La basilique Saint-Michel de Bordeaux est la deuxième plus grande église catholique de la ville de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France. Bâtie du au , elle est caractéristique du style gothique flamboyant. L'église a donné son nom au quartier dans lequel elle se situe.
La basilique partage avec la cathédrale Saint-André la particularité d'être dotée d'un clocher indépendant du sanctuaire, un campanile. S'élevant à une hauteur de , il est le plus haut du midi de la France et le quatrième plus haut de l'hexagoneTour de la basilique Saint-Michel., derrière la flèche des cathédrales de Rouen (), de Strasbourg () et de Chartres (115 mètres). Sa base conserve une crypte qui servit longtemps d'ossuaire, puis de lieu d'exposition pour des « momies » exhumées au lors de l'aménagement de la « place Meynard », ancien cimetière paroissial.
Classée monument historique dès 1846., l'église Saint-Michel est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en FranceChemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France : Patrimoine mondial de l'humanité, site de l'Unesco..
Histoire L'actuel édifice succède à une ancienne église paroissiale située « hors-les-murs », c'est-à-dire en dehors des remparts de la ville. La construction de la troisième enceinte urbaine, incluant l'antique sanctuaire, contribue dans le courant du au développement du quartier, qui est alors le domaine des marchands et artisans, comme les « carpenteyres » (charpentiers) ou « fustiers » (tonneliers).
Le chantier de la nouvelle église débute aux environs de 1330. Le siècle qui suit, marqué par les calamités (guerre de Cent Ans, peste en 1348, inondations), le ralentit considérablement. L'église-halle sort de terre en 1430. La mode étant au gothique flamboyant, le conseil paroissial fait exhausser la nef centrale pour en faire une basilique. Louis XI, qui a placé le royaume de France sous la protection de l'archange Saint-Michel, fait à l'église des dons importants lors de sa visite en 1462.. En 1466, un collège de chanoines est installé dans l'église, toujours en construction.
gauche|vignette|redresse|Le clocher de la basilique Saint-Eutrope de Saintes, construit par les Lebas, leur a servi de référence pour construire la Flèche Saint-Michel.
gauche|vignette|redresse|Vue de la basilique et de son clocher dans la seconde moitié du .
Peu après, le chantier est placé sous la direction d'un maître d'œuvre originaire de Saintes, Jean Lebas, et de ses fils qui font notamment ériger, de 1472 à 1492, le clocher, en avant de l'église, à la place d'un ancien charnier. Cette séparation est une manière de préserver l’édifice principales des vibrations apportées par les cloches, notamment sur un terrain à l’origine marécageux.. Au moment de l'achèvement de l'aiguille sommitale en pierre, l'abbé Baurein rapporte qu'« à la fin de septembre de l'an 1492, l'édifice était parvenu à une telle hauteur, qu'on ne trouvait plus d'ouvriers qui voulussent courir les risques auxquels il fallait s'exposer, pour le porter au degré d’élévation qu’on avait projeté ». Ce sont deux des principaux architectes-maçons, Huguet Bauducheau et Guillaume le Reynart, qui s'en chargent. En récompense, Pierre Dugrava, le syndic de la paroisse, leur fait présent d'un « habit de drap ».. Pour couronner l'édifice, on fixe une croix en fer de (). Enfin, deux grandes cloches sont déplacées de l'église vers le clocher, auxquelles on en ajoute d'autres de moindre poids. La hauteur de la flèche, qui donne prise au vent, suscite l'inquiétude des habitants, la tour Saint-Michel souffrant à plusieurs reprises des intempéries..
La basilique devient une étape importante sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, ce dont témoigne notamment la chapelle Saint-Jacques. Les confréries et corporations contribuent par des donations à l'avancement des travaux, lesquels ne sont pourtant pas achevés avant le .
En 1675, les Bordelais refusent l’application de nouvelles taxes, demandent la suppression de la gabelle (impôt sur le sel) et sonnent le tocsin à Saint-Michel. Pour punir les Bordelais à la suite de cette révolte, le roi Louis XIV ordonne en 1676 la destruction de la flèche dans laquelle il entrevoit « une redoutable forteresse pour les mutins de l’avenir ». Toutefois, Vauban, pour qui le clocher est « l’une des plus belles pièces d’Europe », arrive à dissuader le roi de le supprimer en arguant de sa potentielle utilité comme pôle de contrôle. vignette|Vue du clocher tronqué depuis le quai des Chartrons, vers 1840. L'édifice souffre des conséquences du tremblement de terre qui frappe Bordeaux le . De même, frappée à plusieurs reprises par la foudre, faute de paratonnerre, la flèche du campanile est emportée par un ouragan en . Un projet de restauration de 1755 resta sans suite. En , la fabrique de l'église confie la restauration de son campanile à l'architecte du roi Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711–1778), dernier des Mansart, petit-fils de Jules Hardouin-Mansart, venu à Bordeaux dans l'espoir de se voir confier la réalisation du nouvel hôtel de ville. Daté du , ce projet n'eut guère plus de succès que le précédent, faute de fonds suffisants pour sa réalisation, malgré la quête décidée en par la fabrique auprès des fidèles. Sa construction était en effet estimée à .. Le projet de Mansart de Sagonne sera définitivement écarté lorsqu'en 1811, la paroisse adopte le projet de l'architecte Louis Combes. gauche|vignette|Les « momies » en 1842.. En 1791, le directoire du département ordonne la suppression de l'ancien cimetière paroissial entourant l'église, l'actuelle place Meynard. Les ossements sont entassés dans la crypte située sous le clocher, puis recouverts de terre. C'est au cours de ces travaux que sont découverts une soixantaine de corps momifiés, les « momies de Saint-Michel ». Ces dernières sont placées dans la crypte, laquelle sera ouverte à la visite jusqu'en 1979. À cette date, les corps sont de nouveau inhumés, cette fois au cimetière de la Chartreuse.
En 1846, l'église paroissiale Saint-Michel est classée à l'inventaire des monuments historiques.vignette|Un télégraphe Chappe au sommet de la tour Saint-Michel à Bordeaux (1830).
Le clocher, toujours en attente de restauration, présente toujours un aspect tronqué. Entre 1822 et 1851, il accueille le télégraphe Chappe. Lors de son passage à Bordeaux en 1843, Victor Hugo le décrit en ces termesExtrait des Momies de Saint-Michel, dans Alpes et Pyrénées, Victor Hugo. : La reconstruction de la flèche n'est décidée qu'en 1860, date à laquelle Paul Abadie, futur architecte de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris, entame les travaux dans le style gothique de l'édifice.. Ils seront achevés en 1869.
Le , un bref apostolique du pape Léon XIII en fait une basilique mineure.
Dans la nuit du 19 au 20 juin 1940, alors que le gouvernement français réfugié à Bordeaux en fait la capitale provisoire, deux jours avant la signature de l'armistice signé par Pétain, des bombardements allemands soufflent une partie des vitraux de la basilique et des éclats d'obus criblent sa façade et la flèche. Les impacts sont encore visibles de nos jours..
Après le conflit, les vitraux sont remplacés par des verrières modernistes dues à l'artiste Max Ingrand et, pour les chapelles du déambulatoire, à Jean-Henri Couturat.
En 1998, les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, incluant les trois plus grandes églises de Bordeaux : la cathédrale Saint-André, la basilique Saint-Seurin et la basilique Saint-Michel.
Architecture vignette|La nef de la basilique. vignette|232x232px|gauche|Retable de la chapelle Saint-Jacques.
La basilique, qui mesure de long du chœur à l'entrée de la nef pour de large d'un croisillon à l'autre, est l'un des plus grands lieux de culte bordelaisLa basilique Saint-Michel.. Caractéristique du style gothique flamboyant, elle présente un plan en croix latine à triple vaisseau. La nef sur quatre travées, haute de , est entièrement couverte d'une voûte d'ogives oblongue, de même que les bas-côtés. Un large transept saillant sépare symboliquement la nef du chœur, formé de trois travées et reprend les dispositions de la nef. Trois absidioles polygonales ferment l'ensemble.
Les bas-côtés sont doublés d'une série de 17 chapelles latérales, chacune d'elles étant dédiée à une confrérie ou à une corporation. Nombre de ces chapelles conservent des œuvres d'art. Ainsi, la chapelle Saint-Jacques, construite de 1470 à 1475, possède un retable en bois du , orné en son centre d'un tableau représentant « l'apothéose de Saint-Jacques » (1632). La chapelle abrite par ailleurs le tombeau d'un jacquet, la chapelle étant dédiée au pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Plus loin, la chapelle de Ferron est ornée d'une composition sculptée reprenant le thème de la déposition de croix (1493)Le patrimoine des communes de Gironde, Éditions Flohic, .. Une autre chapelle est dédiée à sainte Catherine d'Alexandrie, patronne des mariniers.
Parmi les autres œuvres d'art que renferme la basilique figure également une pietà datée de la fin du et une sculpture représentant sainte Ursule de Cologne abritant sous son manteau les vierges martyres de Cologne. Dans la nef, une chaire du alliant bois d'acajou et panneaux de marbre est surmontée d'une statue de saint Michel, patron de l'église.
Plusieurs dalles numérotées ou gravées situées dans la nef témoignent de la coutume longtemps en vigueur consistant, pour les plus aisés, à se faire inhumer dans l'église. Cette pratique tombe peu à peu en désuétude au cours du pour des raisons de salubrité publiqueAntoine Lebègue, Bordeaux disparu et secret, Éditions Sud Ouest, ..
Les vitraux De larges baies à remplage gothique flamboyant éclairent la basilique. Les vitraux datent pour l'essentiel des , . Parmi les plus anciens figure un « arbre de Jessé » où dominent les tons rouges, jaunes et bleus. Les vitraux du chœur, dus à l'artiste Max Ingrand, remplacent des verrières du détruites par les bombardements.
Orgues vignette|redresse|L'orgue de la basilique.
Le buffet d'orgue, de , est construit de 1762 à 1765 par Cessy et Audebert. Les Grandes orgues, œuvres de l'organier Micot, ont été restaurées à plusieurs reprises, et notamment reconstruites par Joseph Merklin en 1865. Elles comptent 41 jeux pour trois claviers et un pédalier. En 2008, les grandes orgues sont démontées pour être de nouveau restaurées. Cette tâche, confiée aux facteurs d'orgues Bernard Hurvy, Olivier Robert, Alain Léon et Stéphane Robert assistés par Michel Jurine, est achevée en 2011 sous la maitrise d'oeuvre de Thierry Semenoux. L'inauguration de l'orgue restauré a lieu le ; l'organiste Thierry Escaich y improvise et y interprète son concerto pour orgue et orchestre et le concerto pour orgue, cordes et timbales de Francis Poulenc avec l'orchestre national Bordeaux Aquitaine sous la direction de Pieter-Jelle De Boer.
Le buffet est classé par les monuments historiques en 1846, tandis que la partie instrumentale l'est depuis 1987Église catholique en Gironde - Bordeaux : Basilique saint-Michel.. Le titulaire de l'instrument est Paul Darrouy.
Flèche Saint-Michel Le clocher-tour forme une structure indépendante du sanctuaire, pour des raisons géotechniques. Le but étant de protéger la basilique, édifiée sur un sol sablonneux et marécageux, des vibrations des cloches.
Sur un plan octogonal avec une base percée de six arches massives faisant de hauteur, elle a trois étages à claires-voies. Ce socle est surmonté d'un tambour. Cantonné de contreforts et de pinacles, la tour Saint-Michel supporte une flèche ajourée édifiée de 1861 à 1869 par Paul Abadie, futur architecte du Sacré-Cœur de Paris. Haute de , la flèche Saint-Michel de Bordeaux est le plus haut clocher du midi de la France.