Le musée Bagatti Valsecchi, une demeure historique du , est situé au cœur de la ville de Milan (Italie).
Le musée conserve des collections d’objets d’art, de peintures et d’arts décoratifs provenant en grande partie de la Renaissance italienne mais également des imitations Renaissance du . Ces collections sont disposées selon les désirs des premiers propriétaires dont la maison néo-Renaissance témoigne des pratiques aristocratiques de leur temps.
Historique
Origines À partir des années 1880, Giuseppe et Fausto Bagatti Valsecchi ont entrepris la transformation de la demeure familiale située entre la via Gesù et la via Santo Spirito aujourd'hui devenu musée. Le bâtiment, issu de nombreuses transformations successives, a été profondément remanié pour prendre l’aspect néo-Renaissance qui le caractérise aujourd’hui. Cette intervention architecturale ne relève pas seulement d'un choix esthétique, il s'agit d'un acte culturel délibéré, qui vise à inscrire la demeure dans une continuité idéalisée avec l’architecture lombarde du .
Dès la fin du , la maison Bagatti Valsecchi est perçue par ses contemporains comme un modèle d’habitat aristocratique. En 1885, le critique Paravicini la qualifie ainsi de « type accompli des demeures de la haute société », soulignant son caractère exemplaire dans le paysage culturel milanais.
Pendant les travaux de restructuration les deux frères ont réuni une importante collection de peintures, de sculptures, de mobilier et d’objets d’arts appliqués datant principalement des et . Ces œuvres sont acquises dans l’intention explicite d’être intégrées à la maison, conçue comme un ensemble cohérent dans lequel architecture, décors et collections dialoguent étroitement. Cette demeure est ainsi un exemple singulier de reconstitution historique, fondée sur une interprétation érudite et sélective du passé.
Le projet de Giuseppe et Fausto Bagatti Valsecchi se distingue également par l’attention portée aux innovations techniques de leur temps. Tout en revendiquant une fidélité esthétique à la Renaissance lombarde, ils ont doté leur maison des équipements les plus modernes disponibles à la fin du , notamment le chauffage, l’eau courante et l’éclairage électrique. Cette coexistence entre références historiques et modernité technique confère au projet un caractère particulièrement novateur.
Un emplacement selon le plan d'urbanisme Dans une chronique milanaise du début du siècle, on peut lire — confirmant l’écho rencontré par l’événement — qu’en 1883 « s’achèvent les travaux de la maison Bagatti Valsecchi, édifiée dans le style du ».
En effet, en inaugurant cette année-là la façade de la via Santo Spirito, les frères Giuseppe et Fausto Bagatti Valsecchi s’acheminaient vers l’achèvement de l’entreprise familiale qui les avait vus engagés dans la construction et l’aménagement de leur fastueuse demeure. Toutefois, une dizaine d’années plus tard, l’un des deux — Giuseppe — fut amené à mettre en quelque sorte un terme à une autre entreprise, cette fois de nature publique, mais commencée à peu près à la même époque que la précédente.
En effet, si vers 1875 leur mère, Carolina Bagatti Valsecchi, entreprit la restauration du palais, laquelle devait aboutir à sa complète reconstruction, de manière parallèle, en 1876, s’ouvrirent au sein du Conseil municipal de Milan les premières discussions sur l’opportunité d’adopter un Plan d’urbanisme général pour la ville. Un débat s’ensuivit, long et marqué par de vives oppositions : interrompu puis repris au fil des années, il trouva son épilogue en 1889, lorsque le premier Plan d’urbanisme milanais — connu sous le nom de « plan Beruto », du nom de l’ingénieur municipal qui l’avait élaboré — fut approuvé par la loi.
Sur la base de ce plan d’urbanisme, dans la zone nord-ouest de la ville, qui s’organisait autour de l’ancienne place d’Armes, surgirent plusieurs quartiers résidentiels, parmi lesquels ceux de Foro Bonaparte. C’est précisément dans ce contexte qu’en 1893 Giuseppe Bagatti Valsecchi signa, avec les autres membres de la commission d’évaluation, le rapport relatif à l’attribution des prix institués par la municipalité pour trois maisons qui, parmi celles à construire le long de la nouvelle voie reliant le Cordusio au Foro Bonaparte, se seraient distinguées comme les meilleures, tant pour la beauté architecturale, que pour la dignité de la construction et pour la correspondance rationnelle entre les parties extérieures et intérieures.
Le musée au Le Musée connaît une histoire complexe au cours du siècle avant son ouverture au public.
Après la mort des frères Fausto et Giuseppe Bagatti Valsecchi en 1914 et 1934, c'est le fils de Fausto, Pasino, et son épouse Carolina Venini qui deviennent propriétaires du Palais familiale et de ses collections. Au cours de la seconde guerre mondiale, une partie des oeuvres sont placées en sécurité dans leurs résidences de Varedo et Cardeno. Bien qu'endommagé par les bombardements, le palais est habitable après des opérations de restaurations menées en 1951.
En 1974 la région Lombardie acquiert le palais. Cette opération est rendue possible par l'amitié entre Pier Fausto Bagatti Valsecchi et Piero Bassetti, politicien, entrepreneur et alors président de la région Lombardie. Le est créée la Fondation Bagatti Valsecchi qui reçoit toute la collection. C'est à ce moment qu'ont lieu les premières opérations de restauration, d'inventaire et de catalogage des collections. L'année 1977 voit l'ouverture d'un premier espace d'exposition au rez-de-chaussée du palais.
Au cours des années 1980 le Palais n'est pas encore un musée ouvert au public. Une partie du bâtiment est dédiée au travail d'inventaire et de catalogage et l'autre accueille des bureaux de la région lombarde. En 1984 Rosanna Pavonni est nommée directrice du musée, poste qu'elle occupera jusqu'en 2002.
En 1990 la Fondation et le Gouvernement régional trouvent un accord sur le nouveau plan du musée. Ainsi, en 1994 vingt cinq salles sont ouvertes au public. L'année 1996 voit la création de l'Association des amis du Musée Bagatti Valsecchi et en 1998 la fondation reçoit le soutien de la région Lombardie dans l'élaboration d'un plan de faisabilité des travaux de restauration du musée. Sur la base de ce plan, les étudiants de l’École Polytechnique, spécialisés en restauration des monuments, créent un plan préliminaire des interventions nécessaires.
Enfin, dans les années 2000 le palais Bagatti Valsecchi est intégré au plan de la région qui crée un réseau des Maisons-Musées en Lombardie (y sont également intégrés le Musée Poldi Pezzoli, la Casa Boschi di Stefano et la Casa Necchi Campiglio).
Collections Les collections du musée Bagatti Valsecchi sont variées. On y trouve les catégories d'objets suivantes : mobilier, instruments de musique, instruments scientifiques, peintures, vitraux, sculptures, ivoires, arts verriers, céramiques, textiles, orfèvrerie, objets en cuire, horlogerie, objets métalliques et enfin une armurerie..
Ces œuvres sont présentées dans les diverses salles du musée et tentent de rendre au plus proche l'agencement souhaité par les frères Bagatti Valsecchi pour leur demeure. Cette collection, constituée sur un temps long, n'était en effet pas destinée à une présentation muséale mais bien à servir de cadre de vie dans la création d'une demeure néo-renaissance. C'est d'ailleurs ce que dit Giuseppe Bagatti Valsecchi dans son journal : « Dans la maison Bagatti Valsecchi nous n'avons pas voulu faire un musée ou une collection, mais bien la reconstruction d’une habitation seigneuriale de la moitié du environ où l'on trouve des objets des des genres les plus variés ».
Les modalités d'acquisition varient selon les objets. Certains ont été obtenus sur le marché de l'art via des marchands et antiquaires comme Gugliemo Alemansi à Venise. Dans de nombreux cas, notamment pour le mobilier, les objets sont des assemblages de fragments anciens et d'éléments neufs. C'est par exemple ce que pratiquent les frères Mora à Milan, des marchands qui créent eux-même ces assemblages et dont les frères Bagatti Valsecchi sont les clients. On trouve également des objets néo-renaissance créés par des artisans comme l'ébéniste et sculpteur Innocente Cattaneo qui en plus de restaurer certains meubles en conçoit des nouveaux. Enfin, on trouve aussi des faux dans cette collection notamment dans le cas de certains verres de Venise.
Un élément important dans la constitution de la collection et l’aménagement de la demeure est la bibliothèque. En effet, Giuseppe et Fausto Bagatti Valsecchi s'intéressent de près à la littérature produite sur l'art, l'architecture et les arts décoratifs. Ils créent ainsi une véritable documentation qui sert de base à leurs recherches et qui guide leurs acquisitions. Aujourd'hui, cette bibliothèque compte 480 titres mais était beaucoup plus vaste. On y trouve des grands classiques comme les traités de Vitruve, Serlio ou encore Habiti antichi e moderni de Cesare Vecellio. Ce sont également des écrits de contemporains comme Camille Boito ou Alfredo Melani. Il est intéressant de noter la présence de nombreuses revues : italiennes et étrangères comme par exemple L'arte ou Academy Architectural Review. Enfin les catalogues d'expositions et de collections de musées variés (du Musée du Louvre de Paris et du Musée de Brescia par exemple).
Le parcours de visite du musée est une déambulation au travers des diverses salles du palais qui ont conservé les noms rappelant la fonction initiale du lieu. On trouve par exemple la chambre de Giuseppe et Carolina dite « chambre rouge » ou encore la « salle à manger ». vignette|291x291px|Vue intérieure d'une salle du musée
Le style néo-renaissance et le point de vue Bagatti Valsecchi L'intervention menée par les deux frères dans leur demeure de la via Santo Spirito dépasse le simple patriotisme municipal et la codification symbolique, du moins dans leur acception générale.
Le triomphe d’une néo-Renaissance « de régime » aurait fini par en faire un style populaire, notamment à travers sa diffusion auprès du grand public lors des Expositions nationales. La façade de celle de Milan en 1881 était précisément du style de la Renaissance, « afin de donner une impression de grandeur », tout comme le furent majoritairement les pavillons de l’Exposition de Turin de 1884. Ce langage, illusionniste par nature — caractéristique de l’éclectisme en général et, plus encore, des Expositions éphémères — reposait sur l’usage de matériaux pauvres (le bois imitant le marbre, le carton travaillé comme du faux bois) et, surtout, sur un principe de sérialité, rendu possible par la reproductibilité industrielle et artisanale de ses formes. Cette diffusion massive finit par vider ce style de sa signification sociale, en raison de son appropriation interclassiste (fût-ce à des fins promotionnelles) et de l’inflation qui en résulta. vignette|292x292px|Vue d'une salle du musée Afin d’en préserver le caractère exclusif, les Bagatti Valsecchi choisirent sans doute la seule voie possible : celle de l’authenticité — ou de l’hyperréalisme — et d’une recherche systématique, presque obsessionnelle, de pièces originales. Cette démarche est attestée par le remplacement des papiers peints « imitation bois de chêne », des tentures « imitation cuir » et des soubassements « imitation marbre » par des matériaux authentiques, ainsi que par l’acquisition d’objets anciens.