Rhône-Poulenc (RP) est un groupe chimique et pharmaceutique d'origine française issu en 1928 du rapprochement de la Société chimique des usines du Rhône et des établissements Poulenc frères et disparu en 1999.
Au cours de ses quelque d'existence, Rhône-Poulenc s'est imposé comme le premier groupe privé de chimie français et, à son apogée, dans les années 1960, il comprenait une soixantaine d'usines en France et plus de cent mille employés à travers le monde. Mais la crise de l'industrie française et du textile en particulier l'a poussé à se recentrer sur la pharmacie après que ses activités chimiques ont donné naissance à Rhodia en 1998, puis l'a condamné à disparaître en 1999 lorsque sa branche pharmaceutique a fusionné avec Hoechst pour constituer AventisÉtienne Barral, « Cent ans de recherche pharmaceutique dans le groupe Rhône-Poulenc », dans Revue d'histoire de la pharmacie, 1997, , , (Texte intégral). Page consultée le 3 juillet 2012..
Histoire Les grandes dates de Rhône-Poulenc
: création de la Société chimique des usines du Rhône (SCUR) ; 1900 : création de la société anonyme les établissements Poulenc frères par les trois fils du pharmacien et chimiste Étienne Poulenc (1823-1878) : Gaston (1852-1948), Émile (1855-1917) et Camille (1864-1942) ; : création près de São Paulo d'une filiale chimique au Brésil, la Companhia Quimica Rhodia Brasileira, spécialisée dans les « Rodos », tubes lance-parfums très populaires dans les carnavals brésiliens ; 1922 : création, par les usines du Rhône, de Rhodiaséta (nom issu de Rhodia - le Rhône et de Séta - la Soie) ; devenant, en 1936, la Rhodiacéta (de Rhodia et de l'Acétate) ; 1927 : acquisition, par les usines du Rhône, de (Grande-Bretagne) ; : Après dix-huit mois de difficiles négociations, création de la Société des usines chimiques Rhône-Poulenc : la Société chimique des usines du Rhône absorbe les établissements Poulenc frères, plus petits mais plus rentables, dont la principale usine était installée depuis 1908 quai du port a l anglais à Vitry-sur-Seine. Création de la Spécia, Société parisienne d'expansion chimique. 1929 : création d'une filiale textile au Brésil, la Companhia brasileira de Sedas Rhodiaseta ; 1936 : c'est la huitième capitalisation boursière française, après la montée en puissance des sociétés industrielles françaises à la Bourse. 1948 : installation aux États-Unis d'une filiale, Rhodia Inc.Cambon, 1997, ., après une première tentative infructueuse en 1919 ; 1956 : acquisition de Théraplix ; 1961 : absorption de Celtex ; 1963 : acquisition du laboratoire Roger Bellon ; 1967 : l'Institut Mérieux entre dans le capital du groupe Rhône-Poulenc ; 1979 : rapprochement entre l'Institut Mérieux et Pasteur production ; 1982 : nationalisation (jusqu'en 1993), ce qui sauve le groupe en difficulté et permet de moderniser certains de ses sitesGambrelle, 1995 ; -sqq.. ; 1983 : acquisition de Pharmuka ; 1986 : acquisition de Natterman (Allemagne) ; 1988 : acquisition des laboratoires Bottu, fabricant du Doliprane, auprès de BSN. ; 1989 : acquisition de Connaught (Canada) ; 1990-1991 : acquisition de Rorer (États-Unis) ; 1993 : privatisation avec recentrage, sous la présidence de Jean-René Fourtou, de cent soixante à trente-cinq produits ; 1993 : absorption de Pasteur-Mérieux, et acquisition de Applied Immune Science ; 1994 : acquisition de Cooper ; 1995 : création de RPR Gencell et acquisition de Fisons (Grande-Bretagne) ; 1996 : apport de Armour et création avec Behring de Centeon ; 1998: Création de la société Rhodia, qui regroupe toutes les activités chimiques du groupe. Rhône-Poulenc S.A. ne regroupe que les activités pharmaceutiques ; : fusion avec le groupe Hoechst Marion Roussel pour créer Aventis.
Avant la Seconde Guerre mondiale alt=Action de l'émission de fondation de la Société des Usines Chimiques Rhône-Poulenc de 100 francs, émise le 5 septembre 1928 à Paris, avec la signature d'Hippolyte-Eugène Boyer en tant que président du conseil d'administration|vignette|Action de l'émission de fondation de la Société des Usines Chimiques Rhône-Poulenc de 100 francs, émise le 5 septembre 1928 à Paris, avec la signature d'Hippolyte-Eugène Boyer. en tant que président du conseil d'administration Après la fin de la Première Guerre mondiale, la Société chimique des usines du Rhône domine peu à peu le marché français (mais loin derrière ses concurrents allemands) en prenant des participations dans de nombreuses filiales, dont trois sont contrôlées à 100 % : Spécia et Prolabo, sociétés françaises de conditionnement et de commercialisation dans le domaine pharmaceutique ; May and Baker, groupe anglais, producteur de médicaments et très bien implanté via ses propres filiales dans le Commonwealth ; Rhodia Brasileira, gros producteur en chimie et pharmacie.
Dans les années 1930, d'autres filiales sont détenues à 50 %, fondées à parité de capital avec le groupe СТА : Le Comptoir des Textiles Artificiels, spécialisé dans le domaine des viscoses, premier producteur autour de Gillet. La société Rhodiacéta, constituée en 1922, qui produit et file l'acétate de cellulose dans les usines de Vaise et du Péage-de-Roussillon. Cette filiale crée elle-même des sous-filiales : Rhodiaceta italiana à Pallanza et la Companhia brasileira de sedas Rhodiaceta. Le groupe prend pied en Allemagne avec une usine implantée à Fribourg-en-Brisgau Deutsche Acetatkunstseiden A.G. Rhodiaceta (DAR) dont l'acétate est acheté à I.G. Farben et Wacker. Pour masquer l'évidence d'une tentative de pénétration du marché allemand, cette usine a été créée en 1927 via une société paravent, la Société de participations industrielles de Bâle).
La SUCRP détenait aussi des parts dans les entreprises chimiques ou pharmaceutiques suivantes : Société normande de produits chimiques et Société chimie et atomistique, fondées par François Albert-Buisson qui a présidé le conseil d'administration du groupe et créé Théraplix, filiale chargée d'exploiter et de commercialiser les marques de la société ; Ludwick Spiessi Syn (Pologne) ; Istituto nazionale de chimiotherapia (Italie) ; Sociedad quimica Rhodia argentina (Argentine).
, la SUCRP signe un accord avec la société Bayer sur l'exploitation de produits vétérinaires, lui conférant un monopole de vente en France mais à condition de verser 70 % des bénéfices à Bayer. I.G. fournit des brevets d'antipaludiques et demande 10 % du montant des ventes, de même quand Curta a vendu à la SUCRP une licence sur le Soluseptagine. Tous ces accords incluaient une clause de non-concurrence : interdiction de vente sur le territoire du partenaire.
Alors que la mondialisation de l'industrie chimique était en marche, notamment par le biais de la création de cartels (IG Farben en Allemagne), les chimistes français étaient en retard sur les Allemands dans le domaine des colorants et de la pharmacie, mais en avance sur eux dans celui du textile synthétique.
Les industriels autolimitaient leur concurrence en se partageant le marché. Des conventions signées par les producteurs à l'échelle de l'Europe accordaient dans un premier temps, pour les salicylés, 11,91 % % à la SUCRP et 88,09 aux cinq grands producteurs allemands. Pour la saccharine, l'ensemble des producteurs français devaient se limiter à 24,06 % du marché européen. Mais en 1932, un accord sur les acétates octroyait 60 % du marché allemand à Rhodiacéta et à la DAR et 40 % seulement au groupe allemand Aceta, alors qu'une convention internationale imposait à Rhodiacéta de ne pas dépasser 15,30 % du marché. En fait, ces textes étaient contournés par la création de filiales (par exemple Rhodiaceta Italiana pouvait fournir 62 % du marché italien alors que la société italienne Chatillon n’était autorisée par l'accord à n'en produire que 38 %.
Juste avant la déclaration de guerre, la société (SUCRP) disposait de employés répartis dans trois usines chimiques ; à Saint-Fons (Rhône), à Roussillon (42,9 % du personnel) (Isère) et à Vitry-sur-Seine (près de Paris, occupant 12,1 % du personnel) et dans deux unités produisant des médicaments (Spécia à Saint-Fons, occupant 13,5 % du personnel) et un laboratoire à Livron-sur-Drôme occupant à l'époque 7,2 % du personnel). Le site de Saint-Fons (usine et laboratoire) occupait 25,3 % du personnel).
La Seconde Guerre mondiale Avant la déclaration de guerre, le groupe a connu une période de relations techniques, scientifiques, industrielles et commerciales avec l'industrie chimique allemande, et notamment avec IG Farben, qui se sont traduites par des échanges de brevets, des ententes et des accords divers. La concurrence n'a pas cessé durant la guerre, mais les interlocuteurs industriels sont restés semblables et ont poursuivi les négociations, réamorcées en 1940, dans la continuité de celles qui avaient lieu avant-guerre.
La Seconde Guerre mondiale éclate et le groupe subit des mises sous séquestre et se voit confisquer ses biens à l'étranger. Il reste toutefois relativement indépendant car une grande partie de ses actifs sont situés en zone libre et l'industrie chimique allemande ne semble pas avoir vraiment souhaité prendre de participation au capital du groupe français. Mais alors que le groupe produisait pour l'effort de guerre, l'industrie allemande, via le puissant cartel allemand IG Farben, entreprend () des négociations avec la SUCRP. Le négociateur était Faure-Beaulieu, ami de la famille Mann, principale propriétaire de Bayer. Faure-Beaulieu relaie une proposition de Bayer consistant à créer une nouvelle société qui commercialiserait en France les produits pharmaceutiques de trois groupes : Rhône-Poulenc, Spécia (branche pharmaceutiques de Rhône-Poulenc) et Bayer. Cette proposition est refusée par le conseil d’administration de Rhône-Poulenc : Archives de Rhône-Poulenc. Délibérations du Conseil d'administration. Ce même conseil parle, à propos de négociations faites le par Nicolas Grillet, M. Bô, et P. Barrai (à Cologne), de discussions qui , bien que Bayer eût menacé quelques mois plus tôt de proposer aux autorités allemandes de prendre le contrôle du groupe français.
En , un des négociateurs de Rhône-Poulenc, N. Grillet (directeur général) et habitué des négociations avec les Allemands, propose d'étendre la collaboration industrielle aux pesticides (on parlait à l'époque de ), matières plastiques, résines de synthèse, et au caoutchouc synthétique dont la demande était en pleine croissance. Les négociations ont finalement abouti à trois accords et à la fin de l'obligation, pour Bayer, de payer Rhône-Poulenc comme l'imposait un accord du , sur le partage des brevets sur la Germanine et le Moranyl. Dans le contexte d'occupation allemande, Rhône-Poulenc et Spécia se voient obligés de verser chaque année des sommes importantes à Bayer pour des droits de vente sur des produits pour lesquels Bayer n'était pas titulaire de brevets ( versés par exemple en 1941 de Rhône-Poulenc à Bayer et versés par Spécia cette même année et qui seront respectivement de et en 1942, puis de et en 1943).S'étant diversifié dans les domaines du textile (crin pour brosse, le fil de pêche en Nylon, mais surtout fibre textile pour les bas, sur la base de brevets achetés à Dupont de Nemours en 1939, avec une première filature à Vaise sur des machines arrivées en 1940) et de la pharmacie (production de pénicilline dont la production à partir de cultures de champignons a été suggérée par le directeur scientifique R. Meyer après qu'il eut lu un article suisse en évoquant les bons résultats de tests faits en Angleterre de traitements par la pénicilline), le groupe reste un concurrent majeur à la sortie de guerrePierre Cayez, « Négocier et survivre : La stratégie de Rhône-Poulenc pendant la Seconde Guerre mondiale », dans Histoire, économie et société, , , ..