Le Grand Prix automobile de Monaco 1956 (XIVe Grand Prix de Monaco), disputé sur le circuit de Monaco le , est la cinquantième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la deuxième manche du championnat 1956.
Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde
thumb|upright=1.2|left|alt=D50|L'une des six Lancia D50 construites. Ces voitures ont été cédées à la Scuderia Ferrari le 26 juillet 1955. La saison 1956 est la troisième courue selon la Formule 1 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre). L'épreuve des 500 Miles d'Indianapolis fait toutefois exception à la règle, la manche américaine du championnat étant disputée sur des monoplaces conformes à l'ancienne formule internationale.
En 1954 et 1955, les équipes italiennes (Ferrari, Maserati et Lancia) avaient subi la domination de Mercedes-Benz, Juan Manuel Fangio remportant deux titres mondiaux successifs au volant des 'flèches d'argent'. La retraite sportive du constructeur allemand permet à Ferrari et Maserati de revenir au devant de la scène, alors que Lancia, en grande difficulté financière, a dû renoncer à la compétition et a cédé tout son matériel de course à la Scuderia Ferrari, qui s'est également assuré les services de Fangio, à nouveau favori pour le titre, et vainqueur du premier Grand Prix de la saison, en Argentine. Son principal adversaire s'avère être son ancien coéquipier Stirling Moss, passé chez Maserati.
Les constructeurs britanniques BRM et Vanwall ont développé des monoplaces au potentiel intéressant, mais manquant encore de mise au point pour espérer inquiéter les favoris. Après avoir fait l'impasse sur l'épreuve sud-américaine, Monaco constitue leur premier test de la saison au niveau mondial. Du côté français, Amédée Gordini a développé une monoplace à moteur huit cylindres, mais manque cruellement de moyens pour la développer, tandis que Bugatti a pour objectif un retour en compétition à l'occasion du Grand Prix de France en juillet avec une monoplace à moteur central arrière.
Le circuit
Ce circuit urbain est le plus lent du championnat du monde, avec une moyenne au tour de l'ordre de 110 km/h pour les meilleures monoplaces de formule 1. Le tracé empruntant les rues de la ville est resté pratiquement inchangé depuis la création du Grand Prix en 1929, sous la houlette d'Antony Noghès. La chicane à la sortie du tunnel a été toutefois modifiée pour 1956, ralentissant beaucoup plus les voitures qu'auparavant . La piste étroite, bordée de trottoirs ou de murs, demande une extrême concentration aux pilotes, le moindre écart de trajectoire étant immédiatement sanctionné, et le nombre d'abandons en course y est particulièrement élevé.
Monoplaces en lice Ferrari Lancia D50 "Usine" thumb|upright=1.1|left|alt=Ferrari D50|Une version 'Syracuse' de la Ferrari D50 : les coffrages latéraux sont intégrés à la carrosserie. Les 555 Supersqualo de la saison précédente ont été définitivement abandonnées par la Scuderia Ferrari, qui utilise désormais exclusivement les D50 données par la Scuderia Lancia en . Sur les cinq voitures présentes à Monaco, deux sont restées dans leur configuration d'origine, avec réservoirs principaux latéraux ; les trois autres, du type 'Syracuse', ont leur réservoir principal dans la pointe arrière, les coffrages latéraux (intégrés au fuselage) ne comportant plus que des petits réservoirs d'appoint et les sorties d'échappement. Les D50 disposent d'un moteur V8 de 270 chevaux ; Juan Manuel Fangio, Luigi Musso et Peter Collins disposent des versions 'Syracuse' (640 kg), Eugenio Castellotti disposant d'un des deux modèles non modifiés (620 kg), l'autre servant de voiture de réserve.
Maserati 250F "Usine" L'usine a amené quatre 250F (620 kg, moteur six cylindres en ligne développant près de 270 chevaux à 7600 tr/minL'année automobile 1956-1957 - éditeur : Edita S.A., Lausanne) ; trois sont confiées à Stirling Moss, Jean Behra et Cesare Perdisa, la quatrième servant de mulet. Aux voitures officielles viennent s'ajouter les 250F privées de Louis Rosier et d'Horace Gould, ainsi que celle de la Scuderia Centro Sud louée pour l'occasion au pilote local Louis Chiron.
Gordini T32 "Usine" thumb|upright=1.1|alt=Gordini T32|La Gordini Type 32 Amédée Gordini a amené ses deux nouvelles 'huit cylindres' T32, dont la mise au point est encore à parfaire. La première construite (confiée à André Pilette) affiche plus de 810 kg sur la balance, un sérieux handicap sur ce circuit sinueux, d'autant que le moteur développe seulement 245 chevaux (25 de moins que ceux des Ferrari et Maserati). La seconde, attribuée à Élie Bayol, bénéficie de suspensions et d'éléments de carrosserie sérieusement allégés et pèse 110 kg de moins, un progrès appréciable mais toutefois nettement insuffisant pour espérer contrer les rapides monoplaces italiennes.
Gordini T16 "Usine" Deux anciennes T16 à moteur six cylindres ont également été engagées par l'équipe françaises, pour Robert Manzon et Hermano da Silva Ramos. Elles sont nettement moins puissantes que les T32 (seulement 210 chevaux), mais leurs 600 kg à vide et leur agilité sur les circuits sinueux leur permet de briguer un classement honorable.
Vanwall VW56 "Usine" Le constructeur britannique a engagé deux nouvelles voitures, la réalisation du châssis étant l'œuvre de Colin Chapman, la carrosserie étant due à l'aérodynamicien Frank Costin. De conception très moderne, elles pèsent 610 kg à vide. Leur moteur à quatre cylindres en ligne développe 280 chevaux. Elles sont confiées à Harry Schell et Maurice Trintignant.
BRM P25 "Usine" thumb|upright=1.2|left|alt=BRM P25|Une BRM P25 lors d'une manifestation historique. L'équipe de Bourne a engagé deux petites P25, à moteur quatre cylindres (250 à 260 chevaux), qui se singularisent par un frein arrière agissant directement sur l'arbre de transmission. Pesant environ 550 kg, les P25 sont les plus légères des monoplaces engagées. Premier pilote de l'équipe, Mike Hawthorn est secondé par Tony Brooks.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 Robert Manzon Équipe Gordini Gordini Gordini T16 32 Gordini L6 4 Élie Bayol Équipe Gordini Gordini Gordini T32 42 Gordini L8 6 Hermano da Silva Ramos Équipe Gordini Gordini Gordini T16 35 Gordini L6 - André Pilette Équipe Gordini Gordini Gordini T32 41 Gordini L8 8 Louis Rosier Écurie Rosier Maserati Maserati 250F 2506 Maserati L6 10 Mike Hawthorn Owen Racing Organisation BRM BRM P25 253 BRM L4 12 Tony Brooks Owen Racing Organisation BRM BRM P25 252 BRM L4 14 Maurice Trintignant Vandervell Products Vanwall Vanwall VW VW2/56 Vanwall L4 16 Harry Schell Vandervell Products Vanwall Vanwall VW VW1/56 Vanwall L4 18 Horace Gould Gould's Garage Maserati Maserati 250F 2514 Maserati L6 20T Juan Manuel Fangio Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse'Ferrari Lancia D50 00020004 Ferrari V8 22 Eugenio Castellotti Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 0001 Ferrari V8 24 Luigi MussoT Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse'Ferrari Lancia D50 00030005 Ferrari V8 26 Peter Collins Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' 0007 Ferrari V8 28T Stirling Moss Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 25222523 Maserati L6 30 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2521 Maserati L6 32 Cesare Perdisa Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2501 Maserati L6 3434T Louis Chiron Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F 25112507 Maserati L6 36 Giorgio Scarlatti Scuderia Centro Sud Ferrari Ferrari 500 0210/F2 Ferrari L4
La lettre T identifie le mulet (T car). Un même châssis peut être utilisé indifféremment par les pilotes d'une écurie. La quatrième Gordini (type 32, châssis 41), initialement attribuée à André Pilette, a été jugée insuffisamment compétitive et n'a pas été engagée pour la course. Pilette est finalement inscrit pour la course en tant que coéquipier de Bayol sur le châssis 42. Ayant cassé le moteur de sa Maserati (châssis 2511) lors de ses premiers essais, Louis Chiron a ensuite emprunté la voiture de réserve de l'équipe officielle Maserati (châssis 2523).
Qualifications Les séances de qualification ont lieu le jeudi après-midi (à partir de 16 heures), le vendredi et le samedi matin (à partir de 6 heures). Dès les premiers tours de roue, Juan Manuel Fangio et sa Ferrari dominent les débats, le champion du monde tournant le jeudi en 1 min 44 s 2, s'octroyant la prime de cent livres sterling attribuée au pilote le plus rapide de la journée inaugurale. Il se montre également le plus rapide le lendemain, ainsi que le samedi où il réalise 1 min 44 s 0 en toute fin de session, s'assurant la pole position. Il devance son meilleur coéquipier, Eugenio Castellotti, de près d'une seconde. Ce dernier est précédé par Stirling Moss, qui sur sa Maserati s'est approché à six dixièmes du temps de Fangio, performance lui valant une place au centre de la première ligne de la grille de départ. Son coéquipier Jean Behra, un peu moins rapide, a réalisé le quatrième temps et partira en seconde ligne au côté de la Vanwall d'Harry Schell. Ayant tourné aussi vite que Schell, Maurice Trintignant confirme les qualités des Vanwall, qui devancent la troisième Maserati et les deux autres Ferrari officielles.
Les nouvelles BRM ont par contre énormément déçu. Malgré tout son talent, Mike Hawthorn n'a pu faire mieux que le dixième temps, à plus de cinq secondes de Fangio, ses essais étant perturbés à plusieurs reprises par des bris de soupape, problème affectant également la voiture de Tony Brooks. Ces casses mécaniques à répétition amèneront l'équipe britannique à déclarer forfait ! Chez Gordini, les anciennes T16 se montrent plus à l'aise que les nouvelles huit cylindres. La voiture d'André Pilette (la première version de la T32, pesant plus de 800 kg), également essayée par Robert Manzon, est même rapidement laissée de côté, car beaucoup trop lente. Pilette sera finalement aligné comme pilote suppléant sur la T32 d'Élie Bayol.
Du côté des pilotes privés, Louis Rosier et Horace Gould, tous deux sur Maserati, se sont qualifiés en fond de grille. Quant aux pilotes de la Scuderia Centro Sud, aucun n'a pu établir un temps de référence : Giorgio Scarlatti a cassé la boîte de vitesses de sa Ferrari et Louis Chiron a rapidement cassé le moteur de sa Maserati, puis celui de la voiture de réserve prêtée par l'équipe officielle, très probablement à la suite des nombreux surrégimes infligés à la mécanique par le pilote monégasque.
thumb|upright|alt=Fangio|Juan Manuel Fangio a une nouvelle fois dominé ses adversaires lors des trois journées d'essais. + Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 20 Juan Manuel Fangio Ferrari 1 min 44 s 0 - 2 28 Stirling Moss Maserati 1 min 44 s 6 + 0 s 6 3 22 Eugenio Castellotti Ferrari 1 min 44 s 9 + 0 s 9 4 30 Jean Behra Maserati 1 min 45 s 3 + 1 s 3 5 16 Harry Schell Vanwall 1 min 45 s 6 + 1 s 6 6 14 Maurice Trintignant Vanwall 1 min 45 s 6 + 1 s 6 7 32 Cesare Perdisa Maserati 1 min 46 s 0 + 2 s 0 8 24 Luigi Musso Ferrari 1 min 46 s 8 + 2 s 8 9 26 Peter Collins Ferrari 1 min 47 s 0 + 3 s 0 10 10 Mike Hawthorn BRM 1 min 49 s 3 + 5 s 3 11 6 Hermano da Silva Ramos Gordini 1 min 50 s 0 + 6 s 0 12 2 Robert Manzon Gordini 1 min 50 s 3 + 6 s 3 13 12 Tony Brooks BRM 1 min 50 s 4 + 6 s 4 14 4 Élie Bayol Gordini 1 min 50 s 6 + 6 s 6 15 8 Louis Rosier Maserati 1 min 51 s 6 + 7 s 6 16 18 Horace Gould Maserati 1 min 51 s 7 + 7 s 7 17 - André Pilette Gordini 1 min 55 s 3 + 11 s 3 18 36 Giorgio Scarlatti Ferrari 2 min 09 s 1 + 25 s 1 19 34 Louis Chiron Maserati pas de temps -
Grille de départ du Grand Prix