est un genre fossile de grands félidés incarnant un des mammifères préhistoriques les plus connus. Bien qu'il soit communément appelé « », il n'est pas étroitement apparenté au tigre ni aux autres félins actuels. Il appartient à la sous-famille éteinte des Machairodontinae, dont la divergence avec la lignée ancestrale des félins modernes est estimée à environ . Smilodon est l'un des derniers machairodontes survivants aux côtés de son contemporain Homotherium, ayant vécu dans les Amériques durant le Pléistocène il y a entre et environ avant notre ère. Le genre est nommé en 1842 par Peter Wilhelm Lund sur la base de fossiles ayant été découvertes au Brésil, le nom générique signifiant « dents de scalpel » ou « dents de couteau à deux tranchants ». Trois espèces sont reconnues : S. gracilis, S. fatalis et S. populator. Les deux dernières espèces descendent probablement de S. gracilis, qui lui-même descend probablement de Megantereon. Les centaines de spécimens obtenus de La Brea Tar Pits à Los Angeles constituent la plus grande collection de fossiles de Smilodon.
Dans l'ensemble, Smilodon est plus robuste que n'importe quel félin actuels, présentant des membres antérieurs particulièrement bien développés et des canines supérieures exceptionnellement longues. Sa mâchoire a une plus grande ouverture que celle des félins actuels, et ses canines supérieures sont minces et fragiles, adaptées pour une mise à mort de précision. S. gracilis est la plus petite espèce connue, pesant entre . S. fatalis pèse de et mesure de haut. Ces deux espèces sont principalement connues d'Amérique du Nord, mais des restes d'Amérique du Sud leur sont également attribués (provenant principalement du nord-ouest du continent). Le sud-américain S. populator est la plus grande espèce documenté, pesant pour de haut, et figure parmi les plus grands félidés connus. Le motif du pelage du Smilodon est inconnu, mais il est reconstitué artistiquement avec des motifs unis ou tachetés.
En Amérique du Nord, Smilodon chassait de grands herbivores tels que les bisons et les camélidés, et demeura un prédateur efficace après son arrivée en Amérique du Sud, où il s'adapta à de nouveaux types de proies, notamment Macrauchenia et les paresseux terrestres. Smilodon achevait probablement ses proie en les maintenant immobiles avec ses membres antérieurs et en les mordant, mais il est incertain de quelle manière la morsure fatale elle-même aurait été délivrée. Les scientifiques ignorent si Smilodon avait un mode de vie social ou solitaire, les analyses du comportement des prédateurs modernes ainsi que des restes fossiles de Smilodon pouvant également conforter les deux hypothèses. Smilodon vivait probablement dans des habitats fermés tels que les forêts et les fruticées, ce qui lui aurait fourni des caches idéales pour chasser à l'affût. Le taxon s'éteint au cours de l'extinction du Quaternaire il y a environ , avec la plupart des autres grands animaux des Amériques. Sa dépendance à l'égard des grandes proies est proposée comme la cause de son extinction. Smilodon peut avoir été affecté par les modifications de son habitat et la perte de ses proies en raison d'éventuelles causes climatiques, des effets de la récente colonisation du continent par l'espèce humaine, et d'autres facteurs.
Historique des recherches
Au cours des années 1830, le naturaliste danois Peter Wilhelm Lund et ses assistants collectent des fossiles dans les grottes de calcaires situés près de la petite ville de Lagoa Santa, dans le Minas Gerais, au Brésil. Parmi les milliers de fossiles découverts, il reconnait quelques dents postcanines isolées comme appartenant à une espèce de hyène qu'il nomme Hyaena neogaea en 1839. Après avoir trouvé davantage de matériaux (incluants des incisives et des os du pied), Lund conclut que les fossiles appartiennent en fait à un genre distinct de félidés, bien que le considérant comme transitoire vers les hyènes. Il déclare que l'animal aurait égalé en taille les plus grands prédateurs actuels et qu'il serait plus robuste que n'importe quel félins existants. Lund voulait à l'origine désigner le nouveau genre Hyaenodon, mais réalisant que ce nom fut déjà appliqué à un autre grand prédateur préhistorique, il le nomme alors Smilodon populator en 1842. Le nom générique Smilodon vient du grec ancien , « scalpel » ou « couteau à deux tranchants », et , « dent », le tout pouvant donner « dents de scalpel » ou « dents de couteau à deux tranchants ». L'épithète spécifique populator signifie en latin « destructeur », pouvant être traduit par « celui qui apporte la dévastation ». Lund basa ce nom scientifique sur la base de la forme des incisives, les célèbres grandes canines n'étant documentés qu'à partir de 1846, année où le naturaliste acquiert presque toutes les parties du squelette provenant de différents individus du même taxon. D'autres spécimens furent trouvés dans les pays voisins par d'autres collectionneurs au cours des années suivantes... Bien que certains auteurs ultérieurs aient utilisé l'épithète spécifique original proposée par Lund, neogaea, au lieu de populator, il est maintenant considéré comme un nomen nudum invalide, car n'étant pas accompagné d'une description appropriée et d'aucun spécimens types désignés. Certains spécimens sud-américains sont référés à d'autres genres, sous-genres, espèces et sous-espèces, tels que Smilodontidion riggii, Smilodon (Prosmilodon) ensenadensis et S. bonaeriensis, mais il est maintenant admis qu'ils représentent des synonymes plus récents de S. populator.
vignette|alt=Gravure représentant une molaire (à gauche) et une incisive (à droite) d'un tigre à dents de sabre.|Lithographie de 1869 présentant le maxillaire fragmentaire et la molaire de l’holotype de S. fatalis.
Les fossiles de Smilodon commencent a être découvertes en Amérique du Nord à partir de la seconde moitié du . En 1869, le paléontologue américain Joseph Leidy décrit un fragment de maxillaire portant une molaire, découvert dans un gisement pétrolifère du comté de Hardin, au Texas. Il attribue les fossiles au genre Felis (qui était alors utilisé à tort pour classer la plupart des félins, existants comme éteints), mais le trouve suffisamment distinct pour représenter son propre sous-genre, sous le nom de F. (Trucifelis) fatalis.. L'épithète spécifique fatalis vient du latin est veut dire « mortel ».. Dans un article sur les félins américains disparus publiée en 1880, le paléontologue américain Edward Drinker Cope souligne que la molaire de F. fatalis est plus proche de celle de Smilodon, proposant la nouvelle combinaison S. fatalis. La plupart des découvertes nord-américaines furent rares jusqu'au début des fouilles menées dans le site de La Brea Tar Pits à Los Angeles, où des centaines d'individus de S. fatalis sont découverts depuis 1875. S. fatalis a des synonymes plus récents tels que S. mercerii, S. floridanus et S. californicus. En 1985, la paléontologue américaine Annalisa Berta considère que l'holotype de S. fatalis serait trop incomplet pour représenter un spécimen type adéquat, et que l'espèce est parfois proposée comme étant un synonyme plus récent de S. populator.. Néanmoins, dans un article publiée en 1990, les paléontologues nordiques Björn Kurtén et Lars Werdelin soutiennent tout de même la distinction des deux espèces. En 2018, le paléontologue américain John P. Babiarz et ses collègues concluent que S. californicus, représenté par les spécimens de La Brea Tar Pits, représenterait une espèce distincte de S. fatalis et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier la taxonomie de la lignée..
Toujours dans son article de 1880 sur les félins disparus, Cope nomme également une troisième espèce de Smilodon, S. gracilis, sur la base d'une canine partielle ayant été découverte dans la , près de la rivière Schuylkill, en Pennsylvanie. Cope identifie la canine comme distincte de celle des autres espèces de Smilodon en raison de sa taille plus petite et de sa base plus comprimée.. L'épithète spécifique fait référence à la carrure plus légère du taxon.. S. gracilis est connue à partir de restes moins nombreux et moins complets que les autres espèces du genre.. Le taxon est même parfois considéré comme faisant partie d'autres genres tels que Megantereon et Ischyrosmilus.. S. populator, S. fatalis et S. gracilis sont actuellement considérées comme les seules espèces valides de Smilodon, et les caractéristiques utilisées pour définir la plupart de leurs synonymes plus récents sont rejetées car étant des variations intraspécifiques. Étant l’un des mammifères préhistoriques les plus célèbres, Smilodon est souvent représentés dans les médias populaires, étant même désigné comme le de Californie.
Description Mensurations vignette|gauche|upright=1.25|alt=Schéma montrant les différentes tailles des diverses espèces de Smilodon (montré en orange, en marron et en rouge) à celui d'un homme (montré en noir).|Diagramme montrant la taille de trois espèces reconnues de Smilodon par rapport à un homme.
Smilodon est à peu près de la taille des grands fauves actuels, mais de construction plus robuste. S. gracilis est la plus petite espèce connue, estimée entre , soit une taille semblable à celle d'un jaguar. Il est similaire à son prédécesseur Megantereon de même taille, mais sa dentition et son crâne sont plus avancés, se rapprochant de S. fatalis. Les spécimens de l'Irvingtonien tardif présentent, en moyenne, des dimensions plus importantes, indiquant que S. gracilis a progressivement augmenté de taille au fil du temps. S. fatalis est de taille intermédiaire entre S. gracilis et S. populator. Le poids de l'animal aurait varié de ., pour une hauteur à l'épaule de et une longueur corporelle de .. Il est semblable à un lion en termes de dimensions, mais est plus robuste et plus musclé, et avait donc une masse corporelle plus importante. Son crâne est également similaire à celui de Megantereon, bien que plus massif et avec des canines plus grandes. La taille de S. fatalis semble corrélée aux variations climatiques, l'espèce présentant des dimensions plus importantes au cours des périodes chaudes.. En Floride, une augmentation de la taille corporelle est observée entre les étages et Wisconsinien..
vignette|redresse=1.4|alt=Comparaison entre les squelettes et les restitutions en vie de deux félins à dents de sabre sur fond blanc.|Comparaison squelettique et apparences hypothétiques respectives de Smilodon (à gauche) et de l'autre machairodonte Homotherium (à droite), par Mauricio Antón.
S. populator compte parmi les plus grands félidés connus, ayant une hauteur au garrot d'environ et une masse corporelle généralement comprise entre et plus de , certaines estimations atteignant jusqu'à .. Un crâne particulièrement grand de S. populator d'Uruguay mesurant de long indique que cet individu aurait pu peser jusqu'à .. À l'inverse, le plus petit spécimen connu de S. populator identifié comme adulte sur la base de critères histologiques présente une masse estimée entre . Cette différence pourrait s'expliquer par des pressions sélectives particulières ou, à défaut, suggérer que ce spécimen représente une espèce ou une sous-espèce distincte.. Comparé à S. fatalis, S. populator est plus robuste et a un crâne plus allongé et plus étroit avec un profil supérieur plus droit, des os nasaux plus hauts, un os occipital plus vertical, des métapodes plus massifs et des membres antérieurs légèrement plus longs que les membres postérieurs.. De grandes traces de pas fossiles trouvées en Argentine (pour lesquelles le nom d'ichnotaxon Smilodonichium est proposé) attribuées à S. populator mesurent sur .. C'est plus grand que les empreintes du tigre du Bengale, auxquelles elles ont été comparées..
Anatomie squelettique