Hubert-François Bourguignon d'Anville, connu sous le nom de Gravelot ( - ), est un illustrateur, graveur, dessinateur et peintre français qui connut un certain succès à Londres au début du et qui y laissa l'empreinte du « goût français ».

Biographie Élève considéré comme moyen par l'Académie royale de peintureLe catalogue de la bibliothèque de l'ENSBA inventorie 14 dessins conservés dans son fonds., Gravelot tente tout de même le voyage de Rome avant d’être contraint, faute de ressources, de revenir à Paris sans avoir pu dépasser Lyon. Après l’échec d’une opération commerciale à Saint Domingue où l’a envoyé son père, il devient l’élève de Jean Restout puis de Boucher.

De 1732 à 1745, Gravelot s'installe à Londres. Bien que sujet à l'anglomanie comme nombre de ses compatriotesCitons le graveur Pierre-Charles Canot, arrivé à Londres en 1740, et qui travailla avec l'un des élèves de Gravelot, Charles Grignion l'aîné (1717-1810)., il s'y rend sur l'invitation du graveur Claude Dubosc (1682-1745)Voir notice BNF, en ligne. afin de travailler sur les gravures de l'édition anglaise de l'ouvrage de Bernard Picart, Traité des cérémonies religieuses de toutes les nations. On trouve dans les carnets de note du graveur George Vertue une appréciation très positive du style de Gravelot. Ce dernier commence alors à fréquenter une société d'artistes, la St Martin's Lane Academy dirigée par William Hogarth, à une époque où Londres ne comportait ni galerie, ni musée, ni exposition, pas même une école qui fut l'équivalent de l'Académie royale à Paris. Gravelot prend comme élève un certain Thomas Gainsborough qui deviendra l'un des peintres les plus importants de l'école anglaise du . Son style est imité, et Gravelot est sans doute l'un des promoteurs du rocaille en Angleterre, tant il excelle dans l'art de l'ornement. Gravelot s’est également distingué dans ses illustrations et ses rocailles qu’il avait réalisées pour des ébénistes, tapissiers et des chaudronniers, qui furent une source d'inspiration pour des orfèvres, tapissiers et des ébénistes parmi lesquels on compte Thomas Chippendale, sans oublier les miniaturistes travaillant pour la fabrique de porcelaine de Chelsea.

Ses illustrations, notamment 35 frontispices pour la seule édition des Œuvres complètes de Shakespeare en 1744Voir , , ont influencé les artistes anglais et il travaille aux côtés de graveur comme Gerard van der Gucht. On compte aussi le Pamela: or, Virtue rewarded de Samuel Richardson qu'il illustre en 1741 d'après des compositions peintes par Francis Hayman.

Les sentiments anti-français déclenchés par la bataille de Fontenoy en 1745 ramènent Gravelot à Paris en octobre, où, accompagné par l'un de ses élèves, Thomas Major et d'une fortune estimée à livres, il n’a aucune difficulté à employer ses talents. Durant l'hiver 1745-46, Gravelot réussit à faire libérer son jeune élève embastillé, les Anglais ayant été déclarés un temps suspects, en faisant intervenir le marquis d'Argenson.

Il illustre aux côtés de graveurs comme Noël Le Mire, l'Histoire de Tom Jones de Fielding (1750), le Décaméron (1757), la Nouvelle Héloïse (1761), les Contes moraux de Marmontel (1765), les Métamorphoses d’Ovide (1767-71), La Jérusalem délivrée du Tasse (1771) mais aussi les œuvres complètes de Corneille, Racine et Voltaire : certains de ces livres illustrés sont considérés comme parmi les plus beaux de cette époque. À partir de 1765, il réalise une série d'Almanachs iconologiques que Charles-Nicolas Cochin poursuivra jusqu'en 1781. Il laisse plus de cuivres. Il eut une influence sensible sur, entre autres, Jean-Michel Papillon et Nicolas Caron.

Grand lecteur, Gravelot était le frère du géographe Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville avec lequel il travailla sur une série de cartes et qui écrivit son éloge funèbre où il rappelle sa bibliomanie. Son frère rapporte que lorsqu'il dessinait, il s'aidait d'une série de poupées qu'il fit concevoir à Londres équipées de leurs vêtementsLeribault (MoMA, 2009), op. cit..

Il se maria deux fois : avec Marie-Anne Luneau, décédée en 1759, puis avec Jeanne Ménétrier en 1770..

Quentin de La Tour a fait son portrait exposé au Salon de l'Académie Royale de peinture et de sculpture en 1769.

Le bibliophile Emmanuel Bocher (1835-1919) contribua à faire redécouvrir ses talents de dessinateur.

Technique Un nombre important de dessins nous sont parvenus et permettent de décomposer sa technique illustrative. En effet, pour la plupart de ses illustrations conservées nous connaissons deux à quatre dessins préparatoires.

Tout d'abord il esquisse la composition à la pierre noire. Cette étape permet de donner les grandes lignes d'ensemble. Certains dessins conservent des traces de frottement au verso, ceci permet d'établir que Gravelot reportait son travail précédent sur une nouvelle feuille avant de passer à l'étape suivante. Puis, il supprime les personnages et, à la mine de plomb, il se concentre sur la construction du décor. L'intérêt de Gravelot pour la perspective se ressent dans ses élaborations, nombre de dessins comportent des lignes de constructions afin de donner un résultat architectural le plus rigoureux possible. Ensuite, Gravelot porte son attention sur les personnages. Ils sont de nouveau inclus dans l'image et sont le support d'une véritable étude anatomique de la part de l'artiste. Le témoignage de Jean-Baptiste d'Anville nous apprend qu'il avait coutume de s'aider de mannequins de bois pour mettre en posture ces personnages. Il semblerait qu'il se met à utiliser cet outil à partir de son séjour en Angleterre, là où il n'est pas rare de s'aider de ces poupées miniatures. Enfin, les dernières étapes sont rendus à la mine de plomb et à l'encre. C'est à ce moment qu'il peaufine les détails des vêtements et des ornements. Le dernier dessin d'ensemble est généralement rendu à l'encre et aux lavis.

Livres illustrés par Gravelot vignette|Frontispice de The Toast, poème de William King (1735). The ceremonies and religious customs of the various nations of the known world, William Jackson, Claude Du Bosc, 1733-1739 John Gay, Fables, J. Tonson and J. Watts, 1727-38 Shakespeare, The works of Shakespeare, H. Lintott, C. Hitch, J. and R. Tonson, C. Corbet, R. and B. Wellington, J. Brindley and E. New. 1740 Edward Young, The poetical works of the Reverend Edward Young, Curll, Tonson, Walthoe, Hitch, Gilliver, Browne, Jackson, Corbett, Lintot and Pemberton, 1741 Confers Middleton, The history of the life of Marcus Tulles Cicero, James Bettenham, 1741 Samuel Richardson, Pamela: or, Virtue rewarded, Samuel Richardson, 1742 Thomas Steakhouse, A new history of the Holy Bible, Stephen Austen, at the Angel and Bible in St. Paul's Church-Yard., 1742-1744 Nicholas Tindal, Rapin-Thoyras, The history of England, John and Paul Knapton, at the Crown in Ludgate-Street., 1743 Robert Boyle, The works of the Honourable Robert Boyle, A. Millar, opposite Catharine-Street, in the Strand., 1744 Thucydide, Thoukydidos, Platónos kai Lysiou logoi epitaphior, Ek Theatrou en Oxonia, 1746 Pierre Rémond de Sainte-Albine, Le Comédien, Vincent Fils, 1749 Henry Fielding, Histoire de Tom Jones, ou l'enfant trouvé, chez Jean Nourse, 1750 Henry Baker, The microscope made easy, R. and J. Dodsley, 1754 Charles Rollin, The antient history of the Egyptians, Carthaginians, Assyrians, Babylonians, Medes and Persians, Macedonians, and Grecians, John and Paul Knapton, 1754 Henry Fielding, L'Histoire de Tom Jones, ou L'Enfant trouvé, plusieurs éditeurs, 1750 Henry Fielding, La storia di Tom Jones, Presso Gio Battista Regozza, 1757 Jean Boccace, Le Décaméron, Prault, 1757-1761 Almanach utile et agréable de la Loterie de l'École royale militaire pour l'année 1759, Chez Prault Père, 1759 Pierre-Thomas Gondot, Le prix de la beauté, ou, Les couronnes, Chez De Lormel, imprimeur-libraire, rue du Foin, à Sainte Geneviéve, et se vend aussi aux spectacles, 1760 Almanach utile et agréable de la Loterie de l'École royale militaire pour l'année 1760, Chez Prault Père, 1760 Germain-François Poullain de Saint-Foix, Catalogue des chevaliers, commandeurs et officiers de l'ordre du Saint Esprit, avec leurs noms & qualités, depuis l'institution jusqu'à présent, Christophe-Jean-Franc̦ois Ballard, 1760 Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Heloïse, chez Duchesne, 1761 Fontenelle, Les Amours de Mirtil, 1761 Jean de Joinville, Histoire de saint Louis, L'Imprimerie Royale, 1761 Voltaire, La pucelle d'Orléans, Cramer, 1762 John Dryden, The dramatic works of John Dryden, J. & R. Tonson, 1762-1763 Pierre Corneille, Théâtre de Pierre Corneille, Les frères Cramer, 1764 Marie Jeanne Riccoboni, Histoire de Miss Jenny, Chez Brocas & Hublot, 1764 Claude-Nicolas Le Cat, Traité de la couleur de la peau humaine en général, 1765 Jean-François Marmontel, Les Contes moraux, Chez J. Merlin, 1765 John Cleland, Memoirs of a Woman of Pleasure, 1766 Charles Collé, Robert Dodsley, La partie de chasse de Henri IV, La veuve Duchesne, 1766 Ordonnance du Roi, pour régler l'exercice de l'infanterie du , de l'Imprimerie royale, 1766 Almanach iconologique pour l'année 1766. Les sciences, Chez Lattré, 1766 Almanach iconologique pour l'année 1772. L'homme. Les sens et les tempéraments, Chez Lattré, 1772. Almanach iconologique pour l'année 1767. Des vertus et des Vices, Chez Lattré, 1767 Almanach iconologique. Année 1768. Etres métaphysiques (Instinct, génie, mémoire...) Almanach iconologique pour l'année 1770. Les éléments. Les parties du monde. Almanach iconologique pour l'année 1771. Les XII mois de l'année. Almanach iconologique pour l'année 1773. Les êtres moraux Jean-François Marmontel, Bélisaire, Chez Jean Merlin, 1767 Ovide, Les Métamorphoses, Chez Le Clerc, 1767-1771 Adrien Nicolas Piédefer La Salle d'Offémont, marquis de, Histoire de Sophie de Francourt, Chez Merlin, 1768 Torquato Tasso, La Jérusalem délivrée, Musier Fils, 1774 Hubert François Gravelot, Charles Nicolas Cochin, Charles Étienne Gaucher, Iconologie par figures, Tome I, Tome II, Tome III, Tome IV, Le Pan, 1791.

Œuvres conservées Département des Arts graphiques du musée du Louvre : Jeune homme tenant une tasse et regardant une jeune femme à la tapisserie La Conversation, fusain Le Prix de Beauté : dans un parc, une assemblée d'hommes et de femmes Promenade des boulevards Femme debout près d'un jeune homme et d'une jeune femme endormis Musée Condé, château de Chantilly : Les Joueurs de dés ou le distrait Victoria & Albert Museum Série de gravures, 1733-1744. Rosenbach Museum, Philadelphie Dessins préparatoires aux éditions illustrées. Houghton Library, Harvard University, Cambridge, MA, USA « Hubert François Gravelot drawings » sur le site de la Houghton Library. Illustrations pour Fables de John Gay Illustrations pour La Nouvelle Heloïse de Jean-Jacques Rousseau Dessins de Don Quixote

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Charles-Philippe de Chennevières-Pointel et Anatole de Montaiglon, Abecedario de P. J. Mariette sur les arts et les artistes, Paris, J.-B. Dumoulin, 1853, . Edmond et Jules de Goncourt, L'Art du XVIIIe siècle, vol.2, Paris, G. Charpentier, 1882, p. 265-323. Vera Salomons, Gravelot, Londres, John et Adwards Bumpus, 1911. Kimberley Rorschach, Eighteenth-Century French Book Illustration: Drawings by Fragonard and Gravelot from the Rosenbach Museum and Library, Philadelphie, Rosenbach Museum and Library, 1985. José-Luis de Los Llanos, Fragonard et le dessin français au XVIIIe siècle dans les collections du Petit Palais, [catalogue d'exposition du Petit Palais, Paris, du au ], Paris, Paris-Musées, 1992. Sir Lawrence Gowing (ed.), A Biographical Dictionary of Artists, Oxfordshire, Andromeda Oxford Limited, nouv. édit. 1995 . Notice de Christophe Leribault in Raphael to Renoir: Drawings from the Collection of Jean Bonna, New York, The Metropolitan Museum of Art / The Yale University Press, 2009, .