Tara, originellement nommé Antarctica puis Seamaster, est un voilier français de type goélette destiné à la recherche scientifique et à la défense de l'environnement.
De son lancement en 1989 jusqu'en 1996, Jean-Louis Étienne mène avec Antarctica des expéditions en Antarctique.
En 2003, Étienne Bourgois acquiert le bateau et le rebaptise Tara. Pour faire prendre conscience de la fragilité de l’environnement et de l'océan, il lance conjointement le projet Tara Expéditions qui organise les expéditions : Tara Arctic (2006-2008) sur les changements climatiques en Arctique, Tara Oceans (2009-2013) à la découverte du monde planctonique, Tara Méditerranée (2014) sur l'impact des micro-plastiques. En 2016, le projet Tara Expéditions devient la Fondation Tara Océan qui poursuit les expéditions avec : Tara Pacific (2016-2018) sur l'état des récifs coralliens, Mission microplastiques (2019) sur dix fleuves d'Europe, Tara Microbiomes (2020-2022) sur le microbiome de l'ensemble des océans, Tara Trec (2023-2025) sur l'impact humain envers l'écosystème le long des côtes européennes.
Historique
Construite en France à l’initiative de Jean-Louis Étienne, médecin explorateur, en 1989, dessinée par les architectes navals Luc Bouvet et Olivier Petit et baptisée initialement Antarctica, cette goélette a effectué des expéditions en Antarctique — au volcan Erebus —, puis au Spitzberg, et a parcouru toutes les mers du globe jusqu’en 1996 sous ce nom.
Elle fut reprise par Sir Peter Blake sous le nom de Seamaster, pour en faire l’instrument principal de son programme de défense de l’environnement soutenu par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Tragiquement, l’aventure s’arrêta en 2001 sur le fleuve Amazone au Brésil à la suite du meurtre de Peter Blake par des pirates et le bateau fut alors laissé à quai pendant deux ans.
En 2003, le directeur général d’agnès b., Étienne Bourgois, acquiert le bateau et le rebaptise Tara. Il lance conjointement le projet Tara Expéditions pour faire prendre conscience de la fragilité de l’environnement et développer une connaissance de haut niveau sur l'océan. Depuis, Tara a réalisé de nombreuses expéditions scientifiques dont Tara Arctic, Tara Oceans, Tara Méditerranée et enfin Tara Pacific.
En 2016, le projet acquiert le statut de Fondation et devient la Fondation Tara Océan – ex Fondation Tara Expéditions – à laquelle Étienne Bourgois confie la goélette Tara.
Iconographie
Expédition Tara Arctic (2006-2008) vignette|Tara Arctic, en septembre 2006. De à , dans le cadre de l'Année polaire internationale, Tara fut au cœur de l’océan Arctique, pour étudier et comprendre les phénomènes de changements climatiques des hautes latitudes. Il servit de base aux acteurs du programme scientifique de l’Union européenne baptisé Damocles ().
Pour cela l'équipage de Tara s’est laissé enserrer par la banquise le (par ), puis s'est laissé dériver et s'en est libéré le (par ), après 505 jours de dérive sur environ kilomètres. Il a ensuite regagné le port de Longyearbyen au Svalbard puis est revenu à Lorient le .
Avec sa coque en forme de « noyau d'olive », le bateau peut se laisser bloquer par les glaces car il a été conçu pour résister aux pressions extrêmes que la banquise exerce. Analogue dans sa mission au Fram de Nansen, qui en 1892 pesait , la goélette Tara a bénéficié de la technologie moderne du soudage de l'aluminium, et ne pèse que . Sa coque en aluminium permet de mieux résister aux températures polaires, contrairement à l'acier qui perd de sa souplesse et devient cassant par grand froid.
Le projet Tara Polar Station prend la suite de cette méthode d'exploration à partir de 2026 en s'appuyant sur l'expérience acquise par Tara Arctic, avec un nouveau navire dédié.
Programme Damocles
Ce projet de l'Union européenne, coordonné par Jean-Claude Gascard, vise à observer, comprendre et quantifier les changements climatiques en Arctique afin d’aider à la prise de décision face au réchauffement de la planète. Il regroupe , issus de européens, des États-Unis et de Russie.
La mission consistait à faire des mesures scientifiques concernant l'ensemble « atmosphère-banquise-océan » : la basse atmosphère, étudiée grâce à un ballon : enregistrement des températures, de la vitesse du vent et de la pression atmosphérique sur six niveaux entre la surface et d’altitude ; les données océanographiques : température, salinité, pression de l’eau jusqu’à de fond ; les radiomètres indispensables pour rendre compte des modifications de l’albédo. La banquise recouverte de neige réfléchit 80 % du rayonnement solaire : c’est ce qu’on appelle l’albédo, le pouvoir réfléchissant. Avec la disparition de la glace, ce rayonnement sera absorbé par l’océan à 80 %, renforçant davantage encore son réchauffement ; la composition de la glace et les caractéristiques de la neige, lesquelles influent sur les échanges marins ; l’épaisseur des glaces autour de Tara ; le « trou d’ozone de surface » de l’Arctique. Au printemps, les concentrations d’ozone chutent en effet dramatiquement à la surface de l’océan Arctique et non dans la haute atmosphère comme c’est le cas en Antarctique, un phénomène encore mal expliqué ; l’origine des eaux douces de surface par analyse chimique de l’eau ; la nature des aérosols, des particules atmosphériques, et des polluants en suspension dans l’air ; l’analyse biologique des bactéries spécifiques de la glace ; la faune : les populations d’ours, de phoques, de renards polaires, de baleines, ou de morses ainsi que l’enregistrement sonore des mammifères marins ; l’étude du stress humain en milieu hostile.
Quelques résultats : la dérive a été de soit en « ligne droite » ; la plus grande dérive a été de par jour et la moyenne fut de par jour ; l'essentiel de la trajectoire a été au-delà du ; et Tara s'est approché à du pôle Nord, le ; il a été enregistré complètes, permanents et « ordinaires » polaires ; l'enregistrement de la température de l'air la plus faible a été de , la plus chaude ; le nombre de jours au-dessus de a été de 50 entre le et le ; le ballon-sonde s'est élevé jusqu'à d'altitude mais a rencontré des problèmes de givre ; en ce qui concerne la glaciologie, une épaisseur moyenne de glace de a été mesurée à l'EM31 (radar spécialisé) ; des carottages ont été effectués et des données sismiques enregistrées ; la sonde Océan spécifiée en conductivité-salinité, température, densité (CTD) a été parfois endommagée mais a recueilli des données significatives.
Expédition Tara Oceans (2009-2013)
Du à , Tara s'est engagé dans une nouvelle expédition : traverser les océans pour étudier le monde encore très peu connu du plancton et à travers ces micro-organismes (zooplancton, phytoplancton, bactéries, virus), le piégeage des molécules de gaz carbonique (CO2) , mais aussi le génome de l'océan, les interactions, répartitions, fonctions.
En 2009, la goélette prévoyait de partir de Lorient et de se diriger d'abord vers la Méditerranée, puis la mer Rouge, avant de longer les côtés jusqu'à l'Inde (arrivée prévue à Bombay en ), de redescendre vers les Mascareignes. et Madagascar, passer Le Cap (en ), faire le tour de l'Amérique du Sud jusqu'à la pointe australe de la Terre de Feu avec un détour vers la péninsule Antarctique, atteindre l'île de Pâques () puis sillonner le Pacifique jusqu'à Auckland () et l'Australie, remonter vers le Kamtchatka via l'Indonésie et Tokyo (), retraverser le Pacifique en direction des États-Unis puis vers le détroit de Béring pour contourner le Canada par l'Arctique afin d'atteindre New York en et revenir à Lorient« Tara Océans, une expédition inédite », in Metro, 3 septembre 2009, 8..
Tara est finalement revenu à Lorient en . L'itinéraire de la dernière année avait été grandement modifié : l'expédition abandonna sa visite de l'Asie-Pacifique et de l'Arctique pour se rendre à New York plus tôt () en passant par le canal de Panama. Sa traversée de l'Arctique est reportée à « Tara, le chasseur de plancton, de retour à quai », lefigaro.fr, 4 avril 2012..
L'équipage comprenait quatorze personnes dont cinq marins et quatre reporters qui devaient se relever tous les trois mois et en permanence cinq scientifiques relevés quant à eux environ toutes les trois semaines, en liaison et en collaboration avec une équipe de cent chercheurs restés à terre« La goélette Tara Océans repart en mission scientifique », Le Figaro, 29 août 2009.. Parmi les équipements scientifiques, dont le montant est de 1,5 million d'euros, l'expédition a embarqué une rosette, un cytomètre en flux, un microscope 3D entre autres. Le coût de fonctionnement de l'expédition était prévu à 3 millions d'euros par an, entièrement financé par des fonds privés dont un tiers par Agnès Troublé.
Le , la prestigieuse revue scientifique Science publie les cinq premiers grands résultats scientifiques de l'expédition Tara Oceans.
L'expédition Tara Oceans se poursuit en 2013 par le tour du cercle polaire. Elle consiste en une circumnavigation autour de la banquise arctique, en empruntant les passages du Nord-Est et du Nord-Ouest..
L'objectif est un état des lieux, d'un point de vue biologique et climatique, de l'océan Arctique. Les équipes scientifiques de l'expédition précédente participent également à cette nouvelle campagne, complétant les études sur le plancton faites sur les autres océans.
Entamée le à Lorient, cette expédition s'est achevée le après avoir parcouru ..
Expédition Tara Méditerranée (2014)
L’expédition Tara Méditerranée a pour objectifs de sensibiliser aux enjeux environnementaux en Méditerranée et d'effectuer une étude scientifique sur la présence de micro-plastiques pour comprendre l'impact de cette pollution sur l'écosystème marin. La goélette Tara sillonne la mer Méditerranée de mai à afin de promouvoir les efforts d’associations locales et régionales sur les nombreux enjeux environnementaux liés à cette mer : la multiplication des difficultés liées à la pollution, notamment de la pollution plastique et sa probable incorporation dans la chaine alimentaire.
Expédition Tara Pacific (2016-2018) En 2016, l'expédition Tara Pacific permet d'étudier la biodiversité complète des récifs coralliens – du gène à l’écosystème – pour mieux comprendre leur capacité d’adaptation aux changements environnementaux globaux liés aux facteurs humains et climatiques« Tara » le voilier écolo prend le cap du Pacifique sur la trace des coraux. et enquêter sur l'avenir du corail marin, de plus en plus menacé par le réchauffement climatique et le phénomène d'urbanisation. L'expédition, embarquant à son bord soixante-dix scientifiques, parcourt près de , visite trente pays, analyse quarante archipels et recueille plus de échantillonsTara Pacific 2016-2018 : Étude des récifs coralliens du Pacifique et de l’Asie du Sud Est.. Le départ a eu lieu le à Lorient« L'expédition Tara Pacific au chevet des coraux du Pacifique », 20minutes, 15 avril 2016.. Jusqu'au mois de , Tara traverse sept mers et océans : océan Atlantique, mer des Caraïbes, océan Pacifique sud, mers de Chine orientale et méridionale, mer des Salomon, mer de Corail. La traversée la plus longue sans escale durera 31 jours, entre Taïwan et les îles Fidji en lci.tf1.fr une expédition scientifique hors normes..
Mission microplastiques (2019) Fin , la Fondation Tara Océan lance une mission de six mois sur dix fleuves d'Europe aux origines de la pollution par les plastiques, la Mission microplastiques 2019.
Expédition Tara Microbiomes (2020-2022) Cette mission Microbiomes étudie le microbiome de l’Océan et les mécanismes qui le lient au changement climatiqueNouvelle expédition Tara consacrée aux microbes de l’océan cruciaux pour les grands équilibres planétaires, CNRS, 2 décembre 2020. Le la goélette se trouve le long des côtes du Chili. En , elle est au large des côtes africaines pour analyser l’influence de trois des principaux fleuves africains sur l’océan Atlantique.