Le Grand Prix de Belgique 1968 ( Grand Prix de Belgique / ), disputé sur le circuit de Spa-Francorchamps le , est la cent-soixante-cinquième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1968.

Contexte avant la course Le championnat du monde thumb|upright|left|alt=Graham Hill|Avec deux victoires et une deuxième place en trois courses, Graham Hill a pris une sérieuse option sur le championnat du monde 1968 des conducteurs. La saison 1968 est la troisième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

D'autre part, la Commission Sportive Internationale (CSI) autorise désormais l'apparition de publicité extra-sportive sur les voitures de course, aussi des annonceurs autres que les habituels pétroliers ou manufacturiers pourront-ils figurer sur les carrosseries.

Malgré la disparition de Jim Clark lors d'une course de Formule 2 à Hockenheim, le début de saison a été marqué par la domination des Lotus, l'équipe britannique ayant remporté les trois premiers Grands Prix du championnat ; vainqueur en Espagne et à Monaco, Graham Hill a pris le relais de son regretté coéquipier et compte déjà quatorze points d'avance sur le champion en titre, Denny Hulme.

Le circuit

Utilisé depuis 1921 pour l'organisation de courses motocyclistes ou automobiles, le tracé de quatorze kilomètres par les routes reliant Francorchamps, Malmedy et Stavelot est l'un des plus rapides d'Europe, les 300 km/h étant largement dépassés par les monoplaces de Formule 1 dans la descente de Masta. Il ne comprend qu'un seul virage «lent» (l'épingle de la source), les autres courbes se prenant à haute vitesse, comme celle de Stavelot, négociée aux alentours de 240 km/h. Les principaux évènements annuels s'y déroulant sont, en dehors du Grand Prix de Belgique, les 1000 km de Spa (épreuve d'endurance automobile), les 24 Heures de Spa (course de voitures de tourisme) et le Grand Prix moto de Belgique. Le record officiel du circuit est détenu par l'Américain Dan Gurney, auteur sur son Eagle d'un tour à plus de 239,5 km/h lors de sa chevauchée victorieuse au Grand Prix de Belgique 1967.

Monoplaces en lice thumb|upright|right|alt=Lotus 49B|La Lotus 49B de Graham Hill, vue ici devant les stands de Zandvoort. Brabham BT26 "Usine" Jack Brabham et son coéquipier Jochen Rindt disposent tous deux des récentes BT26, dotées du moteur V8 Repco à doubles arbres à cames en tête, avec distribution à quatre soupapes par cylindre, développant 400 chevaux à 8500 tr/min. Conçues par Ron Tauranac, les Brabham sont les seules monoplaces à châssis multitubulaire du plateau, toutes leurs concurrentes ayant une structure monocoque. Équipées d'une boîte de vitesses Hewland FG400 à cinq rapports, elles pèsent environ 530 kg. Elles sont désormais pourvues d'un aileron arrière et de deux volets à l'avant, leur conférant de l'appui aérodynamique à haute vitesse. Les Brabham utilisent des pneus Goodyear.

Brabham BT20 privée L'ancien champion de Suisse Charles Vögele a engagé sa Brabham BT20, confiée à son compatriote Silvio Moser. Il s'agit de l'ancienne voiture d'usine auparavant utilisée par Denny Hulme, qui avait à son volant remporté le Grand Prix de Monaco 1967. Elle est animée par une ancienne version du V8 Repco (simples arbres à cames en tête, deux soupapes par cylindre, 315 chevaux) et chaussée de pneus Goodyear.

Lotus 49B "Usine" Au sein du Team Lotus, la 49B victorieuse à Monaco est une nouvelle fois attribuée à Graham Hill, Jackie Oliver étrennant une monoplace flambant neuve, en tout point identique. Leur moteur V8 Cosworth DFV comporte deux doubles arbres à cames en tête, avec quatre soupapes par cylindre. Alimenté par injection indirecte Lucas, il délivre 415 chevaux à 9200 tr/min. La structure monocoque se terminant à l'arrière du cockpit sur lequel est boulonné directement le V8, qui porte le train arrière et la boîte Hewland FG400. Les deux voitures comportent deux mini ailerons réglables à l'avant et un capot arrière profilé intégrant un becquet aérodynamique. Elles pèsent 505 kg à vide et sont équipées de pneus FirestoneRevue Sport Auto - .

Lotus 49 privée Joseph Siffert pilote la Lotus 49 du Rob Walker Racing Team. Il s'agit de l'ancienne voiture d'usine de Jim Clark, dotée d'un V8 Cosworth et d'une boîte cinq vitesses ZF. Légèrement plus courte que les 49B officielles, elle n'est pas pourvue d'appendices aérodynamiques et ne pèse que 500 kg. Siffert utilise des pneus Firestone.

Cooper T86B "Usine" Le projet de la monoplace à moteur Alfa Romeo a pris du retard et l'équipe de John Cooper aligne ses habituelles T86B à moteur V12 BRM (développant 380 chevaux à 10000 tr/min) pour Brian Redman et Lucien Bianchi, ce dernier remplaçant Ludovico Scarfiotti, retenu par Porsche pour la course de côte de Rossfeld. Pour l'épreuve belge, les deux voitures ont été dotées de volets aérodynamiques à l'avant. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses Hewland. Elles pèsent 545 kg à vide et sont chaussées de pneus Firestone.

Honda RA301 "Usine" Le constructeur japonais n'engage toujours qu'une seule voiture, confiée à John Surtees. Apparue en Espagne, la RA301 a un châssis monocoque constitué de tôles d'alliage léger rivetées. Son moteur V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes est alimenté par injection indirecte et développe 420 chevaux à 11000 tr/min. Pesant environ 550 kg, la Honda utilise des pneus Firestone.

Ferrari 312/67 & 312/68 "Usine" La Scuderia Ferrari aligne trois 312, deux modèles '67' pour Chris Amon et Jacky Ickx et un modèle '68' qui fait office de mulet. La dernière version ne diffère des deux autres monoplaces que par l'implantation légèrement abaissée de son moteur. Elle pèse cinq kilos de moins (505 contre 510 pour la version précédente). Les mécaniques sont toutes identiques, le moteur V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes, alimenté par injection indirecte Lucas, développant 410 chevaux à 10800 tr/min. Les trois voitures apparaissent avec deux petits volets triangulaires à l'avant et un aileron fixe monté sur le châssis au niveau du train arrière. Les Ferrari sont équipées de pneus Firestone.

BRM P126 & P133 "Usine" Après sa belle prestation monégasque, Richard Attwood a été titularisé pour le reste de la saison dans l'équipe BRM, secondant Pedro Rodríguez. Le Britannique dispose de la P126 avec laquelle il avait terminé deuxième en principauté, tandis que son coéquipier mexicain pilote son habituelle P133. Les deux voitures sont pratiquement identiques, la P133 ayant étant construite dans l'usine de Bourne alors que la P126 qui lui a servi de modèle, initialement destinée à la Formule Tasmane, avait été réalisée dans les ateliers de son concepteur Len Terry. Le V12 qui anime ces monoplaces de 550 kg est le même que celui qui équipe les Cooper, mais il est poussé à 400 chevaux à 10000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte «cinq» Hewland DG300. Rodríguez est contractuellement lié à Goodyear alors qu'Attwood roule sur pneus Dunlop.

BRM P126 privée Au sein du Reg Parnell Racing, Piers Courage dispose d'une BRM P126 identique à celle d'Attwood et également chaussée de pneus Dunlop.

Eagle T1G "Usine" Dan Gurney avait engagé son Eagle T1G à moteur V12 mais les nombreuses casses mécaniques rencontrées lors des courses précédentes l'ont incité à déclarer forfait en Belgique, concentrant les efforts de son équipe sur une évolution du moteur.

thumb|upright=1.3|right|alt=McLaren M7A|La McLaren M7A de Denny Hulme. McLaren M7A "Usine" Bruce McLaren étrenne une M7A flambant neuve, son coéquipier Denny Hulme pilotant sa monoplace habituelle, qu'il utilise depuis le début de la saison européenne et avec laquelle il a remporté l'International Trophy. Si les deux monoplaces sont extérieurement semblables, celle de McLaren bénéficie toutefois de demi-arbres et de cardans plus solides, identiques à ceux des modèles M6A disputant les épreuves de CanAm. Deux petits volets ont été fixés sur le nez des deux voitures et un déflecteur a été ajouté sur le capot arrière. Leur moteur V8 Cosworth DFV est accouplé à une boîte «cinq» Hewland FG400. Elles pèsent environ 515 kg à vide et sont chaussées de pneus Goodyear.

McLaren M5A privée Joakim Bonnier pilote la McLaren M5A à moteur V12 BRM, qu'il a rachetée au pilote-constructeur en début de saison. Cette monoplace de 535 kg, dotée d'une boîte «cinq» Hewland, est équipée de pneus Goodyear.

Matra MS10 & MS11 "Usine" Comme à Monaco, Matra Sports a amené ses deux MS11 à moteur V12 pour Jean-Pierre Beltoise, la plus récente faisant office de mulet. Ces monoplaces de près de 600 kg ont une puissance de 395 chevaux à 10500 tr/min. Jackie Stewart n'est pas totalement remis de sa blessure au poignet droit mais effectue son retour en course (il pilotera avec avant-bras gainé) au volant d'une des deux MS10 préparées par Matra Internationale, l'une servant de voiture de réserve. Contrairement à la MS11 dont la réalisation est 100% française et dont le V12 est fixé sur un berceau intégré à la coque, la MS10 est animée par un V8 Cosworth DFV fixé à l'arrière du cockpit, le moteur étant porteur. Les parties avant des deux modèles ainsi que les suspensions sont pratiquement identiques, mais la MS10 (qui pèse environ 550 kg) utilise une «cinq» Hewland DG300 alors que l'on trouve une FG400 sur la MS11. Les Matra sont maintenant pourvues de petits déflecteurs à l'avant. Leurs pneus sont des Dunlop.

Coureurs inscrits