L’infirmité au sens actuel ne se démarque pas de la misère à l’époque médiévale.. En effet, celle-ci s’inscrit dans la classe sociale des pauvres en tout genre et, pour les deux derniers siècles avant la Renaissance, elle inclut bohémiens, filles de joie, jongleurs, truands et autres marginaux. Les pauvres et les infirmes « personnes faibles. » sont loin de représenter un phénomène historique isolé. Si l’on considère les ressources matérielles, la majeure partie de la population à l’époque médiévale après l’an mil serait aujourd’hui considérée comme pauvre. Les techniques agricoles sont trop précaires pour permettre un bon rendement des terres, les plantes disponibles pour les pauvres sont peu caloriques et la population est à la merci du changement climatique qui met en péril les cultures, lorsque s'installe le petit âge glaciaire. Il aura des conséquences catastrophiques de froid et humidité. Les populations les plus démunies sont les premières touchées par le fléau de la famine, parmi les guerres et les épidémies de peste.
Éléments d'histoire Avant le grand déclin du La régulation de la maladie en France est une affaire d'état avec les « lieux de charité » - .
L’organisation de la société rurale est alors le village ou groupe de villages assurant la subsistance de ses pauvres (c'est-à-dire autour d'une chapelle dans un diocèse). Les pauvres dans l'espace rural dépendent de leur village. L’infirme, lui est pris en charge soit par sa famille, soit par la paroisse de laquelle il dépend et il a un rôle dans le monde : il permet le rachat des péchés, car il est comme le Christ, humble parmi les humbles. On constate que les infirmes passent de ville en ville et de village en village entre ces villes allant d'Hôtel-Dieu en Maison-Dieu, . Dans cette population itinérante, on trouve une grande partie d’infirmes qui ne sont pas des vagabonds. En effet, ceux-ci partent sur les routes pour aller sur les lieux saints, les lieux qui leur assureront une guérison. Ils quittent donc l’endroit où ils sont nés et partent, souvent très loin, parfois suivis d’un accompagnateur. La route est cependant fatale à nombre d’entre eux qui n’atteignent pas leur but. Ou bien, une fois arrivés, le miracle ne se produit pas et ils attendent. L’accompagnateur repart, laissant alors seul l’infirme, loin de ceux qui le prenaient auparavant en charge. Qu’advient-il alors de ces infirmes ? Certains reprennent la route, s’ils en ont la possibilité ; d’autres restent sur place où ils vivent de la mendicité. La ville recueille les exclus sociaux qui peuvent avoir choisi de s'écarter de la morale en cours (infamie prononcée par procès pour des acteurs, pour des prostituées), et de la loi (délinquants) de la même façon que la forêt les reçoit.
Grandes misères des : marginalisation des indigents et des malades
On connaît, du , une relative amélioration des conditions de vie, et un accroissement de la population. Ultérieurement la densité de la population devient un facteur aggravant de la pauvreté : la surface de terre à cultiver dans les fiefs n’est pas suffisante pour alimenter tout le monde - voir Jacqueries.. Au , la situation s’aggrave encore : les famines, les guerres et surtout la peste créent une dépression démographique considérable ainsi qu’un état de misère sans précédent. La mort est partout, et on en cherche à l'époque les causes dans ce « monde créé par Dieu ».
. Cela conduira par exemple à la grande persécution des juifs. Ou encore des lépreux qui sont en marge de la société et qui sont accusés d’avoir empoisonné les puits et créé l’épidémie de peste. La répression ira même jusqu’à leur condamnation à mort (par exemple le , sont brûlés près de 2000 juifs à Strasbourg). Ainsi l’étranger qui n'est pas du pays est-il surveillé et peu admis dans les villes et les villages.
Durant ces périodes de troubles comprenant les jacqueries, la situation dans la plupart des villages s’aggrave au point que leurs populations n’ont le choix qu’entre partir ou mourir. C’est à ce moment que l’on passe d’une population hautement sédentarisée à une autre, plus instable. Les pauvres sont par constitution les plus touchés par les maladies et surtout par la peste. En cas d’épidémie, Ils ne savent où aller. Seuls les possédants riches ont plusieurs terres réparties ici et là par héritage ou par fonctionnement économique et sécuritaire. Lorsque les personnes partent elles sont la plupart du temps déjà infectées, propageant avec elles la terrible maladie. On comprend la réticence à cette époque d’accueillir des inconnus. On passe ainsi de la compassion à la méfiance envers ceux qui souffrent. Cependant la charité reste présente, mais elle ne s’effectue plus dans la considération de l'individu comme auparavant. Les villes réfléchissent alors au problème et offrent des solutions d’accueil hors de leurs murs. L’hébergement de cette masse de pauvres se fait hors des villes dans les léproseries. Les miséreux sont relégués de l'autre côté des enceintes, ce qui les marginalise d’autant plus et ils deviennent une honte sociale. … La prise en charge des malades associés aux pauvres prend un nouvel aspect qu’il gardera durant des siècles. À présent, la classe des indigents infirmes est mise à l’écart, et par conséquent, stigmatisée sous le nom d'invalides, terme apparaissant à la Renaissance malgré toutes les invalidités de guerre de toutes les guerres historiques avec de « valeureux soldats ».
Attirance – Répulsion envers les pauvres
Les miséreux se trouvent donc dans une situation ambivalente puisque la pauvreté est un aspect dégradant de la personne, la mettant en marge de la société, mais ils s’avèrent être toujours indispensables à la réalisation des œuvres de charité. C’est pourquoi il existe ce double élan de répulsion - attirance. Les malades et les bien portants ne sont pas considérés de la même façon chez les indigents. La société médiévale n’admet la mendicité que si celle-ci est nécessaire. On estime qu’une personne valide est apte à travailler et ne doit pas mendier. C’est pourquoi un certain nombre de personnes choisirent de paraître infirmes pour demander l’aumône. Certaines allèrent jusqu’à l’automutilation. . Cependant, le comportement général envers les vrais nécessiteux ne ressemble guère à cet élan de miséricorde que pratiquent les religieux pauvres des ordres mendiants, les premiers provoquant plutôt la répugnance et la mise à l’écart.
On voit dans la miniature du milieu du ci-contre l’interdépendance sociale des riches et des pauvres, d'une certaine manière indispensables l’un à l’autre.
Devoir de charité Le pauvre est indispensable à la réalisation impérieuse des œuvres de charité. Sans lui, les riches ne peuvent donner l’aumône et prouver leur générosité aux yeux de tous dans la sincérité et la croyance juste alors que le baptême est parfois différé jusqu'à la fin de la vieDans .
Cet exercice courant d’aumône ne se faisait pas sans une mise en scène prouvant la bonne foi, mais aussi l’étendue des richesses et la puissance du donateur. Ainsi les pauvres sont un moyen d’assurer le salut et la reconnaissance sociale aux riches.
. À cela s’ajoute pour certains religieux l’idée que la création étant d’ordre divin, il est répréhensible de vouloir modifier la condition dans laquelle Dieu vous a misValeurs, symboles, messages alimentaires durant le Haut Moyen Âge Prof. Massimo Montanari.
, car il représente dans une façon pour le pauvre de se sortir de son état. . « La motivation de base du système pénal médiéval consistait dans le maintien de la paix au sein des communautés citadines et campagnardes, on ne peut comprendre en grande partie la rigidité et l’inhumanité du droit pénal médiéval que dans le contexte religieuxDans -. »Valeurs, symboles, messages alimentaires durant le Haut Moyen Âge Prof. Massimo Montanari .
Ainsi le seul mode de subsistance admis se situe dans l’aumône. Jusqu’au , les mendiants sollicitaient l’aumône de porte à porte en promettant de prier pour l’âme du bienfaiteur. Les pauvres quémandaient également de quoi vivre sur les places publiques ou devant les églises. Après la messe du dimanche, une foule de mendiants venaient jouir des dons des fidèles, plus importants ce jour-là. Après les bouleversements des , la ville s’affirme de plus en plus comme un centre économique vivace, supplantant le système féodal dont l’économie dépend des villages. Les villes deviennent des centres commerciaux importants par lesquels transitent l’argent et les biens. Cette nouvelle économie attire les paysans, journaliers agricoles sans possession, ou toute autre personne dans le besoin. En effet, les villages ne pouvaient plus assurer la charge de ses indigents, et .
C’est à cette époque que l’on voit se développer le « métier » de mendiant. En effet, , nombre de pauvres remplissent les villes et en accentuent l’accroissement démographique. se met en place tout un ensemble de lois visant à régir la masse des indigents. La mendicité devient alors très contrôlée et on assiste à la création de postes spéciaux, à l’initiative de la ville, pour surveiller et réprimer les mendiants. Comme nombre d’entre eux n’entraient pas dans les normes établies, ils vivaient clandestinement dans les quartiers les plus démunis.
Les infirmes, eux, avaient le droit de mendier. On considérait légitimement qu’ils ne pouvaient travailler et que si leur famille ne pouvait les prendre en charge, la ville et surtout les instances épiscopales se devaient d’assurer leur subsistance. Le handicap devait être suffisamment lourd pour que la prise en charge soit faite en des Hôtels-Dieu.
La charité dans les villes
Cette prise en charge s’effectue alors de deux façons : soit dans la distribution d’aumône lors des fêtes religieuses importantes, soit par le biais des hôpitaux, qui assurent à la fois le toit et le couvert.
La distribution de l’aumône est réglementée et se fait souvent sous forme de produits en nature car plus faciles à contrôler dans leur utilisation que l’argent. On distribue en premier lieu du pain : par exemple à Strasbourg, deux miches de quatre livres chaque dimanche. On donne également des vêtements. En 1319 le recteur de l’église Saint-Étienne de Strasbourg décide que 90 aunes d’étoffe seraient achetées et distribuées à ses frais aux pauvres au cours de son office anniversaire.
Tous n’avaient pas le droit de bénéficier de ces dons. En effet, il fallait montrer des qualités morales satisfaisantes pour obtenir ces avantages. Les truands ou les personnes de mauvaise vie étaient exclues. Pour contrôler la distribution, on attribuait à chacun des jetons, un écusson, afin de vérifier que la distribution n’était faite qu’une seule fois par personne. . Les étrangers ne pouvaient espérer obtenir ce privilège.
Les établissements d’accueil, eux, assuraient le logis et le couvert à tous ceux qui ne pouvaient vivre de la mendicité pour des raisons médicales. De taille très modeste dans les petites villes, ils pouvaient héberger par entassement plusieurs dizaines de personnes dans les bourgs plus imposants (dans le même temps la taille du lieu de culte de Dieu qui reçoit toute la population est de plus en plus importante).
L’entrée dans ces établissements est contrôlée. On vérifie tout d’abord les qualités morales de la personne qui se présentait, s’assurant qu’elle n’avait pas commis de délit. Puis on lui confisquait tous ses biens. Ceux-ci lui seraient restitués si un jour elle sortait de l’établissement (ce qui ne se produisait pas souvent puisque ces hôpitaux charitables n’étaient pas des lieux où l’on soignait médicalement les malades, mais plutôt des hospices-mouroirs aboutissant au carré des indigents). On y accueillait de façon exceptionnelle des étrangers, puisque la police apportait chaque matin les mourants qu’ils trouvaient, étranger ou pas.