Les batailles de Mahomet (arabe , ghazawât, expédition ; campagne militaire et ḡazwa, qui a donné razzia ; raid ; incursion) désignent ces expéditions de type militaire effectuées par des musulmans entre l'Hégire et la mort de Mahomet. Ces deux mots dérivent de la même racine signifiant conquérir ; envahir.
Principales raisons des conflits armés vignette|371x371px|L'expansion de l'islam jusqu'en 750. L'Arabie pré-islamique voyait la pratique régulière de razzia, action militaire visant au pillage de l'adversaire, soit pour des raisons matérielles soit pour accroître son autoritéHilali As. "Batailles du Prophète", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.120-124.. En effet, la violence y était extrêmement forte dans l'Arabie préislamique étant donné qu’il n’y avait pas alors d’organisation étatique en Arabie, à l’exception du Yémen.. Les batailles de Mahomet s'inscrivent dans cette continuité et ont reçu le soutien du texte coranique, les ennemis étant associés aux dénégateurs. "La motivation des combattants est aussi bien liée à l'attrait du butin [...] qu'à la récompense divine dans l'au-delà, ainsi que le préconise la nouvelle religion...". Le butin devenait aussi, pour le Coran, une récompense divine. Selon Hichem Djaït, l'un des motifs essentiels du combat de Mahomet contre les Quraychites étaient qu'ils fermaient l'accès de la ville sainte aux musulmans .. À ses débuts, le but pécuniaire des razzias prime sur l'idée de conquête. Après 625, les batailles sont plus éloignées et visent une expansion, en particulier vers Jérusalem..
" Les motivations initiales qui avaient poussé les tribus arabes à partir à la conquête du monde connu et à supplanter l’empire d’Alexandre le Grand mêlaient l’attrait du pillage, de la richesse et la volonté d’étendre l’autorité de l’islam, perçu d’abord comme une communauté arabe." Une des autres raisons avancée par Hichem Djaït est que pour faire triompher l'islam du vivant du Prophète il fallait user de la force guerrière, seule option valable pour réformer et convertir les Arabes sensibles uniquement aux rapports de force à l'époque. Par ailleurs seuls les Muhajirun (en émigrant à Médine ils avaient perdu tous leurs biens à la Mecque) participaient aux expéditions contre les caravanes avant Badr. Ainsi, pour Hanne, "l’extension de l’islam fut moins l’effet d’une conversion religieuse que d’une conquête militaire".
La trame chronologique des premières conquêtes fait, en 2019, toujours débat. Il semblerait que l'activité militaire de Mahomet soit restée principalement confinée en Arabie. Néanmoins, les traditions rapportent des velléités d'expansion plus au Nord, en direction des territoires byzantins. Ainsi, pour Borrut, pour Mahomet, l'espace syrien est une cible prioritaire de Mahomet. La date de mort de Mahomet étant mal assurée, certains auteurs se demandent s'il n'était pas vivant lors des premières campagnes d'expansion hors-ArabieA. Borrut, "De l'Arabie à l'Empire", Le Coran des historiens, Paris, 2019, p. 256..
Situation en Arabie
En Arabie, les tribus se livraient semblablement des guerres fréquemment, ils avaient dû instaurer des mois sacrés interdisant les pillages et guerres passagèrement de sorte à permettre à l’économie de tourner. Cependant cela était de temps en temps profanéas-Samhûdî, Wafâ al-Wafâ fî akhbâr dârlal Mustafa 2 vol. I, p.215 Beyrouth 1955 2 éd. 1975 ; 218. Mahomet lui-même, en (an 2 de l'Hégire) prit la décision de mener une expédition durant le mois de rajab et expliqua cette transgression par les fautes graves commises par les Mecquois (Coran, II, 214)cité par Maxime Rodinson, Mohammad, Essais Seuil, 1968, réédition mai 1994, p. 195.. À Médine, les tribus de Khazraj et de Aus se livraient la guerre depuis 120 ans, s’étant chacune alliée à des tribus juives de leur région comme le veut la pratique guerrière de l’époqueas-Samhûdî, QWafâ al-Wafâ fî akhbâr dârlal Mustafa 2 vol. I, p.215 Beyrouth 1955 2 éd. 1975 ; p.215. Les Khazraj étaient alliés avec les Banu Nadhir, et les Aus avec les Banu Qurayza.
Selon les premières biographies de Mahomet, comme celles d'Ibn Ishaq et d'Ibn Hicham, sont citées les raisons de chaque expédition militaire. De toutes les tribus alliées de Quraïch, et à travers toutes les batailles livrées il y aurait eu entre 216 et 250 morts parmi les « infidèles » et entre 138 et 150 parmi les hommes des tribus qui suivaient Mahomet Le Prophète de l'islam, sa vie, son œuvre (en 2 tomes, Éditions Association des étudiants islamiques en France, )Muhammad Hamidullah, Les champs de batailles au temps du Prophète, 1939.. La plupart des arabes se sont islamisés sans guerre après la prise de la Mecque par Mahomet si on en croit la sourate Al-Fath, « la Victoire »Coran XLVIII, La Victoire : 1-29) : « Lorsqu'est arrivée le soutien d'Allah et la victoire. Tu vois les gens entrer dans la religion d'Allah en masse… » Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî.
Types d'armements et tactiques
Ce sont souvent de simples expéditions avec prise de butin souvent sans bataille réelle. La prise de butin ayant principalement deux buts : récupérer les biens des émigrants — Muhâjirûns — qui les avaient laissés à la Mecque en fuyant ; fragiliser le pouvoir de Quraych qui régnait à la Mecque par le commerce, les caravanes qui passaient impérativement par les environs de Médine vers le nord de la Mecque étaient leur plus grande forceLe Prophète de l'islam, sa vie, son œuvre (en 2 tomes, Éditions Association des étudiants islamiques en France, t. I §364.
Les Arabes utilisaient des épées, cuirasses, lances, arcs, flèches et boucliersIbn al Jauwzi (m.497) al Wafâ bi ahwâl al Mustafa Le Caire 1386/1966 ; p.695 ; mais également des cottes de maillesIbn Sa’d (m.230) Tabaqât, Leyde, 1904-1912 ; I/ii, p.119/ ibn Hanbal (m.241) Musnad, Le Caire 1313 ; n° 2724, et même exceptionnellement une catapulte manjanîq Ibn Hicham (m.218) Sirât Rasûlillah ; p.873 et un char cuirassé dabbâbah ou dabûr lors du siège de forteresses.
Des étendards en général noirs ou blancs nommés liwâ et râyah étaient portés pour repérer les commandants et situer la progression de la bataille Ibn Hicham (m.218) Sirât Rasûlillah ; pp.432-433, 845-850 Une fois une râyah noire avec un croissant de lune blanc fut utiliséeIbn Hajar (m.852) al isâbah Calcutta 1856 ; n°4083.
À part les sièges de la bataille du Fossé, de Taif et de Khaïbar, les batailles ne duraient pas plus d’une demi-journéeal-Wâqidî (m.207) al-Maghâzî éd. Ar-Riddah (ms. Original Bangkipore) ; fol. 15a… Comme les combattants n’avaient pas de costume particulier, ils utilisaient un cri de guerre appelé chi’aral-Balâdhurî (m.279) Ansâb al-achrâf (ms. Reisulkuttâb, Istanbul) 2 vol. vol I, éd. Le Caire 1959 ; I §697 etc., mais selon certaines sources les musulmans utilisèrent plus tard une crête en laine sur la tête (casque, turban ou chapeau) nommée SûfahIbn Sa’d (m.230) Tabaqât, Leyde, 1904-1912, 2/I, p.9.
Mahomet envoyait des espions dans le camp adverse pour devancer leurs plansIbn Sa'd (m.230) Tabaqât, Leyde, 1904-1912 ; 2/I p.45, et des sorties de reconnaissance étaient faites pour cette même fin Ibn Hicham (m.218) Sirât Rasûlillah ; p.346.
Les soldats se relayaient pour se reposer et prierIbn Sa'd (m.230) Tabaqât, Leyde, 1904-1912 ; 2/i p.27.
Des femmes participaient aux expéditions militaires pour soigner les blessés et leur donner à manger ou boire, de rares femmes comme Umm Sulaym et Umm Harâm participaient même aux combatsIbn Hajar (m.852), Fath al bâri, le n 1970 Caire..
Organisation du commandement Chefs des expéditions et porte-drapeau Voici la liste des commandants désignés par Mahomet par expédition, pour 25 sorties :
Expédition de Ubayda ibn al Hârith, celui-ci fut le commandant, Mistah ibn Uthâthah portait le drapeauIbn Sa'd, Ii, p/2. Expédition de Hamza, le commandant étant HamzaIbn Hicham, p.419, le porte-drapeau abû Marthad Khannaz al Ghanawî. Expédition de Sa'd ibn abi Waqqas, avec comme porte-étendard Miqdad ibn Amr al BahrâniIbn Sa'd, Ii, p/3. Expédition d'abu Salimah, commandant abu SalimahIbn Sa'd, Ii, p/35. Le Fossé, (?)Ibn Sa'd, Ii, p/47. Dumat al Jandal, commandant Abdarrahman ibn Auf, porte-étendardIbn Sa'd, Ii, p/Bilâl. Mu'tah, porte-étendard Zaid ibn HarithahIbn Sa'd, Ii, p/93. Taiy, commandant AliIbn Sa'd, Ii, p/118. Yémen, commandant Ali, porte-étendard AliIbn Sa'd, Ii, p/122. Palestine, commandant Usâmah, porte-étendard Buraida ibn al Husaib al AslamiIbn Sa'd, Ii, p/136.
Les expéditions suivantes sont faites sous le commandement direct de Mahomet : al Abwâ, porte-étendard HamzaIbn Sa'd, IIi, p/3. Buwat, porte-étendard Sa'd ibn abi WaqqasIbn Sa'd, Ii, p/4. Kanz'ul Fahri, porte-étendard Ali ibn Abi Talib. Badr, porte-étendards Ali et Sa'd ibn MuadhIbn Sa'd, Ii, p/8. Banu Qaynuqa, porte-étendard HamzaIbn Sa'd, Ii, p/19. Qarqara al Kudr, porte-étendard AliIbn Sa'd, Ii, p/21. Uhud, porte-étendards Usaid ibn Hudair et al Hubab ibn al Mundhir, et AliIbn Sa'd, Ii, p/26-27. Hamra al asad, porte-étendard Ali et Abu BakrIbn Sa'd, Ii, p/34. Seconde Badr, porte-étendard AliIbn Sa'd, Ii, p/42. al Muraysi, porte-étendard abu Bakr et Sa'd ibn UbâdahIbn Sa'd, Ii, p/45. Ghâbah, porte-étendard al Miqdad ibn AmrIbn Sa'd, Ii, p/58. Khaybar, porte-étendard Ali, Abu Bakr, UmarIbn Sa'd, Ii, p/80-81. La Mecque, porte-étendards, Ali, Sa'd ibn abi Waqqas, Umar, ibn Habib al Munzhir et Usaid ibn HudairIbn Sa'd, Ii, p/108. Tabuk, beaucoup de râyahIbn Sa'd, Ii, p/119.
Les règles de la guerre de Mahomet Mahomet établit quelques règles de la guerre à l'égard de ses troupes, voici les plus notables :
Les prisonniers de guerre : « Le traitement des prisonniers par le Prophète retient particulièrement notre attention. D’après le Coran, la nourriture du prisonnier est gratuite : elle incombe au gouvernement musulman (Coran LXXVI : 8)… Les chroniqueurs précisent que les prisonniers recevaient la même nourriture que ceux qui les avaient capturés. Certains (…) donnaient leur pain aux prisonniers et se contentaient de dattes. Le Prophète donnait même des vêtements aux prisonniers, s’ils en avaient besoin, comme le rapportent les récits de Badr et Hunayn. On soulageait leurs souffrancesTabari (m. 310), Tarih ar-Rusûl w'al Mulûk, Leyde, 1897. TomeI, 1341 ; ils avaient la faculté de rédiger un testament pour léguer ce qu’ils possédaient dans leur paysSarakhsi, Charh Siyar Kabir, IV, 225. L’Islam ne permet pas de punir les prisonniers pour leurs actes de belligérance normale : « Dans les souffrances d’ici-bas, les musulmans et les polythéistes se trouvent à égalité », répètent toujours les juristes musulmans. Les compagnons du Prophète étaient unanimes à penser qu’un prisonnier de guerre ne pouvait être puni de mortIbn Ruchd, Bidâyah, I, 351 (éd. Egypte). Les crimes de guerre, les crimes civils commis contre des sujets musulmans n’entrent évidemment pas en question. Selon le Coran, le traitement des prisonniers comporte soit la libération gratuite, soit une rançon, qui peut aussi se régler par un échange (Cor. XLVII : 5). Il y a dans la vie de Mahomet de nombreux exemples de ces différents traitements.