L'histoire de l'Union économique et monétaire européenne a été envisagée depuis le et mise en place progressivement à partir de la fin du , au sein de l'Union européenne : la zone euro et le mécanisme de taux de change européen.
Antécédents d'union monétaire en Europe En 1865, une première union monétaire est signée à l'initiative de Napoléon III, entre la France, la Belgique, l'Italie, et la Suisse. Plus tard, elle s'étendra à la Grèce. Le principe de cette union monétaire latine est simple : chaque monnaie conserve son nom mais chacune est définie selon la même parité en or et en argent, elles ont alors toutes la même valeur. Elles peuvent alors librement circuler d'un pays à l'autre et il est donc par exemple possible d'utiliser des francs suisses à Paris. Cette première union monétaire ne survit pas à l'inflation de l'après Première Guerre mondiale et est formellement dissoute en 1926.
En 1928, deux Français, l'ingénieur Joseph Archer et le député Philibert Besson, membres du mouvement fédéraliste européen proposent l'Europa, mais leur projet ne fut par retenu.
L'Union économique belgo-luxembourgeoise de 1922 entre la Belgique et le Luxembourg qui impose la parité entre le franc belge et le franc luxembourgeois est un autre exemple.
Genèse au sein de l'Union européenne Monétaristes et économistes Les premières propositions visant à créer une Union monétaire européenne ont été faites très tôt dans l'histoire de l'intégration européenne. Les premières propositions, faites notamment par le politicien belge Paul van Zeeland et le ministre français des Affaires étrangères Georges Bidault, remontent aux années 1940. Cependant, elles restèrent sans effet. Les premiers projets concrets ont été proposés peu de temps après la signature du traité de Rome et la création de la Communauté économique européenne (CEE) en 1957. Le traité prévoyait la création progressive d'un marché commun européen.
En 1962, la commission Hallstein a présenté les premières propositions d'union monétaire. En 1964, le « Comité des gouverneurs des banques centrales des États membres de la Communauté économique européenne » (Comité des gouverneurs) a été créé avec pour fonction de coordonner les politiques monétaires des États membres de la CEE. Cependant, l'intérêt politique pour une union monétaire était limité à cette époque, notamment parce que les accords de Bretton Woods étaient en vigueur. En outre, les États membres se sont montrés réticents à renoncer complètement à la souveraineté sur la politique monétaire. Les propositions faites par la Commission n'ont donc pas été suivies.
Les divergences d'approches des États membres sont alors apparues permettant de distinguer les « monétaristes » et les « économistes ». Alors que le premier groupe (en particulier la France) souhaitait la mise en place rapide d'une union monétaire qui aurait servi de « moteur » pour un rapprochement des politiques économiques des États, le second groupe (en particulier l'Allemagne) préconisait d'abord un rapprochement des différentes politiques économiques des États membres et percevait l'union monétaire comme la réalisation finale du processus d'harmonisation.
Rapport Werner et la création du serpent monétaire européen
thumb|180px|Pierre Werner (1970).
La coopération monétaire et la relative stabilité des taux de change est souvent considérée comme une condition favorable à l'essor du commerce international. Jusqu'à la fin des années 1960, elle se fait dans le cadre du système monétaire de Bretton Woods qui limite l'amplitude de la fluctuation des taux de change, mais la faillite de ce système à partir de 1968 puis la mise en place de taux de change flottants menace l'intégration économique européenne.
En , Raymond Barre, le commissaire aux Affaires économiques et financières, a suggéré la mise en place progressive d'une union monétaire. Lors du sommet de La Haye de 1969, les dirigeants des États membres de la CEE ont finalement nommé une commission présidée par le Premier ministre luxembourgeois Pierre Werner pour élaborer un projet d'union économique et monétaire. Le , le rapport Werner proposa un modèle en trois étapes, en essayant de surmonter les différences entre les « monétaristes » et les « économistes ». Il fournit un plan d'unité monétaire européenne pour 1980. Ce plan, adopté par la Commission européenne, ne sera pas mis en œuvre, à cause de l'éclatement du système monétaire international issu de la fin de convertibilité en or du dollar américain décidée en par les États-Unis.
En , quelques mois avant l'effondrement du système de Bretton Woods, le Conseil de la CEE prit la décision de mettre en œuvre le Plan Werner dès 1980. Le , le serpent monétaire européen est créé par l'accord de Bâle. Ce mécanisme limitait les fluctuations de taux de change entre le deutsche Mark, le franc, le florin, la couronne danoise et le franc belge. Ainsi, une monnaie ne pouvait pas fluctuer par rapport à une autre de plus ou moins 2,25 % autour de sa parité bilatérale.
À partir des années 1980, il est apparu que les avantages de la constitution du marché commun européen étaient limités par la multiplicité des monnaies européennes. Ainsi les entreprises devaient dans leurs échanges se prémunir contre le risque de change tout en gérant des trésoreries multi-devisesAfin de résoudre ce problème, certaines avaient opté pour une trésorerie en European Currency Unit (ECU), unité de compte définie selon un panier de monnaie européenne et destiné à l'usage public.. D'autres aspects tels que la difficile comparaison des prix ou les politiques monétaires de dévaluations compétitives venaient fausser la concurrence entre les entreprises de nations étrangères. C'est à cause de ces entraves à une intégration optimale des marchés européens en un grand marché unique que s'est décidée à cette époque la création d'une union économique et monétaire entre certains États membres de la Communauté économique européenne (CEE).
Système monétaire européen
En été 1977, le président de la Commission, Roy Jenkins, qui venait de prendre ses fonctions, suggéra de relancer la coordination des politiques monétaires. À l'initiative du chancelier allemand Helmut Schmidt et du président français Valéry Giscard d'Estaing, le Conseil européen du 4 et 5 décembre 1978 à Bruxelles décide d'élaborer un système monétaire européen (SME).
Le SME (système monétaire européen), qui a suivi le serpent monétaire européen en 1979, reposait sur trois principes : la création d'un étalon, l'ECU (european currency unit), défini sur la base d'un panier de monnaies, chacune ayant une pondération fonction de son poids économique (environ 32 % pour le deutsche mark, 20 % pour le franc, 11 % pour la livre sterling …) ; les banques centrales nationales doivent maintenir le taux de change de leur monnaie autour d'un taux pivot défini par rapport à l'ECU ; la coopération monétaire entre les banques centrales qui doivent se soutenir afin de garantir la stabilité des taux de change. Elle est aussi permise par la création du Fonds européen de coopération monétaire (FECOM) qui intervient lui aussi sur le marché des changes.
En dépit de ces difficultés, la volonté des États membres de coordonner et de faire converger leurs politiques économiques a permis de stabiliser l'inflation. En 1986, l'Acte unique, qui prévoyait l'achèvement du marché intérieur européen, soulignait une fois l'importance de renforcer la coopération économique et monétaire.
Définition de l'Union économique et monétaire
thumb|180px|Jacques Delors (1988). thumb|180px|Theo Waigel (1987).
L'idée d'une union monétaire au sein de l'Union européenne a germé progressivement. Cependant, cela restait un sujet controversé à la fin des années 1980. Alors que le président de la Commission Jacques Delors souhait relancer la mise en place d'une union économique et monétaire, les gouverneurs des Banques centrales, en particulier Karl Otto Pöhl (gouverneur de la Deutsche Bundesbank), étaient sceptiques. Ils craignaient non seulement l'insécurité économique mais aussi la perte de leur position particulière.
En juin 1988, le Conseil européen a confirmé l'objectif de la réalisation progressive de l'Union économique et monétaire, et a chargé un comité placé sous la présidence de Jacques Delors, président de la Commission européenne, d'étudier les étapes concrètes devant mener à cette union.
En avril 1989, ce comité publie le « Rapport Delors » qui pose l'objectif de l'union économique et monétaire caractérisée par la fixité définitive des taux de change puis la création d'une monnaie unique. Il proposait trois étapes successives pour réaliser l'Union économique et monétairehistorique, site officiel de la BCE.. Cependant, certains États étaient sceptiques. Parmi ceux-ci, l'Allemagne qui craignait qu'une monnaie commune entraîne une perte de stabilité des prix, et le Royaume-Uni, qui s'opposait à la perte de la souveraineté monétaire pour des raisons de principe. Ces deux États présentaient chacun leur monnaie comme un symbole fort de l'identité nationale. En dépit de ce scepticisme, le Conseil européen approuva le plan Delors en .
Cette proposition débouche le sur la signature du traité de Maastricht créant l'Union européenne et précisant les conditions du futur passage à la monnaie unique. Afin de permettre une certaine harmonie nécessaire à l'union monétaire, les Européens décident de critères de convergence conditionnant pour chaque pays membre la possibilité d'intégrer l'union monétaire :
le taux d'inflation ne doit pas excéder de plus de 1,5 % celui des trois pays membres ayant les plus faibles taux d'inflation ; le déficit budgétaire doit être inférieur à 3 % du PIB ; un endettement public inférieur à 60 % du PIB ; les taux d'intérêt réels à long terme ne doivent pas excéder de 2 % celui des trois pays membres ayant les plus faibles ; pas de dévaluation monétaire dans les deux années précédant l'intégration à l'union monétaire.
Mise en place de l'Union économique et monétaire
Première phase de l'UEM S'appuyant sur le Rapport Delors, le Conseil européen a décidé, en juin 1989, que la première phase de l'Union économique et monétaire commencerait le - cette date devant marquer, en principe, l'abolition de toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres. Le Comité des gouverneurs des banques centrales des États membres de la Communauté économique européenne, qui jouait un rôle de plus en plus important dans la coopération monétaire depuis sa création en mai 1964, s'est vu confier de nouvelles responsabilités. Définies dans une Décision du Conseil du , ces missions consistaient notamment à procéder à des consultations sur les politiques monétaires des États membres et à promouvoir la coordination de celles-ci en vue de réaliser la stabilité des prix. Compte tenu du peu de temps disponible et de la complexité des tâches, c'est le Comité des gouverneurs qui a engagé les travaux préparatoires pour la troisième phase de l'Union économique et monétaire (UEM). La première étape a été consacrée au recensement des dossiers prioritaires, à la mise sur pied d'un programme de travail avant la fin de 1993 et à la définition des mandats des sous-comités et des groupes de travail créés à cette fin.