Le drapeau de l'Acadie, aussi appelé le drapeau acadien ou parfois le tricolore étoilé, est le drapeau national de l'Acadie. Il est composé de trois bandes verticales : bleue à gauche, blanche au centre et rouge à droite ; une étoile jaune est située en haut de la bande bleue. Il a été adopté lors de la Deuxième convention nationale acadienne, le à Miscouche, à l'Île-du-Prince-Édouard (Canada) et utilisé pour la première fois le lendemain. Cela en fait le plus vieil emblème d'un peuple francophone nord-américain.
Inspiré du drapeau français, il est à l'origine symboliquement associé à la mer et à la foi catholique mais l'interprétation moderne en fait aussi une personnification du peuple acadien. Le drapeau fut proposé par Marcel-François Richard comme compromis entre les différentes factions nationalistes, influencées par la France, le Québec et le clergé et divisées entre la modernité et la tradition d'une part et entre l'ouverture à la francophonie et l'identité acadienne d'autre part.
Ce drapeau est le symbole national acadien le plus populaire, et est donc très fréquemment utilisé par les institutions acadiennes.
Histoire Drapeaux antérieurs ou concurrents Premières explorations Selon Maurice Basque et André Duguay, il est probablement impossible de déterminer quel fut le premier drapeau utilisé en Acadie. Des pêcheurs de divers pays européens naviguaient sur les côtes avant le , soit avant la fondation du Canada en 1534 par Jacques Cartier. De plus, les Vikings se sont installés à Terre-Neuve vers l'an mille et il se peut qu'ils aient exploré les côtes de la future Acadie. Quoi qu'il en soit, la présence de drapeaux impressionne les Amérindiens et certains de leurs plus vieux pétroglyphes sur le sujet, toujours visibles au parc national de Kejimkujik, représentent des bateaux aux pavillons flottant au vent.
Acadie française Jacques Cartier utilise les armoiries de France lorsqu'il prend possession de la Nouvelle-France en 1534 ; ces armoiries sont D'azur aux trois fleurs de lys d'or.. Lorsque Pierre Dugua de Mons fonde l'Acadie en 1604, c'est probablement un drapeau dérivé de ces armoiries qui est utilisé, si l'on en croit la carte dressée par Samuel de Champlain de l'habitation de l'île Sainte-Croix. Ce drapeau est parfois traversé d'une croix blanche et peut-être chargé des armes de France, entourées des colliers des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit. La même carte montre toutefois le « pavillon de Champlain », constituée d'une croix blanche sur fond d'azur, sur un navire. Ce drapeau est vraisemblablement le pavillon naval de l'époque. Une copie flotte sur le lieu historique national de l'Habitation de Port-Royal. Par contre, Marc Lescarbot écrit que la bannière de France flotte sur l'Habitation de Port-Royal ; celle-ci est peut-être le drapeau blanc, couleur devenue symbole de la monarchie au début du . Il fait d'ailleurs mention à plusieurs reprises de bannières et de drapeaux dans sa pièce Le Théâtre de Neptune.
Durant toute la période coloniale française, il n'existe aucun drapeau spécifiquement acadien et plusieurs drapeaux sont utilisés sur le territoire. Les Bourbons adoptent un drapeau en 1610. Il semble que l'usage de ce drapeau soit strictement réservé au roi. D'ailleurs, Louis XIV, en 1661, restreint le drapeau blanc à la marine royale, tandis que la marine marchande doit utiliser le vieux pavillon bleu. Le pavillon blanc de la marine royale, parfois avec des fleurs de lys d'or, parfois avec les armoiries royales, combinant les deux symboles ou pas du tout, devient de plus en plus populaire à partir de 1674 et remplace même le pavillon bleu pour la marine marchande. Des drapeaux de régiments sont aussi utilisés. En 1663, lorsque la Nouvelle-France devient une partie du domaine royal, un drapeau est toutefois adopté. De toute manière, il est presque impossible de déterminer avec précision quel drapeau a été utilisé et à quelle époque car ils n'ont été compilés officiellement qu'à partir de 1740.
L'Acadie est abandonnée en 1607 mais les Français reviennent en 1610. La colonie est attaquée par Argall de Virginie en 1613 et c'est le drapeau d'Union qui est hissé. Ce drapeau, aussi appelé le « » ou l'« » avait été adopté officiellement par les Britanniques en 1707En anglais, Jack est un synonyme de flag (drapeau).. La colonisation de l'Acadie échoit à l'Écosse en 1621 par l'entremise de William Alexander et c'est donc le drapeau de l'Écosse, constitué de la croix bleue de saint André sur fond blanc. La colonie est d'ailleurs renommée New Scotland puis Nova Scotia - Nouvelle-Écosse en français - et se voit accorder des armoiries. Ces armoiries et le drapeau écossais sont à la base des symboles de l'actuelle province de Nouvelle-Écosse.
L'Acadie est retournée à la France en 1632 par la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye mais est reconquise par les Britanniques en 1654. La colonie est de nouveau retournée à la France en 1667 à la suite de la signature du traité de Bréda. Plusieurs invasions ont toutefois lieu durant les années suivantes, par les Britanniques et même les Néerlandais. Le changement fréquent de drapeau et donc d'allégeance rend la population acadienne peu loyale et attachée à ces symboles. On note d'ailleurs que les habitants de Port-Royal conservent deux drapeaux, l'un français et l'autre britannique, qu'ils hissent à l'arrivée d'un navire, selon son origine. Jean Talon écrit, qu'en plus de recevoir des armes et des munitions, « un drapeau ne seroit pas inutil ». Le détachement acadien des Compagnies franches de la marine obtient un drapeau avant celui du Canada, vers 1704.
Acadie anglaise La partie péninsulaire de l'Acadie est définitivement conquise par les Britanniques en 1710, ce qui est confirmé par le traité d'Utrecht de 1713. La colonie prend le nom de Nouvelle-Écosse. La France conserve en fait l'île Royale et l'île Saint-Jean qui en dépend. La forteresse de Louisbourg est construite et les Compagnies franches de la marine y sont installées, de même qu'un détachement du régiment de Cambis. Les Acadiens de la Nouvelle-Écosse entretiennent des liens avec ceux restés sous contrôle français et conservent un politique de neutralité. Les Britanniques prennent la forteresse de Louisbourg en 1758 et refusent les honneurs de la guerre aux troupes françaises. Furieux, les soldats du régiment de Cambis déchirent leur drapeau et détruisent leur mousquet plutôt que de les rendre. Selon Maurice Basque et André Duguay, cela préfigure le geste du chevalier de Lévis en 1760 à Montréal. Entretemps, le Canada tente de reprendre l'Acadie en 1747 durant la bataille de Grand-Pré et les Britanniques fondent Halifax en 1749, signifiant que de nombreux autres drapeaux sont utilisés.
Provinces maritimes La partie continentale de l'Acadie, disputée entre la France et la Grande-Bretagne, est annexée à la Nouvelle-Écosse en 1763.
Au fil des décennies suivantes, des parties du territoire en sont séparées pour former ou agrandir l'Île-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick, le Québec et l'État américain du Maine. L'Union Jack devient le drapeau britannique en 1801.
À partir de 1801, la marine royale britannique utilise le Red Ensign alors que la marine marchande se sert du Blue Ensign. La confédération canadienne a lieu en 1867. Dès lors, les navires canadiens ont le droit d'utiliser le avec les armoiries du Canada. En 1870, un avec les armoiries du Canada est utilisé par le gouverneur général tandis qu'un avec les armoiries provinciales est utilisé par les lieutenant-gouverneurs des provinces. Le avec les armoiries du Canada est considéré comme le drapeau canadien de facto. Un drapeau canadien est officiellement adopté en 1965. Entretemps, des drapeaux provinciaux sont aussi adoptés.
Origines du drapeau actuel Lors de la renaissance acadienne, durant la seconde moitié du , les élites francophones souhaitent la création de symboles nationaux, ce qui permettrait d'unir la population malgré l'absence de reconnaissance officielle et de gouvernement. Cette proposition suit un courant plus vaste, où les Canadiens français et d'autres peuples ailleurs dans le monde se dotent de symboles, souvent inspirés par d'autres plus anciens ou par ceux de leur métropole. Toutefois, les membres de l'élite sont divisés sur deux questions. La première consiste à déterminer si, pour assurer l'épanouissement de la culture acadienne, ceux-ci doivent se fusionner aux Canadiens français ou poursuivre leur propre développement. Le second problème étant que, bien que l'adoption d'un symbole inspiré de la France fasse l'unanimité, le choix doit se faire entre un symbole associé à l'Ancien Régime ou lié pragmatiquement à la France moderne, comme l'ont alors déjà fait les Canadiens français en adoptant le Tricolore.
En fait, le clergé canadien français joue alors un rôle très important dans les institutions acadiennes et considère le nationalisme acadien comme une « annexe » au nationalisme canadien français. Camille Lefebvre parvient d'ailleurs à faire adopter, comme au Québec, Saint Jean-Baptiste comme saint patron à Memramcook et dans certains autres villages durant les années 1860.
Le tricolore français est vu pour la première fois au Canada en 1854 durant la guerre de Crimée, lorsque les navires britanniques et français arborent les drapeaux des deux pays. Dans ce contexte d'alliance entre les deux anciennes puissances ennemies, de nombreux Canadiens saluent ce drapeau avec joie. Les relations commerciales entre le Canada et la France reprennent ensuite.
À cette époque au Canada, le tricolore français est associé à la religion puisque le régime de Napoléon III est officiellement catholique. Après 1867, Camille Lefebvre lève le Tricolore chaque , jour de la Saint-Jean-Baptiste, à Memramcook. En 1880, lors d'une conférence aux États-Unis, la proposition d'un drapeau pour une union francophone d'Amérique du Nord, qui est en réalité le Tricolore, est adopté par les participants, incluant les Acadiens. Le tricolore français perd de sa popularité dans les années 1870, étant associé davantage au républicanisme. En 1877, Philéas-Frédéric Bourgeois fait même installer l'ancien drapeau fleurdelisé français au collège Saint-Joseph de Memramcook ; il est encore en place en 1881.
Un troisième camp, dirigé par le curé Marcel-François Richard, fait son apparition au cours des années 1870 : celui-ci désire la création d'un drapeau acadien distinct. Le curé Richard est aussi l'instigateur du culte de l'assomption de Marie, dont la célébration était très importante en France durant l'Ancien régime.
La première Convention nationale acadienne est convoquée en 1881 à Memramcook. Un comité, composé principalement de prêtres acadiens, parvient à faire adopter l'Assomption de Marie comme fête nationale. Plusieurs défenseurs de Saint-Jean-Baptiste et d'une manière générale les Canadiens français n'acceptent pas la défaite, parlant même d'ingratitude et de séparatisme de la part des Acadiens et un mouvement – ou cabale selon l'historien Robert Rumilly – tente alors à tout prix de faire changer la fête nationale. Marcel-François Richard demande quant à lui à l'évêque de légitimer le choix fait à la convention.