Le Grand Prix d'Allemagne 1967 (), disputé sur le Nürburgring le , est la cent-cinquante-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la septième manche du championnat 1967. La course était également ouverte, hors championnat, aux monoplaces de Formule 2.

Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 a adopté la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

À l'issue de la première demi-saison, l'équipe du pilote-constructeur Jack Brabham se trouve une nouvelle fois en position de force, Denny Hulme, vainqueur du Grand Prix de Monaco et régulièrement classé aux avant-postes, menant le championnat avec neuf points d'avance sur son coéquipier et patron, ce dernier étant à égalité de points avec Jim Clark qui s'est déjà imposé à deux reprises (aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne) au volant de sa nouvelle Lotus, techniquement supérieure à ses concurrentes mais dont la fiabilité laisse encore à désirer.

Le circuit

Au milieu des années 1920, le gouvernement allemand projeta la construction d'un immense circuit permanent près du château de Nürburg, au cœur de l'Eifel, dans le but de dynamiser cette région relativement pauvre de l'Allemagne occidentale. Après deux ans de travaux ayant mobilisé deux mille cinq cents ouvriers, le Nürburgring fut inauguré en à l'occasion du Grand Prix de l'Eifel, course remportée par la Mercedes-Benz de Rudolf Caracciola à 96,5 km/h de moyenne, sur le tracé de combinant la boucle nord («Nordschleife») et la boucle sud («Südschleife»). Rapidement surnommé « L'enfer vert » en raison de son parcours très difficile, le circuit se révèle particulièrement sinueux, avec un relief très marqué. Endommagé durant la Seconde Guerre mondiale, le circuit fut entièrement restauré à la fin des années 1940, la boucle nord, développant , étant réservée aux grandes compétitions internationales (épreuves de Formule 1, d'endurance ou Grand Prix moto) tandis que la boucle sud est surtout utilisée pour les épreuves nationales ainsi que pour le Marathon de la route. Afin de limiter la vitesse de passage devant les stands, une chicane a été ajoutée sur la dernière ligne droite, le nouveau tracé ayant été inauguré à l'occasion des 1000 km du Nürburgring 1967, disputés au printemps. Au volant de sa Chaparral, Phil Hill avait alors établi le meilleur tour en course, à 157,5 km/hRevue Sport Auto - , alors que, sur le parcours précédent, Jim Clark et sa Lotus F1 détenaient depuis 1965 le record de la piste, à 162,9 km/h de moyenneRevue L'Automobile - septembre 1965.

Monoplaces en lice Formule 1 thumb|upright=1.1|right|alt=Ferrari 312|La Ferrari 312/67, vue ici au cours d'une manifestation historique. Brabham BT24 & BT19 "Usine" Le pilote-constructeur Jack Brabham a engagé deux BT24, une pour lui et l'autre pour son coéquipier habituel, Denny Hulme. La conception de ces monoplaces, à châssis multitubulaire, est identique à celle des BT23 de Formule 2, la partie arrière étant adaptée à l'utilisation du moteur Repco. Doté de deux simples arbres à cames en tête, ce V8 est alimenté par un système d'injection mécanique Lucas. Il développe 330 chevaux à 8000 tr/min et se caractérise par sa grande souplesse d'utilisation et son excellente fiabilité. La transmission est assurée par une boîte de vitesses Hewland DG300 à cinq rapports. Très compactes, les BT24 pèsent 510 kg à vide. L'équipe dispose, en guise de mulet, de la BT19 avec laquelle Brabham a décroché le titre mondial l'année précédente. Elle utilise le même moteur que les BT24 mais pèse environ 25 kg de plus. Les Brabham officielles sont chaussées de pneus Goodyear.

Brabham BT20 privée Guy Ligier s'aligne sur l'ex BT20 de Denny Hulme, avec laquelle il va disputer sa deuxième course. Pesant 570 kg, elle est équipée de la première version du V8 Repco (avec sorties d'échappement à l'extérieur du vé), développant 300 chevaux à 7250 tr/min. Ligier utilise des pneus FirestoneRevue Sport Auto - .

Ferrari 312 "Usine" Depuis l'accident de Mike Parkes au Grand Prix de Belgique, Chris Amon reste seul à défendre les couleurs de la Scuderia Ferrari en Formule 1. Le pilote néo-zélandais dispose de deux 312/67 (à structure monocoque), dont une bénéficiant d'une nouvelle boîte de vitesses, plus compacte, et d'un moteur allégé grâce, notamment, à l'emploi de bielles en titane. Le poids à vide a ainsi été ramené à 535 kg, contre 550 kg pour le modèle servant de mulet. Le V12 à 36 soupapes est alimenté par injection indirecte Lucas et délivre 390 chevaux à 10000 tr/min. Une évolution avec distribution à quatre soupapes par cylindres est prévue pour le prochain Grand Prix d'Italie. Ferrari utilise des pneus Firestone.

Cooper T81 & T86 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Cooper T86|Une Cooper T86 à moteur V12 Maserati lors d'une course historique. Terminée à la hâte à l'occasion du Grand Prix de Grande-Bretagne, la nouvelle T86 n'a pas convaincu lors de sa première apparition, tenue de route et fiabilité laissant à désirer. Pour ses premiers tours de roues, le radiateur d'un ancien modèle avait dû être grossièrement adapté mais la voiture est désormais conforme aux plans de son concepteur, Derrick White. Équipée de la toute dernière version du V12 Maserati (Tipo 10) et d'une boîte cinq vitesses Hewland, cette monoplace à structure monocoque pèse 570 kg à vide. La puissance disponible est de l'ordre de 400 chevaux à 10000 tr/min, le V12 a cependant été légèrement dégonflé et sa puissance ramenée à environ 380 chevaux, le bloc allégé supportant mal les très hauts régimes. La nouveauté est une nouvelle fois confiée à Jochen Rindt, qui pourra également disposer, en réserve, de la T81B construite en début de saison, version améliorée du modèle 1966. Pedro Rodríguez pilotera quant à lui son habituelle T81, techniquement très proche de la T81B mais cependant plus lourde (640 kg contre 620 pour la version plus récente). La boîte «cinq» ZF a été abandonnée au profit de la Hewland, jugée plus fiable. Contrairement à la T86, les deux autres voitures reçoivent un V12 Maserati Tipo 9, bénéficiant du double allumage mais avec distribution à deux soupapes par cylindres, la puissance ressortant à 360 chevaux à 9000 tr/min. Les Cooper sont chaussées de pneus Firestone.

Cooper T81 privées Après la casse de son moteur à Silverstone, la Cooper T81 de Rob Walker, toujours confiée à Joseph Siffert, est maintenant équipée d'un V12 Maserati «24 soupapes» à double allumage, bénéficiant de la nouvelle ligne d'échappement (comme sur la version 36 soupapes), sa puissance étant évaluée à 360 chevaux. Ayant un moment envisagé de confié sa voiture à Andrea de Adamich, Joakim Bonnier s'aligne sur sa T81 personnelle, toujours pourvue d'un V12 à simple allumage (330 chevaux). Ces deux Cooper privées utilisent également des pneus FirestoneRevue L'Automobile n°257 - septembre 1967.

BRM P83 & P115 "Usine" thumb|Tony Rudd, concepteur des BRM, dans le paddock du Nürburgring BRM a finalisé la réalisation de son nouveau moteur V12 mais, malgré des premiers essais encourageants, continue à utiliser ses modèles à 16 cylindres. Jackie Stewart a le choix entre le dernier modèle P115 et la P83 de 1966, une deuxième P83 étant aux mains de Mike Spence. Disposant du même moteur H16 que les P83, la P115 pèse 665 kg à vide, soit 35 de moins que sa devancière. La puissance maximale est estimée à 400 chevaux à 10000 tr/min. La transmission de ces trois voitures à structure monocoque est assurée par une boîte de vitesses à six rapports, conçue et réalisée en interne. Les BRM utilisent des pneus Goodyear.

BRM P83 privée Le Reg Parnell Racing avait initialement ressorti son ancienne BRM P261 à moteur deux litres, plus fiable et plus maniable que la lourde P83, mais les organisateurs ont refusé son engagement. Aussi l'équipe privée britannique a-t-elle dû préparer en dernière minute sa P83 pour le Nürburgring, la voiture étant confiée à Chris Irwin.

Lotus 49 "Usine" Le Team Lotus aligne trois Lotus 49, les deux voitures accidentées à Silverstone ayant été réparées à temps pour l'épreuve allemande. Pour pallier la fragilité des suspensions, cause des récents incidents, les attaches ont été renforcées. Jim Clark et Graham Hill s'étant plaint de la difficulté de mettre les freins en température, des disques pleins ont été montés sur leurs voitures, seul le mulet conservant les disques ventilés. Les Lotus 49 sont les premières monoplaces adoptant le principe du moteur porteur : leur V8 Cosworth DFV (développé en partenariat avec Ford) supporte le train arrière et est directement boulonné sur le cockpit, le châssis monocoque ne comprenant pas de support de moteur. Grâce à ce concept et à la légèreté (168 kg) du V8, les Lotus dépassent à peine le poids minimal de 500 kg. L'alimentation est assurée par un système d'injection indirecte Lucas et la distribution par deux doubles arbres à cames en tête actionnant les 48 soupapes. La puissance maximale est de 400 chevaux à 9000 tr/min. Les accessoires d'allumage, initialement disposés au-dessus de la boîte cinq vitesses ZF, sont maintenant montés au centre du vé afin d'être mieux refroidis. Les Lotus sont chaussées de pneus Firestone.

Eagle T1G "Usine" L'équipe AAR aligne deux Eagle T1G à moteur V12 Weslake. Le pilote-constructeur Dan Gurney dispose du modèle allégé (châssis monocoque à base de titane et de magnésium) tandis que son coéquipier Bruce McLaren pilote un modèle antérieur, avec coque en aluminium. La puissance du V12 à double arbre à cames en tête et 48 soupapes est de 410 chevaux à 10000 tr/min. Gurney bénéficie d'un moteur neuf, avec système d'alimentation amélioré. Sa voiture pèse 525 kg à vide, contre 575 pour celle de McLaren. Les Eagle utilisent des pneus Goodyear.

Honda RA273 "Usine" Dans l'attente du nouveau modèle, réalisé en collaboration avec Eric Broadley pour la partie châssis, le constructeur japonais engage pour la dernière fois l'imposante RA273 pour John Surtees. Bien que cette monoplace soit la plus puissante du plateau (son V12 à double arbre à cames en tête et distribution à quatre soupapes par cylindre développe 420 chevaux à 10500 tr/min), elle est handicapée par son poids très élevé (740 kg à vide) et n'a pas permis au pilote britannique de briller cette saison. Le nouveau système d'injection, apparu à Silverstone, a toutefois permis de résoudre les problèmes d'alimentation à chaud. Pour l'épreuve allemande, la ligne d'échappement a été redessinée, avec des tubulures raccourcies. Depuis le Grand Prix de Grande-Bretagne, la Honda est chaussée de pneus Firestone.

Lola T100 "Usine" Le constructeur allemand BMW engage officiellement une Lola T100, monoplace de Formule 2 à structure monocoque équipée pour la circonstance d'un moteur de deux litres de type M10 et lestée pour atteindre les 500 kg requis. Dérivé de celui équipant les berlines et coupés 2000, le quatre cylindres préparé par l'ingénieur Ludwig Apfelbeck développe 265 chevaux. Cette voiture, équipée de pneus Dunlop, sera pilotée par Hubert Hahne.

Formule 2