Un armagnacRéférences sur la façon d'orthographier les appellations d'origine. est une eau-de-vie de vin produite dans les départements français du Gers (en région Occitanie), des Landes et de Lot-et-Garonne (en Nouvelle-Aquitaine), avec des dénominations géographiquement plus restreintes : le bas-armagnac, larmagnac-ténarèze (ou ténarèze) et le haut-armagnac. La mention blanche-armagnac (ou armagnac blanc) partage la même aire de production, mais avec un cahier des charges un peu particulier. Toutes ces dénominations doivent leur nom à l'ancienne province d'Armagnac, qui constitue une partie du vignoble du Sud-Ouest.
L'armagnac est produit dès le Moyen Âge, mais sa production massive commence au pour connaître son apogée au . Eauze (en Bas-Armagnac) et Condom (en Ténarèze), toutes deux dans le Gers, en sont les centres historiques et économiques. La fabrication des armagnacs se fait par distillation de vins blancs secs. Divers produits portent ces appellations, avec des alcools d'âge croissant, cette durée représentant le temps passé en barrique de chêne. Leurs titres alcoométriques sont supérieurs ou égaux à 40 % en volume. En 2010, de vignes ont servi à produire de l'armagnac, avec une production cette année-là de d'alcool pur. (soit l'équivalent d'un peu plus de six millions de bouteilles de ). Les savoir-faire de l'élaboration de l'armagnac sont inscrits à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel français depuis 2020.
Définitions des appellations Une appellation armagnacaise qui partage des caractéristiques proches. L'armagnac est une eau-de-vie de vin vieillie en fût de chêne, de couleur marron doré, produite sur une partie des départements du Gers, des Landes et de Lot-et-Garonne. Cette appellation générique peut être complétée par trois autres dénominations géographiques plus restreintes : le bas-armagnac est un armagnac produit sur la partie occidentale du Gers et la partie des Landes ; l'armagnac-ténarèze est un armagnac produit sur une autre partie de l'aire d'appellation, correspondant au Nord du Gers et à la partie de Lot-et-Garonne ; le haut-armagnac est un armagnac produit sur le reste de l'aire d'appellation, soit la partie orientale et méridionale.
Enfin, la blanche-armagnac est une mention pour une eau-de-vie un peu à part, car il s'agit d'une eau-de-vie qui n'a pas bénéficié d'un vieillissement sous bois, d'où son allure translucide relatif aux appellations d'origine contrôlées « Armagnac », « Blanche Armagnac », « Bas Armagnac », « Haut Armagnac » et « Armagnac-Ténarèze », publié au JORF du 24 octobre 2009, , disponible sur ..
Histoire Si la vigne est représentée sur les mosaïques de la villa gallo-romaine de Séviac (près de Montréal-du-Gers), datant du Bas-Empire romain, rien ne permet de dater les débuts de la viticulture en Armagnac.
Époque médiévale vignette|Un alambic médiéval.|alt=Alambic représenté sur un manuscrit médiéval. Lors de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique, les envahisseurs véhiculent avec eux de nombreux éléments de leur culture. Parmi leurs objets, l'alambic est un élément indispensable de la médecine arabe. La distillation est alors utilisée pour la fabrication de remèdes médicaux, d'huiles essentielles et de parfums. Les premiers distillateurs en France sont d'une part les moines et d'autre part la faculté de médecine de Montpellier dans un but thérapeutique : les premières traces de distillation à destination médicale datent du ..
Vital du Four, qui a fait ses études à Paris puis à Montpellier, écrit en 1310 un traité de médecine (Livre très utile pour garder la santé et rester en bonne forme) dans lequel il cite les 40 vertus de l'eau-de-vie de ses prieurés d'Eauze et de Saint-Mont. : D'autres ouvrages évoquent l'eau-de-vie comme médicament, notamment (De l'art de conserver la jeunesse et de retarder la vieillesse) . d'Arnaud de Villeneuve (lui aussi formé à Montpellier, puis médecin du pape Clément V).
La vente d'eau-de-vie est attestée en 1461 sur le marché de Saint-Sever.. Le document signale le paiement d'une taxe au-delà de l'équivalent de quatre litres sur le marché, preuve que cette quantité n'était pas rare :
Cette « aygue ardente » (eau ardente) n'était pas vraiment une boisson (les alambics de l'époque en faisaient un produit peu parfumé), mais surtout un remède d'apothicaire. Charles le Mauvais, roi de Navarre, en imbibait sa chemise de nuit sur conseil de ses médecins : le , une chandelle y mit le feu, le brûlant mortellement. Au début du , en 1515, on voit apparaître en Gascogne la corporation des vinaigriers distillateursFrancine Claustres, Secrets et recettes de toute la cuisine gasconne, Luçon, Sud Ouest, 1997, ..
Époque moderne vignette|La consommation de vin blanc en Europe du Nord encourage la plantation en Armagnac. Pieter de Hooch, Femme buvant avec deux hommes, vers 1658, National Gallery.|alt=Une femme buvant du vin blanc avec deux hommes, scène de genre hollandaise du . À partir du début du , la viticulture gasconne est dopée par les achats des marchands hollandais. : la demande de ces derniers encourage la plantation de grandes surfaces de raisin blanc. tout le long de la façade atlantique. Comme à Bordeaux régnait le privilège bordelais (les vins du Bordelais y sont favorisés par rapport à ceux du reste du Sud-Ouest), les Hollandais vont notamment à Bayonne, où les vins des Landes et du Pays basque arrivent par l'Adour en barriques. Pour rentabiliser le transport, les vins produits plus loin à l'est sont distillés, réduisant ainsi le volume : l'eau-de-vie passe du statut de produit médical rare à celui de produit de consommation plus courant.. L'armateur offre aux Hollandais à chaque voyage un tonneau de vin brûlé ; si l'eau-de-vie est consommée allongée d'eau ou pure (les Hollandais l'aromatisaient avec du genièvre.), elle sert aussi à augmenter le degré d'alcool du vin par vinage permettant une meilleure conservation du produit durant son transport vers l'Europe du Nord. (les Hollandais, en plus de la consommation à bord et dans les ports, réexportent jusqu'en mer Baltique).
À cette même époque, la recherche de moyens de transports de masse à coût raisonné conduit à créer des ports fluviaux et à rendre navigables les cours d'eau. Ce sera le cas, entre autres, de l'Adour et de son affluent la Midouze pour les bas-armagnacs et de la Baïse pour ceux de la Ténarèze. Un port est même créé de toutes pièces au lieu-dit « vimport » sur l'actuelle commune de Tercis-les-Bains, tout comme à Mont-de-Marsan, à Lavardac puis à Condom. Pour gagner les ports, le transport par char à bœufs est toutefois nécessaire dans une région aux rivières de petite taille..
À la mise en culture de grandes surfaces de vigne, s'ajoutent les progrès de la distillation. De notables évolutions font arriver jusqu'à aujourd'hui le nom de leurs inventeurs : Porta, Nicolas Lefèvre ou Christophe Galzer. En 1600, Olivier de Serres cite l'« enrageat », ou « piquepoult » (à ne pas confondre avec le picpoul), plus connu aujourd'hui sous le nom de folle-blanche, comme cépage utilisé pour la distillation. Cet agronome est huguenot, comme Salluste de Bartas ; lassés des massacres dont ils ont été témoins durant les guerres de Religion, ils se retirent sur leur domaine qu'ils font prospérer grâce à leur connaissance et à l'apport de techniques nouvelles..
L'essor du commerce de l'eau-de-vie, qui profite notamment des périodes de conflits tel que la guerre d'indépendance des États-Unis., les guerres de la Révolution française et celles de la période napoléonienne (les eaux-de-vie sont recherchées aux armées et dans la marine pour leur faible volume), entraîne de nouvelles améliorations des alambics. L'alambic armagnacais est progressivement développé par Antoine de Mélet, marquis de Bonas, au tout début du , ce nouveau modèle produisant en plus grande quantité et surtout avec un bien meilleur goût. Un nouveau progrès est le fait en 1818 (date du dépôt du brevet (INPI). Tuillière dépose deux autres brevets de perfectionnement en 1820 et 1829.) de Jacques Tuillière, poêlier à Auch, avec un modèle d'alambic à colonne. Finalement le modèle est perfectionné en 1872 par Alphée VerdierBrevet daté du 22 janvier 1872. Source : ., un producteur de Monguilhem qui a donné son nom au « système Verdier » encore utilisé actuellement.
L'habitude de faire vieillir volontairement les armagnacs dans des fûts de chêne pour les teinter et leur donner du goût date du , au cours duquel l'armagnac est considéré comme de qualité inférieure au cognac (se vendant donc moins cherExemple de prix à Paris dans les années 1820 : la bouteille d'armagnac contre jusqu'à pour une bouteille de cognac. Source : affiche publicitaire de la maison Soupé et Cie, dans .), mais supérieure aux autres. Jules Seillan fournit même un classement des eaux-de-vie de vin françaises, cité dans . : . Le phylloxéra arrive dans le Cognaçais en 1879, entraînant une forte hausse de la demande et des prix de l'eau-de-vie, au grand bénéfice de l'armagnac. La maladie arrive dans le Gers à partir de 1893, moment de l'extension maximale du vignoble d'Armagnac avec (il est alors l'un des premiers départements viticoles, partie E « Lien à l'origine ».), alors essentiellement plantés avec du « piquepoût » (ou folle-blanche), du « clairet », de l'« attrape-gourmand » et de la « malvoisie » (ou « muscatelle » ou « muscat bleu »). ; le rhum et les alcools de grain remplacent l'armagnac comme eau-de-vie courante le temps de replanter les vignes. L'encépagement change, car la folle blanche pose des problèmes pour la greffer., d'où le développement du baco blanc (dû à l'instituteur landais François Baco) et de l'ugni blanc (en provenance du Cognaçais).
vignette|Publicité d'une firme d'armagnac dans L'Illustration au début du .|alt=Réclame avec un dessin de bouteille et la mention « Armagnac / château de Larressingle / Ancien domaine de l'abbaye / St-Pierre, par Condom (Gers) / À titre de propagande, il / sera envoyé à tout lecteur / de L'Illustration trois / bouteilles vieille fine / d'Armagnac Franco France / contre mandat de cent francs / à l'adresse du régisseur ». vignette|Le vignoble de Condom en 1908.|alt=Photo sur une carte postale montrant quelques rangs de vignes au premier rang et la ville de Condom au deuxième. vignette|Le vignoble d'Eauze en 1910.|alt=Photo sur carte postale montrant des vignes au premier rang et la ville d'Eauze au second.