Jean-Baptiste Eugène Corbin, né le à Nancy, et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un entrepreneur et homme d'affaires français qui développa de manière considérable le modeste bazar familial pour en faire une chaîne de grands magasins. Sa fortune et son goût personnel lui ont permis parallèlement de devenir un artiste amateur, un important collectionneur d'art, un sportif et un mécène majeur du mouvement Art nouveau de l'École de Nancy.

Biographie Eugène Corbin est le fils d'Antoine Corbin (), fondateur des Magasins réunis de Nancy..

Il se marie le avec Jeanne Blosse (). Le couple a un enfant, Jacqueline Corbin.

centre|vignette|Menu du mariage d'Eugène Corbin et Jeanne Blosse, par Victor Prouvé.

Les Magasins réunis

C'est en que se manifeste chez Eugène Corbin le premier intérêt pour la construction d'un grand magasin. À la suite de l'achat de la seconde enseigne de son père, rue Mazagran, il dessine les plans d'un bâtiment sur trois niveaux, avec des pavillons d'angle surmontés de coupoles, similaires au schéma classique des grands magasins. Faute d'avoir obtenu le terrain, le projet est abandonné.

À la mort de son père en , Eugène reprend l'affaire familiale, accompagné par ses beaux-frères Charles Masson () et Louis Mauljean () et terminent les grands travaux, initiés par Antoine Corbin, en . Différentes extensions, réalisées entre et , permettent aux magasins de couvrir une surface de . Les Magasins réunis de Nancy, par leur architecture, deviennent un manifeste de l'Art nouveau et plus particulièrement de l’École de Nancy.

À la fois commercial et artiste, Eugène Corbin concevait les Magasins réunis comme une vitrine de ses convictions en matière d'art, associées à une logique de diffusion et consommation. Ce n'était pas qu'une mais aussi le .

À la suite d'un incendie en , les Magasins réunis sont reconstruits en dans un style Art déco. Eugène Corbin n'a pas souhaité conserver une apparence Art nouveau, au grand dam de Lucien WeissenburgerEn , Corbin écarte un projet de Lucien Weissenburger de reconstruction à l'identique. Source : . et a préféré la création de l'architecte Pierre le Bourgeois. À la suite de la reconstruction, les Magasins réunis deviennent alors les plus grands magasins de province, avec une surface de .

Au début des années 1920, est créé les « Arts réunis », une section des Magasins réunis réunissant un studio de création et un lieu de vente d'objets fabriqués par des industries lorraines (cristallerie de Baccarat, verreries de Vallérysthal et Portieux, faïenceries de Longwy), afin de promouvoir une production locale accessible à tous.

Eugène Corbin participe à l'expansion des Magasins réunis dans toute la France. En province, il est à l'origine des Magasins réunis de diverses villes. L'implantation à Paris commence tôt : Les Magasins réunis - République est la première succursale implantée à Paris en . En , il fait construire le Grand bazar de la rue de Rennes qui prendra le nom de « Magasins réunis – Montparnasse ». Dans les années 1920. En , il rachète le magasin l'Économie Ménagère, qui prend alors le nom de Magasins réunis Étoile.

Intérêt pour l'art Un collectionneur et mécène proche de l'École de Nancy vignette|Le sculpteur Alfred Finot, dans son atelier, réalisant le portrait d'Eugène Corbin. Eugène Corbin se passionne très tôt pour l'art. Dès , il commence à constituer une collection d'œuvres éclectiques semblant .».

Sociétaire de l'Alliance provinciale des industries d'art (aussi appelée « École de Nancy ») depuis sa fondation en , il en devient un acteur principal, par l'achat des œuvres mais aussi par le soutien moral et financier, permettant aux artistes de continuer leurs recherches artistiques dans les meilleures conditions. Grâce à son mécénat, l'École a pu se développer considérablement et diffuser largement son style Art nouveau.

Corbin adhérait aux principes de l'École de Nancy, à savoir la démocratisation de l'art grâce à des principes industriels, avec la collaboration de tous les corps de métiers. Il partageait aussi la volonté de mettre en valeur l'art lorrain, ses artistes et ses industries. Ces valeurs se retrouvent dans les Magasins réunis de Nancy, véritable manifeste d'Art nouveau nancéien, dans l'architecture, le mobilier, les affiches et publicités... : .

L'art au service du commerce À la fois homme d'affaires et amateur d'art, Eugène Corbin a essayé tout le long de sa vie de lier les notions contradictoires d'art et d'industrie, de culture et de commerce, de beau et d'utile... Ainsi, les Magasins réunis sont une vitrine de ses valeurs. Employer des artistes et diffuser leurs œuvres dans les Magasins réunis étaient un moyen de promotion commerciale mais aussi de mise en valeur de cette production artistique.

En , Corbin cherche à passer un accord avec Émile Gallé et d'autres artistes pour produire leurs œuvres davantage en masse et les diffuser plus largement. Il essuie plusieurs refus, justifiés par un besoin d'indépendance commerciale ou le souhait de rester à la pièce unique, et se tourne donc vers des artistes moins prestigieux : les frères Muller à Lunéville, les céramiques de Rambervillers, la cristallerie de Baccarat ou la verrerie de Portieux.

À défaut d'obtenir le droit de produire les œuvres, Corbin achète des modèles à des artistes comme Victor Prouvé ou Jaqcues Gruber pour les faire fabriquer industriellement, comme la broderie lorraine.

Les expositions À de nombreuses reprises, Corbin participe à des expositions, faisant travailler moult artistes : : Marcel Oudin, Lucien Weissenburger, Louis Majorelle, Victor Prouvé, Daum, Jacques Gruber, Ernest Bussière, Louis Guingot, Alfred Finot, Henri Suhner, Henri Blahay, et Jules Cayette. En , il présente la Maison Moderne, pavillon des Magasins réunis réalisé par Weissenburger à l'Exposition internationale de l'Est de la France. En , il participe au salon d'automne, qui accueille l'art décoratif moderne, où il expose, à son nom, une salle à manger, une chambre à coucher et un cabinet de travail.

Une volonté de modernité vignette|Cercle artistique de l'Est. La reconstruction des Magasins réunis en permet à Eugène Corbin de montrer ses nouveaux goûts en matière d'art. Il choisit une architecture Art déco, plus en vogue, en dépit de l'Art nouveau qu'il a soutenu durant de longues années. C'est un choix radical, innovant dans le choix du béton armé et opposé à l'Art nouveau dans son modèle rationaliste. André Thirion écrit en : c'est .

Après guerre, Corbin fonde et préside le Cercle artistique de l'Est. Il réalise diverses expositions présentant l'art moderne (une en consacrée à Jean Lurçat) créant un choc auprès de la population nancéienne qui n'est pas familière de cet art. Il continue ses activités de mécénat auprès d'artistes tels que Paul Colin, Michel Colle, André Boursier-Mougenot, Gaston Goor, les frères Ventrillon…

Art et Industrie Il fonde la revue Art et Industrie en avec son frère Louis, dans une volonté d'associer l'art à la production industrielle et la diffusion commerciale. La revue explore différents domaines de l'art décoratif, en valorisant largement l'art régional mais en laissant également une place à d'autres foyers européens.

La création du musée de l’École de Nancy vignette|La maison d'Eugène Corbin, devenue musée de l'École de Nancy. En , Corbin lègue une immense partie de sa collection ( au total). Celle-ci sera conservée dans son ancienne propriété rue Blandan, acquise par la ville en , fondant ainsi le musée de l'École de Nancy..

Ce geste sera salué par le public nancéien : — Gabriel Bichet, L'Est républicain, .

Distinctions ()Base Léonore, dossier de la Légion d'honneur, cote 19800035/163/20970.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . .

Liens externes

Eugène Corbin, sur le site de l'École de Nancy.

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