Un muscadet est un vin blanc sec d'appellation d'origine contrôlée (AOC) du Pays nantais, au sein du vignoble de la vallée de la Loire. Il est principalement produit dans le département de la Loire-Atlantique, et en petite partie sur la Vendée et le Maine-et-Loire, aujourd'hui rattachés à la région des Pays de la Loire. Le muscadet est traditionnellement issu d'un unique cépage, le melon, mais il autorise également le chardonnay en cépage accessoire depuis 2020. Le melon est communément appelé « muscadet » et a donné son nom à l'appellation.

Le muscadet est classé AOC depuis 1937 et couvre une superficie d'environ ., dont environ sont en production sous cette appellation. C'est une appellation régionale, comprenant au sein de son aire d'autres appellations (sous-régionales) : le muscadet-sèvre-et-maine, le muscadet-côtes-de-grandlieu et le muscadet-coteaux-de-la-loire, qui ont leurs propres cahiers des charges.

C'est un vin aux arômes floraux et fruités qui peut être élevé sur lie, d'où il tirera dans sa jeunesse une légère effervescence dite « perlante ». Il s'accorde traditionnellement avec les fruits de mer.

Histoire De l'Antiquité à la Renaissance La tradition de la viticulture, dans la région nantaise où est produit le muscadet, date d’un décret de l’empereur romain Probus dont les soldats plantèrent les premières vignes sur le territoire. La viticulture s'y est développée au cours du Moyen Âge sous l’impulsion des moines des abbayes du Pays nantais, dont Saint-Martin-de-Vertou et Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Ces vignes produisaient des vins issus très probablement de gros plant qui ne pouvaient être comparés aux « vins d'amont » venus d'Anjou et de Touraine.

Au , sous la pression des courtiers hollandais, recherchant des petits vins pour l'alambic, le vignoble va connaître un grand développement. Jusqu'à la Révolution française, la Bretagne fait partie des « provinces réputées étrangères » (avec la Guyenne, la Saintonge, le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, le Lyonnais, la Flandre et l'Artois), ce qui fait que les traites (taxes sur les marchandises) sont levées à ses frontières, notamment à la barrière d'Ingrandes sur la Loire. Ainsi, les vins du Pays nantais sont majoritairement convertis en eaux-de-vie, lesquelles sont exportées depuis le port de Nantes, vers les pays de l'Europe du Nord. Le cépage majoritaire du Pays nantais est alors toujours le gros plant, bien adapté à cette production. Le melon est présent dans la région, mais il est très minoritaire. En effet, au cours du XVIIIe siècle, le volume d'eau-de-vie exportée est, selon les années, 3 à 10 fois supérieur à celui du vin.

Période moderne vignette|redresse=0.8|Il est suggéré que Louis XIV ordonna la plantation du melon de Bourgogne après les gelées dévastatrices du « Grand Hiver » de 1709. Le plus ancien document attestant de l'existence du cépage date de 1616. Il s'agit d'un contrat de prise de bail passé entre Suzanne de Beaucé et Louis Ménard, concernant une vigne située aux Navineaux, paroisse de Vertou.. En 1635, le mot « muscadet » est attesté dans un autre document du village de Gorges. On prétend que ce cépage dénommé aujourd'hui « Melon de Bourgogne » en raison de son origine, aurait mieux résisté au terrible hiver de 1709 que les autres cépages dont le gros plant et que, de ce fait, il se serait ensuite généralisé dans le pays nantaisIl s'agit là d'une construction sans fondement datant de l'entre-deux guerres, qui doit être rejetée. Elle résulte vraisemblablement du besoin d'étayer les « usages locaux, loyaux et constants » requis pour l'octroi de l'AOC en 1937, sans que les porteurs du dossier n'aient étayé leur assertion par la moindre référence archivistique. D'ailleurs tous les chiffres de la production viticole nantaise du attestent de la prépondérance du gros plant jusqu'à l'éradication du vignoble par le phylloxéra. Ainsi, en 1829, le directeur des contributions indirectes de Nantes écrit au ministère des finances : Archives départementales de Loire-Atlantique, 1 M 2012, contributions indirectes, dossiers du directeur, , 1829, f°1 recto.. À La même époque, un notable nantais s'exprimant sur le poids des taxes, écrit : .. Les vins de peu de valeur sont les vins de chauffe issus de gros-plants. En 1868, Jules Guyot écrivait que la surface plantée en gros plant était double de celle plantée en muscadet..

Cependant, la plupart des ampélographes pensent que le cépage melon de Bourgogne fut introduit dans le Pays nantais au par des marchands hollandais. Ce point de vue n'est pas argumenté ni étayé par des archives et il est peu crédible dans la mesure où les marchands hollandais n'étaient pas des spécialistes de viticulture et qu'en outre ce cépage est mal adapté à la production des eaux-de-vie qu'ils recherchaient pour alimenter leur négoce avec l'Europe du Nord.

L’expert français en viticulture, Pierre Galet, suggère que Louis XIV ordonna lui-même la plantation du melon de Bourgogne après les gelées dévastatrices du « Grand Hiver de 1709 ».. Le cépage aurait été introduit dans cette région viticole car il se serait révélé plus résistant au froid. Cette assertion datant des années 1930 n’est en revanche pas vérifiée par l’ampélographie moderne ni argumentée par référence à des archives..

Période contemporaine

Le siècle débute sur un vignoble ravagé en grande partie par la guerre de Vendée. La reconstitution sera cependant assez rapide puisqu'en 1803, un homme politique local écrit : . Mais la reconstitution s'est faite en conformité avec le vignoble du siècle précédent, c'est-à-dire que le gros plant reste le cépage majoritaire, vraisemblablement en raison du maintien d'un bail rural spécifique à la région et qui avait vocation à être aboli à la Révolution, mais qui ne le fut pas : le bail à complant. Le vignoble traverse donc la première moitié du en produisant des vins en principe destinés à la distillerie, alors qu'il ne se fabrique pratiquement plus d'eau-de-vie. La production s'écoule entre la consommation locale qui est élevée du fait de l'apparition de nouvelles industries et du monde ouvrier qu'elles emploient, la vinaigrerie locale et orléanaise le coupage de vins qui manquent d'acidité. Puis il aborde la tourmente des catastrophes sanitaires de la viticulture française ; Le vignoble nantais est touché par l'oïdium en 1852, le phylloxéra en 1884 et le mildiou en 1885.

Comme dans la plupart des vignobles français, la prolifération du phylloxéra modifie profondément la culture viticole de la région. Ce puceron importé accidentellement d'Amérique en 1864 pique les racines de la vigne et provoque la mort du cep. La conjonction de la mort des vignes et l'existence du bail à complant va provoquer une forte agitation sociale dans le vignoble reportant à 1898 (loi Méline) le début de la reconstitution du vignoble. C'est vraisemblablement à cette époque que le melon de Bourgogne (muscadet) va s'imposer comme cépage majoritaire dans le vignoble nantais. C'est aussi l'avis d'un bon spécialiste de la viticulture nantaise moderne qui écrit : . Un seul traitement se révèle efficace : le greffage. Cette technique consiste à fixer un greffon de vigne melon de Bourgogne (pour le muscadet) sur un porte-greffe, plant américain résistant à l’insecte Le travail du vigneron sur www.vigneron-amailland.com consulté le 19 septembre 2009. Des pépinières viticoles sont créées à partir de 1889 et le greffage est enseigné dans les écolesMédaille de greffage sur www.vignoble-nantais.eu consulté le 19 septembre 2009.

Le débute dans un contexte national de surproduction vinicole qui va durer pratiquement pendant tout le siècle. À Nantes, on replante et pas seulement des hybrides producteurs directs comme dans le reste de la Bretagne. La loi Méline imposait en effet la reconstitution avec les cépages traditionnels du vignoble : muscadet et gros plant. Les premières lois visant à protéger la viticulture de qualité (1905, 1919, 1927 et 1929) vont permettre à une partie des vignerons de valoriser la production issue du cépage « muscadet ». À cette époque, les tribunaux valident des appellations telles que « Muscadet grand cru de Sèvre-et-Maine ». ; bien qu'ils soient une minorité parmi plus de . C'est à cette époque qu'apparaissent les premiers concours communaux des muscadets.

La consécration de ce mouvement en faveur d'une production de qualité sera couronné par le passage en AOC du « muscadet de Sèvre-et-Maine » et du « muscadet des coteaux de la Loire » en . Par le décret du , sur proposition du CNAO (ancêtre de l'INAO), est créée l'appellation régionale « Muscadet » pour soustraire l'usage de ce mot à des pratiques quasi-frauduleuses issues du négoce, comme celle qui consiste à étiqueter « vin de muscadet » un vin contenant plusieurs cépages. Le décret précise que le muscadet doit être alors produit uniquement avec du « muscadet » (le nom d'alors du melon de Bourgogne), un rendement limité à un maximum de (en moyenne sur cinq ans), des moûts avec minimum de sucre (soit 9° d'alcool après fermentation), sur une aire d'appellation recouvrant les de celle du muscadet de Sèvre-et-Maine, les 22 du muscadet des coteaux de la Loire ainsi que communes (essentiellement en Loire-Inférieure et deux en Maine-et-Loire), publié au JORF du ..

Cet accès de la viticulture nantaise au gotha des vins de France ne doit cependant pas faire illusion : il existe encore une multitude de petits producteurs, vignerons d'occasion, qui via le négoce, inonde le marché de vins médiocres qui contribueront à construire une image dégradée du muscadet, celle d'un petit vin de comptoir acide et inapte à la garde. La fin du voit son retour au premier plan dans sa région de production avec des producteurs expérimentant de nouvelles techniques de vinification pour amener plus d’arôme et de complexité dans le vin. Les années 1980 voient un essor dans l’utilisation de barriques en chêne pour la cuvaison et la fermentation sur lie. Les années 1990 introduisent l’utilisation de la technique de la macération avant la fermentation. Ces différentes techniques amènent une grande diversité de style et de qualité du muscadet.

En 2012, le maire de Nantes Jean-Marc Ayrault devient Premier ministre. Par mesure d'économie, il fait remplacer le champagne par le muscadet lors des réceptions de l'hôtel de Matignon« A Matignon, le muscadet a remplacé le champagne » - Le Lab - Europe1 du 3 juillet 2012.

Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en , publié au JORF du ., en , publié au JORF du ., en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du , en (réduction de la densité de à /ha ; chardonnay comme cépage accessoire ; suppression de la mention « sur lie »), homologué par l'arrêté du , publié au JORF du ., en , homologué par l'arrêté du modifié par l'arrêté du publié au JORF du . et en <ref name="CdC">, homologué par l'arrêté du publié au 'JORF du .</ref>.

Étymologie L’étymologie du mot « muscadet » est mystérieuse. Il fait écho aux cépages de la famille des muscats, mais il n’a aucun lien avec eux. De plus, il est difficile d’y trouver un quelconque goût musqué. La seule hypothèse plausible est qu’il ait été appelé ainsi pour mettre en avant sa qualité, les muscats étant appréciés au Moyen Âge.

On en trouve mention dans un règlement édité par Charles VI en 1415, sous l’orthographe « musquadet ». Par ailleurs, le plan de muscadet est mentionné dans un parchemin de 1635, conservé au domaine de l'Oiselinière à Gorges.

Le muscadet est aussi connu sous le nom de « vin de Vallet ». Ainsi, on trouve dans le tome 16 de 1908 du Journal d'agriculture pratique le paragraphe suivant :

Vignoble vignette|redresse=2|Vignobles de la vallée de la Loire.