La bataille de Flodden Field, du , oppose une armée écossaise commandée par le roi Jacques IV, et une armée anglaise, commandée par Thomas Howard, comte de Surrey. Elle s'achève par la défaite des Écossais et la mort du roi Jacques IV.
En ce qui concerne le nombre de participants, c'est la plus grande bataille qui ait eu lieu entre ces deux nations.
Elle porte le nom d'une localité située dans le comté de Northumberland, dans le Nord de l'Angleterre, qui n'est pas la plus proche de l'endroit où elle a eu lieu, le village de Branxton, mais d'une localité, où les Écossais avaient stationné précédemment.
Contexte
thumb|right|Jacques IV d'Écosse Jacques IV a déclaré la guerre à l'Angleterre en vertu de l'Auld Alliance de l'Écosse et de la France, afin de détourner les troupes anglaises d'Henry VIII de leur offensive contre la France de Louis XII, lancée dans le cadre de la guerre de la Ligue de Cambrai, c'est-à-dire la quatrième guerre d'Italie (1508-1513).
L'Angleterre est en effet entrée dans la Sainte Ligue, coalition formée en 1511 par le pape Jules II contre Louis XII et a attaqué la France.
Prenant prétexte du meurtre de Robert Kerr, gouverneur des marches écossaises de l'Est, tué en 1508 par l'Anglais John Heron, Jacques IV envahit l'Angleterre avec une armée d'environ .
Forces en présence et manœuvres préliminaires L'armée de Jacques IV La plupart des soldats qui l'accompagnent sont armés de la pique continentale de , près de 2 mètres plus longue que la pique traditionnelle des schiltrons écossais. Cette arme avait acquis une réputation redoutable entre les mains des lansquenets suisses et allemands, mais elle ne pouvait être utilisée efficacement que par des unités extrêmement disciplinées. Le capitaine français Antoine d'Arces, et quarante de ses compatriotes, ont été chargés d'entraîner les Écossais à l'usage de cette arme. On peut se demander cependant si l'infanterie écossaise avait eu assez de temps pour se familiariser avec cette technique nouvelle, ou si la configuration du terrain, où elle évolua, lui avait permis de tirer pleinement parti de l'entraînement reçu.
À la suite de l'infanterie vient l'artillerie : le maître canonnier, Robert Borthwick, et ses dix-sept canons au total, qui ont nécessité 400 bœufs pour les acheminer depuis Édimbourg. L'artillerie écossaise est trop lourde pour une campagne ouverte et ne fait que ralentir l'armée. Si ces gros canons peuvent abattre les murs d'un château, ils sont difficiles à manœuvrer sur un champ de bataille. De plus, ces armes demandent des servants qualifiés, or Jacques IV a envoyé ses meilleurs canonniers sur sa flotte peu avant.
L'armée écossaise est composée en majorité de recrues inexpérimentées.
L'entrée en Angleterre Jacques IV traverse la frontière le .
Beaucoup de soldats écossais sont démoralisés par les nombreux blessés lors de l'assaut du château de Norham.
Pour aggraver les choses, le temps est déplorable, continuellement humide et venteux pendant toute la campagne. Des maladies commencent à apparaître. Rassemblant le butin qu'ils ont pu amasser, certains décident simplement de rentrer chez eux. Au début de septembre, il est arrivé tant d'hommes à Édimbourg que le conseil municipal fait une proclamation : « Nous ordonnons fermement au nom du roi, notre souverain, que toutes les personnes qui viennent de son armée y retournent immédiatement. »
L'armée de Thomas Howard Le comte de Surrey a rassemblé toutes ses troupes au début du mois de septembre.
Il dispose d'une armée de 26 000 hommes environ, composée principalement d'archers et de fantassins, armés du vouge, la version anglaise de la hallebarde continentale, une pique longue de 2,5 mètres disposant à son extrémité d'une lame redoutable en forme de hache, qui peut couper ou frapper. Tous sont à pied, excepté William Dacre, qui dispose de 1 500 cavaliers légers.
Invitation à la bataille et acceptation de Jacques IV Surrey veut éviter que Jacques IV s'éclipse, comme il l'a fait lors de son invasion de 1497. Il lui envoie un messager depuis sa base d'Alnwick, l'invitant à livrer bataille le . Jacques répond qu'il a l'intention d'attendre Howard jusqu'à midi de ce jour-là.
Ses raisons d'accepter le défi ne sont pas claires, puisque la plupart des généraux écossais depuis Robert Bruce ont refusé de grandes batailles avec les Anglais, à moins que les circonstances soient exceptionnelles. L'explication la plus courante est qu'il aurait été aveuglé par des notions désuètes de chevalerie et d'honneur, bien que deux autres facteurs puissent l'avoir également influencé.
Tout d'abord il semble évident que Jacques avait confiance en la taille de son armée, qui était au moins aussi forte, sinon plus, que celle de son ennemi. Il était fier de ses artilleurs et de ses piquiers, et impatient de les faire se révéler dans la bataille. Il y avait toujours le danger des archers anglais, mais la plus grande partie des troupes de Jacques était protégée par les toutes dernières armures ou portait de lourds boucliers de bois pour contrer les effets des volées de flèches.
En second lieu, il avait choisi une très forte position, d'où il pouvait supporter une attaque frontale de Surrey. Juste de l'autre côté de la rivière , à partir du château de Ford, s'étendent les contreforts nord-est des monts Cheviot, dont le plus haut sommet est Flodden Hill. De nos jours, c'est une pente sans arbres, s'élevant à 150 mètres au-dessus du niveau de la mer. À partir de Flodden, le terrain s'abaisse vers le nord-ouest, avant de remonter à Branxton Hill. Par l'ouest, l'approche est dissimulée par Moneylaws Hill. L'ensemble de la position ressemble à un immense fer à cheval, dont la face ouverte fait face à l'est à la rivière Till. Ce fut là, dans cette grande forteresse naturelle que Jacques plaça son armée. La bataille de Bannockburn avait montré l'importance du choix de la position, mais la position de Flodden était plutôt trop forte : toute attaque directe était suicidaire. Jacques n'était pas Robert Bruce, et Surrey n'était pas .
La bataille Aux alentours de Flodden Le , l'armée anglaise entra dans la vallée de la Till. De là, elle voyait clairement les Écossais à quelques kilomètres à l'ouest. La force de la position ennemie fut immédiatement évidente pour Surrey. L'Exacte rencontre (The Trewe Encountre), un récit écrit juste après la bataille, décrit ce qu'il vit :
Pour la deuxième fois, Surrey envoya un messager, se plaignant auprès de Jacques qu'il avait choisi une position qui ressemblait trop à une forteresse, et l'invitant à venir se battre au niveau de la plaine, près de Milfield. Bien entendu, Jacques refusa. Maintenant nous savons que Jacques désirait se battre, mais qu'il voulait en garder l'initiative. Surrey devait venir à lui, car lui n'irait pas à Surrey. Ironiquement, selon ce que l'on sait maintenant, Jacques s'en serait mieux tiré s'il avait accepté l'invitation de Surrey, permettant à ses piquiers de tirer avantage du terrain plat de la plaine.
Surrey était face à un choix difficile. À court de vivres, il devait soit abandonner le terrain, soit effectuer une manœuvre risquée, consistant à contourner les Écossais en marchant vers le nord et vers l'ouest, pour prendre place dans les lignes de communication de Jacques, le forçant à sortir de sa position présente et à marcher vers la frontière. Le fait que Jacques n'abandonna pas Flodden, ou qu'il ne le fit que lorsqu'il était trop tard, donna à l'Angleterre une de ses victoires les plus complètes sur l'Écosse de toute leur histoire commune.
Surrey commença sa marche le soir du . Durant la matinée suivante, son armée traversa la Till en deux points. La majeure partie, les divisions d'Edmund Howard et de Thomas Howard avec de l'artillerie, traversa à Twizel Bridge, tandis que le reste de l'armée, les troupes de Surrey, de Dacre et de Stanley, franchirent la Till près de Milford Ford. Puis l'armée se dirigea vers le sud, vers Branxton Hill.
Branxton Jacques ne sut qu'il avait été contourné probablement qu'un peu après midi. La visibilité était mauvaise, le temps continuant à être humide et venteux. La seule position défendable restait Branxton, dans la partie nord de la forteresse naturelle, et l'armée écossaise commença son lent redéploiement. Une fois cela fait, Jacques organisa sa ligne de front en quatre divisions. Le flanc gauche, sous le commandement conjoint de Lord Hume et du comte de Huntly, était composé d'hommes de la frontière et du nord-est de l'Écosse. Puis venait la division commandée par les comtes d', de et de . À leur droite, se trouvait l'unité la plus puissante et la mieux équipée, commandée par le roi en personne. À la droite de Jacques, il y avait les Highlanders, commandés par les comtes d'Argyll et de Lennox. Une cinquième division, commandée par Bothwell, se tenait en réserve près du roi. Il y avait un espace d'une soixantaine de mètres entre chaque division, occupé par de l'artillerie.
Surrey prit des dispositions identiques, imitant celles de l'ennemi. À l'extrême droite, faisant face à Huntly et Hume, il plaça, dans l'ordre, son plus jeune fils, Edmund Howard, son fils aîné Thomas, le Lord Amiral, et, peut-être légèrement en retrait, Lord Dacre et de la cavalerie. Cette unité allait accomplir une tâche remarquable comme réserve mobile. À leur gauche se trouvait la propre division de Surrey. Enfin, à l'extrême gauche, Edward Stanley avec des hommes du Lancashire et un contingent du Cheshire, commandés par Sir , se tenaient un peu en arrière. L'artillerie royale se trouvait près du Lord Amiral.
Les récits contemporains et ultérieurs de la bataille, tous écrits du point de vue du vainqueur, rendent difficile la description exacte de l'événement. Il n'est pas toujours possible de concilier les contradictions dans les narrations, et beaucoup d'entre elles eurent tendance à s'accorder sur les histoires les plus courantes. Flodden est mieux comprise comme une série de petites batailles, qui fusionnèrent en une grande. Ainsi les archers anglais, qui eurent peu d'importance dans une partie de la scène, eurent un impact énorme dans une autre. Le rôle joué par l'artillerie a pu être bref, mais il fut crucial. Des deux côtés, les frontaliers n'abandonnèrent pas la bataille, comme certains l'ont suggéré ; simplement ils se tinrent mutuellement en échec.
La charge des comtes Ce qui est certain, c'est que la bataille de Flodden commença par un duel d'artillerie vers 16 h le . Comme les Anglais occupaient des zones mortes au-dessous de Branxton, l'artillerie écossaise tonna sans grande efficacité. L'artillerie anglaise, quelque 22 canons dirigés par Sir Nicholas Appelby, était plus légère et plus facile à manipuler. Elle était également utilisée avec une bien plus grande précision. Bientôt tous les canons écossais restèrent silencieux. Les décharges anglaises se concentrèrent alors sur le haut de la colline, atteignant les divisions écossaises, qui se détachaient sur la crête, dans un feu croisé précis et meurtrier. Ce fut en fait le début de la fin pour les Écossais. Jacques était alors pris, comme le quatrième comte de Douglas à la bataille de Homildon Hill. Ses hommes ne pouvaient plus longtemps résister au feu anglais. Mais toute tentative pour se redéployer derrière le sommet de Branxton Hill, hors de portée de l'artillerie, comportait le risque de voir l'armée se désagréger par la panique. Les intentions de Jacques à cet instant nous sont inconnues, mais la vive action des hommes de Huntly et de Hume à sa gauche lui fit prendre sa décision. Comme le dit l'Exacte rencontre : « Nos canons brisèrent et gênèrent si bien la grande armée écossaise qu'une partie d'entre eux fut forcée de descendre vers notre armée. »