Sigirîya — appelé aussi Simhagîri, rocher du lion — est un site archéologique majeur, ancienne capitale royale du Sri Lanka et un site touristique important. Le site est classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO et se situe dans le centre du pays à 160 kilomètres de Colombo. Avant les aménagements de Kassapa, le site avait déjà été occupé comme le montrent des graffiti retrouvés dans une grotte, ainsi que le bouddha couché de treize mètres datant du

Histoire

À la fin du , , le fils aîné provenant d'une concubine de Dhatusena, roi d'Anurâdhapura, entre en conflit avec son frère cadet Moggallana. Le trône doit revenir de droit au fils légitime mais Kassapa ne l'entend pas ainsi. Il fomente un complot et tue son père en l'emmurant vivant puis prend le contrôle de la régence et expulse son frère Moggallana qui est contraint à un exil forcé en Inde. Moggallana, en quittant son frère, l'avertit qu'il reviendra et qu'il vengera leur défunt père. Extrêmement précautionneux et paranoïaque, Kassapa qui sait qu’un jour ou l’autre son frère reviendra, lève son armée et quitte la capitale royale d'Anurâdhapura pour s'installer à Sigirîya en attendant le retour de son frère. Il choisit le site de Sigirîya en raison de l'immense rocher culminant à , aux parois abruptes qui jouent le rôle d'impressionnantes murailles, et de la présence à dix kilomètres d'un tank, réservoir d'eau qu'avait jadis creusé son père. Les travaux d'aménagement du site sont relativement courts, comparé à la difficulté et à l'ampleur de la tâche à accomplir.

Kassapa fait bâtir au sommet du rocher une forteresse et il aménage au sol toute la partie qui s'étend au sud et à l'est du rocher où il fait édifier deux rangées de murailles et de fossés, le nord et l’ouest étant protégés par l’épaisse jungle qui empêche toute invasion massive. Kassapa fait trouer une percée souterraine depuis le réservoir situé au nord-est jusqu’au site de Sigirîya afin d’y amener l’eau courante, la pente de cette canalisation est très faible et l’écart d’altitude entre le réservoir et le site de Sigirîya n’excède pas . Cependant cela suffit pour que l’eau jaillisse à Sigirîya et les jardins entourant le site sont parsemés de bassins et constellés de petites fontaines. Au sommet, une vaste citerne est alimentée par les eaux pluviales. thumb|upright|Les escaliers

Kassapa poste ses gardes autour du rocher dans les jardins aménagés derrière les murailles, les constructions épousent habilement les formes géologiques du site, tantôt une grosse pierre sert de mur et de fondation, tantôt une anfractuosité dans la roche sert de soutien à une toiture… Cette utilisation ingénieuse de la nature environnante permit entre autres d’accélérer les travaux. Les gardes sont tous placés sur des promontoires à la surface exagérément petite et chaotique, toute perte de vigilance ou assoupissement entraînant la chute de la sentinelle.

Une fois les travaux de gros œuvre achevés, Kassapa s’installe dans son palais où il demeure, craintif, la plus grande partie de son temps. Il est entouré de sa cour composée de servants, de valets, d’hommes de main, de confiance et de ses courtisanes. La légende dit que le roi Kassapa était entouré de mille courtisanes, les demoiselles de Sigirîya. Il fait peindre, dans un style proche de celui d'Ajantâ, dans une large anfractuosité de la roche de la face sud du rocher, à mi-hauteur, les portraits de pied ou de buste de toutes ces demoiselles toutes différentes.

Pendant dix-huit ans, Kassapa vit reclus dans sa forteresse attendant au milieu de sa cour plutôt féminine le retour de son frère Mogallana. Durant ce temps, Mogallana réfugié en Inde, lève une armée avec l’aide d’un raja et traverse le détroit de Palk qui sépare le continent indien du Ceylan puis fait directement route vers Anurâdhapura qu’il trouve complètement abandonnée. Il obtient des renseignements qui lui permettent de retrouver son frère parricide à Sigirîya.

Alors que Kassapa séjourne tranquillement au sommet de son rocher, il voit arriver par le sud et par l’est des troupes qu’il identifie aussitôt : son frère est de retour. Kassapa boucle les jardins et met la garde en alerte pour le combat qu’il pense forcément gagné étant donné l’avantage que lui confère sa position. Mogallana, en fin stratège, déploie ses troupes autour du site et l’assiège, attendant que son frère descende au combat. Kassapa avait pensé à tout, sauf au ravitaillement en cas de siège. Après à peine une semaine, Kassapa épuisé par la faim descend et se livre, sans combat, à son frère aîné qui l’exécute.

Mogallana reprend la régence et Sigirîya est à jamais abandonnée.

La version exposée ci-dessus s'inspire de celle, rédigée seulement au par des chroniqueurs bouddhistes hostiles à Kassapa « Culavamsa » (« Petite Chronique »), Pali Text Society, Londres, 1973. : elle a toujours été reconnue comme partiale et sujette à caution. Etablissant un parallèle avec le poème du « Nuage Messager » du célèbre dramaturge indien Kâlidâsa (Meghaduta, Les Belles Lettres, 1967), le grand orientaliste sri lankais Senarat Paranavitana a bouleversé l’interprétation du site en y voyant une figuration du mont Kailash, demeure himalayenne du dieu hindou Kubera, dont le but aurait été de légitimer le règne de Kassapa en divinisant celui-ci « Sigiri, the abode of a God-king », Journal of the Ceylon branch of the Royal Asiatic Society, 1950., et « The Story of Sigiri », Lake House Investments, Colombo, 1972..

Plus récemment, dans un roman très documenté, intitulé Sigiriya, le Rocher du Lion (Editions Argemmios, 2012) l’écrivain français Alain Delbe imagine que le roi Kassapa fait le récit de sa vie à un conteur et brigand ayant accepté de Moggallana la mission de l’assassiner. Outre que Sigiriya s’avère un palais dédié à Shiva, se dévoile un portrait de Kassapa qui, loin de l’image du roi mégalomane et paranoïaque, révèle un être engagé dans une véritable quête mystique et artistique.

Le site

À l’époque de Kassapa thumb|right|Vue des jardins et des environs depuis le sommet

Le site très vaste est borné à l’ouest et au nord par une épaisse jungle, au sud et à l’est par une double rangée de profonds fossés fortifiés par une muraille. Cette enceinte extérieure protège l’accès aux jardins qui entourent le rocher.

Les jardins sont très bien aménagés, l’herbe est rase, les arbres élégamment disséminés et enrichis de nombreux bassins pavés aux symétries parfaites sur lesquels flottent des lotus et autres plantes aquatiques. De nombreux jets d’eau complètent ce décor naturel.

En s’approchant du rocher des constructions destinées aux gardes s’appuient sur le décor naturel tel que grosses roches, arbres, utilisation des différences de niveau du sol…

Sur le côté est du rocher se trouve la citerne principale qui alimente le palais ainsi que des bâtiments destinés aux gardes et au culte.

L’accès au rocher n’est possible que par la face sud et il est obligatoire de passer dans un goulot d’étranglement pour accéder aux marches qui mènent à la base du rocher environ 20 mètres au-dessus du niveau du sol. Évidemment, cette unique entrée est bien gardée, chaque position en hauteur est utilisée pour y poster un garde dans des conditions d’équilibre qui ne permettent pas le relâchement. Après être passé sous une voûte rocheuse naturelle, une volée de marches, rectiligne et bien taillée, permet d’accéder sur la face sud du rocher. À partir de cet endroit, les marches sont beaucoup plus irrégulières et l’ascension plus difficile.

Arrivé à mi-hauteur, il est indispensable d’emprunter un escalier en bois qui permet d’accéder à une large anfractuosité de la roche qui balafre la face sud du rocher sur plusieurs dizaines de mètres de largeur et plusieurs mètres de profondeur. C’est sur cette face à partir de cette hauteur que se trouvent les peintures représentant les demoiselles de Sigîriya. Un long mur cloisonne cette anfractuosité, protégeant ainsi ceux qui s’y trouvent des regards indiscrets et des projectiles. Ce mur est brillant car recouvert d’un enduit unique à base d’œufs et de chaux.

Une fois arrivé au bout, il reste de nombreuses marches à gravir pour accéder à la face ouest du rocher. Cette face ouest est particulière car découpée par une terrasse à mi-hauteur. Cette terrasse relativement plane et vaste permet de se reposer au cours de l’ascension et abrite quelques constructions. La principale particularité est que, depuis cette terrasse, on accède à la dernière volée de marches en passant entre les pattes d’un gigantesque lion sculpté dans la roche qui impose sa majesté sur toute la vallée en contrebas, la statue de plus de dix mètres de hauteur garde l’entrée de la forteresse.

Les « marches » qui s’ensuivent sont très abruptes et fines et cela va crescendo durant l’ascension, les dernières marches qui finissent les dix derniers mètres n’excèdent pas 5 millimètres de largeur ! Le plus étonnant est que Kassapa se fait porter jusqu’à son palais sur une chaise à porteurs mue par quatre serviteurs au minimum, alors qu’il est déjà difficile pour une personne seule en bonne forme de garder l’équilibre !

Enfin, au sommet, on découvre le palais du roi, haut de deux étages et construit en pierre, ce qui est rare pour l’époque où les étages étaient en bois. Derrière le palais se situent la piscine du roi et les jardins et plus loin les citernes qui alimentent les jardins puis les installations destinées à la toilette. Quelques bâtiments sur un niveau hébergent les valets et gardes qui assurent l’intendance pendant que le roi batifole avec ses nombreuses courtisanes.

Le chemin pour redescendre est différent de celui qui sert pour l'ascension. En effet, à partir de la galerie des fresques, il est possible d’accéder à la face est du rocher d’où un escalier descend en courbe et débouche sur une série de bâtiments réservés aux gardes puis une autre série de bâtiments réservés au culte. Enfin le chemin rejoint une partie de jardins isolés avec bassins et jets d’eau puis débouche à l’extérieur du périmètre au niveau du double fossé.

Cette configuration permet de contrôler l’entrée et les sorties. Il n’est pas possible de pénétrer et de quitter le site par le même itinéraire.

Aujourd'hui Le site longtemps abandonné est réhabilité au milieu du par les autorités sri lankaises.

Les jardins sont dégagés, les fossés murés également tout comme les bassins et les jets d'eau. L'accès au rocher est dégagé et de nouvelles constructions permettent d'emprunter à nouveau le chemin que prenait Kassapa. L'entrée sur le site se fait par l'entrée antique tel que prévu à l'époque, tout comme la sortie.

La première évidence est la perspective : les jardins en premier plan aménagés avec les murets en pierre et les espaces d'herbe rase, puis les arbres se détachant sur fond de concrétions rocheuses et enfin le point de fuite de cette perspective amenant sur le rocher du lion, haut de plusieurs centaines de mètres.

Puis dans les jardins apparaissent les bassins hors d'eau, et quand on se baisse d'étranges stèles plates et carrées percées de trous ronds sont visibles en de nombreux endroits, ce sont les installations des jets d'eau. Le gouvernement sri lankais a tenté avec succès de remettre en fonctionnement ces jets d'eau à la fin du . L'eau s'élève entre 30 et 40 centimètres au-dessus du sol. Des singes malicieux guettent les visiteurs, perchés sur les arbres.

En s'approchant du rocher une voûte rocheuse naturelle fait office d'entrée, le passage se resserre, les premières marches se dévoilent, et l'environnement est totalement rocheux. Arrivé en haut de la première volée de marches, l'altitude est déjà supérieure à 50 mètres et, quand on se retourne, le regard va au-delà des roches précédemment dépassées et la perspective s'ouvre sur les jardins en contrebas.

thumb|right|Les Demoiselles de Sigiriya.