Le Grand Prix de Belgique 1967 ( Grand Prix de Belgique / ), disputé sur le circuit de Spa-Francorchamps le , est la cent-cinquante-quatrième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1967.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 a adopté la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :
pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur
Ayant combiné un châssis maniable et léger avec l'usage d'un moteur fiable dérivé de la grande série, le pilote-constructeur Jack Brabham avait dominé la saison 1966, obtenant, sur une voiture de sa marque, son troisième titre mondial. La lutte s'annonce cependant plus serrée pour l'année 1967. Alliant puissance et légèreté, la nouvelle Lotus 49 à moteur V8 Cosworth s'annonce toutefois une redoutable concurrente pour l'équipe Brabham, la dernière création de Colin Chapman s'étant imposée dès sa première sortie à Zandvoort, Jim Clark ayant facilement remporté la victoire devant le champion du monde. Devenu également pilote constructeur, Dan Gurney dispose, avec son Eagle à moteur V12 Weslake, d'une monoplace puissante et efficace et en fait la démonstration en s'imposant brillamment lors de la Course des Champions, à Brands Hatch. Grâce à Denny Hulme, vainqueur du Grand Prix de Monaco et figurant régulièrement aux avant-postes, l'équipe Brabham occupe cependant la tête du championnat du monde.
Le circuit
Depuis 1921, les routes reliant Francorchamps, Malmedy et Stavelot sont régulièrement organisées utilisées pour l'organisation de courses motocyclistes ou automobiles. Les événements majeurs empruntant le tracé de quatorze kilomètres sont les 24 Heures de Spa (course de voitures de tourisme), le Grand Prix automobile de Belgique, le Grand Prix moto de Belgique et les 1000 km de Spa-Francorchamps (épreuve d'endurance automobile). Composé des courbes très rapides, le circuit se caractérise par un relief marqué et ne comporte qu'un seul virage «lent», l'épingle de la Source, situé juste avant la ligne de départ. Le record officiel de la piste est détenu par le pilote britannique Mike Parkes, auteur sur une Ferrari 330 P3 d'un tour à 224,2 km/h lors de l'édition 1966 des 1000 km de SpaRevue L'Automobile n°242 - juin 1966.
Monoplaces en lice Brabham BT19 et BT24 "Usine" thumb|upright=1.05|right|alt=Brabham BT24|La petite Brabham BT24, à moteur V8 Repco. Apparue lors des essais du Grand Prix des Pays-Bas, la BT24 reprend le châssis multitubulaire de la BT23 de Formule 2, sur lequel a été adapté le V8 Repco à échappement central, couplé à une boîte de vitesses Hewland DG300 à cinq rapports. Alimenté par un système d'injection mécanique Lucas, ce V8 développe 330 chevaux à 8000 tr/min. Très compacte, la BT24 pèse 510 kg à vide. Seul Jack Brabham en disposera à Francorchamps, la deuxième voiture de ce type étant en cours de réalisation. Son coéquipier Denny Hulme pilotera la BT19 utilisée jusqu'alors par l'Australien. Dotée du même moteur et de la même transmission que la BT24, elle pèse 540 kg. Les Brabham sont équipées de pneus Goodyear.
Brabham BT11 privée L'ancien champion motocycliste Bob Anderson pilote son habituelle Brabham BT11, dotée d'un ancien moteur quatre cylindres Climax FPF de 2,7 litres, d'une puissance de l'ordre de 260 chevaux à 6800 tr/min. Il utilise des pneus FirestoneRevue Sport Auto - .
Ferrari 312 "Usine" Depuis la disparition de Lorenzo Bandini en mai, Chris Amon assume le rôle de premier pilote au sein de la Scuderia Ferrari. Il a pour coéquipiers Mike Parkes et Ludovico Scarfiotti. Amon et Scarfiotti disposent des versions 1967 de la 312, Parkes d'un modèle 1966 à empattement allongé, mieux adapté à sa grande taille. Monoplaces à structure monocoque, les 312 sont animées par un V12 «36 soupapes» à double allumage, alimenté par injection indirecte Lucas. La puissance maximale est de 390 chevaux à 10000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses. Les modèles 1967 pèsent 550 kg à vide, environ 50 de moins que le modèle précédent, moins bien profilé. Les Ferrari ont des gommes Firestone.
Cooper T81 "Usine" thumb|right|alt=Cooper T81|Plusieurs équipes privées engagent des Cooper T81 à moteur V12 Maserati. Ici celle de l'écurie de Joakim Bonnier. L'équipe Cooper est présentes avec les mêmes monoplaces qu'à Zandvoort : trois T81 à moteur V12 Maserati, dont une version 1967 (T81B) confiée à Jochen Rindt, les deux autres (celle de Pedro Rodríguez et le mulet) étant des modèles 1966. Dotées d'un châssis monocoque, ces voitures sont relativement lourdes (620 kg pour la version T81B, à boîte de vitesses Hewland, et 640 kg pour les autres, dotées d'une boîte ZF). Leur V12 à double allumage, alimenté par un système d'injection Lucas, développe 360 chevaux à 9000 tr/min. Une évolution 36 soupapes de ce moteur, offrant 400 chevaux à 10000 tr/min, a été testée mais sa fiabilité s'est révélée désastreuse. Les Cooper sont chaussées de pneus Firestone.
Cooper T81 privées Le Rob Walker engage une Cooper T81 pour Joseph Siffert, les pilotes indépendants Joakim Bonnier et Guy Ligier disposant chacun d'un modèle identique. Contrairement aux versions "usine", les T81 privées utilisent une version à simple allumage du V12 Maserati et ne disposent que de 330 chevaux. Siffert et Bonnier ont des pneus Firestone, Ligier des pneus Dunlop.
BRM P83 & P261 "Usine" L'écurie d'Alfred Owen a engagé deux P83 à moteur 16 cylindres, mais devant le manque de confiance de Jackie Stewart et de Mike Spence dans ces voitures peu fiables, deux anciennes BRM P261 à moteur V8 ont également été amenées. La nouvelle P115 (évolution de la P83), testée par Stewart à Zandvoort, insuffisamment au point, est restée à l'usine. Imposantes, les P83 ont une structure monocoque et sont dotées d'une boîte de vitesses à six rapports réalisée en interne ; elles pèsent 700 kg. Leur moteur H16, alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, développe 400 chevaux à 10000 tr/min. Conçues pour la Formule 1 1500 cm3, les petites P261 utilisent la version Tasmane du moteur V8, d'une cylindrée de 2070 cm3 (270 ch à 10000 tr/min). Elles ont été lestées pour atteindre le seuil minimal de 500 kg et sont chaussées de pneus Firestone, contrairement aux P83 pour lesquelles les Goodyear conviennent mieux.
BRM P83 privée L'écurie dirigée par Tim Parnell a engagé une BRM P83 pour l'espoir britannique Chris Irwin. Il s'agit du premier châssis construit, récemment racheté au constructeur de Bourne.
Lotus 49 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Lotus 49|La Lotus 49 de Jim Clark. Dès sa première sortie, à Zandvoort, la Lotus 49 conçue par Colin Chapman en collaboration avec le motoriste Keith Duckworth, a dominé la concurrence, Graham Hill s'étant alors montré de loin le plus rapide aux essais tandis qu'en course Jim Clark avait brillamment pris le relais de son coéquipier malchanceux pour remporter une nette victoire. Se singularisant par son châssis monocoque dépourvu de partie postérieure, la Lotus 49 inaugure le concept de moteur porteur, son V8 Cosworth DFV étant directement boulonné à l'arrière du cockpit. Ultra léger (168 kg pour l'ensemble moteur, embrayage et accessoires), ce V8 à double arbre à cames en tête comprend une distribution à quatre soupapes par cylindre ; alimenté par injection indirecte Lucas, il développe 400 chevaux à 9000 tr/min. Il est couplé à une boîte cinq vitesses ZF. Clark et Hill pilotent les mêmes voitures qu'aux Pays-Bas et ne disposent pas de mulet. Ils utilisent des pneus Firestone.
Lotus 33 privée En plus de la BRM P83 présente, Tim Parnell a également engagé en réserve sa Lotus 33 à moteur V8 BRM (2070 cm3, près de 280 chevaux) pour son pilote Chris Irwin. Elle est dotée d'une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports. Elle pèse 500 kg et utilise des pneus Firestone.
thumb|upright=1.15|right|alt=HondaRA273|La Honda RA273 de John Surtees. Eagle T1G "Usine" Sans deuxième pilote au sein de son équipe depuis le renoncement de Richie Ginther, le pilote-constructeur Dan Gurney avait tout d'abord offert un volant à Bob Bondurant, projet resté sans suite. Un engagement de dernière minute d'A. J. Foyt, avec qui il venait de partager la victoire aux 24 Heures du Mans, a ensuite été envisagé, mais le pilote texan n'a pas voulu renoncer à courir le Telegram Trophy Race, à Mosport. Bruce McLaren ayant renoncé à faire courir sa monoplace intérimaire (ex F2) sur ce circuit rapide, le volant de la deuxième Eagle lui a alors été proposé, avant que l'équipe ne réalise finalement qu'il valait mieux se garder une voiture de réserve. Gurney aura donc à sa disposition deux Eagle T1G à moteur V12 Weslake, privilégiant la nouvelle version allégée (525 kg), dont la structure monocoque a été réalisée à partir de titane et de magnésium, l'autre châssis (intégralement en aluminium) pesant 50 kg de plus. Le V12 à double arbre à cames en tête et quatre soupapes par cylindre délivre plus de 410 chevaux à 10000 tr/min. Il est associé à une boîte cinq vitesses Hewland. Gurney utilise des pneus Goodyear.
Honda RA273 "Usine" Inspirées, pour la partie châssis, des Lotus 38 conçues pour les courses sur circuit ovale, les Honda RA273 sont les plus lourdes monoplaces du plateau, affichant 740 kg sur la balance. Leur structure monocoque est constituée de tôles d'aluminium rivetées englobant neuf outres à essence cloisonnées. Elles sont motorisées par un V12 à double arbre à cames en tête comportant 48 soupapes. Alimenté par un système d'injection indirecte Honda, il développe 420 chevaux à 10500 tr/min. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses réalisée en interne. Unique pilote de l'équipe japonaise, John Surtees a deux monoplaces à sa disposition, dont une à voies élargies. Il utilise des pneus Goodyear.
McLaren M4B "Usine" Ayant initialement engagé sa petite M4B (une monoplace conçue pour la Formule 2, modifiée pour le montage d'un moteur deux litres BRM), Bruce McLaren a finalement jugé qu'elle ne serait pas assez compétitive sur un circuit ultra-rapide et son équipe n'a pas effectué le déplacement à Francorchamps.
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