Le Grand Prix automobile de Monaco 1955 (XIIIe Grand Prix de Monaco), disputé le sur le circuit de Monaco, est la quarante-troisième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la deuxième manche du championnat 1955. Il est également dénommé Grand Prix d'Europe 1955.

Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde

thumb|redresse|left|alt=Fangio|Champion du monde en 1951 et 1954, Juan Manuel Fangio est le grandissime favori de la saison 1955. Seconde année de la formule 1 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre), la saison 1955 a débuté en Argentine par une nouvelle victoire de Juan Manuel Fangio sur Mercedes-Benz, tandem déjà dominateur la saison précédente. Le pilote argentin est alors au sommet de son art, il dispose en outre avec la W196 d'une monoplace très moderne et parfaitement au point. En performance pure, Alberto Ascari et son originale Lancia D50 peuvent contester la suprématie de Fangio, mais la monoplace italienne souffre encore d'un manque de développement et de fiabilité pour représenter une menace réelle au championnat. Ascari vient toutefois de remporter les Grands Prix de Turin et de Naples, mais ce hors championnat et en l'absence des Mercedes. Moins puissantes et de conception plus classique, les Ferrari et Maserati semblent pour l’heure un peu moins performantes que leurs rivales. En marge de ces équipes de pointe, Amédée Gordini s'obstine malgré un manque évident de moyens à assurer une présence française en formule 1, tandis que l'équipe britannique Vanwall commence la saison avec un pilote de pointe, ayant convaincu Mike Hawthorn de quitter la Scuderia Ferrari.

Le circuit

C'est en 1929, à l'instigation d'Antony Noghès, que fut créé le Grand Prix de Monaco, couru sur un circuit urbain empruntant les rues de la ville. Pratiquement inchangé depuis sa création (il fut simplement raccourci de trente-cinq mètres en 1952, à la suite de l'aménagement du virage de Sainte-Dévote), le tracé est très sinueux, bordé de trottoirs ou de murs, ne permettant aucun écart et nécessitant de nombreux changements de vitesses. Le relief y est assez marqué. 1955 est l'année du retour des monoplaces de Grand Prix dans la ville, la précédente édition, courue en 1952, ayant été réservée aux voitures de sport.

Monoplaces en lice Mercedes-Benz W196 "Usine" thumb|left|alt=Mercedes-Benz W196|La Mercedes W196 dans sa version à empattement court. L'équipe Mercedes a amené quatre W196 à carrosserie ouverte, deux avec le nouveau châssis à empattement court (2150 mm), deux à empattement moyen (2210 mm). Les deux voitures à empattement court sont confiées à Juan Manuel Fangio et Stirling Moss, Hans Herrmann disposant d'une des deux autres. Blessé aux Mille Miles, Karl Kling, convalescent, déclare forfait, et le quatrième châssis, non attribué, sert de voiture de réserve. Le moteur à huit cylindres en ligne de la W196, alimenté par injection directe et à distribution desmodromique, développe désormais 290 chevaux à 8500 tr/min. La boîte de vitesses ZF est à cinq rapports, le freinage est assuré par de gros tambours, montés "inboard" à l'arrière et dans les roues à l'avant (versions courtes) ou intégralement "inboard" (versions standard). Le poids à vide est de 690 kg, soit environ 750 kg en ordre de marche (avec lubrifiant, liquide de refroidissement, et quelques litres de carburant).

Ferrari 555 & 625 "Usine" La Scuderia Ferrari a engagé deux 555 Supersqualo, dérivées de la 553 de la saison passée. Mais peu confiante en ces nouveaux modèles, dont les débuts au Grand Prix de Turin en mars se sont révélés peu concluants, l'équipe a également amené deux anciennes monoplaces de type 625 (dérivées de la 500 F2), laissant libre choix à ses deux premiers pilotes, Giuseppe Farina et Maurice Trintignant. Les deux modèles disposent du même moteur à quatre cylindres en ligne, développant environ 250 chevaux à 7500 tr/min . La 555, plus basse et plus légère (600 kg), est censée se montrer plus performante que la 625 (630 kg), mais les pilotes lui préfèrent généralement l'ancien modèle, d'une tenue de route plus sûre. Harry Schell et Piero Taruffi épaulent Farina et Trintignant pour cette course.

Maserati 250F "Usine" L'usine a engagé quatre 250F pour Jean Behra, Roberto Mieres, Luigi Musso et le débutant Cesare Perdisa. Ce dernier remplace Sergio Mantovani, dont la carrière s'est achevée le au Grand Prix de Turin, un grave accident lui ayant coûté une jambe. La 250F est équipée d'un moteur six cylindres en ligne développant près de 250 chevaux à 7200 tr/min, la voiture pesant 620 kg. Trois 250F privées sont également présentes à Monaco, aux mains de Louis Rosier, André Simon et Lance Macklin.

Lancia D50 "Usine" thumb|alt=Ascari à Turin|La Lancia D50 d'Ascari au GP de Turin Les premières apparitions de la Lancia D50 en championnat avaient révélé une monoplace extrêmement rapide aux mains d'Alberto Ascari, mais délicate à piloter et manquant de fiabilité. Les récentes victoires du champion italien aux Grands Prix de Turin et de Naples, hors championnat, tendent à démontrer que la légère (moins de 600 kg) monoplace italienne a enfin trouvé la fiabilité qui lui faisait défaut. La D50 est équipée d'un moteur V8 développant environ 260 chevaux et se caractérise par le positionnement de réservoirs latéraux entre les roues. Ascari est entouré de ses coéquipiers habituels Luigi Villoresi et Eugenio Castellotti, une quatrième voiture ayant été mise à disposition pour le vétéran monégasque Louis Chiron et une cinquième faisant office de mulet.

Gordini T16 "Usine" Le Marseillais Robert Manzon a fait son retour dans l'équipe en début de saison, épaulant Élie Bayol et Jacques Pollet. Tous trois vont piloter d'anciennes T16 à moteur six cylindres en ligne, le nouveau modèle à moteur huit cylindres n'étant pas terminé. Manzon dispose d'une version à freins à disques et du moteur le plus fringant (220 chevaux à 6000 tr/min), ses coéquipiers de versions à tambours et de moteurs dépassant à peine les 200 chevaux.

Vanwall "Usine" thumb|left|alt=Vanwall|La Vanwall, dotée d'un moteur 4 cylindres à injection Tony Vandervell avait engagé deux modèles 55 (570 kg, moteur quatre cylindres à injection Bosch, 250 chevaux à 7000 tr/min) pour Mike Hawthorn et Ken Wharton. Ce dernier, accidenté et sérieusement brûlé lors de l'International Trophy à Silverstone, est toujours hospitalisé et a dû déclarer forfait. Une seule voiture est donc alignée à Monaco pour Hawthorn, qui a quitté Ferrari pour le constructeur britannique afin de pouvoir consacrer plus de temps à son garage en Angleterre.

HWM Ted Whiteaway a engagé une ancienne HWM, équipée d'un moteur quatre cylindres Alta développant moins de 200 chevaux.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 Juan Manuel Fangio Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-13 Mercedes-Benz L8 4 Hans Herrmann Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-4 Mercedes-Benz L8 4 André Simon Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-3 Mercedes-Benz L8 6 Stirling Moss Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-12 Mercedes-Benz L8 8 Robert Manzon Équipe Gordini Gordini Gordini T16 32 Gordini L6 10 Jacques Pollet Équipe Gordini Gordini Gordini T16 31 Gordini L6 12 Élie Bayol Équipe Gordini Gordini Gordini T16 35 Gordini L6 14 Louis Rosier Écurie Rosier Maserati Maserati 250F 2506 Maserati L6 16 André Simon Privé Maserati Maserati 250F 2505 Maserati L6 18 Mike Hawthorn Vandervell Products Vanwall Vanwall VW55 VW1 Vanwall L4 20 Ken Wharton Vandervell Products Vanwall Vanwall VW55 VW2 Vanwall L4 22 Lance Macklin Stirling Moss Maserati Maserati 250F 2508 Maserati L6 24 Ted Whiteaway Privé HWM HWM 53 ? Alta L4 26 Alberto Ascari Scuderia Lancia Lancia Lancia D50 0005 Lancia V8 28 Luigi Villoresi Scuderia Lancia Lancia Lancia D50 0004 Lancia V8 30 Eugenio Castellotti Scuderia Lancia Lancia Lancia D50 0003 Lancia V8 32 Louis Chiron Scuderia Lancia Lancia Lancia D50 0006 Lancia V8 34 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2516 Maserati L6 36 Roberto Mieres Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2515 Maserati L6 38 Luigi Musso Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2501 Maserati L6 40 Cesare Perdisa Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2502 Maserati L6 42 Giuseppe Farina Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 625-4 Ferrari L4 44 Maurice Trintignant Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 625-2 Ferrari L4 46 Harry Schell Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 555 555-2 Ferrari L4 48 Piero Taruffi Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 555 555-1 Ferrari L4

Initialement inscrit sur sa Maserati personnelle, André Simon est appelé à remplacer Hans Herrmann, le pilote allemand de l'équipe Mercedes s'étant blessé lors de la première journée d'essais.

Qualifications Les séances qualificatives se déroulent les jeudi, vendredi et samedi précédant le grand prix. Les organisateurs ont décidé que seule la première journée d'essais serait déterminante pour la première ligne de la grille de départ, afin d'attirer les spectateurs dès le début des hostilités. Les trois pilotes les plus rapides le jeudi seront donc assurés d'une place en première ligne, quels que soient les résultats des deux autres sessions.

Séance du jeudi 19 mai Généralement mise à profit pour parfaire les réglages des voitures, la première journée d'essais a un tout autre enjeu à Monaco, grâce au stratagème mis au point par les organisateurs pour l'obtention des trois premières places. Il a toutefois un effet négatif, car il va inciter les jeunes pilotes découvrant le circuit à prendre des risques pour une place en première ligne.

Les temps de référence sont tout d'abord établis par Juan Manuel Fangio au volant de sa Mercedes : le champion du monde tourne en 1 min 44 s 8, puis réussit 1 min 43 s 2. Son jeune coéquipier Stirling Moss (qui connaît bien le circuit pour y avoir couru en formule 3 en 1950 et en sport en 1952) a réalisé un temps presque identique, tournant en 1 min 43 s 4. Le record du tour établi avant-guerre sur une piste presque identique par Rudolf Caracciola, également sur Mercedes (1 min 46 s 5 en 1937), est d'ores et déjà pulvérisé ! Les voitures allemandes semblent une nouvelle fois les plus rapides, avant qu'Alberto Ascari ne passe à l'attaque, réalisant 1 min 42 s 0 au volant de sa Lancia, améliorant le temps de Fangio de plus d'une seconde. La compétitivité des Lancia est confirmée par Eugenio Castellotti, qui en 1 min 43 s 8 est crédité du quatrième temps. Alfred Neubauer, le directeur sportif de Mercedes, commence alors à s'inquiéter, d'autant que son troisième pilote Hans Herrmann, voulant égaler ses coéquipiers sur ce circuit qu'il découvrait, a détruit sa voiture au virage du Casino, se brisant une jambe ! Un quart avant la fin d'essais, Neubauer demande à Fangio de tenter le tout pour le tout pour l'obtention de la pole position. L'Argentin reprend la piste, suivi peu après par Ascari. Prenant tous les risques, sautant parfois les bordures, le champion du monde réussit en toute fin de séance 1 min 41 s 1 (près de 112 km/h), un temps égalé quelques instants plus tard par Ascari ! Moss, avec 1 min 42 s 6, a également amélioré. Ces trois pilotes sont désormais assurés d'une place en première ligne.