L'histoire de l'enseignement agricole en France démarre au . Pendant longtemps, l'apprentissage de l'agriculture s'est borné à la reproduction du modèle existant. Cependant les crises agricoles qui se succèdent au et au s amènent les physiocrates à réfléchir sur les moyens d'améliorer l'agriculture et ses rendements. Leurs réflexions débouchent sur la nécessité d'une amélioration de la connaissance, et la divulgation des nouvelles techniques. Plusieurs lois vont structurer l'enseignement qui, progressivement, se met en place. Aujourd'hui, l'enseignement agricole est un maillon important du dispositif éducatif français, débouchant sur des cursus d'études spécifiques aux métiers du vivant. Des rapprochements existent avec l'Éducation Nationale.
L'agriculture, un savoir-faire qui se transmet hors de l'instruction vignette|Labour d'automne à l'École pratique d'agriculture des Trois-Croix en 1925. Jusqu'au début du , l'instruction en général peine à se structurer, et l'enseignement agricole en particulier ne trouve pas d'échos malgré quelques initiatives isolées. La pratique de l'agriculture est surtout un savoir-faire qui se transmet hors de l'instruction, au sein d'une population majoritairement rurale.
Sous l'Ancien Régime : des initiatives isolées
Sous l'Ancien Régime, les premières initiatives sont prises sous l'influence des agronomes physiocrates à la fin du . En 1762, Goyon de la Plombanie propose de créer des écoles agricoles pour retenir les fils de paysans sur leur terroir. Des idées mais peu de réalisations. À cette époque, François-Thomas Moreau de la Rochette fonde un institut horticole destiné aux orphelins parisiens, mais l'établissement ferme définitivement ses portes en 1780. D'autres expériences, comme celles de Panelier, à Compiègne, visant à instruire de jeunes laboureurs, ne durent que quelques années.
La première école vétérinaire créée à Lyon Claude Bourgelat, soutenu par le contrôleur général des finances Bertin, crée l'École vétérinaire de Lyon en 1761. Afin de pérenniser cette initiative, et inquiet d'éventuelles difficultés financières, il obtient du roi le statut d'École royale en 1764. En 1765, il crée un établissement similaire dans le Val de Marne : l'école nationale vétérinaire Alfort. L'École vétérinaire de Lyon est la plus ancienne au monde ; rapidement, le mouvement s'étend à l'Europe.
Sous la Révolution : des projets d'enseignement agricole inaboutis Sous la Révolution deux tendances se manifestent :
D'abord, intégrer un enseignement de l'agriculture dans l'enseignement général. C'est l'idée que défend Condorcet dans le plan qu'il soumet à l'Assemblée législative en . Au sein de l'École normale (décret du 9 brumaire an III), il est prévu un cours d'agriculture, mais ils ne seront pas mis en place.
La deuxième idée est de créer un véritable enseignement agricole. L'abbé Rozier, tente avec l'appui de François de Neufchâteau, de faire créer une école nationale d'agriculture à Chambord.
À la suite d'une demande du département de l'Isère, Grégoire propose à la Convention le d'instituer dans chaque département « une maison d'économie rurale qui sera consacrée aux expériences propres à accélérer les progrès de l'agriculture ».
Ces projets n'aboutissent pas. Par contre, les écoles vétérinaires sont maintenues et réformées par le décret du 29 germinal an III.
Sous le Premier Empire
François de Neufchâteau reprend, le 11 brumaire an X (), un projet présenté par l'abbé Rozier quelques années auparavant. Il échoue à nouveau.
André Thouin réalise, au sein du Muséum national d'histoire naturelle, entre 1800 et 1806, une école d'arboriculture, une école d'horticulture et une école d'agriculture pratique qui connaissent un succès substantiel.
André Thouin préconise le développement d'un enseignement agricole de masse, avec un système basé sur trois niveaux : un enseignement pratique dès l'enfance pour les enfants d'ouvriers agricoles et de petits cultivateurs ; un enseignement théorique basé sur des livres de pratique pour les propriétaires et fermiers de domaines moyens ; une étude des livres théoriques ayant pour sujets la physiologie végétale, la chimie et la physique pour les grands propriétaires.
L'idée d'un enseignement ayant trois niveaux sera reprise dans le décret du .
Les débuts de la formation agronomique et vétérinaire au XIXe siècle
L'école de Roville fondée par Mathieu de Dombasle vignette|Mathieu de Dombasle, et fondateur d'une école d'agronomie à Roville. En 1822 en Lorraine, Mathieu de Dombasle crée une ferme-école à Roville-devant-Bayon. Son projet remonte à 1818. Le but est de diffuser de nouvelles pratiques agricoles pour permettre de développer l'agriculture en tant qu'activité lucrative. Le matin l'enseignement est consacré à la pratique, et l'après-midi à la théorie (botanique, agriculture, minéralogie, art vétérinaire, comptabilité). Il adjoint à son école une fabrique d'instruments agricoles. Le public présent est essentiellement composé de fils de grands propriétaires, ou de jeunes gens qui envisagent de diriger de grands domaines. Cette école est financée par des fonds privés, mais dure peu de temps car elle ferme à la fin du bail. Cependant l'école de Roville lance un dynamisme et impulse d'autres créations d'écoles à Grignon et à Nozay qui deviendront par la suite des écoles nationales puis des écoles d'ingénieurs existant encore aujourd'hui.
L'école de Grignon soutenue par Charles X vignette|L'écurie et les abreuvoirs de l'école de Grignon au XXe siècle Après une visite à Roville, Antoine-Rémy Polonceau et Auguste Bella décident de créer, en 1827, une école sur le même modèle mais cette fois avec l'appui du roi Charles X. C'est ainsi qu'est créée l'Institution royale agronomique de Grignon, près de Paris. L'existence n'a pas cessée puisque l'école fait aujourd'hui partie d'AgroParisTech.
Des initiatives privées En 1830, l'école de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), est créée par Jules Rieffel, l'un des meilleurs élèves de Mathieu de Dombasle. L'objectif de cette école c'est de travailler le défrichement des landes pour améliorer leur productivité et leur qualité fourragère.
En 1845, Césaire Nivière met en place l'Institut agricole de La Saulsaie dans l'Ain. D'abord spécialisée dans le drainage et l'assèchement des marais, l'école qui deviendra progressivement l'école nationale d'agronomie de Montpellier.
Des initiatives publiques vignette|École nationale des eaux et forêts de Nancy : maladie des bois Plusieurs ordonnances royales créent de écoles à vocation agricole.
L'École des haras est créée en 1823 dans le haras national du Pin, mais le fonctionnement de l'école ne dure pas longtemps.
L'École royale des eaux et forêts de Nancy est créée en 1824. S'appuyant sur une administration remontant à Colbert, l'école et se développe rapidement.
L'école nationale vétérinaire de Toulouse est créée en 1825.
Poids du conseil supérieur de l'Agriculture À partir de 1830, le Conseil supérieur de l'Agriculture est le lieu privilégié d'une politique d'enseignement agricole. On y préconise la création d'un ministère de l'agriculture, la création de fermes-écoles dans chaque département, d'une école normale d'agriculture... Si ces projets ne sont pas acceptés par le ministère de tutelle de l'époque (ministère du Commerce et des Travaux publics) qui préfère soutenir le développement des comices des sociétés locales d'agriculture, ces travaux seront à la base des réalisations de l'enseignement agricole au cours du siècle.
Ce conseil développe aussi une politique de subvention, d'encouragements, auprès des particuliers et des départements. Les instituts agricoles de Roville, Grignon, Grand-Jouan et La Saulsaie (Montluel, créé en 1840 par Césaire Nivière) sont subventionnés. Des postes de professeurs d'agriculture sont créés dans certaines villes et départements. La première est à Bordeaux en 1837. En 1845, le ministère, devenu ministère du Commerce, de l'Agriculture et des Travaux publics, subventionne des chaires à Lyon, Rodez, Toulouse, Nantes, Quimper et Rouen. Le ministère subventionne également la création de ferme-écoles, dont l'enseignement est plus tourné vers la pratique que dans les instituts. En 1845, il en existe dix en France, dans l'Aube, les Bouches-du-Rhône, la Dordogne, l'Ille-et-Vilaine, la Meurthe, la Saône-et-Loire, le Morbihan, la Loire, la Charente et la Mayenne. Ce sont des institutions privées, dont le sort est lié au financement de l'État.
La première loi d'organisation de l'enseignement agricole votée en 1848 vignette|Coupe d'une batteuse à simple nettoyage, et batteur écossais. Extrait d'un cours de génie rural. Manuscrit réalisé au XXe siècle à l'école d'agriculture de Ploërmel. Sous la Deuxième République, la crise agricole commencée en 1845 est sévère, entrainant une très forte hausse des cours. Une des solutions pour limiter le risque de ces crises est la modernisation de l'agriculture française, l'évolution vers une culture scientifique, d'où la nécessité d'agriculteurs formés aux techniques les plus modernes.
Projet de loi élaboré par le Conseil général d'agriculture
Une commission du Conseil général d'agriculture, présidée par Tourret, est chargée d'étudier une organisation générale de l'enseignement agricole, et un plan d'enseignement. Après avoir fait un état de la situation, cette commission propose la création d'un établissement à caractère scientifique en région parisienne.
Pour l'enseignement, elle recommande deux types d'établissements :
Cinq instituts agricoles, en s'appuyant sur les trois existants (Grignon, Grand-Jouan, La Saulsaie) et en en créant un dans le Midi, destinés aux cultures méditerranéennes, et un dans le centre spécialisé dans l'élevage. Ces établissements auraient à former les propriétaires, les fermiers importants et les enseignants des fermes-écoles ; Des fermes-écoles dont le but serait de former des techniciens, « des bras intelligents ».
Ce rapport propose également d'enseigner des notions d'agriculture dans les écoles normales. Un autre rapport, en 1846, préconise la création de trois niveaux d'enseignement : un institut national agronomique, équivalent d'une faculté, une vingtaine d'écoles régionales, et une ferme-école dans chaque département.
Une part de ces propositions entre en application avec la circulaire du . On y parle de la création de fermes-écoles, dont l'enseignement est gratuit et dont le corps professoral est payé par l'État. Elle entraîne l'ouverture de dix-huit fermes-écoles.
Le ministre de l'Instruction publique, tente sans succès, notamment dans une lettre du , d'en avoir la tutelle, ou au moins un droit de regard sur l'enseignement, arguant qu'une part de l'enseignement (mathématiques, géométrie, chimie) relève de son département.
Le décret du 3 octobre 1848
En 1848, vingt-sept fermes-écoles accueillent environ 360 élèves et les instituts en activité 80.
Le décret du reprend les principaux éléments des projets de 1846-1847, auquel le ministre de l'Agriculture et du Commerce Tourret avait participé en tant que membre du Conseil général de l'agriculture. Il met en place :
Des fermes écoles départementales. Elles sont établies sur des terres privées dont les directeurs sont les propriétaires ou les fermiers. Les frais d'enseignement sont pris en charge par l'État qui nomme également les directeurs. Une commission est chargée de contrôler les admissions et les examens. Des écoles régionales. L'enseignement y est payant, mais des bourses sont réservées aux meilleurs élèves des fermes-écoles. L'Institut national agronomique, forme des ingénieurs et des professeurs. C'est aussi un établissement de recherche et d'expérimentation qui s'appuie sur une exploitation agricole abordant tous les sujets (forêt, horticulture, animaux, jardin…).