thumb|La Dame d'Elche, considérée comme la meilleure expression de l'art ibérique sculpté (–). thumb|Un chaudron trouvé dans la nécropole de Lucentum, dans l'ensemble archéologique de Tossal de Manises, cité de l'Antiquité ibère, puis carthaginoise et enfin romaine de Akra Leuké ou Lucentum, près d'Alicante en Espagne. au musée archéologique d'Alicante.

thumb|Enceinte d'une ancienne cité ibère à Ullastret (Gérone).

Les Ibères sont une population protohistorique de la péninsule Ibérique. Ils ont été appelés ainsi par les auteurs de l'Antiquité qui ont tenté, comme l'a fait Avienus, de rapprocher cet ethnonyme du nom d'un fleuve local important aujourd'hui appelé l'Èbre. Il semble qu'il faille les distinguer des peuples de l'intérieur qui avaient des cultures et des coutumes différentes. Toutefois, géographiquement, Strabon et Appien dénomment Ibérie le territoire de la péninsule Ibérique.

Terminologie

Les termes historiquement utilisés sont Ibères, Ibériques, Ibériens.

Plusieurs hypothèses ont été publiées sur les origines du terme Ibère.

La plus ancienne référence écrite aux Ibères a été retrouvée dans les textes des historiens et géographes grecs de l'Antiquité, qui utilisaient le terme Ίβηρες (Iberes).

Une hypothèse ancienneEsteban de Garibay y Zamalloa, Memorias de Garibay, Real Academia de la Historia, 1854, page 734. se réfère à la proximité entre le terme grec Ίβηρες, le nom du fleuve Èbre (Ίβηρ en grec) et les mots vai en ibère et ibai en basque (qui signifient « cours d'eau ») ; selon cette hypothèse, il est possible que le mot ibère ou basque, à l'origine, ait donné son nom au fleuve, puis au peuple habitant les rives et régions alentour, avant que les Grecs ne le répètent en le déformant, « Ebro », Encyclopédie Auñamendi..

Une autre hypothèse associe le terme grec Ἴβηρες au celtique Ber signifiant « cours d'eau » ou « ravin », qu'on retrouve dans de nombreux toponymes celtes (selon le philologue ).

Une autre hypothèse étymologique l'associe au nom celtique *Īweriü utilisé notamment pour désigner l'île d'Irlande, et qui dériverait lui-même de la racine indo-européenne plus ancienne *PiHwerjoHn (piouèryon, « fertile »)Barry Fell, America B.C.: Ancient Settlers in the New World, 1976, page 43 : "One of the ancient names of Ireland is Ibheriu, pronounced as Iveriu, a fact that suggests the word is derived from a still-earlier pronunciation, Iberiu. Now this is very interesting, for the Gaelic histories assert that the ancestors of the Gaels came to Ireland from Iberia, the old name of Spain. Could Iberiu be the same as Iberia, the name of the older homeland having been transferred to the younger? Many people, including some linguists, think this may well be the case".John T. Koch, , ABC-CLIO, 2005, ..

Emploi du terme Ίβηρες (Iberes) dans la Grèce antique

Dans un premier temps, les Grecs utilisaient le mot Ἴβηρες pour désigner le littoral méditerranéen occidental, et plus tard pour désigner toutes les tribus de la péninsule.

Les Grecs appelaient aussi Ibères un peuple présent en Géorgie, connu sous le nom d'Ibères caucasiens, qui s’appelaient eux-mêmes Iméréti.

Les limites supposées de l'expansion ibère à son maximum allongeraient le territoire de ce peuple depuis le Languedoc français (culture ibéro-languedocienne) jusqu'à l'Algarve portugais et le nord de la côte africaineJosé I. Lago, La España protohistórica..

Les sources classiques ne coïncident pas toujours sur les limites géographiques précises ni sur l'énumération concrète des peuples ibères. Il semble que la langue soit le critère fondamental qui les identifiait comme Ibères du point de vue des Grecs et des Romains, puisque les inscriptions en langue ibérique apparaissent dans le territoire que les sources classiques leur assignent : la zone côtière qui va du Sud du Languedoc-Roussillon à Alicante, puis entre vers l'intérieur par la vallée de l'Èbre, par la vallée de Segura, une grande partie de la Castille-La Manche méridionale et orientale jusqu'au fleuve Guadiana et par la haute vallée du Guadalquivir. Du point de vue archéologique actuel, le concept de la culture ibérique est un motif qui se répète de manière uniforme dans chacun des villages identifiés comme Ibères, mais la somme des différentes cultures amène souvent à des traits similaires, et certains de ces traits communs peuvent être partagés par d'autres cultures qui ne sont pas nécessairement celle des Ibères.

Historiographie

Les premières descriptions de la côte ibérique méditerranéenne sont contenues dans les sources qu’utilise l’auteur tardif Avienus, parmi lesquelles un périple grec anonyme qui correspondrait à un voyage en mer depuis Massilia (environ 530 )Avienus, Ora Maritima. Voir Luca Antonelli, « Aviénus et les colonnes d'Hercule », Mélanges de la Casa de Velázquez, Tome 31-1, 1995. Antiquité - Moyen-Age, pp. 77-83. lire en ligne.

Appien parle des peuples et des cités, mais ceux-ci avaient déjà disparu à son époque. Il décrit également la partie occidentale de l'Andalousie. Strabon quant à lui donne une description de la zone en s'appuyant sur des auteurs antérieurs, il fait référence aux villes de la Turdétanie, en tant qu'issues de la culture de Tartessos. En général, les auteurs comme Pline l'Ancien et d'autres historiens latins se bornent à parler du passé de ces peuples comme antérieurs à l'Hispanie romaine.

Le périple massiliote transmis par Avienus ainsi que Hécatée de Milet représentent les plus anciens témoignages concernant l'Ibérie, celle du environ. Ces deux sources donnent des noms de peuples : les Ibères, les Tartessiens, les Bérybraces ou les Ligures qui forment les grands groupes ethniques. Dans ces groupes, il existe des unités mineures : les Esdetans, les Ilergetes, les Misgetes par exempleRosa PLANA MALLART, Aurora MARTÍN ORTEGA, « Le territoire ibérique : structure du peuplement et organisation territoriale, quelques exemples », dans Territoires celtiques, Espaces ethniques et territoires des agglomérations protohistoriques d'Europe occidentale, Actes du colloque international de l'AFEAF, Martigues, 1-4 juin 2000, sous la direction de D. Garcia et F. Verdin, Éditions Errance, Paris 2002. p. 18-29. p. 27. Pseudo-Scylax, au , décrit un périple qu'il aurait effectué depuis les Colonnes d'Hercule jusqu'à la mer Noire, et le long de la côte nord de l'Afrique. Selon lui, entre les Colonnes d'Hercule et Emporion vivent les Ibères, qui doivent leur nom à l'Èbre, grand fleuve local. D'Emporion à la colonie de Massalia, les Ibères sont mêlés à des Ligures. Du Rhône à Antipolis, ce sont des Ligures seuls, et d'Antipolis à Rome, on trouve les TyrrhéniensPascal ARNAUD, « Iberi, Celti, Liguri », Storia d'Europa e del Mediterraneo, I, "Il mondo antico", sezione III. "L'ecumene romana", volume V, La Res publica e il Mediterraneo, Salerno ed., Rome 2008, p. 327-368.. Ces quatre peuples auxquels il faut ajouter les Grecs occupaient donc, d'après les auteurs, la côte nord-méditerranéenne. Par sa description, Pseudo-Scylax se place dans le sillage théorique d'Hécatée de Milet, qui au dresse à peu près le même panorama de la région. Il faudra attendre le pour que les auteurs grecs y adjoignent les Celtes, et que finalement naisse la « Celtique »Pascal ARNAUD, « Iberi, Celti, Liguri », Storia d'Europa e del Mediterraneo, I, "Il mondo antico", sezione III. "L'ecumene romana", volume V, La Res publica e il Mediterraneo, Salerno ed., Rome 2008, p. 327-368. p. 327. Il est difficile de savoir si c'est à cette époque que les Celtes ont migré dans la région, ou si l'un de ces peuples a changé de nom. Il pourrait tout simplement s'agir d'une correction faite de la part des auteurs sur les connaissances des peuples locaux, qui se feraient plus précises avec le temps. Pour la période suivante, entre le et la deuxième guerre punique, nous ne connaissons aucun auteur, à l'exception d'Aristote, qui, dans Politiques décrit les Ibères comme une qui plante À partir de la conquête romaine de la péninsule, à la fin du , les textes se font plus nombreux. À ce moment-là, les auteurs se permettent des comparaisons entre les sociétés barbares et la société romaine. Apparaissent des termes liés à la royauté comme Princeps, Regulus, Basileus, voire aux institutions civiques, comme le sénat ou la magistrature ; la structure territoriale ibère semble s'être centralisée.

Pour étudier les Ibères, outre l'utilisation des sources littéraires, l'analyse des documents épigraphiques, numismatiques et archéologiques est incontournable. , ,

Origine et parenté des Ibères Bien que les peuples ibères partagent certaines caractéristiques communes, ils ne constituent pas pour autant un groupe ethnique homogène et diffèrent entre eux à bien des égards. Elles s'appuient sur des éléments archéologiques, anthropologiques et génétiques.

Le terme "Ibères", tel qu'utilisé par les auteurs anciens, avait deux significations distinctes. L'une, plus générale, concernait toutes les populations de la péninsule Ibérique sans égard aux différences ethniques (pré-indo-européennes, celtes et indo-européennes non celtiques). L'autre sens ethnique, plus restreint, fait référence aux habitants autochtones des côtes est et sud de la péninsule ibérique, qui au avaient absorbé les influences culturelles des Phéniciens et des Grecs"Iberians – MSN Encarta" 2009-10-30.Rueda, Carmen; Sánchez, Alberto; Amate, Pilar (2018-11-30). "The history of the Iberians". blog.europeana.eu. Europeana – CC BY-SA 2018-11-30.Spain: Historical Setting – Library of Congress Country Study – Iberia. Les Ibères vivaient dans des villages et des oppida (colonies fortifiées) et leurs communautés étaient basées sur une organisation tribale. Les Ibères du Levant espagnol étaient plus urbanisés que leurs voisins des régions du centre et du nord-ouest de la péninsule ibérique. Les peuples des régions du centre et du nord-ouest étaient pour la plupart celtiques, semi-pastoraux et vivaient dans des villages dispersés, bien qu'ils aient également quelques villes fortifiées comme NumantiaJ. S. Richardson, Hispaniae; Spain and the Development of Roman Imperialism, 218-82 BC, page 16..

Une thèse postule que les Ibères descendent des premiers habitants de l'Europe occidentale et sont les héritiers de la grande culture mégalithique de ces régions. Cette explication s'appuie sur des études génétiques. Les Ibères seraient apparentés aux Proto-Celtes du millénaire qui ont peuplé la France, la Grande-Bretagne et l'IrlandeCyril Babaev, Picts and Pictish language.. Les langues, écritures, cultures celtiques et ibères sont profondément différentes. À l'époque où la civilisation ibère s'épanouissait depuis longtemps dans la péninsule, les Celtes n'occupaient pas encore le Midi de la France. Ils n'y arriveront, venant du nord, qu'au début du et ce n'est qu'alors que certains, franchissant les Pyrénées, iront s'établir dans la moitié Nord de l'Espagne. Se mélangeant aux Ibères, ils formeront alors les peuples dits « celtibères ».