que l'auteur dénomme son « droit de prosélytisme » auprès du dalaï-lama à Lhassa au Tibet., c'est-à-dire la liberté religieuse des villageois. Au bout de quelques jours de marche, son déguisement est percé à jour et on le renvoie à Atzunze (Dechen), dans la partie chinoise du Kham : , où il s'installe pour soigner les malades de la mission, après avoir passé l'été à Weisi. Il participe à un congrès d'Action catholique à Noël 1947 à Nankin et à Shanghai et y rencontre l'ambassadeur de Suisse et Riberi qui ne le découragent pas de ses projets. En revanche, le P. Francis Goré, procureur des Missions étrangères au vicariat du Tibet, vicaire général et curé de Tzedzjong, y est hostile, sentant le danger. Le chanoine Cyrille Lattion, devenu supérieur des chanoines du Tibet, est neutreIl témoigne favorablement pour la cause de béatification et assiste à la cérémonie de béatification..
Le , le père Tornay entreprend un long et pénible voyage qui aurait dû durer deux mois. Le , alors qu'il traverse la frontière entre la Chine et le Tibet, il est atteint d'une balle : , à un endroit appelé Tothong, aux abords du col de Choula, à mètres d'altitude. Selon des allégations, il aurait été tué par des moines bouddhistes Henry Chu, « A Faith Near to Heaven », Los Angeles Times, 11 juin 2002.. Selon le P. Francis Goré, cinq hommes armés, qui étaient à la solde des lamas de Yentsing (Yerkalo), tuèrent et dépouillèrent Tornay et l'un de ses trois domestiques, s'emparant de leurs quatre muletsFrancis Goré, Les missions tibétaines, 1950, pp. 538-540.. Sa mort ne fut pas une surprise, en raison des nombreux ennemis qu'il s'était faits à la lamaserie. De plus, depuis le meurtre par des chrétiens tibétains de six des sept meurtriers et voleurs qui avaient assassiné l'ancien curé de Yerkalo, Michel Nussbaum, une vendetta était toujours en cours : . Comme le rapporte le P. Christian Simonnet, la lamaserie de Konka donna des armes à certains habitants de Yerkalo pour les défendre contre la lamaserie de Karmda qu'elle considérait comme des bandits. Les autorités communistes condamnent la lamaserie de Karmda à verser une indemnité pour le meurtre du domestique DociNé en 1905 et de son nom de baptême Dominique, il est enterré à côté de Maurice Tornay. et du P. TornayDossier de la cause de béatification du serviteur de Dieu Maurice Tornay: Après l'arrivée des communistes, le père de Doci accusa les lamas comme responsables du meurtre de son fils, et la lamaserie de Karmda fut condamnée par le haut commissaire à payer une amende de mille piastres, et à livrer le révolver Mauser avec 600 cartouches, témoignage de M. Robert Chappelet, cinquième témoin.Dossier de la cause de béatification du serviteur de Dieu Maurice Tornay Après l'arrivée des communistes à Yerkalo, le monastère de Karmda fut condamnée par eux, à cause du meurtre du père Tornay et de Doci, à une indemnité à verser à la famille de Doci. Cette condamnation a son importance, vu que les communistes au début de leur règne dans une région, se montrent respectueux de la justice, pour des motifs de propagande, page 84, Prévôté du Grand-Saint-Bernard..
Il est enterré à la mission d'Atzunze, puis sa dépouille est transférée (à une date précédant 1985) dans le jardin de la mission de Yerkalo.
Béatification La cause de béatification fut ouverte à la requête de son compagnon de mission, le prévôt Angelin Lovey (1911-2000), avec un procès informatif diocésain à Sion (1953-1963), inauguré par François-Nestor Adam. Le pape Jean-Paul II reconnaît à Maurice Tornay le titre de martyr de la foi en juillet 1992 et procède à sa béatification le . Cette béatification fut désapprouvée par les deux prêtres survivants, selon le livre de Christoph Baumer : , l'un d'entre eux, écrit l'auteur, aurait même émis l'opinion qu'elle était Or des deux prêtres de Yerkalo, l'un était le P. Angelin Lovey qui appuya la cause de béatificationLa cause de béatification est ouverte à l’instigation de son compagnon de mission, le prévôt Angelin Lovey, avec un procès informatif diocésain à Sion (1953-1963), inauguré par Nestor Adam Prévôté du Grand-Saint-Bernard, fondation Maurice Tornay. et l'autre, le P. Francis Goré, mourut en 1954Né le 25 décembre 1883 à Saint-James mort le 14 octobre 1954 à Voiron Biographie (MEP)..
Culte La date officielle de célébration de ce bienheureux est le . Aussi, chaque année, à cette date, de nombreux amis du bienheureux viennent à La Rosière., lieu de naissance du bienheureux, pour célébrer localement une messe en sa mémoire.
En 2021, une nouvelle chapelle et un espace retraçant sa vie lui ont été dédiés à l'intérieur de l'église d'Orsières..
Citations De Maurice, enfant, à sa sœur Anna : . (extrait d’une lettre à sa sœur, Anna). Au moment de partir rejoindre ses confrères en Chine, Maurice écrivait à son frère Louis : .
Sources Texte de Dom Antoine Marie osb, abbé (abbaye Saint-Joseph de Clairval de Flavigny). L’Osservatore Romano : 1993, 20 & 21.
Bibliographie . . .
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Notes et références
Voir aussi Articles connexes Diocèse de Kangding Christianisme au Tibet Église catholique au Sichuan
Liens externes
Site de l'association des amis de la fondation du bienheureux Maurice Tornay. Biographie complète et spiritualité de Maurice Tornay. Homélie prononcée par Jean-Paul II le jour de la béatification de Maurice Tornay. Photographie de la tombe du P. Tornay à Yerkalo (Archives Mission-Thibet).
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