Les Aborigènes d’Australie (en anglais : Aboriginal Australians) sont les premiers humains connus à s'être établis sur le territoire de l’Australie et sont reconnus comme l’un des deux peuples autochtones d’Australie avec les Insulaires du détroit de Torrès. Leur culture vieille de plusieurs dizaines de millénaires est parmi les plus anciennes au monde.
L'arrivée des Européens sur l'île continent en 1788 provoque d'importantes conséquences sur les Aborigènes : leur nombre diminue drastiquement à la suite des conflits, massacres et maladies inconnues apportées du continent européen par les colons britanniques. Ceci entraîna alors le déclin de leur situation démographique, sociale et économique. Depuis les années 1960, la communauté Aborigène se voit accorder progressivement le droit de vote, la citoyenneté australienne puis le droit de se présenter aux parlements locaux et certains leur sont restitués à partir de 1976 tandis que leur population augmente. Néanmoins, ils restent en marge du développement australien et ne bénéficient pas encore de certains privilèges.
Définition Étymologie et définition Le nom commun « aborigène » est issu du latin , qui signifie . Il est la traduction anglaise du français « indigènes ». Il désigne plus généralement une population descendant des premiers habitants connus de sa terre natale.
S'il est utilisé en anglais (aboriginal) pour désigner plusieurs peuples autochtones dans différentes régions du monde, il n'est utilisé en français comme nom propre (avec une majuscule) que pour désigner les premiers habitants d'Australie..
Certains groupes Aborigènes des déserts de l'ouest et le centre de l’Australie se désignent eux-mêmes par le mot « Aṉangu », qui signifie « humain » ou « gens »...
Désignation contemporaine Longtemps appelés par les colons européens., les Aborigènes ne sont recensés comme citoyens australiens que depuis 1967. Aujourd'hui, du point de vue du gouvernement de l'Australie, le terme désigne une personne qui remplit ces trois critères : avoir des ancêtres aborigènes ; s’identifier elle-même comme aborigène ; être reconnue comme telle par la communauté aborigène.
Officiellement, un terme tel que ne veut rien dire : on est aborigène ou on ne l’est pas. La couleur de peau n’est pas un critère et certains Aborigènes ont une peau très claire, alors que certains de leurs ancêtres étaient noirs de peau, John Gardiner-Garden, site web du Parlement australien, 5 décembre 2000.. La même définition s’applique aux indigènes du détroit de Torrès.
Cette définition australienne est très différente de l'ancienne définition américaine, la one drop rule selon laquelle était afro-américaine toute personne ayant un ancêtre afro-américain, qu’elle le reconnaisse et revendique ou non, et qu’elle soit ou non reconnue comme telle par les autres afro-américainsSelon le Bureau du recensement des États-Unis, les termes « Noir Américain » et « Afro-Américain » sont synonymes et désignent : voir ..
Histoire
vignette|Danseurs aborigènes d’Australie (1981).
Origines paléoanthropologiques vignette|redresse|Exemple de peinture aborigène sur écorce : anatomie d'un kangourou. L’Océanie, c’est-à-dire l'Australie et la Nouvelle-Guinée, n’a jamais été rattachée à l’Asie : le pont océanique qui reliait au quaternaire les îles de l’Indonésie était coupé au moins entre celles de Sumbawa et de Florès, ainsi qu’entre Alor et Timor ; de même, les Moluques et la Nouvelle-Guinée étaient isolées du reste de l’archipel. De ce fait, il existe plusieurs hypothèses au sujet de l’origine des Aborigènes, qui s’accordent sur la certitude qu’ils ont dû naviguer pour parvenir en Australie. L’une d’elles avance qu’ils seraient venus de l’archipel indonésien par le nord, via Timor, il y a .
Une autre hypothèse suggère qu’ils auraient d’abord peuplé l’ouest et le sud de la Nouvelle-Guinée, qui formait alors avec l’Australie un seul continent nommé Sahul. Ces deux théories ne sont pas exclusives et il est possible que plusieurs vagues de peuplement soient arrivées à différents moments, ou en même temps en différents points géographiques du continent. Quoi qu’il en soit, l’isolement génétique de la population aborigène par rapport aux autres populations d’Eurasie daterait d’il y a environ ..
On pense que l’homme de Mungo (découvert au bord du lac Mungo, dans le sud de la Nouvelle-Galles du Sud, à de la côte du nord de l’Australie) est un ancien habitant de l’Australie qui aurait vécu il y a environ , au Pléistocène. Il a été enterré avec un certain cérémonial, car on a retrouvé auprès de lui des outils en pierre, des os de wombats d’une espèce éteinte et de kangourous géants.. À cette époque, l’espèce Homo sapiens n’avait pas encore atteint l’Amérique.
Les indices anthropologiques, génétiques et archéologiques démontrent que l’occupation humaine, selon le lieu géographique du continent, date au maximum de (date discutée ; celle de a aussi été avancée), avec une moyenne fixée à environ.. Le séquençage du génome d’un Aborigène du début du montre, selon les règles de l’horloge génétique, que les ancêtres des Aborigènes seraient arrivés en Asie il y a environ et seraient isolés en Australie depuis . Depuis cette période, les Aborigènes ont développé en autarcie une culture qui leur est propre. De nouvelles fouilles archéologiques, entreprises entre 2012 et 2015 sur le site de dans le Nord de l’Australie, tendent néanmoins à prouver qu’Homo sapiens y était présent il y a ± ..
Période pré-coloniale et premiers contacts
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Les Aborigènes d’Australie ont souvent été présentés par leurs colonisateurs comme de simples chasseurs-cueilleurs n’ayant, de ce fait, ni attachement au sol ni droits sur leurs territoires. La réalité est plus complexe, comme l'attestent les très nombreux témoignages des premiers Européens à avoir exploré le continent. Au moment du contact, les notes des explorateurs font en effet état, de manière consistante, répétée et souvent illustrée, de pratiques agricoles et piscicoles avancées et adaptées à un environnement exigeant et fragile. Ces techniques ingénieuses et fort bien maîtrisées permettaient alors de subvenir de manière permanente et satisfaisante aux besoins de populations importantes, souvent sédentarisées dans des villages étendus aux constructions élaborées et durables. Ces mêmes techniques permettaient en outre d’accueillir, sur certains sites, à intervalles plus ou moins réguliers, de grandes manifestations culturelles rassemblant un nombre très important d’individusOn peut citer les grands rassemblements de clans qui accompagnaient, dans les Alpes australiennes, la migration annuelle des papillons de nuit appelés « Bogong » (Agrotis infusa), que les Aborigènes collectaient alors en grand nombre pour s'en nourrir après une préparation méticuleuse (Pascoe, 2018).Bruce Pascoe, Dark Emu, Magabala Books, Broome, West Australia, 2018, 277 p..
Techniques agricoles
En raison de la fragilité générale des sols, les communautés aborigènes avaient adopté depuis bien longtemps des techniques agricoles adaptées à leurs environnements naturels. Les premiers Européens n’en reconnurent pas moins instantanément des éléments du paysage agricole auquel ils étaient accoutumés. Ainsi le major Thomas Mitchell (1792-1855) : « L’herbe est fauchée et empilée en meules, de telle manière que le désert prend l’aspect d’un champ à la fenaison. Et ces alignements de meules s’étendaient sur plusieurs kilomètres. […] Des piles de graminées séchées, cueillies expressément dans le but d’en extraire les graines, bordaient notre chemin sur des kilomètres. Je comptais le long de la rivière, durant lesquels nous chevauchions dans cette prairie dont la végétation touchait la sangle de nos selles » Dark Emu et The imperial mind : how Europeans stole the world, Griffith Review , 234, 2018..
Maîtrise des brûlis
Les premiers explorateurs furent étonnés, en découvrant le nouveau continent, de l'aspect des paysages, qu'ils comparaient souvent à un « jardin à l'anglaise ». Les forêts impénétrables y étaient rares, et l'espace y était ouvert, structuré en une alternance de prairies, de bosquets, et de futaies dépourvues de sous-bois. Ils furent également frappés par la dextérité avec laquelle les indigènes utilisaient le feu pour entretenir ce paysage. Armés de leurs bâtons à feu (fire-sticks en anglais), et aidés par une solide connaissance des conditions climatiques, du régime des vents et de la biologie des plantes, les Aborigènes pratiquaient en effet des brûlis raisonnés, selon un calendrier coordonné entre les tribus et organisés en vastes damiers. Ceux-ci leur permettaient de contrôler la croissance des buissons, d'alimenter en cendre les végétaux dont ils se nourrissaient, de réveiller les graines de leur dormance et, plus généralement, d'organiser sur le long terme le paysage à leur guise. Les brûlis étaient également l'occasion d'encourager le gibier à se déplacer vers des espaces repérés par avance et d'en faciliter ainsi la chasse et la capture.
Irrigation et pisciculture
Du fait des conditions climatiques parfois extrêmes, les Aborigènes avaient développé, pour l’entretien des cultures, des ouvrages et des techniques d’irrigation, le plus souvent couplées à une exploitation piscicole. Certains de ces aménagements, dont beaucoup ont été détruits ou endommagés après la colonisation, sont encore visibles, un des plus imposants étant le site de BrewarrinaSur la rivière Darling, en Nouvelle-Galles du Sud, dans un district occupé par les Ngemba., où la construction et l’entretien des retenues d’eau et des digues a nécessité l’effort coordonné de milliers de personnes pendant des générationsLa datation du site fait l'objet de controverses (certains chercheurs en date l'origine à ), mais il remonte au moins à (Pacoe, 2014).. L’utilisation agricole de ces ouvrages, régulés par un système de vannes et servant également de frayères, était couplée à des pêcheries parfois équipées de nasses, de plateformes avec déversoir ou de perchoirs sur lesquels les pêcheurs pouvaient se poster pour harponner leurs proies. La gestion des ouvrages, parfois conçus pour la capture d'un type particulier de poissonComme les anguilles sur le lac Bolac (Pascoe, 2018). et des droits de pêche était précisément encadrée par la coutume dans un souci de partage des ressources prenant en compte aussi bien l'amont que l'aval du dispositif.
Ces techniques de gestion de l’eau étaient complétées par le creusement et l’aménagement de puits, dont les conduits souvent maçonnés étaient couverts de pierres taillées assujetties pour éviter la pollution et l’évaporation.
Habitats et villages