Le Grand Prix des États-Unis 1968 (), disputé sur le circuit de Watkins Glen le , est la cent-soixante-douzième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la onzième manche du championnat 1968.
Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1968 est la troisième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :
pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur
D'autre part, la Commission Sportive Internationale (CSI) autorise désormais l'apparition de publicité extra-sportive sur les voitures de course, aussi des annonceurs autres que les habituels pétroliers ou manufacturiers pourront-ils figurer sur les carrosseries.
Alors que deux épreuves restent à disputer, Graham Hill et Denny Hulme sont en tête du championnat du monde des conducteurs, à égalité de points. Après un début de saison marqué par deux victoires consécutives au Grands Prix d'Espagne et de Monaco, Hill a connu une période moins faste due à la fiabilité aléatoire de sa Lotus. Au sein de l'écurie McLaren, Hulme s'est surtout fait remarquer en CanAm (il est en passe de remporter le challenge américano-canadien cette année), mais ses victoires lors des deux dernier Grands Prix (en Italie et au Canada) lui permettent de briguer un second titre mondial. Également vainqueur de deux épreuves, (aux Pays-Bas et en Allemagne, Jackie Stewart peut également prétendre l'emporter ; il compte six points de retard sur ses adversaires, mais sa Matra se révèle très compétitive tant sur les circuits sinueux que les pistes rapides. S'étant cassé une jambe lors des essais à Saint-Jovite, le jeune Belge Jacky Ickx compte autant de points que Stewart, mais son forfait aux États-Unis compromet fortement les chances du pilote de la Scuderia Ferrari.
Le circuit thumb|right|alt=Glen|Vue aérienne du circuit de Watkins Glen, quelques kilomètres au sud du lac Seneca.
Construit à l'initiative de l'avocat Cameron Argetsinger, passionné de sports mécaniques, le circuit permanent de Watkins Glen fut inauguré par le SCCA en 1956 à l'occasion d'une course de voitures de sport. Situé près de la petite ville de Glen, non loin du lac Seneca, dans l'état de New York, il se démarque des autres pistes américaines par son tracé rapide et sélectif, avec une majorité de virages à droite, alors que la plupart des circuits nationaux se pratiquent dans le sens antihoraire. Très apprécié des pilotes et du public pour son cadre et ses installations modernes, il est depuis 1961 le théâtre du Grand Prix des États-Unis. Il accueille également chaque année une autre course internationale, les 6 Heures de Watkins Glen, épreuve d'endurance. À l'occasion du Grand Prix des États-Unis 1967, Graham Hill avait bouclé un tour à près de 202 km/h de moyenne au volant de sa Lotus, s'attribuant le record officiel de la pisteRevue Sport Auto - .
Monoplaces en lice thumb|upright=1.1|right|alt=Lotus 49B|Le Team Lotus aligne trois 49B à moteur V8 Cosworth. Brabham BT26 "Usine" Jack Brabham et Jochen Rindt disposent de leurs habituelles BT26 à moteur V8 Repco, équipées d'un aileron arrière réglable et d'un aileron avant fixe. Le pilote-constructeur a prévu d'ajuster l'incidence de son aile arrière au cours de la première journée d'essais, puis de bloquer les réglages sur les deux voitures une fois que la meilleure position a été trouvée. Seules monoplaces du plateau à châssis multitubulaire (renforcé par des panneaux d'aluminium), les BT26 pèsent 520 kg à vide. Le V8 bénéficie d'une distribution à doubles arbres à cames en tête et développe 400 chevaux à 9000 tr/min. Il est accouplé à une boîte cinq vitesses Hewland FG400. Les Brabham utilisent des pneus Goodyear.
Lotus 49B "Usine" Comme au Canada deux semaines auparavant, l'équipe de Colin Chapman aligne trois 49B à moteur V8 Ford-Cosworth DFV, Mario Andretti épaulant Graham Hill et Jackie Oliver. Le champion américain avait déjà tenté de faire une première apparition en F1 à l'occasion des essais du Grand Prix d'Italie, mais les organisateurs ne l'avaient pas autorisé à prendre part à la course. Après les problèmes survenus deux semaines plus tôt, les attaches de suspension et les demi-arbres de transmission ont été renforcés. Le V8 DFV bénéficie d'une distribution à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes. Hill et Oliver disposent de la dernière évolution, avec échappement modifié, développant 410 chevaux à 9500 tr/min, alors qu'Andretti dispose de la précédente version, moins puissante (400 chevaux) mais d'utilisation plus souple. La transmission est assurée par une boîte Hewland FG400. Les trois monoplaces sont dotées de volets stabilisateurs sur le capot avant et d'un imposant aileron arrière. Elles pèsent 500 kg à vide et sont chaussées de pneus Firestone.
Lotus 49B privée Joseph Siffert pilote la 49B du Rob Walker Racing Team, équipée de pneus Firestone. Elle est techniquement identique à celle d'Andretti (moteur de 400 chevaux) et bénéficie également des demi-arbres renforcés. L'aileron arrière est toutefois moins imposant que celui des Lotus officielles.
Cooper T86B "Usine" John Cooper a engagé deux T86B à moteur V12 BRM pour Vic Elford et Lucien Bianchi. Elles pèsent 545 kg à vide et sont dotées d'une boîte cinq vitesses Hewland. Leur V12 développe 385 chevaux à 9500 tr/min. Les Cooper utilisent des pneus Firestone.
thumb|right|upright=1.2|alt=Honda RA301|La Honda RA301, à moteur V12. Honda RA301 "Usine" Le constructeur japonais a amené deux RA301 V12, la plus récente ayant reçu un nouveau moteur donné pour 450 chevaux (contre 430 chevaux à 11000 tr/min pour la version habituellement utilisée par John Surtees). Les Honda sont les monoplaces les plus puissantes du plateau, mais figurent aussi parmi les plus lourdes, leur poids à vide atteignant 550 kg. Elles utilisent des pneus Firestone.
Ferrari 312/68 "Usine" La Scuderia Ferrari a préparé trois 312/68, dont deux à disposition de Chris Amon. Il est épaulé par Derek Bell, ce dernier remplaçant Jacky Ickx qui s'est cassé une jambe deux semaines plus tôt, lors des essais du Grand Prix du Canada. Les trois voitures ont un moteur V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes, d'une puissance de 410 chevaux à 11000 tr/min. Leur aileron arrière mobile est actionné par la commande de freins mais peut également être réglé manuellement par le pilote. elles pèsent 505 kg à vide et sont chaussées de pneus Firestone.
BRM P126, P133 & P138 "Usine" Au sein de l'équipe BRM, Pedro Rodríguez pourra tester la nouvelle P138 (brièvement apparue à Monza), en comparaison avec son habituelle P133. N'ayant pas été autorisé à courir en Italie, Bobby Unser dispose quant à lui d'un modèle P126 (initialement conçue pour la Formule Tasmane mais désormais techniquement identique à la P133), dont le cockpit a été élargi en fonction de l'imposante carrure du dernier vainqueur des 500 miles d'Indianapolis. Les trois voitures sont dotées d'un moteur V12 de 400 chevaux et sont chaussées de pneus Goodyear. Évolution des P126 et P133, la P138 bénéficie d'une coque plus fine que celle de ses devancières. Équipée d'une boîte «cinq» réalisée en interne, elle pèse 505 kg à vide, 15 de moins que les deux autres modèles qui utilisent toujours une boîte Hewland.
BRM P126 privée La BRM P126 engagée par Reg Parnell pour Piers Courage est semblable, au cockpit près, à celle d'Unser, mais le pilote britannique utilise des pneus DunlopRevue Sport Auto - .
McLaren M7A "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Matra MS9|Le moteur V12 des Matra MS11. Le pilote-constructeur Bruce McLaren aligne trois M7A à moteur V8 Ford-Cosworth, une pour lui et une pour le champion en titre Denny Hulme alors que le troisième est désormais loué à Dan Gurney, qui, bien que continuant à construire et piloter ses monoplaces en championnat USAC, a récemment mis un terme à son activité de constructeur en F1. Comme la Lotus 49, la M7/A a adopté le concept du moteur porteur, le V8, qui supporte la boîte Hewland DG300 et le train arrière, étant boulonné sur le cockpit. Les trois voitures sont dotées d'un aileron arrière fixe et de deux déflecteurs montés sur le capot avant. Elles pèsent 515 kg à vide et sont chaussées de pneus Goodyear.
McLaren M5A privée Joakim Bonnier pilote son habituelle M5A à moteur V12 BRM et boîte de vitesses Hewland à cinq rapports, voiture rachetée en début de saison à Bruce McLaren. Pesant 535 kg, elle a une puissance de l'ordre de 380 chevaux. Elle est équipée de pneus Goodyear.
Matra MS10 & MS11 "Usine" Seul Jean-Pierre Beltoise est officiellement engagé par l'équipe Matra Sports, Henri Pescarolo (qui avait fait sa première apparition en F1 au Canada) étant pilote de réserve ; il pourrait éventuellement prendre le départ si un des vingt pilotes inscrits déclarait forfait. Beltoise pourra disposer des deux MS11 préparées par l'équipe française. Pesant 560 kg à vide, elles sont animées par un V12 conçu et réalisé en interne, d'une puissance de 380 chevaux à 10500 tr/min. La transmission est assurée par une boîte «cinq» Hewland. Dirigée par Ken Tyrrell, l'équipe Matra International a amené ses deux MS10, confiées à Jackie Stewart. Leur châssis est semblable à celui des MS11 mais elles sont motorisées par V8 Cosworth et non par le V12 maison. Elles pèsent 530 kg à vide. Les Matra utilisent des pneus Dunlop.
Coureurs inscrits