Un moujik (du russe signifiant homme) était un paysan de rang social peu élevé dans l'Empire russe, comparable à un serf.

Étymologie En français, le mot est connu depuis le et a connu différentes orthographes : « mouzik » ou « mousiqueDictionnaire Le Grand Robert, article « moujik ». ».

Au , en France, certains auteurs utilisent ce mot pour désigner un paysan aussi bien qu'une paysanneEntre l’« école naturelle » et les mystères de la capitale, Anna Lushenkova Foscolo, sur ..

Historique Dans l'ancienne Russie Dans l'ancienne Russie, les moujiks étaient, au contraire des esclaves (kholopi), des hommes libres, mais le terme « moujik » avait déjà une connotation méprisante, désignant des demi-hommes (polylioudi), par opposition aux guerriers (polnylioudi), qu'ils avaient le devoir de faire vivre, cultivant pour eux les terres en échange d'un salaire. Cependant, les moujiks n'étaient pas attachés à un maître ni à une terre : ils avaient le droit de libre service (de choisir chez qui ils allaient servir), ainsi que le droit de libre passage, garantie du premier droit. Ce droit ne pouvait s'exercer que pendant la quinzaine entourant le , jour de la Saint-GeorgesLa Russie et les Russes, p. 650..

En 1593, Fédor mit fin au droit de libre passage des moujiks, et établit ainsi indirectement leur servageLa Russie et les Russes, p. 652..

Sous l'Empire russe thumb|Réunion de la commission pour l'abolition du servage. Gravure de 1901.

Dans un premier temps, l'Empire russe renforce le servage des moujiks, notamment par les oukazes de 1760 et 1765, qui interdisent au moujik le recours à un tribunal ou à l'aide des forces de l'ordre, puis confèrent à leurs maîtres le droit de leur imposer des travaux forcés en SibérieLeçon de l'ancienne Russie, par Maurice Paléologue, conférence du 16 novembre 1937..

Le servage du moujik se prolongea jusqu'en 1861, où il fut aboli par Alexandre II. L'Empire russe compte alors 50 millions de moujiks, soit plus de 80 % de la populationAbolition du servage en Russie, sur hérodote.net.. Le manifeste du accorde aux moujiks la propriété de la terre sur laquelle ils travaillent, à condition de la racheter à leur maître, et aux moujiks ne travaillant pas une terre, la liberté de circulationLa Russie et les Russes, p. 660, 661 et 662.. Cependant, ce rachat nécessite la plupart du temps un échelonnage sur plusieurs annéesLa Russie et les Russes, p. 664., ce qui provoque la déception des moujiksLa Russie et les Russes, p. 671..

Après l'abolition du servage L'abolition du servage de 1861 voit une multiplication des catégories sociales dans la paysannerie russe. Cette catégorisation vague prendra une importance cruciale après la révolution bolchévique dans la mesure où elle servira de jauge pour estimer l'origine sociale « saine » ou « malsaine » des individus. L'historien Nicolas Werth. relève ainsi les quatre catégories suivantes : les batraks () ouvriers agricoles ; les bedniaks () : paysans pauvres ; les seredniaks () : paysans moyens ; les koulaks () : paysans aisés.

Si politiquement, l'abolition du servage n'a pas de conséquence notable, trois effets majeurs en découlent : une économie plus prospère due au travail plus efficace des moujiks sur leur terre, une plus grande responsabilité de la population, et une montée de l'individualisme, marquée notamment par l'installation des jeunes ménages en dehors de la maison familialeLa Russie et les Russes, p. 672..

Révolution de 1905 Même si la révolution de 1905 eut principalement lieu dans les villes, les moujiks y prirent une part active, notamment par une mainmise sur les terres des propriétaires, sur le blé, le bétail et les foins, des grèves, et le refus de fournir des recrues à l'armée, de payer les impôts ou les dettes. Plus de de propriétaires furent détruitesLe moujik se révolte, 1905, Léon Trotski, 1909..

Pendant la Révolution Révolution de 1917 Les améliorations consécutives à l'abolition du servage de 1861, à la révolution de 1905 et aux réformes de Nicolas II n'ont pas suffi à garantir aux moujiks suffisamment de terres, ce qui explique pourquoi ils ont pris une part active à la révolution de 1917Le parti bolchévique, P. Broué, 1963..

Le deuxième décret pris par le nouveau pouvoir bolchevik était très attendu par le monde paysan russe, le fameux Décret sur la terre.

Guerre civile russe L’historien Moshe Lewin utilise ce terme pour qualifier la société russe au lendemain de la Guerre civile russe, vers 1921 : la société était .

Sous l'URSS L'URSS affiche sa volonté d'améliorer le sort des moujiksDiscours de Lénine de 1922 au congrès des bolchévique ..

Dans les faits, le moujik est à nouveau l'objet de mépris et de méfiance, car il aspire potentiellement à la propriétéDu mir au soviet, sur dictacratie.com, 26 juin 2015.. Les moujiks étaient considérés par Maxime Gorki comme des Les Petits Bourgeois de Gorki. , et tenus pour la source de tous les mauxLes ouvriers en U.R.S.S.: 1928-1941, Jean-Paul Depretto, 1997, p. 360-361. .

Utilisation moderne Dans la Russie actuelle, le mot désigne au sens général, une personne de basse classe sociale. Péjorativement, il peut aussi désigner un Russe moyen. Selon Mariusz Wilk, le mot désigne aussi actuellement un « vrai mec ». . Une femme peut ainsi traduire : C'est un vrai mec ! par Eta nastaiatchtii moujik ! ( en russe : Это настоящий мужик !) .

Le moujik dans la littérature Le moujik fait de nombreuses apparitions dans la littérature russe. Cependant, le moujik n'est pas seulement un élément plus ou moins pittoresque d'une réalité historique ou sociale bien définie.

Gogol Le moujik tient une place très particulière dans l'œuvre de Nicolas Gogol (1809-1852). En effet, on retrouve la figure du paysan russe dans ses premiers récits (par exemple, Les Soirées du hameau), mais aussi dans son œuvre maîtresse, Les Âmes mortes, où un escroc tente d'acheter les « âmes » des serfs morts depuis le dernier recensement.

Pourtant, c'est un autre texte de Gogol, Passages choisis d'une correspondance avec des amis (1846), en particulier sa « Lettre à un propriétaire terrien », qui va déclencher une véritable tempête, et justement à propos du jugement qu'il porte sur le paysan russe. Cette lettre sera vertement critiquée par Vissarion Belinski qui rédigera une réponse publique l'année suivante.. Gogol, de bonne foi, sera profondément blessé par la réaction de BelinskiIronie de l'histoire, c'est en avril 1849, juste après avoir fait une lecture publique de cette lettre au Cercle de Petrachevski que Dostoïevski sera emprisonné et condamné à cinq ans de bagne, où il découvrira la Russie profonde.

Dans cette fameuse lettre, Gogol s'adresse à un jeune propriétaire et lui donne des conseils quant à la manière de se conduire avec ses paysans, comme leur expliquer que ce n'est pas pour le propriétaire qu'ils travaillent, mais pour se conformer à l'ordre divin, etc. On trouve par exemple cette phrase :

La « moujikophilie» Le moujik. marque surtout le clivage idéologique entre occidentalistes et slavophiles. En effet, si pour les premiers, la Russie doit rattraper son retard en imitant l'Occident, pour les slavophiles, au contraire, le destin de la Russie passe par une voie spécifique. Or, la paysannerie représente l'une des spécificités russes. La tendance de ce mouvement sera d'embellir la situation ou la « grandeur » de cette catégorie sociale. Le populisme russe, en vogue pendant tout le jusqu'à la Première Guerre mondiale, semble donner raison à cette tendance, que consacrent la littérature et même la peinture. Le culte du « peuple paysan » apparaît par exemple à la fin de Guerre et Paix de Léon Tolstoï ou dans certains textes de Fiodor Dostoïevski. Cette idéalisation est doublement contagieuse : elle touche d'abord l'intelligentsia (dont la « marche au peuple » est assez paternaliste), mais aussi le pouvoir politique suprême, qui se fonde sur le mythe d'un « peuple » loyaliste..

Selon Alexandre Herzen :

Les écrits de Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine montrent que l'opinion générale au sujet du moujik s'améliore à la fin du Préface aux Trois contes russes de Mikhaïl_Saltykov-Chtchedrine, 1881..

L'écrivain Anton Tchekhov fait aussi partie des opposants à cette idolâtrie du moujik. En 1897, il en donne une peinture impitoyable dans la nouvelle intitulée justement Les Moujiks (aussi connue sous le titre Les Paysans.) : En 1899, dans le récit La Nouvelle Villa, il décrit une communauté paysanne coupée du monde qui chasse la famille d'un ingénieur venu s'établir à proximité, par simple bêtise et sans trop savoir pourquoi.

Références

Notes Notes issues de La Russie et les Russes, d'Anatole Leroy-Beaulieu, Revue des deux Mondes - 1876 - tome 16 :

Bibliographie

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Annexes Articles connexes Mir Boyard

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