Maryse Choisy est une écrivaine et journaliste française, née le à Saint-Jean-de-Luz et morte à Paris le . Elle est la fondatrice de la revue Psyché. Revue internationale de psychanalyse et des sciences de l'homme (1946-1963).
Biographie
Famille Née de parents officiellement inconnus et décédés, Maryse Choisy est élevée par deux tantes dont la comtesse Anne de Brémond dans un milieu mondain, cultivé et non conformiste.
Formation Maryse Choisy et sa tante partent vivre à Londres à l'issue de la Première Guerre mondiale, Maryse Choisy étant bachelière à 15 ans. Elle fait ses études universitaires à Cambridge au Girton College, où elle prépare une thèse sur les systèmes de philosophie SâmkhyaJacqueline Cosnier, « Choisy, Maryse », cf. bibliographie.. Elle part ensuite enseigner un an en Inde et découvrir la Chine.
En 1926, elle soutient sa thèse sur « Les systèmes de philosophie védanta et sâmkhya» à Paris.
Vie privée Le , Maryse Choisy donne naissance à Neuilly-sur-Seine à une fille qu'elle prénomme Colette en hommage à l'écrivaine qui en est par ailleurs la marraine. Le parrain est l'écrivain monarchiste André de Fouquières.
Elle se marie le à Saint-André-d'Ornay, en Vendée, avec le journaliste Maxime Clouzet (1900-1987), directeur de l'hebdomadaire politique Axes depuis 1938, et collaborateur de divers journaux, dont La Concorde (depuis 1934), Les Hommes du jour (en 1937).
Elle rencontre Pierre Teilhard de Chardin en 1939 et se convertit au catholicisme. Elle décide alors de retirer de la vente Un mois chez les filles.
Ses obsèques se déroulent le à l'église Saint-Honoré d'Eylau.
Découverte de la psychanalyse et création de la revue Psyché en 1946 Nourrissant des doutes sur ses origines, Maryse Choisy se rend à Vienne en 1925 pour consulter FreudAgnès Desmazières, L'inconscient au paradis - Comment les catholiques ont reçu la psychanalyse, Payot, 2011, p.101. Elle a un premier contact avec la psychanalyse en 1927, devenant brièvement la patiente de Freud qui aurait eu l'intuition qu'elle était une . Elle reprend après 1946 des séances d'analyse avec René Laforgue et Maurice Bouvet.
Elle se consacre à la psychanalyse, qu'elle estime capable de contribuer durablement au bonheur du genre humain. Dans un contexte d'essor de la psychanalyse féminine, et en raison de la relative fermeture du monde éditorial à ces idées, elle fonde en 1946 avec son mari Maxime Clouzet, la revue Psyché. Le comité de parrainage est composé de personnalités telles que Louis de Broglie, Pierre Teilhard de Chardin, Pierre Janet, Charles Baudouin, Edouard Toulouse, Charles Odier. De nombreux textes psychanalytiques y sont publiés pour la première fois, notamment ceux de Pierre Bachelard, Juliette Favez-Boutonier, André Berge, Jacques Lacan, Françoise Dolto, René Laforgue et Georges MaucoJacqueline Cosnier, « Psyché, revue internationale de psychanalyse et des sciences de l'homme », cf. bibliographie.. Elle y publie très régulièrement, notamment à propos de la sexualité féminine.
Après sa conversion au catholicisme, Maryse Choisy fonde, avec Leycester King, l'Association internationale de psychothérapie et de psychologie catholique, destinée à faciliter les relations entre l'Église catholique et la psychanalyse. Elle en sera présidente jusqu’à son décès.
Journalisme Travaillant pour assurer son indépendance, elle pratique un journalisme d'immersion. Nicole G. Albert souligne l'aspect novateur en France (Nellie Bly étant la pionnière du journalisme d'immersion à la fin du XIX) de cette démarche d'immersion dans un environnement afin de mieux le dépeindre. Dans L'Intransigeant, elle dépeint ainsi son expérience de vendangeuse vécue en 1927, article qui remporte un vif succès. Pour le compte du même journal, elle poursuit son expérience en endossant tour à tour le rôle d'une « ouvrière, mannequin, infirmière, vendeuse, chauffeuse de taxi, dompteuse ».
Elle n'hésite pas à se faire enlever les seins en 1929 afin de conduire son reportage sur les moines du mont Athos, expérience qu'elle relate dans Un mois chez les hommes (1929). Elle publie également L'Amour dans les prisons (1930) à partir d'une enquête de terrain. Elle y décrit que l’abstinence forcée, l’absence du sexe opposé conduisent n'importe qui à des comportements sexuels non conformistes et elle défend des conditions de détention plus souples.
Travaux sur les femmes vignette|alt=« Ce hardi reportage d'une jeune femme journaliste... »|Publicité pour Un mois chez les filles parue dans Le Sourire, 1929.
D'après Nicole G. Albert, Maryse Choisy se situe « à la périphérie des luttes féministes [...] mais est l'une des premières à faire sortir le prolétariat féminin de l'invisibilité et des clichés discriminatoires ». Elle défend l'autonomie sexuelle des femmes et leur droit au plaisir.
Elle participe en 1927 à l'ouvrage collectif La femme émancipée, contribution à travers laquelle certains observateurs ont lu une vision désabusée et mitigée du féminisme : « Nous courons à l’émancipation comme un païen déçu vers un nouveau Dieu, comme un dilettante blasé vers une volupté inédite, comme un enfant vers un jouet inconnu. Nous revêtons la liberté comme on change de souffrance, comme on abandonne le rythme de ses joies et de ses douleurs passées avec la robe qu’on a portée au printemps, que l’on ne mettra plus, jamais plus… ».
En 1928, elle publie Un mois chez les filles, ouvrage sur la prostitution qui relate son enquête dans une maison close où elle travaille comme femme de chambre. Dans cet ouvrage, elle interroge les rapports entre les sexes et s'engage en faveur de l'abolition des maisons closes. Le livre est un succès en dépit d'une campagne de presse diffamatoire orchestrée par les propriétaires de maison close. Cela lui vaut d’être exclue du Lyceum Club et de l’Automobile Club Féminin.
Dans son ouvrage Dames seules (1932), elle explore le monde caché des lesbiennes.
Littérature Maryse Choisy est surtout connue comme écrivaine, intéressée de voir ce qui peut être apporté à la littérature par d'autres disciplines. En réaction au surréalisme, elle fonde en 1927 un mouvement qu'elle nomme le « suridéalisme », désignant ainsi le gisement conceptuel sur lequel il va pouvoir s'appuyer.
Elle va aussi se documenter directement aux sources quand elle le peut, allant jusqu'à passer un mois dans une maison de prostitution pour écrire son enquête Un mois chez les filles et à se travestir en jeune moine pour Un mois chez les hommes (où elle a, écrit-elle, refusé les avances d'un moine du mont Athos). Elle se pastichera ensuite elle-même dans d'autres Un mois chez....
En 1930, elle apparaît dans une revue de music-hall, tirée de Un mois chez les filles, au concert MayolParis-soir du 11 août 1930.
En 1944-1945, elle tient chez elle à Paris un salon.
La vocation des lettres ne la quitte pas après sa conversion, et elle en rédige l'histoire (Sur le chemin de Dieu on rencontre d’abord le diable et Contes pour ma fille (1946), où le thème de la mort prend une importance particulière, même si un humour discret y est en permanence présent. Elle adapte dans l'un de ces contes le thème de la Petite Sirène, d'Andersen, en remplaçant la sirène par une sylphide et le marin par un aviateur, occasion de propos mi-compréhensifs, mi-désabusés, sur les hommes en général. Dernier clin d'œil au suridéalisme, le héros de l'une des histoires est un atome d'azote, qui se pose des questions sur son existence, connaît des liaisons malheureuses, et finira bombardé.
En 1947, elle lance le centre culturel de Royaumont qui se substitue aux Décades de Pontigny (qui n'ont pas survécu à la mort de leur fondateur). Durant cette période de l'après-guerre, Christian de la Mazière est son secrétaire.
Religion En 1965, Maryse Choisy prend part à un congrès interreligieux dirigé par un maître sikh à New Delhi . Revenue à Paris, elle crée l’Alliance mondiale des religions pour encourager le dialogue inter-religieux.
Œuvres
1923 : Presque…, quasi-roman, Aux Éditeurs associés 1927 : La Chirologie, Félix Alcan 1927 : Impressions de vendangeuse (ces textes sont parus en épisodes dans L'Intransigeant) Mon cœur dans une formule C6 H8 (A = O3)6, roman, Radot Cahiers suridéalistes Un mois mannequin 1928 : Un mois chez les filles, Aubier-Montaigne 1929 : Un mois chez les Hommes, Éditions de France La Grande chose, nouvelle, Les Œuvres libres 1930 : Delteil tout nu, Montaigne 1930 : L'Amour dans les prisons, Montaigne 1930 : Le Vache à l’âme, Éditions du Tambourinaire La guerre des sexes (? - réédité en 1970) L'Amour dans les prisons. Montaigne 1931 : Quand les bêtes sont amoureuses, Édition des Portiques Un mois dompteuse dans une ménagerie foraine paru dans Gringoire Le Tour du cœur en quatre-vingts battements. Essai de stratégie amoureuse à l'usage de toutes les femmes, Libr. Bernardin-Béchet 1932 : Le veau d'or, coll. « Les livres du jour », Gallimard 1933 : Don Juan de Paris, Flammarion 1934 : Un mois chez les députés, reportage fantaisiste, Baudinière 1934: La Staviskose, Baudinière 1934 : Maman, Les Œuvres libres 1936 : Le Franc-Maçon Patouillard, satire, Baudinière 1936 : Neuf mois, Omnès - préf. de Vincent de Moro-Giafferri 1941 : Étapes d'amour, poèmes, Albert Messein 1941 : Savoir être maman, coll. « L'Enfant et la vie », Aubier-Montaigne 1942 : Fugues, poèmes, Jean-Renard 1942 : Le portrait de Juliette Delmet, Jean-Renard 1943 : Le Sang des Fabre. Le thé des Romanech, Jean-Renard 1943 : Contes pour ma fille... et pour les autres, Éditions Alsatia 1946 : Contes de fées, Ariane - illustr. par l'auteur 1946 : Amarella , roman, Éditions de Flore 1947 : Mes enfances, Genève, Éditions du Mont Blanc 1948 : La Métaphysique des yogas, Mont Blanc - préf. de Paul Masson-Oursel 1948 : Yoga et psychanalyse, Mont Blanc 1948 : L'anneau de Polycrate, essai sur la culpabilité collective et recherche d'une éthique psychanalytique, Psyché 1950 : Psychanalyse et catholicisme, L'Arche 1950 : Qu’est-ce que la psychanalyse ?, L’Arche 1954 : Problèmes sexuels de l'adolescence, Montaigne 1954 : Le Scandale de l'amour, Aubier où il est fait état de ses recherches cliniques sur l’orgasme et certains évanouissements d’amour. 1957 : Les Atlantides, psyché-roman 1959 : Les Îles s'enfuirent, roman 1961 : Psychoanalysis of the prostitute, Philosophical library 1963 : Exercices de Yoga, Mont Blanc 1964 : Teilhard et l'Inde, Éditions universitaires 1965 : L'être et le silence, Mont Blanc 1966 : Moïse, Mont Blanc 1968 : ...mais la Terre est sacrée, Mont Blanc 1970 : La guerre des sexes, Publications premières 1971 : Mes enfances, Mémoires (1903-1924), Mont Blanc 1974 : Potala est dans le ciel, Mont Blanc 1974 : Dialogues avec sa sainteté le Dalaï-lama, Mont Blanc 1977 : Mémoires. 1925-1939. Sur le chemin de Dieu on rencontre d’abord le diable, Émile-Paul
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Alain de Mijolla: La France et Freud T.1 1946-1953, Paris, PUF, 2012 Marcel Scheidhauer : Freud et ses visiteurs. Français et Suisses francophones (1920-1930), Érès, Arcanes, 2010 Marc-Alain Descamps, Rencontres avec douze femmes remarquables, Alphée, () Jacqueline Cosnier « Choisy, Maryse », in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, . « Psyché, revue internationale de psychanalyse et des sciences de l'homme» , in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 2. M/Z. Calmann-Lévy, 2002, . Annick Ohayon, Psychologie et psychanalyse en France : L’impossible rencontre (1919-1969), Éditions La Découverte/Poche, 2006, , « Maryse Choisy et Psyché. Psychanalyse et mondanités », Topique, 2000, , . Bernard Guillemain, Maryse Choisy ou l'amoureuse sagesse, 1959. Nicole Albert, Le Rire : Dames seules, 1932. QuestionDeGenre/GKC, 2020. .