L’École nationale de l'aviation civile ou ENAC est l'une des françaises accréditées au à délivrer un diplôme d'ingénieur.. Elle fait partie du groupe ISAE, aux côtés de cinq autres écoles.
Fondée le , elle a pour mission d'assurer la formation initiale et le perfectionnement des cadres et principaux acteurs de l'aviation civile. Elle est membre de la conférence des grandes écoles, membre associé de l'université de Toulouse, membre du pôle de compétitivité Aerospace Valley, du groupement des écoles d'aéronautique.
Outre cette école d'ingénieurs, l'ENAC propose de formation dans le domaine de l'aéronautique civile et en particulier dans les activités du transport aérien : formations de contrôleur aérien (ICNA), de pilote de ligne (EPL), d'ingénieur électronicien des systèmes de la sécurité aérienne (IESSA), de technicien supérieur des études et de l'exploitation de l'aviation civile (TSEEAC), de technicien supérieur de l'aviation (TSA) et d'instructeur avion.
Historique La genèse La France de l'immédiat après-guerre est confrontée dès 1945 à une explosion du transport aérien. Un transport aérien sûr nécessite du personnel formé spécifiquement pour cette activité. Il exige également une harmonisation des différents secteurs du monde de l'aviation, et, par voie de conséquence, une meilleure connaissance réciproque de ceux qui œuvrent dans ces domaines. Telles sont les motivations profondes des créateurs de l'ENAC. Au premier rang de ces fondateurs figure Max Hymans, alors secrétaire général à l'aviation civile et commerciale.
vignette|gauche|Max Hymans est le secrétaire général à l'aviation civile et commerciale de 1945 à 1948.
Au cours des années qui suivent la Libération, le manque d'homogénéité du personnel de l'aviation civile est manifeste, conséquence d'un recrutement hétéroclite. Il s'agit souvent de personnels incorporés hâtivement et en quantité pour faire face à des situations d'urgence. Dans le domaine de la navigation aérienne et des télécommunications, plusieurs centres d'instruction sont créés pour répondre aux besoins qui se font jour dans ce secteur : un centre de formation à Orly pour les commandants d'aérodrome et un centre de perfectionnement, implanté au Bourget, pour les agents techniques de la navigation aérienne. L'autre service impliqué dans la formation est le service des télécommunications et de la signalisation basé à Orly qui forme les opérateurs radiotélégraphistes et les techniciens radios. Les cadres techniques ont pour la plupart été formés dans des écoles d'ingénieurs, notamment les Arts et Métiers et celle de la Météorologie ; certains pourtant sont issus de l'Université, des chaires de mécanique des fluides ayant été créées à la Sorbonne et au Collège de France en 1930. L'École spéciale des travaux aéronautiques fournit également des dessinateurs. La formation des personnels navigants est assurée par l'État ou par des établissements privés. L'ENAC a pour mission de rassembler en un même lieu toutes les formations des acteurs de l'aviation.
À travers le décret du , portant règlement de l'Administration publique, est organisée une refonte complète des statuts du personnel fonctionnaire de l'aviation civile, particulièrement du personnel technique. Plusieurs nouveaux corps de fonctionnaires sont ainsi créés : ingénieurs de la navigation aérienne, ingénieurs de l'exploitation de la navigation aérienne, ingénieurs des travaux des télécommunications aériennes, contrôleurs de la navigation aérienne, contrôleur des télécommunications aériennes et agents de la navigation aérienne. Cette création est aussitôt suivie d'une décision ministérielle le qui ouvre la voie à un premier recrutement par concours de l'ensemble de ces corps. Les concours eux-mêmes sont organisés dès . Indépendamment de ce qui précède, le , l'Organisation de l'aviation civile internationale fixe les conditions de délivrance des licences du personnel navigant, déterminant notamment pour chaque catégorie de pilotes le nombre minimal d'heures de vol exigé.
Cette même année, l'ENAC n'existe toujours pas et n'est encore que le « service des écoles et des stages » du Secrétariat général à l'aviation civile et commerciale. Cette situation tranche avec celle qui prévaut dans d'autres domaines où il est de tradition que les cadres de la fonction publique soient formés dans des établissements d'enseignement supérieur portant le titre d'« École nationale » : l'École nationale des ponts et chaussées, fondée en 1747, École nationale des chartes, créée en 1821, ou la plus récente École nationale d'administration (1945). À l'heure où le transport aérien devient un secteur économique essentiel, l'existence d'un « service des écoles et des stages » apparaît donc quelque peu anachronique. Jules Moch, alors Ministre des travaux publics, des transports et du tourisme veut nommer l'établissement l'« École nationale de l'aviation marchande », nom qui n'est finalement pas retenu.
École de sécurité aérienne à Paris thumb|left|upright|Jules Moch en 1932. L'ENAC est donc créée le à Paris à l'initiative de Max Hymans, alors secrétaire général de l'Aviation civile et Jules Moch, Ministre des travaux publics. dans le but de former à tous les métiers de l'aéronautique civile et d'harmoniser tous les acteurs du transport aérien, personnel navigant ou non, commercial ou technique, notamment les corps de l'aviation civile. L'école est située à Orly au sud de Paris (les bâtiments de l'ENAC à Orly ont servi de centre de concours jusqu'au début des années 1990). René Lemaire y voit d'abord Discours prononcé le 3 mars 1951. Cette priorité absolue accordée à la sécurité est en quelque sorte consubstantielle à l'ENAC, puisqu'elle est la raison première de la formation des futurs navigants et futurs agents de la navigation aérienne dans une école unique.
Comme le note un rapport de l'Inspection générale de l'aviation civile, . Il est toutefois douteux que la « communauté d'idées » que l'auteur du rapport appelle de ses vœux ait pu naître de la simple coexistence de cycles d'études distincts dans un même établissement. D'autres facteurs agissent en sens inverse, notamment la très notable inégalité des durées de formation des différents cycles. Ainsi, les ingénieurs des travaux de la navigation aérienne de la branche « télécommunications » restent à l'école ; leurs condisciples de la branche « exploitation » sont pour leur part formés en ; les ingénieurs de la navigation aérienne en deux ans ; et enfin, les contrôleurs de la circulation aérienne en neuf mois. Pour que se réalise pleinement l'alchimie qui, dans l'esprit de ses concepteurs, doit procéder de la création de l'ENAC, il faut donc que d'autres conditions soient remplies. La principale est la cohérence des enseignements dispensés aux élèves des différents cycles. Cette nécessité se traduit par l'interpénétration des formations théoriques et pratiques, « air » et « sol ». La marque la plus visible d'une telle interpénétration est le développement, chaque fois que cela se révèle réalisable, d'enseignements dits « inter-spécialités », c'est-à-dire intégrés aux programmes de cycles distincts. Il est à noter que ces enseignements, qui profitent à des promotions variées pour un coût de conception unique, se traduisent par une économie non négligeable, ainsi que l'a bien remarqué René LemaireRené LEMAIRE, 1952.
Les premiers partenaires L'arrêté du officialise le premier grand partenaire de l'école : la compagnie Air France. Il se traduit par un partage des tâches et institue un recrutement d'élèves pilotes de ligne ne possédant aucune expérience préalable du pilotage. Auparavant, à titre expérimental, l'école avait accueilli dès l'automne 1958 la première promotion d'élèves pilotes de ligne. Elle se voit confier la préparation des candidats aux épreuves théoriques du brevet de pilote de ligne. Quant à la formation pratique en vol, elle échoit au centre SEFA de Saint-Yan, créé en 1949, jusqu'au brevet de pilote professionnel, et à l'école Air France pour la phase ultérieure. L'ENAC, en plus de sa mission officielle liée à la préparation du brevet de pilote de ligne, assume diverses tâches de formation théorique des pilotes pour répondre aux besoins conjoncturels des compagnies aériennes. À un moment donné, se pose la question du financement de la formation des pilotes de ligne destinés aux compagnies privées. Cette formation, dont le coût n'incombe pas normalement à l'État, se révèle trop onéreuse pour les compagnies bénéficiaires et a fortiori pour les élèves, en raison notamment du poids de l'instruction en vol. Des négociations avec les transporteurs privés aboutissent à la prise en charge par ceux-ci d'une partie des frais de formation, ce qui rend possible la gratuité des études des élèves pilotes.
thumb|right|Hangars et avion de l'ENAC sur l'aéroport de Saint-Yan. Parallèlement, dans le souci de permettre à ses élèves d'acquérir une connaissance approfondie de l'environnement dans lequel prend place le transport aérien, l'ENAC cherche à développer une coopération avec l'École nationale de la météorologie. Une étude en date du invoque les implications évidentes de la météorologie dans la circulation aérienne et prône la formation des contrôleurs du trafic aérien à cette discipline. Par ailleurs, des liens nombreux et étroits rapprochent traditionnellement l'aviation civile et l'Armée de l'air. Après la Seconde Guerre mondiale, lorsque la première refait surface, elle trouve auprès des militaires démobilisés les effectifs nécessaires à son expansion. Pilotes, mais aussi radios, navigateurs et mécaniciens affluent en masse de l'armée et se pressent aux portes des compagnies aériennes. L'ENAC cherche à s'inscrire dans ce mouvement, en prêtant son concours à la reconversion des navigants militaires. C'est dans cet esprit qu'est signé le un protocole précisant ses tâches dans la formation de pilotes militaires au transport aérien civil. L'école assure la maîtrise d'œuvre de l'opération et dispense l'enseignement théorique. Pour sa part, le Service de l'aviation légère et sportive (SALS), en vertu de l'arrêté du , assure gratuitement la formation en vol des candidats au brevet de pilote de ligne issus de l'Armée de l'air.