Le Grand Prix de Monaco 1966 ( Grand Prix de Monaco), disputé sur le circuit de Monaco le , est la cent-quarante-deuxième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la première manche du championnat 1966.
Contexte avant la course Le championnat du monde Après cinq années de Formule 1 , formule dérivée de l'ancienne Formule 2 en vigueur de 1957 à 1960, la Commission sportive internationale (C.S.I.) a décidé lors de son comité exécutif de de porter à trois litres la cylindrée des nouvelles F1, mesure entrée en vigueur le . Le nouveau règlement autorise à nouveau l'utilisation de moteurs suralimentés, avec un coefficient deux pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation (qui restera en vigueur jusqu'au ) s'appuie sur les points suivantsRevue L'Automobile n°243 - juillet 1966 :
pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (en ordre de marche, sans carburant et sans pilote) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur
thumb|right|upright=1.2|alt=Brabham BT19|Une semaine avant le Grand Prix de Monaco, la Brabham BT19 à moteur Repco du pilote-constructeur Jack Brabham s'est brillamment imposée à Silverstone. À l'avènement de la Formule 1 «3 litres», le , à l'occasion du Grand Prix d'Afrique du Sud, seul Jack Brabham fut en mesure d'aligner une monoplace conçue selon la nouvelle réglementation, les autres concurrents utilisant leurs précédents modèles, lestés et équipés de moteurs réalésés. Au volant de sa Brabham BT19 à moteur Repco, le pilote-constructeur s'élança ce jour de la pole position et domina la majeure partie de la course jusqu'à ce qu'un pilote attardé l'envoie en tête-à-queue, entraînant son abandonRevue Sport Auto - . C'est seulement en mai, à Syracuse (toujours hors championnat), qu'apparurent d'autres nouveautés, la Ferrari à moteur V12 (que John Surtees fit triompher) et la Cooper à moteur Maserati V12 dont les débuts furent loin d'être prometteurs. Si bon nombre de spécialistes s'accordent alors à considérer la Ferrari comme favorite pour cette nouvelle saison, la voiture italienne disposant du moteur le plus puissant du plateau, Brabham parvint à démontrer deux semaines plus tard à Silverstone qu'une monoplace légère, même dotée d'un modeste moteur dérivé de la grande série, pouvait également s'imposer. Aussi, alors que les nouvelles Lotus et BRM sont à peine achevées, les pronostics sont-ils mitigés à la veille du Grand Prix de Monaco, épreuve inaugurale du championnat du monde.
Le circuit
C'est en qu'Antony Noghès, membre de l'ACM, commença à élaborer l'idée d'une épreuve de sports mécaniques dans les rues de Monaco. Avec le soutien de Louis Chiron, il obtient l'accord des instances officielles du sport automobile, l'AIACR, et le premier Grand Prix de Monaco se déroulera en sur un circuit empruntant le Boulevard Albert Ier, la montée du Casino, la descente vers la gare puis le tunnel passant sous le tir aux pigeons pour revenir au point de départ. Développant un peu plus de trois kilomètres, le tracé se révèle très exigeant en termes de pilotage, la piste très étroite comportant très peu de zones de dégagement et exigeant une concentration permanente. Depuis cette première édition remportée par Bugatti du Franco-Britannique Williams, le circuit est resté pratiquement inchangé et est devenu, après-guerre, un des lieux les plus prisés du championnat du monde de Formule 1. Avec trois victoires chacun, Stirling Moss et Graham Hill sont les pilotes les plus titrés en principauté.
Tournage Le circuit de Monaco va également servir de cadre au futur film Grand Prix, produit par la Metro-Goldwyn-Mayer sous la direction de John Frankenheimer. Dans ce contexte, l'équipe de tournage a équipé d'une caméra frontale une Lotus 25 rachetée à Joakim Bonnier, Phil Hill étant chargé des prises de vue à son volant. Quelques pilotes et journalistes professionnels joueront leur propre rôle, tandis que, en plus des images réelles tournées aux essais et en course des scènes fictives seront tournées sur des monoplaces de Formule 3 maquillées en F1 .
Monoplaces en lice Lotus 33 & 43 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=Lotus 33|La nouvelle Lotus 43 n'étant pas encore opérationnelle, Jim Clark partira au volant d'une 33 à moteur Climax deux litres. La nouvelle Lotus 43 à moteur BRM 16 cylindres n'est pas encore opérationnelle aussi Peter Arundell, qui devait la faire débuter, est-il absent. Colin Chapman aligne une seule monoplace pour Jim Clark. Il s'agit de la 33 utilisée par le champion du monde la saison précédente, maintenant dotée d'un moteur Climax FWMV dont la cylindrée a été portée à 1970 cm3. Dans cette version baptisée MkIX, le V8, alimenté par un système d'injection indirecte Lucas et doté d'une culasse à deux soupapes par cylindres, développe environ 240 chevaux à 8800 tr/min. Dotée d'un châssis monocoque, la 33 est équipée d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports. La nouvelle réglementation exigeant un poids minimal de 500 kg à vide, la voiture a dû être lestée. Depuis le début d'année, les Lotus officielles sont chaussées de pneus Firestone.
Lotus 25 & 33 privées Utilisant les mêmes châssis que la saison précédente, l'équipe de Tim Parnell a équipé sa Lotus 25C d'un ancien moteur Climax FPF (quatre cylindres, 2,7 litres, 260 chevaux) et sa 33 d'un V8 BRM (2 litres, 260 chevaux), la première destinée à Richard Attwood et la seconde à Mike Spence. Les deux monoplaces sont équipées d'une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports et de pneus Firestone. Elles ont été lestées pour atteindre les 500 kg requis. Ayant accepté une proposition du Colonel Hoare pour piloter une Dino 206 SP aux 1000 kilomètres de Spa, Attwood a finalement déclaré forfait à Monaco et n'est pas remplacé, Spence défendant seul les couleurs de l'écurieRevue Moteurs n°55 - mai-juin 1966.
BRM P261 & P83 "Usine" Le constructeur de Bourne a achevé le premier exemplaire de l'impressionnante BRM P83 à moteur seize cylindres en H, qu'il a amené à Monaco, mais cette voiture, à court de mise au point, ne participera qu'aux essais, l'équipe préférant miser sur ses éprouvées P261 à moteur V8 pour la course. Graham Hill et Jackie Stewart disposent donc de leurs montures de 1965, avec un moteur dont la cylindrée a été portée à deux litres. Alimenté par injection indirecte Lucas, il développe maintenant 260 chevaux à 10000 tr/min, contre plus de 400 à 11000 tr/min pour le moteur H16 ! Les deux différents modèles ont en commun leur boîte six vitesses (conçue et réalisée en interne) et leur structure monocoque. Les P261 ont été lestées pour atteindre les 500 kg réglementaires, alors que l'imposante P83 pèse plus de 650 kg. Les trois voitures sont officiellement chaussées de pneus Dunlop, mais il est prévu que des pneus Goodyear soient également testés.
BRM P261 privée Présent pour l'épreuve de Formule 3 (qu'il disputera sur une Brabham-Cosworth), Bob Bondurant a été invité, après la défection de Dan Gurney, à participer également au Grand Prix F1. Le pilote américain disposera de la BRM P261 de l'équipe Chamaco, identique aux modèles d'usine.
Brabham BT19 & BT22 "Usine" Jack Brabham est le seul à disposer de la BT19 à moteur Repco, son coéquipier Denny Hulme devant pour l'heure se contenter d'une BT22 dotée d'un ancien noteur Climax à quatre cylindres. Initialement conçue, en 1965, pour être équipée du futur moteur seize cylindres Climax, la BT19, à châssis multitubulaire, fut finalement équipée du moteur V8 Repco développé à partir du bloc Oldsmobile F85, initialement en version 2,5 litres en prévision de la Formule Tasmane, puis en version 3 litres pour pallier l'abandon du projet Climax. Ayant disputé les manches hors championnat avec la première version trois litres du V8 (285 chevaux), Brabham va cette fois bénéficier d'un nouveau moteur développant 300 chevaux à 6800 tr/min. Équipée d'une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports, la BT19 pèse 530 kg en ordre de marche. Dérivée de la Formule Tasmane, la BT22 de Hulme pèse 500 kg, son moteur 2,5 litres Climax délivrant 225 chevaux à 6800 tr/min. Les Brabham sont chaussées de pneus Goodyear.
Brabham BT11 privées Toujours sous les couleurs de DW Racing Enterprises, Bob Anderson aligne son ancienne Brabham BT11 qu'il a dotée d'un quatre cylindres Climax de 2,7 litres (260 ch à 6800 tr/minRevue Sport Auto - ). Elle est désormais chaussée de pneus Firestone. Le Rob Walker Racing Team aligne quant à lui sa BT11 à moteur V8 BRM (deux litres, 260 chevaux) pour Joseph Siffert, la Cooper T81 de l'équipe n'étant pas opérationnelle après la casse de son V12 Maserati à Silverstone. La voiture de Siffert utilise des pneus Dunlop.
Ferrari 246 & 312 "Usine" thumb|upright=1.15|right|alt=Ferrari 312|Victorieuse à Syracuse le mois précédent, la Ferrari 312 (vue ici avec Bandini aux commandes) figure parmi les favorites. Convalescent après son accident survenu aux essais du Grand Prix du Canada en , John Surtees s'est beaucoup entraîné durant l'hiver pour recouvrer tout son potentiel, tout d'abord au volant de la Ferrari 246 construite l'année précédente pour la Formule Tasmane, avant de disputer les premières épreuves européennes de la saison sur la nouvelle 312. Le pilote britannique s'est montré très réservé au sujet de cette dernière, qu'il juge lourde et encombrante et dont le moteur V12, dérivé de celui des prototypes d'endurance, ne délivre pas la puissance escomptée. Il lui préfère la «petite», la 312 s'avérant d'ailleurs nettement moins véloce que la 246 Tasmane sur l'autodrome de Modène ! Au sein de la Scuderia Ferrari, on estime cependant que la nouvelle monoplace a plus de potentiel et le directeur sportif Eugenio Dragoni ne donnera guère le choix à son premier pilote. Pour l'épreuve monégasque, trois monoplaces ont été préparées, deux 312 (dont une tout juste achevée) pour Surtees et Lorenzo Bandini, ainsi que la 246 en voiture de réserve. Donné pour 350 chevaux à 9500 tr/min, le V12 n'en développe réellement que 325 en ce début de saison, selon l'ingénieur Mauro Forghieri, alors que la nouvelle monoplace, à châssis semi-monocoque, dépasse les 600 kg. Son rapport poids/puissance n'est donc pas meilleur que celui de la 246, qui pèse près de 100 kg de moins et dont le moteur V6 Dino délivre plus de 260 chevaux à 7800 tr/min. Les deux modèles sont équipés d'une boîte cinq vitesses et de pneus Dunlop, la Scuderia ayant également prévu de tester des pneus Firestone.
Cooper T81 "Usine" Ayant revendu en 1965 la Cooper Car Company au Chipstear Motor Group (dont le principal dirigeant est également concessionnaire Maserati en Grande-Bretagne), John Cooper a néanmoins conservé son rôle de directeur technique, l'ancien pilote Roy Salvadori étant engagé comme directeur sportif de l'écurie. Les liens avec Maserati ont amené le constructeur italien à fournir à l'équipe et à ses clients les moteurs de Formule 1, des V12