Francesco Petracca ou Petrarca. ., en français François Pétrarque., ou simplement Pétrarque, né le à Arezzo et mort le à ArquàQui sera nommé ensuite en son honneur Arquà Petrarca., est un érudit, poète et humaniste italien de la république de Florence. Avec Dante Alighieri et Boccace, il compte parmi les auteurs fondateurs de la littérature italienne.
Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pour Laure de Sade. Son Canzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du ., a eu une influence stylistique et linguistique majeure.
Dans cette œuvre, il se présente comme .
Il est également reconnu comme celui qui a retrouvé les Correspondances de Cicéron jusqu'alors perdues. Ces dernières sont à l'origine de la volonté de Pétrarque de publier ses propres lettres.
Biographie
Fils du notaire Ser En 1302, Ser Petrarco, en tant que guelfe blanc ayant soutenu l'intervention en Italie de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, prétendant à la couronne impériale, eut tous ses biens confisqués par la partie adverse au pouvoir et fit l'objet d'un bannissement politique., Pétrarque passa son enfance dans le village d'Incisa in Val d'Arno, proche de Florence, car son père avait été banni de la cité florentine par les Guelfes noirs en 1302Les Guelfes noirs prirent le pouvoir à Florence le . en raison de ses liens politiques avec DanteC'est la version popularisée par Pétrarque lui-même. En réalité, Vittore Branca indique que sa famille fut bannie en raison des démêlés personnels de son père avec Albizzo Francezi, l'un des chefs de la faction noire.. Le notaire et sa famille rejoignirent ensuite Pise puis Marseille et le Comtat Venaissin.
Études à Carpentras vignette|La maison natale de Pétrarque à Arezzo. Les exilés arrivèrent à AvignonSer Petrarco savait qu'à Avignon, il pouvait compter sur la protection du cardinal Niccolo da Prato, ami des Blancs. en 1312 puis François s’installa à Carpentras où Cf. . Il y étudia de 1313 à 1317. Son maître Convenole ou Convenevole de Prato (1270-1338) fut surnommé par Pétrarque le pauvre petit homme (homunculum). Il retourna à Prato en 1336, à la demande de ses concitoyens qui avaient créé pour lui une chaire de lecture de Cicéron.. La tradition veut que celui-ci ait reçu de son élève un livre de Cicéron contenant, entre autres, le De Gloria aujourd’hui perdu. Toujours gêné pécuniairement, le maître avait engagé ce livre et, malgré les offres de Pétrarque pour le lui racheter, il refusa toujours par fierté. À sa mort, le poète gémit d’avoir . Ce fut pourtant de lui que le jeune homme acquit le goût des belles lettres. Dans une lettre à son ami d’enfance, Guido SettimoCertains auteurs élident son nom en Guido Sette., archevêque de Gênes, qui étudia avec lui chez le maître toscan, il rappelle :
Pour payer ses études, son père donnait chaque année au recteur du collège quatorze éminées de blé, et le futur poète devait apporter son vase à vin et son gobelet pour boire au cours des repas.
À Carpentras, le jeune Pétrarque vécut un moment important. Il assista, le , à l’arrivée du Sacré Collège venu élire un nouveau pape. Les vingt-trois cardinaux entrèrent en conclave puis durent se disperser face à l’attaque armée des Gascons de la famille de , le pape défunt.
Universités thumb|Cloître de la faculté de droit de Montpellier François, qui avait terminé ses études, quitta Carpentras pour suivre des cours de droit à l'université. C'est lui-même qui nous indique son cursus :
Il arriva à Montpellier au cours de l'automne 1316 et y apprécia son séjour estudiantin si l'on en croit cette confidence épistolaire :
En 1318 ou en 1319, alors qu'il était adolescent, Pétrarque perdit sa propre mère, Eletta, qui était alors âgée de . .
Pourtant, ce fut dans cette cité universitaire qu'à peine un ou deux ans plus tard, se déroula un autre drame. En 1320, son père brûla ses livres. Lui et son cadet GérardGherardo Petrarca était né en 1306. partirent alors continuer leurs études à Bologne, le plus grand centre européen d'études juridiques.
Ils étaient accompagnés de Guido Settimo, rencontrèrent les trois fils de l'influente et puissante famille Colonna, Agapito, Giordano et Giacomo et se lièrent avec ce dernier. Ce fut là, dès l'automne 1320, que le jeune homme prit conscience de la naissance d'une nouvelle forme de poésie écrite, non plus en latin, mais en langue vulgaire, le plus souvent le toscan.
La famille Colonna a une importance considérable pour Pétrarque ; il entre en 1325 au service de celle-ci à travers Giacomo et son père, Stefano le Vieux, et jusqu'en 1347. Il voue à la figure parentale de Stefano une affection et une admiration considérable, ayant trouvé en devenant orphelin des deux parents — le père de Pétrarque mourut en — un père modèle qui lui permettra de faire face aux aléas de la vie. Dans les Correspondances, il témoigne de reconnaissance pour ce lien néo-parental.
Les deux frères ne revinrent à Avignon qu’à la mort de leur père, abandonnant leurs études de droit. François, âgé de , attiré par la Cour pontificale, s’y installa en . L'héritage paternel, bien écorné, permit aux deux frères de mener pendant quelques mois une vie insouciante et mondaine.
Séjour et imprécations contre Avignon thumb|Pétrarque et ses amis
François, flanqué de son ami Giacomo Colonna, s'est effectivement fait remarquer par son élégance, sa prestance et son éloquence avant d'être admiré pour ses talents poétiques. En effet, le jeune homme, qui avait définitivement abandonné le droit, s'adonna dès lors à une activité littéraire.
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Mais, pour continuer à satisfaire autant leurs besoins que leurs ambitions, les deux frères durent s'assurer des revenus réguliers. C'est sans nul doute ce qui les amena à recevoir les ordres mineursLes spirituels occitans et les fraticelles italiens, partisans de la pauvreté de l’Église et de la thèse catharisante du mariage sacrement mineur, avaient comme maîtres à penser Pierre de Jean Olivi, en Languedoc, et Ubertin de Casale, en Toscane. Le premier avait publié, en 1276 à Narbonne, un traité contre le mariage (un bordel privé) intitulé De Perfectione Evangelica, le second, auteur de Arbor Vitæ Crucifixæ, avait réussi à ce que les thèses du frère Olivi ne fussent pas condamnées par le concile de Vienne. Elles étaient popularisées en Languedoc par Bernard Délicieux et Mathieu de Bouzigues ; en Provence, par Jean Joli et Philippe Alquier de Riez. Tous prêchaient que l’Église était en train de pourrir, gangrenée par les vices et l’argent, en clamant . Des thèmes dont sut se souvenir Pétrarque., seule possibilité de percevoir des revenus ecclésiastiques.
En 1330, François rejoignit son ami Giacomo, évêque de Lombez où il retrouva son frère Gherardo, devenu chanoine, ainsi que deux autres de ses amis, Lello et Luigi di CampinaPétrarque, dans ses Lettres, nomme les deux frères Laelius et Socrate.. Son séjour estival dans la cité a été idyllique :
De retour dans la cité papale, il entra au service du cardinal Giovanni ColonnaPétrarque note dans son Épître à la Postérité : .. Mais il ne se plaisait point à Avignon, la cité des papes lui semblant être une nouvelle Babylone. Il déversait sur elle les pires calomnies et médisancesEn 1335 et 1336, Pétrarque avait adressé deux suppliques à pour l'exhorter à venir à Rome. Face à l'hostilité de Bologne, cité pontificale, il avait refusé. Dès lors, il fut traité divrogne invétéré par le jeune homme.. La cité papale avait droit à ce type d'invective : .
Pour lui, Avignon était , , ou bien . Il ajouta même que . Enfin, il eut cette formule qui fit florès Cette formule lapidaire a été pourtant formulée différemment par Pétrarque : .
Attaques contre les cardinaux français d'Avignon thumb|right|200px|Pétrarque (sanguine de Jacques Le Boucq). Mais plus que sa haine d'Avignon, c'est celle contre les cardinaux du Sacré et Antique Collège qui éclate dans ses lettres. Les affublant du nom de boucs, il leur réservait ses traits les plus acérésIl est bon de souligner que, hormis Hélie de Talleyrand-Périgord et Philippe de Cabassolle, la haine du poète se concentra uniquement sur les cardinaux français. Ceux originaires d'Italie furent, par contre, parés de toutes les qualités..
Il cloua au pilori un de ceux-ci qui « [pesait] de tout son poids sur les malheureuses chèvres et ne [dédaignait] aucun accouplement », dénonça son alter ego qui , fustigea un autre qui .
Dans son « Invective contre le cardinal Jean de Caraman »Jean de Caraman d’Euse (1350-1361), petit-neveu de , était notaire apostolique et cardinal-diacre de Saint-Georges au Voile d’Or. Pétrarque le cloua au pilori dans ce texte qu'il rédigea en 1355., il s'attaquait en particulier à . Pour que ses contemporains l'identifient avec précision, Pétrarque indiqua .
Puis il narra à son sujet un épisode tragicomique. Le barbon dut, alors qu'il était dans le plus simple appareil, coiffer son chapeau de cardinal pour convaincre une jeune prostituée effarouchée qu'il était membre du Sacré Collège.
Et le poète de conclure :
Rencontre avec Laure vignette|Buste de Laure de Noves (Musée Pétrarque de Fontaine-de-Vaucluse (84)) thumb|Vestige d'une des chapelles de l'église du couvent Sainte-Claire d'Avignon thumb|Plaque commémorative apposée par l'Académie de Vaucluse sur la façade du couvent Sainte-Claire Pourtant, en 1327, en dépit de la mort de sa mère Eletta CangianiPétrarque composa alors une élégie en vers latins qui est sa première composition poétique., la cité pontificale d’Avignon lui sembla parée de tous les charmes un certain . Ce jour-là, pour la première fois, le poète rencontra LaureLe , Laure de Noves avait épousé Hugues de Sade. Elle resta toujours fidèle à son mari et lui fit même onze enfants.. Sur son manuscrit de Virgile, il nota :
Laure de Sade, épouse d'Hugo de Sade, venait d'avoir dix-sept ans et Pétrarque eut un coup de foudre. Un événement banal qui allait pourtant, par la grâce du génie d’un poète, entrer dans l’histoire de la littérature mondiale. Il allait, en effet, la chanter et la célébrer comme jamais aucun poète ne l’avait fait depuis le temps des troubadours.
Fidèle aux règles de lamour courtois, le poète a peu donné de renseignements sur Laure. Il précisa seulement que , que et que Cette description de Laure se trouve dans le Canzoniere au sonnet XC..
Il en conclut : .
Depuis quelques années, une nouvelle campagne « négationniste » a été développée par certains pétrarquistes. Pour eux, il faut que Laure n'ait point existé charnellement et qu'elle soit réduite, si l'on en croit leurs analyses, à un simple mythe poétique. Le plus acharné est Nicholas Mann qui nie en bloc et l'existence même de Laure et la véracité, nous le verrons plus loin, de l'ascension du Ventoux par le poèteNicholas Mann a formulé ses thèses dans deux ouvrages édités en 1994. Le premier, intitulé Pétrarque et les métamorphoses de Daphné, parut dans le Bulletin de l'Association Guillaume Budé, le second, intitulé Pétrarque et traduit de l'anglais par Edith Mac Morran-Babel, a été coédité par Actes-Sud et l'Aire. Il est revenu à la charge avec son Pétrarque : les voyages de l'esprit, Grenoble, 2004.. Une dernière et récente hypothèse suggère que le personnage de Laure ait été celui d'une chanteuse rencontrée en Vénétie vers le milieu du Anna Chiappinelli, La Dolce Musica Nova di Francesco Landini, Sidereus Nuncius, 2007 .
Ces hypothèses d'école sont battues en brèche par une lettre du poète à Giacomo Colonna, parue dans ses Epistolæ metricæ, I, 6, et qui a été écrite à Vaucluse, vers l'été ou l'automne 1338 .
Portraits de Pétrarque et de Laure On sait que Simone Martini arriva à Avignon, en 1336, pour décorer le palais des papes. Giacomo Stefaneschi, le cardinal de Saint-Georges, en profita pour lui passer commande des fresques du porche de Notre-Dame des Doms.