Le poitevin (pouétevin ou potevin, en graphie normalisée « poetevin ») ou parlanjhe est une langue d'oïl de la famille des langues romanes.

Il est parlé dans l'ancienne province du Poitou, le nord de l'Aunis et quelques autres secteurs limitrophes.

Il est associé au saintongeais au sein d'un groupe poitevin-saintongeais.

Le poitevin a eu une influence dans le québécois, l'acadien et le cadien.

Aire linguistique

L'aire linguistique du poitevin recouvre le Poitou dont la Vendée, les Deux-Sèvres (sauf le Nord thouarsais), la Vienne (sauf quelques communes occitanes au sud, et sauf le Nord loudunais), le sud de la Loire-Atlantique (pays de Retz), le sud du Maine-et-Loire (le CholetaisÉric Nowak, Histoire et géographie des parlers poitevins et saintongeais, 2010. .), le nord-ouest de la Charente (la majeure partie du RuffécoisPaul Dyvorne (de Cozes en Charente-Maritime : Folklore saintongeais, 1935, ) : « Dans le Confolentais, c’est le patois limousin que parlent les paysans ; à l’est d’Angoulême, c’est celui du Périgord ; à Ruffec, celui du Poitou. Dans l’Angoumois du sud, vers Cognac et Barbezieux, l’idiome saintongeais est seul en faveur».Brigitte Horiot (Les parlers du Sud-Ouest, dans : Français de France et Français du Canada : Les parlers de l’Ouest de la France, du Québec et de l’Acadie, Centre d’Études Linguistiques Jacques Goudet, Université Lyon III, 1995), rattache implicitement le Ruffécois au domaine poitevin lorsqu’elle remarque que la description lexicale du domaine de l’ALO (Atlas Linguistique de l’Ouest : Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois) montre qu’ « il est possible de retrouver une situation déjà observée au cours de l’étude phonétique : le département des Deux-Sèvres (mis à part le nord), le sud-est de la Vendée, le sud-ouest de la Vienne et le nord-ouest de la Charente (Ruffécois) ont tendance à former une aire originale dans l’ensemble de l’ALO».Sur un sujet connexe : Léo Ganachaud (d'Ambérac en Charente : Lée Bitons chérentais : Ambérac, mon pays !, 1949) : « La région de Ruffec a plutôt les coutumes poitevines que charentaises, et là, pas de bons repas sans qu’au dessert arrive le tourteau fromageou. », la bordure d'oïl du Confolentais : Le Bouchage et Pleuville en partieLes écrits de Jean-François Migaud (originaire de Pleuville, commune de la bordure d'oïl du Confolentais), sont présentés, dans le journal Le Subiet dans les années 1980, comme étant en "poitevin méridional". On retrouve cette mention "poitevin méridional" par exemple dans ces deux œuvres de Jean-François Migaud : Que l’bon Dieu nous eûy’de !!! (dans Le Subiet de novembre-décembre 1985) ; Saint-Piarre et la Chabre (dans Le Subiet de novembre-décembre 1989).), l'extrême nord de la Charente-Maritime (île de RéAlbert Dauzat, Les Patois, 1927, ), parle de la limite : « entre les îles de Ré (parlers vendéens) et d’Oléron (parlers saintongeais du sud) ».Raymond Doussinet, Le Parler savoureux de Saintonge, 1958, ) : « L'île de Ré se rattache plutôt au patois poitevin, l'île d’Oléron au patois charentais »., nord de l'AunisBrigitte Horiot (Les parlers du Sud-Ouest, dans : Français de France et Français du Canada : Les parlers de l’Ouest de la France, du Québec et de l’Acadie, Centre d’Études Linguistiques Jacques Goudet, Université Lyon III, 1995, ) parlant du secteur compris entre L’Île-d’Elle, Courçon-d’Aunis, Péré, Saint-Marie-de-Ré et Les Portes-en-Ré, écrit : « On constate que cette partie nord du département de la Charente-Maritime, surtout l’île de Ré, a tendance à se rattacher à la Vendée et, plus généralement, au poitevin. », région de Surgères et pointe de Saintonge montant vers Frontenay-Rohan-Rohan, régions de Loulay et d'AulnayRaymond Doussinet (Le paysan charentais dans ses bots, 1963) dans la carte du « patois saintongeais » qu’il met en première page de son second ouvrage (Le paysan charentais dans ses bots, 1963) indique la mention « zone de transition » entre d’une part les localités de Tonnay-Boutonne et de Saint-Jean-d’Angély (à tendance saintongeaise) et d’autre part les localités de Surgères, de Loulay et d’Aulnay (à tendance poitevine).Un texte de Raoul Coutin, en parler de la région d’Aulnay, parue dans le journal Le Subiet en 1978, est présentée comme étant en « Parler poitevin d’Aulnay-de-Saintonge » : Coutin Raoul (alias : Tinra l’coup), Les aventures dau chéti : Le sourcer, dans : Le Subiet, Mars-Avril 1978.), ainsi que quelques communes de l'extrême sud-ouest de l'Indre (vers Le Blanc et ., Bélâbre, Argenton-sur-Creuse).

Classification

vignette|alt=Carte illustrant la répartition géographiquer des langues d'oïl selon Marie-Rose Simoni Aurembou.|Carte des langues d'oïl selon Marie-Rose Simoni-Aurembou.

Depuis 1831Coquebert de Mombret : Essai d'un travail sur la géographie de la langue française, dans Mélanges..., 1831 : « bien que les habitans de la Haute-Bretagne (auxquels les bretons bretonnants donnent le nom de Gallots) ne parlent pas un français bien pur, on ne peut mettre le leur au rang des patois proprement dits, puisque les expressions qui le caractérisent se retrouvent dans les auteurs du tels que Rabelais […]. Mais à quelques distance au-delà de la Loire commence le patois poitevin usité dans les départements de la Vendée, des Deux-Sèvres, et de la Vienne, et auquel succède, comme simple variété, le patois saintongeois en usage dans la partie orientale [erreur : il voulait évidemment écrire : occidentale] des deux départements de la Charente […]. À l’est du pays occupé par le patois poitevin se trouve le Berri qui n’a pas de patois particulier .» copie numérisée sur Google Livres., et même dès 1640Edward Brerewood, Recherches curieuses sur la diversité des langues et religions, par toutes les principales parties du monde, 1640 : ., le poitevin est associé au saintongeais au sein d'un groupe poitevin-saintongeais, association confirmée par les publications d'universitaires des universités de LiverpoolAndré-Louis Terracher (né à Vindelle près d’Angoulême en Charente), La rencontre des langues entre Loire et Dordogne, dans : Le Centre-Ouest de la France, encyclopédie régionale illustrée, 1926., AngersA.-D. Poirier (professeur de philologie romane à l’université catholique d’Angers) Éléments d’unité : le parler, le folklore, l’art, dans La Revue du Bas-Poitou, 1941 : « Dans le Haut-Poitou, comme dans la Vendée, comme dans l’Aunis, la Saintonge et l’Angoumois, les mêmes termes, issus du dialecte, se retrouvent [...], avec la même physionomie, je pourrais dire, le même costume, en tout cas avec un air de proche parenté qu’un œil exercé saisit au passage. » , PoitiersJacques Pignon, L’évolution phonétique des parlers du Poitou, 1960. Liliane Jagueneau, linguiste poitevine (née à Ulcot près de Thouars en Deux-Sèvres) professeur de poitevin-saintongeais et d’occitan à l’université de Poitiers, dans Les Traits linguistiques du poitevin-saintongeais, dans : La langue poitevine-saintongeaise : identité et ouverture, écrivait en 1994 « Tout d’abord le poitevin-saintongeais correspond aux cinq départements de Poitou-Charentes-Vendée, auxquels s’ajoute une partie du nord de la Gironde, le pays gabaye. […] les points du domaine poitevin-saintongeais sont suffisamment proches dans l’analyse (distance linguistique faible) pour être considérés comme formant un ensemble cohérent. Il n’apparaît pas en effet de partition entre la Vendée et Poitou-Charentes, ni entre l’ensemble de la façade maritime et l’intérieur, ni entre le nord et le sud […]. […] il existe des différences entre le nord et le sud, mais elles sont moins nombreuses que les ressemblances. », LyonBrigitte Horiot (linguiste spécialiste des parlers d’entre Loire et Gironde, CNRS et université Lyon-III) écrivait (dans Les Parlers du Sud-Ouest, dans : Français de France et Français du Canada : Les parlers de l’Ouest de la France, du Québec et de l’Acadie, Centre d’études linguistiques Jacques-Goudet, université Lyon-III, 1995, ) en 1995 : « La description linguistique du domaine de l’ALO [Atlas linguistique de l’Ouest : Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois] met en évidence l'existence entre Loire et Gironde d’un domaine linguistique important, forgé par sa situation géographique et par son histoire, et dont la particularité est d’être une marche entre le Nord et le Midi, entre les pays bretons et la région du Centre. », NantesPierre Gauthier linguiste vendéen (de Saint-Vincent-sur-Jar), professeur honoraire de l'université de Nantes, (dans Langue et littérature : la langue régionale : Les parlers vendéens dans l'espace linguistique poitevin-saintongeais, dans : Vendée, Encyclopédie Bonneton : écrit avec Guy Perraudeau), partant de l'exemple vendéen, réaffirme en 2003 : « Rappelons d'abord que la Vendée, avant d'être un département, formait sous l'Ancien Régime, ce que l'on appelait le Bas-Poitou et que pour comprendre ce que sont les parlers vendéens, leur origine, leur vie, leur devenir, il faut les situer dans un espace linguistique, culturel et historique plus vaste, celui délimité par la Loire et la Gironde d’une part, l'océan Atlantique et le Massif central d’autre part, où vivent encore dans les zones rurales des parlers locaux d’une cohérence suffisante pour constituer une langue minoritaire, le poitevin-saintongeais. », Clermont-Ferrand Pierre Bonnaud (professeur de géo-histoire à l'université de Clermont-Ferrand) « Esquisse géohistorique du Poitou médioroman », dans le chapitre intitulé La langue régionale (au singulier, et qu’il nomme d’ailleurs « poitevin-saintongeais »), 2006 : « Il est impossible de traiter séparément poitevin et saintongeais, mais ils sont à la fois solidaires et un peu distincts, tant dans leurs origines que dans leur évolution. La quasi-totalité des Charentes et le sud du Poitou ont eu parlé un langage voisin du limousin. De l’Aunis au Loudunais, il existait un langage voisin du Limousin, mais différent […]. Le poitevin […] a été relativement résistant […]. En Saintonge, la perturbation a été plus violente […]. Le saintongeais donne donc une impression à la fois plus méridionale (du fait de sa position ; il y a même un héritage gascon dans la Gavacherie du sud [enclave de Monségur] ) et plus francisée que le poitevin. En Poitou même c'est à l'Est (Seuil : couloir de passage ; Brandes aux sociétés paysannes moins compactes […] ) que la francisation est la plus importante, tandis que, toutes choses égales d’ailleurs, les “Plaines” [Niortais, Mellois…] aux sociétés plus stables ont conservé un profil dialectal plus original. » (N.B. : les passages entre parenthèses sont de l'auteur, les passages entre crochets sont des compléments explicatifs ajoutés ici.), et CaenJean Renaud (natif de l'ïle de Ré en Charente-Maritime, Le patois Rétais, éditions CPE, 2012 . "Le patois de l'île de Ré, davantage apparenté aux parlers d'Aunis et du Bas-Poitou qu'à ceux de la Saintonge, fait partie d'une aire linguistique qu'on a coutume d'appeler le poitevin-saintongeais et qui appartient au domaine d'oïl, sachant que la limite d'oc n'est pas loin.", ou de l'Institut national de la langue française de Nancy Jean-Paul Chauveau de l'Institut national de la langue française de Nancy, (dans Unité et diversité lexicales dans l'Ouest, dans : Français de France et Français du Canada : Les parlers de l'Ouest de la France, du Québec et de l'Acadie, Centre d'études linguistiques Jacques-Goudet, université Lyon-III, 1995, ) écrivait en 1995 : « Plus ou moins parallèlement à la Loire se révèle dans le sud du Nantais et de l’Anjou une zone notable de discordances lexicales. Toute une série de types lexicaux, qui couvrent de façon compacte et cohérente l’Angoumois, la Saintonge, l’Aunis et le Poitou, brusquement cessent d’avoir cours. » .