Lorganisation des institutions politiques de l'Inde découle en grande partie des institutions introduites lors de la colonisation britannique, auxquelles se mêlent des caractéristiques propres. Ainsi, l'Inde est une république fédérale qui combine un système parlementaire fondé sur le suffrage universel et l'existence de droits particuliers pour certaines castes.

La vie politique indienne est marquée par des tensions entre ses tendances centralisatrices et séparatistes, des tensions communautaires et des inégalités de revenus. Les contrastes particulièrement marqués de l'Inde ont été résumés, dans les années 1960, par cette formule de l'ambassadeur et économiste américain John Kenneth Galbraith : « L'Inde est une anarchie qui fonctionne »« India : Functioning anarchy », par Mark Tully in CNN.com, 01/03/2001..

Organisation de la République d'Inde

Selon sa Constitution, l'Inde est « une république souveraine, socialiste, laïque, démocratique. » Elle a hérité du système parlementaire britannique dans lequel le chef d'État n'exerce qu'un rôle cérémonial et l'essentiel du pouvoir exécutif est exercé par le chef du gouvernement, responsable devant la chambre basse du Parlement.

Comme les États-Unis, l'Inde a adopté un système fédéral de gouvernement. Cependant, le gouvernement central y exerce un plus grand contrôle sur les États fédérés.

Gouvernement central

L'exécutif du gouvernement central appartient au président de l'Inde, élu au suffrage indirect pour une durée de cinq ans. Le vice-président de l'Inde le remplace en cas de vacance, avant l'élection d'un nouveau président. Le rôle du président est toutefois essentiellement représentatif, le pouvoir exécutif étant du ressort du Cabinet que dirige le Premier ministre, responsable devant la Lok Sabha.

Le Parlement indien est composé de deux chambres : la Lok Sabha ou Chambre du Peuple, élue au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, et la Rajya Sabha ou Conseil des États, élue au suffrage indirect et renouvelée par tiers tous les deux ans.

États et territoires

thumb|300px|Structure administrative de l'Inde L'Inde est divisée en 28 États et 8 territoires. Les compétences des États concernent notamment la justice, la police, l'économie ou l'éducation.

Dans les États et dans deux territoires (Delhi et Pondichéry), il existe une Assemblée législative (Vidhan Sabha) élue tous les cinq ans, un ministre en chef, chef du gouvernement et responsable devant l'Assemblée, et un Gouverneur nommé par le Président de l'Inde qui nomme le ministre en chef et les membres du gouvernement.

La Constitution indienne prévoit la suspension des organes politiques des États en cas de crise politique: le President's rule est décrété par le président sur l'avis du Premier ministre et a pour conséquence de confier l'essentiel du pouvoir dans les mains du gouverneur de l'État pour une période maximale de six mois.

Justice

Le pouvoir judiciaire en Inde repose sur des tribunaux dont le plus important est la Cour suprême de l'Inde. Celle-ci se compose d'un juge-en-chef de 25 autres juges, tous désignés par le président. Après une longue lutte judiciaire des années 1950 à la fin des années 1970, l'indépendance de la Cour suprême est aujourd'hui acquise, celle-ci s'étant arrogé le pouvoir de contrôle de constitutionnalité des lois adoptées par le Parlement, y compris des réformes constitutionnelles elles-mêmes. La Cour suprême arbitre également les conflits entre les États et le gouvernement central et constitue la dernière juridiction d'appel au-dessus des vingt et une Hautes Cours des États.

Les Hautes Cours, qui siègent dans les États et territoires de l'Inde, sont principalement des juridictions d'appel et examinent les litiges issus des tribunaux subalternes tels que les tribunaux de district ou de localité.

Démocratie locale

Les États sont administrativement divisés en districts.

Depuis 1992, il existe dans tous les États indiens des administrations locales élues au suffrage universel tous les cinq ans: des panchayats pour les villages des municipalités pour les villes Leurs compétences et financements varient en fonction de leur taille et d'un État à l'autre. La Constitution indienne prévoit qu'un tiers des sièges des organes délibérant de ces administrations soit réservé aux femmes.

Partis politiques

Congrès national indien (INC)

thumb|200px|Slogan politique peint sur un mur. Fondé en 1885, le Congrès est le parti de Jawaharlal Nehru et du Mahatma Gandhi. Après avoir mené la lutte pour l'Indépendance du pays, le parti domine largement la vie politique indienne jusque dans les années 1970 en adoptant une orientation socialisante (industrialisation, dirigisme économique, révolution verte, rapprochement avec l'URSS, etc.). Sous le leadership d'Indira Gandhi, fille de Nehru, le Congrès s'affaiblit, victime de nombreuses scissions et de la concurrence des partis régionaux et de castes. Il perd les élections pour la première fois en 1977, après deux années de régime autoritaire décrété par Indira Gandhi. À partir des années 1980, et surtout 1990, le Congrès adopte des positions plus libérales : Manmohan Singh, ministre des Finances à partir de 1991, préside à la libéralisation de l'économie indienne. Depuis 1998, il est présidé par Sonia Gandhi. Arrivé en tête aux élections de 2004, le Congrès revient au pouvoir en formant l'Alliance progressiste unifiée avec Manmohan Singh comme Premier ministre. Il retient le pouvoir aux élections de 2009.

Bharatiya Janata Party (BJP)

Le BJP est fondé en 1980 après l'éclatement de la coalition du Janata Party. Il est l'héritier d'une tradition nationaliste née avant l'indépendance et hostile au Mahatma Gandhi. Proche du Vishwa Hindu Parishad (VHP), une organisation religieuse, et du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), organisation extrémiste nationaliste hindoue, le BJP émerge réellement à la fin des années 1980 et le début des années 1990, notamment après la destruction de la mosquée d'Ayodhya. Le BJP a dirigé l'Inde avec une coalition de partis régionaux regroupé dans l'Alliance démocratique nationale entre 1998 et 2004 avec Atal Behari Vajpayee pour Premier ministre. Depuis les élections générales de 2004, le BJP était le premier parti d'opposition à la Lok Sabha. Il remporte les élections de 2014 où il obtient la majorité absolue pour la première fois de son histoire.

Autres partis Bahujan Samaj Party: parti des basses castes, en particulier des Intouchables, présent principalement en Uttar Pradesh. Parti communiste d'Inde (marxiste) et Parti communiste d'Inde: présents principalement dans le Bengale Occidental et au Kerala. Il existe en Inde une multitude de partis régionaux, dont notamment le Nationalist Congress Party, le Nationalist Trinamool Congress, le Janata Dal (Secular), le Shiromani Akali Dal, le Dravida Munnetra Kazagham et le All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam.

Principaux thèmes de la politique indienne Réformes économiques

Nehru avait opté pour des choix économiques socialistes, dans le cadre d'une économie de marché. Les années 1950 à 1970 virent le développement de l'industrie lourde et des réformes agraires, la révolution verte permettant une autosuffisance alimentaire. À partir des années 1980, l'Inde connut des difficultés économiques, telle qu'un déficit commercial important et de faibles réserves en devises. Une lourde bureaucratie et le régime de la Licence raj (un système dirigiste de régulations et d'autorisations, propice à des pratiques de corruption) étaient considérés comme de sérieux freins au développement économique. La fiscalité, en revanche, a toujours été faiblement développée ou fréquemment ignorée par les contribuables.

Le démantèlement de ce système commença au début des années 1990. Rajiv Gandhi, dans les années 1980, avait déjà initié de timides avancées vers l'ouverture au marché international. Mais les premières réformes significatives furent entreprises par le gouvernement de P. V. Narasimha Rao (parti du Congrès), à partir de 1991. Leur principal architecte fut le ministre des finances, l'économiste Manmohan Singh (Premier ministre jusqu'en 2014 et l'élection de Narendra Modi). Les principales mesures concernent la baisse des tarifs douaniers, l'ouverture aux investissements étrangers et la privatisation d'une large partie des entreprises publiques. Bien qu'ayant fait campagne sur la défense de l'autarcie économique du pays (swadeshi), le BJP a accentué ces réformes une fois au pouvoir, entre 1998 et 2004.

L'économie indienne partiellement libéralisée a bénéficié de taux de croissance élevés (jusqu'à plus de 8 %). Pouvant compter sur une main d'œuvre bon marché et un niveau de formation universitaire très performant (notamment dans les sciences), l'Inde s'est spécialisé dans les techniques de pointe (informatique, chimie, pharmacie) et le marché international des services (télématique). La ville de Bangalore, dans le Karnataka, est considérée comme la Silicon Valley indienne. Les investissements de la diaspora indienne contribuent beaucoup au développement économique. Cependant, il est toujours limité par la bureaucratie, le clientélisme et la faiblesse des infrastructures.

Politiquement, si la croissance a pu profiter au secteur marchand et aux classes moyennes émergentes (entre 100 et 300 millions d'individus), elle a aussi provoqué le mécontentement de ceux qui n'en ont pas profité, en particulier dans les campagnes et parmi les castes les moins élevées. L'apparition de produits et de modes de consommation occidentaux a rebuté les nationalistes. Et la majorité de la population restée pauvre ne perçoit pas l'éventualité d'un partage des fruits de la croissance. De plus, le développement a surtout profité aux États du Sud (Tamil Nadu, Karnataka, Andhra Pradesh) ou de l'Ouest (Gujarat, Pendjab, Maharashtra), et pas au Nord ou à l'Est. Lors des élections générales de , le BJP a commis une erreur psychologique en faisant campagne sur une "Inde qui brille" et a perdu le pouvoir, malgré de bons résultats économiques, et le parti du Congrès l'a emporté, malgré un score médiocre. Ces ressentiments ont surtout bénéficié aux partis de gauche comme le Communist party of India (Marxist), ou aux partis de basses castes, comme le Samajwadi Party ou le Bahujan Samaj Party. Certains partis régionaux, comme le Telugu Desam Party en Andhra Pradesh, ont cependant prospéré à partir des années 1990 en revendiquant un développement économique plus décentralisé et libéral.

L'ouverture économique a parfois eu des répercussions néfastes (pollution par une usine Coca-Cola dans le Kérala, expropriations pour la construction d'une centrale électrique par Enron dans le Maharashtra, paysans endettés par l'achat de semences OGM Monsanto peu performantes dans l'Andhra Pradesh). Avec des personnalités comme Vandana Shiva ou Arundhati Roy, le mouvement altermondialiste rencontre un certain écho en Inde, où s'est déroulé le forum social mondial, en à Bombay.

Le gouvernement indien, soutenu par la Bolivie, le Venezuela et Cuba, a refusé de signer l'accord sur la « Facilitation des échanges » de l'OMC en , préférant protéger les petits agriculteurs locaux et la sécurité alimentaire du pays.

Castes et système des quotas

La Constitution de 1950 a officiellement aboli l'intouchabilité et interdit les discriminations fondées sur les castes. Bhimrao Ramji Ambedkar, le rédacteur de la constitution indienne, était lui-même un intouchable. Il représente aujourd'hui un symbole fort pour ceux qui souhaitent sortir du système des castes, et nombre de Dalits se sont comme lui convertis au bouddhisme dans ce but. Cependant, les castes restent un des éléments déterminant de la politique indienne.