Léonard Leymarie, né le à Seilhac et mort le à Port-Fontenoy, est un militaire français de la Première Guerre mondiale. Cultivateur dans le civil, il était soldat de dans le d'infanterie, . Il est connu pour avoir été fusillé pour l'exemple pendant la guerre de 1914-1918.

Biographie Léonard Leymarie naît au hameau de Champeil, commune de Seilhac, chef-lieu de canton du département de la Corrèze. Son père, Léonard Leymarie, âgé de 40 ans, et sa mère Marie dite Françoise Gaud, âgée de 37 ans, sont cultivateurs. Il épouse, le , Marie Françoise Mialoux, cuisinière, née le à Chamboulive, domiciliée au Coudert, village de Chamboulive, alors résidant à Libourne (Gironde).

Incorporé à compter du au de chasseurs à pied (B.C.P.), il arrive au corps le dit jour. Il est envoyé dans la disponibilité le étant devenu dispensé (il a un frère au service), en attendant son passage dans la réserve. Un certificat de bonne conduite (C.B.C.) lui est accordé. Il accomplit par la suite deux périodes d'exercice à Tulle, la première au R.I. et la seconde au R.I.. Rappelé en tant que réserviste par le décret de mobilisation générale, il est versé, le 1, au 305 régiment d'infanterie (Riom).

Invité par ses camarades de tranchée à aller se faire soigner pour une blessure à une main, il est traduit devant le Conseil de guerre spécial de la d'infanterie pour abandon de poste en présence de l'ennemi par « mutilation volontaire », sur les données très contestables d'un simple rapport médical, acte pour lequel il avait toujours protesté de son innocence, ayant été blessé à la main à son poste de guetteurLes Fusillés de la grande guerre, de Nicolas Offenstadt, 1999, , 153, 223..

À l'unanimité du jury, il est condamné à mort et aux dépens envers l'État le . La minute du jugement du Conseil de guerre permanent de la d'infanterie, séant à Saint-Bandry (Aisne), nous donne l'identité du président, le colonel Joseph Louis Marie Andlauer (1869-1956), commandant la d'infanterie, et des quatre juges (Roux, Ballay, Gignoux et Boucharie), tous nommés par le général Georges Louis Edmond Jullien (1858-1933) qui se trouve lui-même sous les ordres du général Étienne Godefroy Timoléon, comte de Villaret (1854-1931), commandant le Corps d'armée. L'accusé est « inculpé d’abandon de poste devant l’ennemi. » Les circonstances de cet « abandon de poste » ne sont pas indiquées ; les déclarations de l'accusé, des témoins et de son défenseur — le maréchal des logis François Guillaume, du (dans le civil, avocat inscrit au barreau de Clermont-Ferrand) — ne sont pas non plus rapportées. Enfin, on ne trouve pas mention de sa blessure à la main.

C'est en vain que l’abbé François Rochias (1880-1961), aumônier de la division, est venu intercéder auprès du général Jullien la clémence pour le condamné. La sentence est exécutoire le jour même à 16h30 à Port-Fontenoy, sur les bords de l'Aisne gelée. Leymarie laissera une lettre dans laquelle il clame son innocenceLettre publiée notamment dans Paroles de Poilus, 1998, ..

Le même tribunal de guerre condamnera, le , et fera exécuter, à trois kilomètres de là, par un autre peloton, Jean Grataloux (né le à Saint-Just-sur-Loire, Loire), soldat au R.I., accusé de mutilation volontaire.

Léonard Leymarie laisse deux enfants nés à Seilhac : André Louis () et Marie-Louise (), adoptés par la Nation (pupilles de la nation) par jugement du tribunal civil de Tulle daté du . Pour survivre, Marie Françoise Mialoux quitte Seilhac trois mois après le drame. Elle s'installe à Tulle, au , impasse Saint-Martin, où elle exerce le métier de ménagère.

Réhabilitation et mention « mort pour la France » Léonard Leymarie aurait été réhabilité si l’on en croit sa fiche, visible sur le site S.G.A. / Mémoire des hommesCe site met à la disposition du public les bases de données réalisées à partir de la numérisation et de l’indexation de fiches biographiques des morts pour la France de la Grande Guerre qui sont conservées par le ministère de la Défense.. Mais aucune date n'est donnée. C’est qu'en fait sa réhabilitation a échoué malgré les efforts répétés de la Ligue des droits de l'homme (LDH) dans les années 1920 : rejet, le , de sa demande de réhabilitation par la Chambre des mises en accusation de la Cour d'appel de LimogesArch. dép. Haute-Vienne 3 U 919., confirmation par la Cour de cassation, le , de l’arrêt rendu par Limoges, échec de l’ultime recours transmis au ministère de la Justice en 1925.

En revanche, Leymarie a bien eu la mention « mort pour la France » dont la création, postérieure à sa mort, remonte à la loi du . Son acte de décès qui porte le numéro 99 a été rédigé à Ambleny (Aisne) le par le lieutenant officier de l’état civil du R.I.. La transcription sur le registre d’état civil de Seilhac a été effectuée le (acte ). Cette mention a été inscrite rétroactivement sur les actes citésDepuis cette loi, la mention marginale « mort pour la France » est attribuée automatiquement à tous les combattants tués par l’ennemi.. C’est le cas pour tous les militaires décédés entre et l’entrée en vigueur de la loi de . Son attribution suit des critères bien précis. Le décès de Léonard Leymarie répond à deux d’entre eux : la mort est survenue en zone de guerre et il a été déclaré « tué à l'ennemi ». Cette ambiguïté s'est poursuivie en 1919 puisque, dans les documents constituant le dossier des enfants pupillairesArchives départementales de la Corrèze, série U., le père est dit « tué à Fontenoy » sans autre précision. Il en est de même, dans son registre matricule (classe 1910, ) où est portée la mention « Tué à l’ennemi le , à Port-Fontenoy » sans autre précision (Archives départementales de la Corrèze, série R).. Et les juges du tribunal civil de Tulle n'ont pas cherché à en savoir davantage sous peine d'empêcher la veuve et les enfants de bénéficier des lois aidant les familles des militaires défunts.

Le corps de Leymarie repose au cimetière militaire d'Ambleny. Pourtant, jusqu'en 2008, le nom du fusillé est demeuré absent du monument aux morts de Seilhac inauguré le dimanche Annonce parue dans le journal La Croix de la Corrèze du dimanche 28 novembre 1926.. Il a fallu attendre l’année 1994 pour que le maire de Fontenoy inaugurât, en novembre, à proximité de l'église, une stèle en l’honneur du Corrézien et d’un autre malheureux, Lucien Bersot, né le à Authoison (Haute-Saône) et fusillé pour avoir refusé de porter le pantalon couvert de sang d'un soldat mort sur le champ de bataille.

Le discours prononcé par le Premier ministre Lionel Jospin à Craonne le a ouvert des perspectives sur l'amnistie à accorder aux soldats fusillés pour l'exemple en 1917. Il a exprimé le souhait que ces militaires « réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale »Propos qui avaient fait scandale dans une partie de la classe politique à l'époque..

Michel Agnoux, secrétaire-adjoint de la section ARAC (Association républicaine des anciens combattants) de Saint-Jal, délégué à la Mémoire du comité départemental, s'est battu sans relâche pour que la Nation répare l’outrage consécutif à la condamnation « pour l’exemple » du soldat Leymarie et l’outrage à sa mémoire qui s’est ensuivi. Ses recherches ont commencé en 1999, après avoir lu l'ouvrage Paroles de poilus où la lettre laissée par le condamné est reproduiteMichel Agnoux s’est senti concerné par le sujet car il n'avait entendu parler ni de Léonard Leymarie alors qu'il avait enseigné au collège de Seilhac de 1968 à 1987, ni de sa veuve née au Coudert de Chamboulive où lui réside depuis 1958.. Sa première évocation du sort du militaire seilhacois remonte au dimanche à Saint-Jal, dans le cadre des activités de l'Amicale laïque. Michel Agnoux n'a cessé, depuis, de réclamer l’inscription du nom du fusillé sur le monument de Seilhac.

2006-2008 : évolution des mentalités En 2006, le sénateur de la Corrèze Georges Mouly attire l'attention de Hamlaoui Mekachera, alors ministre délégué aux anciens combattants, sur les « fusillés pour l'exemple ». Il lui demande l'état de la réglementation actuelle quant à l'inscription du nom des fusillés pour l'exemple réhabilités sur les monuments aux morts des communes, où ils ne figurent pasQuestion écrite publiée dans le JO du Sénat du 30 novembre 2006, ..

Dans sa réponse, le ministre rappelle que les noms des militaires fusillés pour l'exemple puis réhabilités peuvent être inscrits sur les monuments aux morts communaux, s'ils se sont vu attribuer la mention « mort pour la France ». Cette décision d'inscription incombe aux communes, sous la tutelle du préfet. Il n'existe toutefois aucune obligation d'inscription pour les communes.

L'article L. 488 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre distingue cinq catégories de morts pour la France : 1°) les militaires qui ont été tués à l'ennemi, 2°) ceux qui sont morts de blessures de guerre, 3°) les décédés de maladie contractée en service commandé en temps de guerre, 4°) les victimes d'accident survenu en service, 5°) ceux qui sont morts à l'occasion du service en temps de guerreRéponse du ministère délégué aux anciens combattants publiée dans le J.O. du Sénat le , ..

Le , jour du du déclenchement de l’offensive du chemin des Dames, le conseil général de l’Aisne vote symboliquement et à l’unanimité, un vœu invitant Le , le conseil général du Doubs délibérera dans le même sensDélibération du conseil général du Doubs..

Le , le président de la République Nicolas Sarkozy profite des célébrations du de l'armistice de la guerre de 1914-1918 pour évoquer, au fort de Douaumont, les fusillés pour l'exemple :

La déclaration présidentielle est saluée, le suivant, par Denis Tillinac, chroniqueur à La Montagne-Dimanche. L’écrivain corrézien se dit satisfait qu’au nom du « devoir de mémoire », les soldats envoyés au « poteau d’infamie » soient désormais associés aux hommages publics que l’on rend aux héros anonymes de la Grande Guerre (La Montagne-Dimanche, « Chronique du temps présent », 30 novembre 2008)..

La commune de Seilhac passe à l’acte en décidant de réparer l'injustice qui pèse sur son concitoyen fusillé et ses descendants. En 2008, un accord unanime du conseil municipal autorise l’inscription de Léonard Leymarie sur le monument aux morts dont la liste comptera désormais 93 noms. Une cérémonie spéciale est organisée le vendredi à l’initiative de la municipalité. Le maire Marc Géraudie y prononce un discours qui est suivi d'un dépôt de gerbe au nom de la communeArticle de Jacky Durand du journal Libération.. Une délégation de l’Aisne participe à cet hommage. Le conseil général de ce département est représenté par le vice-président chargé de la culture, divers conseillers généraux dont ceux de Craonne et de Vic-sur-Aisne, des représentants de l’association Soissonnais 14-18Pour plus de détails, lire l’article du journal La Montagne publié le 2 décembre 2008 et un nouvel article paru article sur le blog ldh19.over-blog.com..

Autres Corréziens fusillés pour l'exemple Le département compte trois autres Corréziens, tous fusillés en 1915 : Mathieu Léon Gasparoux, né le à Meymac, fils de Louis, maçon, et de Françoise Goudenèche. Soldat à la du d'infanterie, il a été fusillé pour désertion à Villers-Bocage (Somme) le . François Marsaleix, né le à Saint-Jal, fils de Martial et de Jeanne Besse, cultivateur. Chasseur à la du de chasseurs à pied, il a été exécuté le au camp de Tinfronce, près d’Aubure (Haut-Rhin) pour tentative de désertion. Marsaleix avait tué « à bout portant de deux coups de fusil » le chasseur Schlier qui l'avait surpris « essayant de franchir les lignes et de passer à l'ennemi »Gilles Quincy et Michel Agnoux, « Léonard Leymarie », Lemouzi, n° 191 ter, 2009, p. 98-99.. Léon François Peyrical, né le à Albussac, fils de Géraud et de Marie Leymarie, cultivateur. Soldat à la du d'infanterie, il a été fusillé le à Saint-Thomas-en-Argonne (Marne) pour refus d’obéissance en présence de l’ennemi.