L’alpinisme est une pratique sportive consistant à effectuer des ascensions sur des terrains aux reliefs de type alpin.
L'alpinisme fait usage de techniques spécifiques et de savoir-faire qui permettent au pratiquant d'appréhender les risques inhérents à l'altitude et au milieu hostile dans lequel il évolue, qui se distingue ainsi du terrain habituel de la randonnée pédestreArrêté du 6 décembre 2016 portant définition de l'environnement montagnard pour la pratique des activités assimilées à l'alpinisme, Légifrance.. L'alpinisme se définit aussi comme une pratique sportive d'aventure ou de loisirs, contrairement aux ascensions à but religieux (pèlerinage) ou utilitaire (chasseurs, cristalliers, militaires).
Des traces d'ascension en haute montagne remontent à la Préhistoire tandis que la première ascension technique documentée et réalisée à l'aide de cordes, d'échelles et de crochets est celle du mont Aiguille qui a eu lieu le . Il a toutefois fallu attendre le pour que l'alpinisme se popularise réellement en tant que sport. À son origine, il concernait uniquement l'ascension des sommets montagneux, puis l'activité a évolué en pratiques spécialisées, par exemple l'escalade ou la cascade de glace dont certaines se sont transformées en activités sportives de compétition comme le ski alpinisme, l'escalade rocheuse, l'escalade glaciaire. L'alpinisme inclut tout type de progression sur terrain rocheux, neigeux ou glaciaires non sécurisé. Ces pratiques exigent du matériel spécifique et des connaissances techniques afin de garantir la sécurité des alpinistes.
En 2015, l'alpinisme est inscrit à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France puis sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en ..
Terminologie Le terme « alpinisme » apparaît en 1877 dans une publication du Club alpin français pour désigner cette activité physique de loisirs en haute montagne. Il entre dans Le Nouveau Larousse illustré en 1898. Si, par son étymologie, l'alpinisme fait directement référence aux Alpes, premier site historique de ces activités, il s'étend aux activités similaires dans toutes les montagnes du monde. Le terme anglais plus ancien, (« alpinisme »), ne fait pas référence aux Alpes mais dérive de (littéralement « montagnard ») qui prit aussi le sens de « grimpeur en montagne, alpiniste » dès 1803« Mountaineer », sur etymonline.comCédric Sapin-Defour, « Qu'ignore-je? Que sais-je? Dans quelle montagne erre-je? », dans Libération, décembre 2015.. Le néologisme « montagnisme » n'est jamais utilisé.
Ultérieurement, d'autres termes apparaissent pour désigner la pratique de l'alpinisme dans d'autres massifs : le pyrénéisme pour les ascensions dans les Pyrénées, l'himalayisme pour les ascensions dans l'Himalaya et l'andinisme pour les ascensions dans la cordillère des Andes, ainsi que quelques autres variantes peu usitéesPar exemple, le tatranisme ou tatrisme (Tatras) ou le voginisme (Vosges). Le terme « alpinisme » conserve son sens global, quel que soit le lieu de pratique.
Le pratiquant de ce sport est appelé « alpiniste ». D'autres termes le désignent : grimpeur, varappeur ou rochassier (spécialiste du rocher), glaciériste (spécialiste de la glace), ascensionniste., himalayiste. Si l'alpiniste est un amateur expérimenté et autonome et qu'il pratique cette activité sans l'aide d'un guide professionnel, il peut être appelé sans-guide. Dans le cas contraire, il devient le « client » qui fait appel, contre rétribution, aux services de professionnels : « porteur » (en France, profession disparue dès l'après-guerre), aspirant-guide, guide ou sherpa. Au sein d'une cordée, l'alpiniste peut être dénommé compagnon de cordée, partenaire ou équipier mais en alpinisme solitaire, il devient alpiniste « solo ». Le premier de cordée (ou ) est celui qui choisit le cheminement et progresse en tête, suivi du ou des seconds de cordée. Les alpinistes peuvent aussi pratiquer en « réversible », étant alors premier de cordée à tour de rôle selon la difficulté des passages et leur expérience. Un chef d'expédition dirige une expédition composée de plusieurs alpinistes, amateurs et professionnels.
Une sortie d'alpinisme est également connue sous la dénomination « course »., quelle que soit sa durée ou sa difficulté.
Histoire Premières ascensions
L'ascension en haute montagne a été depuis longtemps pratiquéeOn ne peut parler d'alpinisme pour cette époque puisqu'il ne s'agit pas encore d'une activité à part entière.. Comme en témoigne la découverte, à d'altitude, du corps momifié de Ötzi qui vécut entre 3350 et 3100 , les massifs montagneux sont un lieu de vie et de passage de longue date pour l'espèce humaine. Les habitants des montagnes, en particulier dans les Alpes les chasseurs de chamois et les cristalliers qui ont accompagné les topographes militaires et les touristes au début du , ont ainsi gravi de façon anonyme plusieurs sommets. Ces premières ascensions n'ont pas été enregistrées, ce qui a laissé le champ libre aux alpinistes pour déclarer et médiatiser leurs premières quand cela était devenu un enjeu sportif. La connaissance des ascensions antérieures à la naissance de l'alpinisme moderne est donc tributaire du hasard des sources écrites qui nous sont parvenues ou de celui des découvertes archéologiques comme la mise au jour de trois momies du sur le volcan Llullaillaco, à plus de d'altitude.
Antiquité vignette|L'Etna à d'altitude. Durant l'Antiquité gréco-romaine, l'Etna fait l'objet d'ascensions relativement régulières. Empédocle se serait donné la mort en sautant dans un de ses cratères, au Diogène Laërce, Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres, livre VIII, chapitre II, 69, lire en ligne, voir J.-P. Dumont, Les écoles présocratiques, Gallimard, Paris, 1991, p. 132.. L'anecdote est tenue pour une légende par Strabon, mais celui-ci nous apprend à cette occasion que le sommet était fréquemment visitéStrabon, Géographie, VI, 7-8, voir J.-P. Dumont, Les écoles présocratiques, Gallimard, Paris, 1991, p. 139.. L’empereur Hadrien a gravi le volcan au Olivier Hoibian, L'invention de l'alpinisme, éd. Belin, 368 p., 2008..
Ces ascensions ne relèvent pas de l'alpinisme à proprement parler car elles n'opposent pas de difficultés techniques. On trouve par contre ces dernières dans la prise de places fortes souvent perchés sur des hauteurs. Salluste, dans la Guerre de Jugurtha, raconte comment les soldats romains prirent par effet de surprise une forteresse Numide, en 106 avant J.C., après avoir escaladé une cheminée rocheuse en usant de cordes pour s'assurerSalluste, Guerre de Jugurtha, XCIII et XCIV, lire en ligne..
Au Japon, en 663, le moine bouddhiste En no Gyōja réalise la première ascension connue du mont Fuji ().
Moyen Âge Dans une chronique médiévale du , Fra Salimbene rapporte que le roi Pierre III d'Aragon a atteint le sommet du pic du Canigou en 1280. Il semble cependant que le monarque ne soit pas allé jusqu'au sommet du pic. En effet, le chroniqueur franciscain écrit que Pierre III vit au sommet un dragon sortant d'un lac. Outre son caractère épique, cette indication pourrait plutôt correspondre au lieu-dit les Estanyols (« les Étangs »), environ en contrebasPierre Germa, "Depuis quand ?", p. 21..
Dans un autre style, Pétrarque inaugure le récit d'ascension dans la lettre qu'il adresse à son ami Francesco Dionigi. Il y raconte avoir gravi le mont Ventoux, le , accompagné de son frère et de deux serviteurs, « poussé seulement par le désir de visiter un lieu renommé pour son altitude »Pétrarque, Lettre au Père Dionigio Roberti, lire en ligne..
vignette|Le mont Aiguille.
Les ascensions médiévales peuvent aussi être justifiées par des motifs directement religieux, ainsi le , Bonifacius Rotarius d'Asti, de retour de captivité en Palestine, fait l'ascension du Rochemelon () pour y déposer un triptyque en bronze dédié à la vierge Marie.
En 1492, Charles VIII de France, alors qu'il traverse le Dauphiné, découvre le mont Aiguille, appelé alors « Mons Inascensibilis ». Il missionne son capitaine, Antoine de Ville, d'en tenter l'ascension. Ce dernier, accompagné de sept hommes dont un aumônier chargé de consigner l'exploit, atteint la prairie sommitale le 26 juin. Pour franchir les difficultés, ils ont eu recours à des outils habituellement utilisées pour le siège des places fortes : échelles, cordes et crochets métalliques. Il s'agit de la première ascension connue mettant en œuvre des techniques d'escalade artificielle.
Renaissance Avec la Renaissance apparaît, sous la plume du naturaliste suisse Conrad Gessner, une approche de la montagne qui s'apparente davantage à celle des alpinistes modernes. En 1541, il écrit une lettre intitulée « Admiration pour la montagne » à son ami Jacques Vogel, dans laquelle il dit être décidé « chaque année à faire l'ascension de quelques montagnes, à la saison où les plantes sont en pleine floraison, pour les examiner et procurer à mon corps un noble exercice en même temps qu'une jouissance à mon esprit. » En août 1555, il réalise l'ascension du mont Pilate pour lequel il rédige le premier livre consacré à une montagne, Descriptio Montis Fracti sive montis Pilati.
: aux sources de l'alpinisme moderne Avec le siècle des Lumières, la montagne commence à susciter l'intérêt des classes éduquées en tant qu'objet, à la fois, de curiosité scientifique et de plaisir esthétique. En juin 1741, l'aventurier britannique William Windham et son ami Richard Pococke sont les premiers à réaliser pour leur plaisir l'ascension du Montenvers. Le récit enthousiaste qu'en donne Windham conduit de nombreux Anglais à intégrer la visite de la Mer de Glace dans leur Grand Tour d'Europe, cet événement marque le début du tourisme alpin.
vignette|Jacques Balmat.
Les Suisses ont joué un rôle pionnier dans la conquête des sommets. Autour de 1740 (la date est incertaine), des moines du couvent d'Engelberg gravissent le Titlis () en franchisant un glacier. Le , les frères Deluc, savants genevois, atteignent les premiers le sommet du mont Buet () où ils mènent des expériences sur la pression atmosphérique. Le , la première ascension du mont Vélan () est réalisée par Laurent-Joseph Murith, chanoine du Grand-Saint-Bernard..
Deux Genevois, Horace-Bénédict de Saussure et Marc-Théodore Bourrit, ont été les moteurs de la conquête du mont Blanc. Le premier a proposé, en 1786, une prime à celui qui gravirait la « montagne maudite », le second a multiplié les essais pour trouver une voie d'accès vers le sommet. Sous leur impulsion, les habitants de Chamonix et de Saint-Gervais explorent plusieurs itinéraires, toutefois aucun ne permet de réaliser la course en une journée. Le 7 juin 1786 Jacques Balmat, un chasseur de chamois et cristallier, est contraint, lors d'une tentative, de passer la nuit en montagne, il comprend ainsi que l'ascension peut être réussie en effectuant un bivouac. Le , avec le docteur chamoniard Michel Paccard, il parvient pour la première fois au sommet du mont BlancYves Ballu, À la conquête du Mont-Blanc, Gallimard, Paris, 1986, p. 19.. Saussure, accompagné de 19 personnes, gravit le le point culminant de l'Europe. Le récit qu'il fait de son ascension lance le mouvement de l'alpinisme modernePh. Joutard, l’Invention du mont Blanc, Ed. Gallimard-Juillard, 1986, ..
Naissance de l'alpinisme () Poursuite de l'exploration alpine La première moitié du prolonge les tendances apparues au siècle précédent. Les Suisses continuent de gravir leurs sommets, comme la famille Meyer qui réussit, entre autres, l'ascension de la Jungfrau () en 1811. Le tourisme alpin poursuit son développement à Chamonix et Saint-Gervais, mais il ne concerne encore qu'un groupe social très restreint. L'accident survenu en août 1820 au Mont Blanc le témoigne de la barrière de classe qui sépare encore les clients et les guides, lesquels n'osent pas aller contre les désirs de leurs employeurs.
vignette|Le mont Pelvoux.