vignette Les Jeux olympiques de 1896, également nommés Jeux de la première olympiade« Athènes 1896 : le renouveau d’une tradition antique » site du Comité international olympique., en , sont organisés en 1896 à Athènes en Grèce. Ce sont les premiers Jeux olympiques de l'ère moderne, organisés par le Comité international olympique. Ils se déroulent du 6 au , neuf jours de compétition pendant lesquels 241 sportifs s'affrontent dans neuf sports différents pour un total de 122 médailles.

C'est à l'issue d'un congrès organisé en 1894 à Paris par le Français Pierre de Coubertin qu'est créé le Comité international olympique (CIO) et que la capitale grecque est désignée première ville hôte de l'événement olympique. Ce congrès décide également de l'exclusion des sportifs professionnels et des femmes au profit de l'amateurisme et du sexe masculin.

Bien que le nombre de sportifs présents soit assez faible comparé aux chiffres des éditions plus récentes, c'est la première fois qu'une réunion sportive rassemble autant de participants. Et malgré l'absence de quelques-uns des meilleurs athlètes de l'époque, les Jeux connaissent un vif succès auprès du public grec. Pour les Grecs, la victoire de leur compatriote Spyrídon Loúis dans le marathon est l'un des moments forts de la compétition. Le sportif le plus titré à l'issue des neuf jours de compétition est le lutteur et gymnaste allemand Carl Schuhmann, sacré champion olympique à quatre reprises.

Héritage antique

Dans la Grèce antique, les Jeux olympiques sont des compétitions athlétiques, hippiques et de lutte qui honorent Zeus, divinité suprême de la religion grecque. Ils sont organisés tous les quatre ans à Olympie depuis , la plus ancienne évocation, bien qu'il soit probable qu'ils aient été créés auparavant. Entre les cérémonies religieuses et les sacrifices, des épreuves sportives sont organisées, la plus ancienne étant la course à pied. Vient s'ajouter un pentathlon, une épreuve combinant course, lancer du disque, lancer du javelot, lutte et saut en longueur. Sont également disputées des épreuves uniques de lutte, de pugilat, de pancrace et des courses à chevaux. Acclamés, les vainqueurs de ces épreuves sont récompensés par une couronne d'olivier. Ces Jeux olympiques prennent probablement fin en 393, à la suite de l'interdiction par l'empereur romain des rites et lieux de culte païensMoses Finley et H.W. Pleket, de Jeux olympiques, Perrin, Paris, 2004 (édition originale 1976), ..

Au , la pensée des Lumières permet la redécouverte des Jeux antiques. C'est dans cette logique que se déroule la première Olympiade de la République dans la France révolutionnaire de 1796. Et tandis que les fouilles archéologiques s'intensifient au en Grèce, des intellectuels et des sociétés sportives organisent des manifestations témoignant d'un engouement nouveau pour le sport et les jeux sportifs. Sont ainsi organisés les Jeux scandinaves en 1834, les Jeux olympiques de Zappas en 1859 ou les Jeux de Munch Wenlock en 1869..

Organisation Rénovation olympique

thumb|upright|alt=Portrait de Pierre de Coubertin|Pierre de Coubertin.

Bien qu'elles revendiquent l'héritage antique, toutes les précédentes tentatives de rénovation ne dépassent guère le cadre régional. Pierre de Coubertin, historien et pédagogue français persuadé de l'importance de l'éducation physique dans le façonnement des esprits, a lui également l'idée de faire revivre les Jeux olympiques en pensant davantage à un rendez-vous international ouvert à de nouvelles disciplines sportives.

Le , à l'occasion du cinquième anniversaire de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques, le baron de Coubertin réunit des personnalités intellectuelles dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à Paris pour leur faire part de son vœu d'attribuer une place plus importante à l'éducation physique dans les écoles françaises. Le Baron conclut son discours par un appel vibrant à la rénovation des Jeux olympiques antiquesAlain Arvin-Bérod, Les Enfants d'Olympie, 1996, introduction page 11. devant des personnalités politiques et artistiques, lesquelles accueillent favorablement cette idée sans pour autant permettre la concrétisation du rêve de CoubertinAlain Arvin-Bérod, Les Enfants d'Olympie, 1996, introduction page 12..

Le Français réitère sa tentative lors du congrès olympique de 1894 organisé à Paris à la Sorbonne du 16 au 23 juin. Le dernier sujet qui y est évoqué pose directement l'éventuelle restauration des Jeux olympiques, laquelle est entérinée à l'unanimité le dernier jour du congrès. La réunion prend une ampleur internationale grâce à la présence de personnalités ayant répondu favorablement à l'appel de Coubertin. Sont ainsi présents le roi des Belges Léopold , le prince de Galles, le diadoque Constantin ou William Penny Brookes, le créateur des Jeux olympiques de Much Wenlock. En l'absence de Ioannis Phokianos, l'organisateur des Jeux olympiques de Zappas, la Grèce est également représentée par Dimítrios Vikélas. Ce dernier se voit confier la direction de la commission chargée de traiter la question des Jeux.

thumb|left|alt=Photo d'une partie du Comité International Olympique réunis autour d'une table pour signer des documents.|Une partie du premier Comité international olympique : debout : Gebhardt (Allemagne), Guth-Jarkovsky (Bohême), Kemeny (Hongrie), Balck (Suède) ; assis : Coubertin, Vikélas au centre, Boutowsky (Russie). Selon les sources, plusieurs villes sont évoquées pour l'organisation des premiers Jeux olympiques tout comme la date de cet événement. L'idée originale de Pierre de Coubertin est que Paris accueille le rendez-vous olympique en 1900 à l'occasion de l'exposition universelle. Les autres membres du comité craignaient cependant que la longue attente ne défasse l'enthousiasme présent, ce qui explique le choix final de 1896. Londres et Budapest sont également évoquées mais c'est Athènes, proposée par Vikélas, qui est désignée à l'unanimité par les membres du congrès. En clôture du congrès de 1894 est décidée la création du Comité international olympique dont la présidence est attribuée à Vikélas.

thumb|upright|alt=Portrait de Dimítrios Vikélas.|Dimítrios Vikélas, premier président du Comité international olympique (CIO). Proposant un retour aux sources de l'olympisme, la nouvelle de la désignation d'Athènes comme ville organisatrice est accueillie favorablement par le public et les médias grecs. Cependant, les difficultés économiques du pays font craindre des contretemps quant au financement des Jeux. Un rapport du comité d'organisation publié fin 1894 indique ainsi que le coût de l'organisation est trois fois plus élevé que prévu. Devant cet imprévu, le gouvernement de Charílaos Trikoúpis se désengage du financement des Jeux. Un comité d'organisation est alors créé par Coubertin qui a rejoint la Grèce en décembre 1894 pour parer aux diverses défections. Mais le comité est rapidement gagné par le pessimisme ambiant et par les divisions en son sein qui entrainent plusieurs démissions. Vikélas et le Diadoque Constantin interviennent alors en créant le Comité olympique hellénique, premier comité national olympique de l'histoire, dont la première mission est la collecte de dons. La diaspora grecque répond favorablement à cet appel puisque drachmes sont envoyés en Grèce. Une série de timbres émis en 1896 permet d'amasser plus de drachmes alors que la vente des places pour les compétitions en rapporte . Outre les apports financiers de la famille royale, l'homme d'affaires Georges Averoff finance entièrement la reconstruction du stade panathénaïque à hauteur de drachmes..

L'organisation s'améliore par la démission de Trikoúpis en janvier 1895, son successeur Nikolaos Deliyannis est plus favorable aux Jeux. Pierre de Coubertin à la société littéraire du Parnasse le joue sur le patriotisme grec et la guerre d'indépendance. Il l'explique aussi au Diadoque Constantin (il remplace son père qui assiste aux funérailles d'Alexandre III). Le Palais voit un regain de popularité et une dimension politique aux Jeux avec la promotion de la Grande Idée.

Le mécénat d'Averoff, qui permet l'équilibre des finances, est honoré par l'édification d'une statue devant le stade, inaugurée la veille de la cérémonie d'ouverture le 5 avril 1896. Construit vers , ce stade accueillait les Panathénées durant l'Antiquité. Sa reconstruction est confiée au Grec Anastásios Metaxás. En forme de fer à cheval, les tribunes de l'enceinte sont presque entièrement recouvertes de marbre. La piste longue de 333,33 mètres respecte l'architecture en U du stade long quant à lui de . Au total, sa capacité d'accueil est de dont assises.

Le stade panathénaïque accueille les épreuves d'athlétisme, de gymnastique, de lutte et d'haltérophilie. Les compétitions de tir se déroulent sur le nouveau terrain de Kallithéa, le cyclisme au Vélodrome de Néon Phaléron, l'escrime dans le bâtiment des expositions Zappeion. Les matchs de tennis ont lieu au sein du Tennis Club d'Athènes, près des colonnes de Zeus. Enfin, les courses de natation ont lieu dans l'anse de Zéa, au Pirée.

Sports vignette|Programme des Jeux olympiques de 1896. Les responsables de l'organisation se mettent d'accord sur une liste de disciplines sportives susceptibles de répondre à l'impératif de l'amateurisme lors d'une réunion tenue à Athènes entre le 12 et le 24 novembre 1894. Ces sports sont présentés comme tels dans le programme olympique publié un an et demi avant l'organisation des Jeux, Bulletin du Comité international des Jeux olympiques : sports athlétiques : courses à pied ; concours ; course à pied dite de Marathon gymnastique : exercices individuels ; mouvements d'ensemble (équipes d'au moins 10 gymnastes) escrime et lutte : assauts de fleuret, sabre et épée (amateurs et professeurs) ; lutte (romaine et grecque) tir : arme de guerre, arme libre, revolver d'ordonnance, revolver libre, pistolet sports nautiques : yachting ; aviron ; natation et jeu de water-polo vélocipédie : vitesse ; fond ; course de jeux athlétiques : lawn tennis ; cricket ; football thumb|Le stade des Jeux olympiques à Athènes (Grèce), 1896. L'escrime est le seul sport où les professionnels ont le droit de participer dans une épreuve réservée aux maîtres d'armes. Les épreuves de force (haltérophilie) et de combat (lutte) sont admises, au contraire de la boxe, jugée comme manquant de noblesse par rapport à la lutte. Très populaire, le cyclisme figure également au programme officiel. Le tir est proposé par Coubertin, lui-même tireur. La gymnastique, discipline corporelle par excellence, la natation, l'aviron, ainsi que des disciplines prisées par la haute société comme le tennis et la voile sont également retenues. Mais les mauvaises conditions météorologiques contraignent à l'annulation des épreuves d'aviron et de voile, prévues initialement le 14 avril..