Henri-Auguste d'Halluin, dit Henri Dorgères, né le à Wasquehal (Nord) et mort le à Yerres (Essonne), est un homme politique et syndicaliste français.

Il est le fondateur des Comités de défense paysanne, groupe fascisant de l'entre-deux-guerres. On parle de « dorgérisme », ses partisans étant les « dorgéristes ».

Éléments personnels Famille Henri Dorgères nait le de Léon Auguste Joseph d'Halluin, originaire de Mouvaux, installé à Wasquehal après son mariage et où il possédait une boucherie, et de Clotilde Marie Leveugle.. Leur maison possédait une grande étable avec un cheval appelé Bijou, utilisé pour le commerce. Il suit l'enseignement primaire à l'école laïque du Capreau et reçoit le prix départemental au certificat d'études primaires. Son père décède en 1909 et il aide sa mère à tenir la boucherie. Cette dernière emprunte de l'argent pour subvenir à leurs besoins mais il ne peut poursuivre ses études que grâce à une bourse au lycée de Tourcoing, où la Première Guerre mondiale le surprend. Son grand-père, Daniel Leveugle était .

Première Guerre mondiale Il est fait prisonnier à trois reprises et notamment en alors qu'il tente de passer aux Pays-Bas. Il est alors condamné et emprisonné à la forteresse de Bruges en . Il s'évade en et parvient, à la faveur du désordre, à regagner les lignes alliées. Cette action lui vaut la Croix de guerreAu temps des fourches (books.google.fr).

Entre-deux-guerres Il passe son baccalauréat ès lettres, et s'oriente vers une carrière juridique et suit pendant deux ans des études de droit. Alors qu'il travaille comme publiciste à Wasquehal, il se marie à Lille le , avec Cécile CartignyLe Grand écho du Nord de la France du 26/04/1921 (gallica.bnf.fr) et entre la même année au Nouvelliste de l'Ouest à Rennes. Il s'installera définitivement en Ille-et-Vilaine à compter de 1922, et y découvre les difficultés de la condition paysanne, dont il devient aussitôt un défenseur convaincu. À partir de 1925, Henri d'Halluin est rédacteur au quotidien catholique Le Nouvelliste de Bretagne puis directeur du Progrès agricole de l'Ouest, dont il fera un important journal professionnel. C'est alors qu'il prend le pseudonyme de Dorgères pour signer ses articles. Ses adversaires l'ont présenté à ses débuts comme un sympathisant de l'Action françaiseL'Ouest-Eclair, 3 mai 1930, "Attention !", L'Ouest-Eclair, 14 juin 1930, "Correspondance" ' lettre de d'Halluin alias Dorgères.

Fondation des Comités de défense paysanne gauche|vignette|272x272px|Henri Dorgères, secrétaire général des comités de défense paysanne dans lExcelsior du . Fondateur en 1929 des Comités de défense paysanne, dits aussi « Chemises vertes » d'après la couleur de leur uniforme, il eut une certaine influence, surtout dans le nord et l'ouest de la France rurale d'avant-guerre. Il réclamait un État autoritaire et corporatiste dans les années 1930 impliquant le renversement de la République. En 1934, il déclare ainsi :

vignette|281x281px|Henri Dorgères lors d'une réunion du Front paysan à la halle aux grains à Blois dans lExcelsior du . Antisémite, Dorgères accuse souvent la famille Louis-Dreyfus d'importer illégalement du blé et de ainsi le marché. S'appuyant sur de nombreux journaux locaux et nationaux, son mouvement revendiquera jusqu’à à la fin des années 1930Henri Dorgères ou la paysannerie en chemise verte, par Xaver Eman, Rivarol, juillet-août 2006. Le mouvement de Dorgères participe activement au « Front paysan » d'Edmond Jacquet et Jacques Le Roy Ladurie. Progressivement, autour du Progrès agricole, il organise plusieurs mouvements d'action paysanne. C'est d'abord le créé en 1929 en Ille-et-Vilaine car opposé à la loi du , qui étendait le bénéfice des assurances sociales aux ouvriers agricoles. Suivront les mouvements du Front paysan en 1934, de Défense paysanne, des Jeunesses paysannes. En 1935, il est secrétaire général de la Ligue des paysans de France et l'année suivante, délégué à la propagande du Syndicat agricole de défense paysanne. Le , l'avocat général au procès d'Henri Dorgères et du Front paysan à Rouen, Edmond Miniac, justifie les condamnations prononcées par le tribunal correctionnel le précédent et réclame une peine nouvelle contre André Bouton, responsable de la Fédération des contribuables de la Sarthe.

Seconde Guerre mondiale Fin 1939, il entre comme volontaire dans le corps franc du d'infanterie alpine, et combat en Alsace : il est nommé caporal, reçoit la croix de guerre et est titulaire d'une citation. Capturé par les Allemands à Saint-Valery-en-Caux, il s'enfuit en zone libre. Soutien de Pétain, il est nommé délégué général à l'organisation et à la propagande de la Corporation paysanne créée par Pierre Caziot le . Il publie en 1943 Révolution paysanne, où se précisent déjà un certain nombre de thèmes préfigurant le poujadisme : « Le fonctionnaire, voilà l’ennemi », et où est particulièrement attaquée la figure de l'instituteur rural et de « l’école du déracinement ». Défenseur de la petite ferme, il s'éloigne peu à peu de la Corporation, dominée par les grands propriétaires. Cet engagement ne l'empêche nullement d'aider les prisonniers évadés et les résistants poursuivis : .

Ses organisations de base se trouvèrent à l’origine de la Corporation paysanne de Vichy dont il obtint le grade de général. Il fut décoré de la Francisque par le maréchal Pétain. Henri Dorgères est arrêté par les Alliés en et emprisonné à Paris. Condamné à dix ans d'indignité nationale, il est amnistié pour services rendus à la Résistance et libéré le . Toutefois, un arrêté ministériel de l'exclut pour cinq ans de toute participation à des organismes agricoles.

Après 1945 : Fondation du Rassemblement paysan Il est député d'Ille-et-Vilaine à l'Assemblée nationale de 1956 à 1958 sur les listes poujadistes d'Union pour le salut de la patrie.

Il s'oppose à la ratification des traités instituant la Communauté économique européenne (CEE) et Euratom et s'abstient lors du vote du sur la prorogation des pouvoirs spéciaux en Algérie, mais se prononce contre la loi-cadre sur l'Algérie, puis ce projet amendé par Félix Gaillard. Il est l'un des trois députés à ne pas prendre part au scrutin du sur la révision constitutionnelle. S'il vote le la confiance au général de Gaulle, il est l'un des deux seuls députés à s'abstenir volontairement lors du vote du sur les pleins pouvoirs, mais il soutient la révision constitutionnelle. Se rapprochant de Pierre Poujade, Henri Dorgères crée le Rassemblement paysan, en 1957, avec ce dernier et Paul Antier. Il fut inculpé par la justice française en tout Réfléchir et agir, 10, hiver 2001, « La réaction vitaliste (ou le retour agrobiologique) », par Alexis Arette, .. Il collabore au journal La Révolution Syndicaliste, organe du Parti national-syndicaliste françaisPrésent (quotidien), 1962 : une actrice fonde un parti nationaliste, par Philippe Vilgier, 5 mars 2022, .

Pensée et thèses du dorgérisme L'historien américain Robert Paxton parle du dorgérisme comme d'un mouvement important dans l’histoire contemporaine des campagnes françaises. Posant la question de la place des paysans dans une société profondément ébranlée par la Grande Guerre. Henri Dorgères réussit à capter et amplifier la colère de nombreux paysans français au moment où la crise agricole vient remettre en cause des aspirations socio-économiques que le contexte de l’après-guerre avait fait émerger. Fondateur d’une geste protestataire qui ébranle, pendant un temps, l’idée d’une stabilité intrinsèque du monde rural gage de solidité du régime, l'action de Dorgères atteste que le postulat agrarien de l’unité paysanne peut nourrir une contestation virulente du modèle républicain.

Notes et références

Annexes Bibliographie

Écrits de Dorgères Dorgères (Henri), Haut les fourches, P., les Œuvres françaises, 1935 (rééd. Déterna, 1999) Dorgères (Henri), Au temps des fourches, autobiographie, P., éd. France-Empire, 1975 Dorgères (Henri), Au : dix ans de jacquerie, Paris : les Éditions du Scorpion (Rennes, Impr. réunies) , 1959

Écrits sur Dorgères , mis en ligne le

L. Gabriel-Robinet, Dorgères et le Front paysan, Plon, Paris, 1937 Paxton (Robert O.), Le temps des chemises vertes. Révoltes paysannes et fascisme rural 1929-1939, Le Seuil, 1996. Présentation de l'ouvrage : , mis en ligne le Pitaud (Henri), La terre aux paysans, Pierre Bossuet, 1936 Pitaud (Henri), Paysan et militant. Mes chemins sauvages, Souvenirs 1921-1940, Beauvoir-sur-Mer, Éditions de l’Étrave, 2001 Maxence (Jean-Pierre), Histoire de dix ans : 1927-1937, Éditions du Rocher, 2005

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