Mithra (Miθra en avestique, Mihr en pehlevi, Mehr dans le zoroastrisme contemporain) est un dieu vénéré durant l'Antiquité chez les peuples de langue perse, issu d'une divinité indo-perse, tout comme son équivalent dans les religions indiennes, Mitra. Mithra est le dieu garant des contrats, une divinité aux aspects solaires, maître du ciel diurne, qui présente également des aspects guerriers, et dans plusieurs pays est un garant de la royauté. Il est surtout connu par la description qu'en donne un des hymnes de l'Avesta, le texte sacré du zoroastrisme, appelé Mihr Yašt. En dehors de cette source, le culte de Mithra dans les pays perses de l'Antiquité est peu documenté, mais il est tout de même attesté sur plusieurs siècles, Mithra restant une figure majeure des cultes perses, sans toutefois égaler en importance le dieu créateur Ahura Mazda/Ohrmazd, jusqu'à ce que l'expansion de l'islam ne vienne marginaliser le zoroastrisme.
Son culte fut adapté et connut un important développement dans l'Empire romain aux de notre ère, sous une forme originale qui ne présente que des liens ténus avec les religions perses, même si elle conserve quelques aspects qui rappellent aux Romains les origines orientales du dieu (culte de Mithra). Une mythologie particulière s'est développée, dans laquelle le dieu met à mort un taureau afin de permettre la régénération du monde. C'est un culte à mystères, réservé à des initiés qui cherchent une relation personnelle avec le dieu, qui le vénèrent dans des sanctuaires spécifiques, en dehors des rites traditionnels publics de la religion gréco-romaine. Il ne s'agit pas pour autant d'une nouvelle religion à proprement parler, contrairement à ce qui a pu être proposé par le passé quand le « mithraïsme » était vu comme un rival du christianisme. Le culte romain à Mithra est désormais interprété comme une des composantes des cultes polythéistes de son temps, non exclusive des autres.
Origines : une divinité indo-iranienne
Mithra est à l'origine une divinité indo-iranienne, c'est-à-dire une divinité des peuples parlant les langues qui sont les ancêtres des langues indiennes (« Indo-aryens ») et iraniennes. Plus exactement, dans le monde indien se trouve une divinité appelée Mitra, en védique, tandis que dans le monde iranien son nom se rencontre sous la forme Mithra (Miθra ; sauf en vieux perse, qui présente la forme Mitra). La quasi-similitude des noms laisse peu de doutes sur le fait qu'il existait à l'origine une divinité commune, à une période préhistorique non documentée par des textes, qui est à l'origine des variantes indienne et iranienne, consécutives à la séparation des peuples et leur scission en deux groupes linguistiques. Le nom du dieu dérive du terme mitrá signifiant « contrat », avec la connotation d'alliance, d'accord ou de promesse, et qui plus tard en sanskrit prend le sens d'« ami ». Les deux divinités ont également un aspect de dieu solaire.
Le Mitra indo-aryen est mentionné dans un traité daté des environs de 1330 av. J.-C., conclu entre un roi hittite et un roi du Mittani, parmi les divinités garantes de l'accord pour le compte du second. La dynastie du Mittani avait probablement des origines indo-aryennes, et préservé en héritage une poignée de divinités de cette culture, bien qu'elle se soit fondue dans la culture nord-mésopotamienne de son temps, dont la langue dominante était le hourrite. De fait Mitra et les autres dieux indo-aryens ne sont pas attestés par d'autres documents provenant du Mittani, et n'ont manifestement pas eu un rôle important dans la religion de ce royaume.. Mitra est surtout attesté dans le Rig Veda, texte fondamental de la religion védique, parmi le groupe de divinités appelées āditya, dans lequel il est associé au grand dieu Varuna. Un seul hymne du Rig Veda lui est consacré, ce qui semble indiquer qu'il n'a pas une importance significative dans la religion védique.. La description de Mitra telle qu'elle ressort de cet hymne présente de nombreux points communs avec les caractéristiques qu'a Mithra dans l'Avesta, ce qui renvoie à leur origine commune. La principale différence entre les deux est le fait que le Mitra védique n'a pas des aspects martiaux aussi prononcés que ceux du Mithra avestique..
Mithra, dieu du monde iranien Mithra est une divinité des peuples de langue iranienne de l'Antiquité, dont les religions présentent des caractéristiques très similaires. Il est courant de les désigner sous le nom de « zoroastrisme », du nom du prophète auquel est attribuée une réforme majeure des cultes iraniens, Zoroastre/Zarathoustra, ou de « mazdéisme », du nom du dieu suprême des Perses, Ahura Mazda. La généralisation de ces dénominations pour les époques antiques est néanmoins discutée (notamment celle de l'Empire achéménide), car la documentation est généralement trop limitée pour trancher.. Quoi qu'il en soit, Mithra est une divinité attestée sur plusieurs siècles dans les pays de langue iranienne, depuis l'Avesta et les inscriptions des rois perses de la dynastie des Achéménides, jusqu'aux religions iraniennes de l'Antiquité tardive, comme le mazdéisme de l'époque des Sassanides et le manichéisme.
Dans l'Avesta : le Mihr Yašt Un des hymnes (yašt) de l'Avesta, le texte sacré de la tradition mazdéenne, est consacré à Mithra, le dixième hymne, aussi connu sous son nom en moyen perse, Mihr Yašt (« Hymne de Mihr (= Mithra) »)Traduction : .. C'est un des hymnes les plus longs de cet ensemble de textes, et la source d'informations essentielle sur la figure de Mithra dans la religion iranienne antique. Il est issu d'une tradition orale qui puise sans doute ses racines dans la culture indo-iranienne, ce qui explique les points communs avec l'hymne védique consacré à Mitra.
Comme pour les autres textes constituant l'Avesta, la date de sa composition, de ses divers remaniements, et celle de sa fixation par écrit sont débattues : la première élaboration orale peut remonter au , la mise par écrit est datée de l'époque sassanide tardive. C'est l'hymne du seizième jour du mois zoroastrien (de trente jours). Il débute par l'ordre du dieu suprême du mazdéisme, Ahura Mazda, que Mithra soit vénéré autant que lui-même, en tant que dieu garant des contrats, et développe ensuite les différents aspects de ce dieu sous la forme de louanges et prières.Philippe Swennen, « L'hymne avestique à Mithra », dans .. Le dieu y (J. Kellens) : .. Il a un aspect solaire, qui semble tout aussi ancien que son rôle de garant des contrats. Il n'est cependant pas le Soleil lui-même (c'est le dieu Xwar). Mithra est également chargé de propager la religion mazdéenne.
Mithra dans les calendriers cultuels D'après le calendrier zoroastrien tel qu'il peut être reconstitué en partant d'éléments glanés dans l'Avesta et complété d'autres sources, il apparaît qu'un mois est consacré à Mithra et porte son nom (Miθrahe en avestique). C'est le septième mois, occupant la position médiane dans le calendrier de douze mois. Un jour du mois zoroastrien est également consacré à Mithra (Miθrahe également), le seizième, donc là encore en position médiane (c'est un mois lunaire de trente jours). La grande fête consacrée à Mithra, appelée Mihragān à partir de l'époque sassanide, se tient d'ailleurs le seizième jour du septième mois ; elle semble attestée dès l'époque achéménide (voir plus bas).. Des calendriers de tradition zoroastrienne se retrouvent en Arménie (calendrier arménien), en Cappadoce (calendrier cappadocien), à l'époque sassanide, avec un mois consacré à Mithra (MITHΡĒ en Cappadoce, Mehekan-i en Arménie, Mihr à l'époque sassanide), peut-être dans les Empires achéménide et parthe, et le calendrier persan moderne comprend un mois nommé Mehr..
Sous l'Empire achéménide Il a pu être proposé que Mithra ait été le grand dieu des Mèdes, peuple de langue iranienne qui a disposé d'un royaume puissant dans la première moitié du , mais cela reste très conjectural en l'absence de source sur le panthéon mède. Les inscriptions des premiers rois de la dynastie perse des Achéménides (550-330 av. J.-C.), dont les fameux et , ne mentionnent explicitement que le grand dieu Ahura Mazda, aux côtés des « autres dieux qui existent », qu'ils ne nomment pas. Il faut attendre le règne d' (404-358 av. J.-C.) pour trouver une mention de certains de ces autres dieux (baga), la déesse Anahita, et le dieu Mithra, invoqués pour protéger le souverain contre le mal. Les raisons de cette évolution ne sont pas déterminées. Les auteurs grecs évoquent également Mithra dans le contexte achéménide : Xénophon dit que Cyrus le Grand prêtait serment par le dieu et à l'époque romaine Plutarque indique qu'Artaxerxès II fait de même, mais que ce dieu a alors une position mineurePhilippe Swennen et Laurent Bricault, « Mithra avant Rome », dans ..
La présence de Mithra se retrouve dans des noms de personnes qu'il sert à former (théophores), attestés par diverses sources sur l'époque achéménide, notamment parmi l'élite dirigeante perse. ; ainsi dans des papyri mis au jour à Éléphantine en Haute Égypte () se trouvent Mithra-dāta (Mithridate), « (enfant) donné par Mithra » et Mithra-yazna, . Il est d'ailleurs possible que le culte de Mithra soit introduit en Égypte à cette période, ou un peu après, puisque deux papyri en grec datés du mentionnent apparemment des temples de Mithra (Mithraion / Μιθραίον). Mais ce point est débattu..
En revanche Mithra n'apparaît pas dans l'archive des fortifications de Persépolis, qui documente notamment des dépenses effectuées pour le culte de divinités vénérées en Perse. Il n'y a aucune attestation assurée de son culte à l'époque achéménide. Il a néanmoins été proposé que la grande fête mazdéenne dédiée à Mithra, le Mehragān, ait lieu dès cette période, mais les arguments en ce sens sont limités, notamment l'évocation d'une fête appelée Mithrakāna à l'époque achéménide par Strabon, qui écrit plusieurs siècles plus tard... Le mois appelé Bāga-yādi, le mois du « sacrifice au dieu », apparaissant dans l'archive de Persépolis, est peut-être celui de la grande fête de Mithra.
Sous les Empires séleucide et parthe Après la chute des Achéménides face à Alexandre le Grand dans les années 330 av. J.-C., une grande partie des pays iraniens passe sous la domination de la dynastie gréco-macédonienne des Séleucides, période durant laquelle l'influence grecque se fait ressentir sur ces régions. Les rois séleucides s'associent à plusieurs reprises à l'image de la divinité solaire Hélios, ce qui dans leurs possessions orientales pourrait refléter une volonté de s'approprier l'image des dieux solaires locaux, dont Mithra, et la légitimité qu'ils confèrent aux souverains aux yeux de leurs sujets non-Grecs..
thumb|Pièce de monnaie d' montrant au revers le roi agenouillé devant Mithra.