Les 24 Heures du Mans 1955 sont la de l'épreuve et se déroulent les 11 et sur le circuit de la Sarthe. Cette course est la quatrième manche du Championnat du monde des voitures de sport 1955 (WSC - World Sportscar Championship).
La course a été marquée par un grave accident qui coûta la vie à plus de 80 spectateurs dans les tribunes ainsi qu'au pilote français de la Mercedes-Benz 300 SLR, Pierre Levegh. Il s'agit du plus grave accident de l'histoire du sport automobile. Se trouvant à l'origine de l'enchaînement malheureux ayant mené à cet accident dramatique, Mike Hawthorn est aussi le vainqueur de l'épreuve associé à Ivor Bueb sur Jaguar. À l'issue de celle-ci, les dirigeants de Mercedes prennent la décision de se retirer de la compétition automobile à la fin de l'année et la firme allemande ne reviendra sous son nom au Mans que quarante-trois ans plus tard et en Formule 1 à partir de 2010.
Principaux engagés Mercedes-Benz thumb|La Mercedes-Benz 300 SLR dans une épreuve « rétro » en 1986. La principale attraction des 24 Heures du Mans 1955 est le retour des « Flèches d'Argent », le surnom donné aux bolides de la marque Mercedes-Benz. Victorieuses en 1952, les Mercedes-Benz étaient absentes en 1953 et 1954. Leur retour au Mans, un an après leur retour victorieux en Formule 1, est donc particulièrement attendu. La firme de Stuttgart a conçu une toute nouvelle voiture, la Mercedes-Benz 300 SLR. Son nom est trompeur, car il donne l'impression qu'il s'agit d'une évolution de la Mercedes-Benz 300 SL victorieuse en 1952. En réalité, il s'agit d'un prototype basé sur la Mercedes-Benz W196 dominatrice en Formule 1. La SLR en reprend notamment le moteur 8 cylindres en ligne, avec un cylindrée toutefois porté de à . Trois SLR sont engagées : la , pilotée par l'Argentin Juan Manuel Fangio et le Britannique Stirling Moss. Il s'agit de l'équipage « star » de l'épreuve. Fangio est alors unanimement considéré comme le meilleur pilote du monde. Il a déjà été sacré deux fois champion du monde de Formule 1, et file vers un troisième titre. Quant à Stirling Moss, s'il n'a pas encore gagné en Grand Prix, il est considéré comme l'un des pilotes les plus prometteurs de sa génération et comme Fangio, représente également les couleurs de Mercedes-Benz en Formule 1. Il a déjà imposé la 300 SLR en course quelques semaines plus tôt, à l'occasion des Mille Miglia, battant par la même occasion le record de l'épreuve ; la , pilotée par l'Américain John Fitch et le Français Pierre Levegh. Composé de deux pilotes de moindre envergure que Moss et Fangio, cet équipage n'en est pas moins l'un des favoris du public, qui se souvient de l'exploit réalisé en 1952 par Levegh. Sans équipier, le Français avait tenu tête pendant près de 23 heures aux Mercedes-Benz, avant d'être victime d'une casse moteur de sa Talbot. Au moment de finaliser ses équipages pour l'édition 1955 du Mans, le directeur sportif de Mercedes-Benz, Alfred Neubauer, n'a pas oublié l'exploit et offre au vétéran français (49 ans) son bâton de maréchal. Il faut préciser que Pierre Levegh remplace Hans Herrmann qui fut victime d'un accident (duquel il a survécu) au Grand Prix de Monaco une semaine avant les 24 heures ; la , pilotée par l'Allemand Karl Kling et le Français André Simon. Jaguar Victorieuses en 1953 avec la Type C, battues de peu en 1954 avec la nouvelle Type D, les Jaguar sont une valeur sûre des 24 Heures du Mans. L'écurie officielle engage trois voitures, uniquement confiées à des pilotes britanniques : la pour Mike Hawthorn et Ivor Bueb. Ce sont deux nouveaux venus chez Jaguar. Mais si Bueb est relativement méconnu, Mike Hawthorn s'est déjà fait un nom en Formule 1 puisqu'il a piloté avec succès en 1953 et 1954 au sein de la Scuderia Ferrari. Il a signé son arrivée chez Jaguar en remportant en début d'année les 12 Heures de Sebring ; la pour Tony Rolt et Duncan Hamilton. Sans être considérés comme des pilotes extrêmement rapides, ce sont deux véritables spécialistes des 24 Heures du Mans, comme l'ont prouvé leur succès lors de l'édition 1953 et leur deuxième place en 1954 ; la pour Don Beauman et Norman Dewis. Ferrari La Scuderia est la tenante du titre. Elle engage trois Ferrari 121LM : la pour l'Italien Umberto Maglioli et l'Américain Phil Hill ; la pour les Italiens Eugenio Castellotti et Paolo Marzotto ; la pour le Français Maurice Trintignant, vainqueur en 1954, et l'Américain Harry Schell.
Nombre de pilotes qualifiés pour la course 120 pilotes sont au départ de cette édition 1955 des 24 Heures du Mans.
+ Nombre de pilotes par nationalité 46 Britanniques 35 Français 11 Italiens 9 Américains 6 Allemands 4 Belges 3 Suisses 2 Argentins 2 Irlandais 1 Brésilien 1 Guatémaltèque
Déroulement de la course Le départ est donné le samedi à . Suivant la tradition, les voitures sont garées en épi le long du muret des stands, et les pilotes, à l'ordre du starter, doivent traverser la piste en courant et sauter dans leurs machines pour s'élancer. Le premier à démarrer est le jeune italien Eugenio Castellotti sur sa Ferrari , suivi de la Ferrari , puis des deux Jaguar Type D pilotées respectivement par Mike Hawthorn () et Don Beauman (). Chez Mercedes-Benz, Pierre Levegh réussit lui aussi son départ, mais Juan Manuel Fangio le rate complètement car il a voulu copier le style de son équipier Stirling Moss, c'est-à-dire sauter dans la voiture sans ouvrir la porte. Fangio s'était coincé le pantalon dans le levier de vitesse, le temps de se dégager, et la plus rapide des Flèches d'Argent est condamnée à ce qu'une bonne partie du peloton lui passe devant. Cet incident donne une nouvelle dimension à la course, car pendant que Castellotti et Hawthorn sont en tête, Fangio entame une fantastique remontée, battant record du tour sur record du tour. Il met cinq tours à revenir sur le duo de tête et c'est là que l’affrontement commence. Pour Hawthorn, qui était un irréductible nationaliste et anti-germanique, il est hors de question qu'une Mercedes-Benz lui passe devant et il décide de pousser sa Jaguar à fond, Fangio et Castellotti tentent de le suivre. Les trois voitures de tête se mettent alors à rouler à une allure de Grand Prix et non d'Endurance. Vers , le record du tour est battu par Hawthorn avec . Fangio confiera plus tard qu'il ne pouvait pas aller plus vite et Hawthorn dira .
Les circonstances de course thumb|Schéma de l'accident. Le rythme imprimé par la Jaguar et la Mercedes-Benz est tel que vers , ils rejoignent la Mercedes-Benz de Levegh, qui est donc sur le point de concéder un tour de retard. Ce dernier roule à une allure modérée pour préserver sa voiture. C'est le moment des premiers relais et Castellotti sur sa Ferrari est le premier à s'arrêter et doit laisser filer Fangio et Hawthorn.
Levegh va être bientôt relayé par John Fitch, et Fangio va passer la main à Moss. Pendant ce temps, sur son Austin-Healey, le jeune pilote amateur Lance Macklin conduit à son rythme, avec un aussi petit moteur, il n'y a rien de mieux à faire. Il a déjà été doublé à quatre reprises par les leaders.
Mike Hawthorn reçoit l'ordre de ravitailler et mettra trois tours à obéir, il sait qu'il n'a presque plus d'essence mais cela ne l'empêche pas de poursuivre sur un rythme élevé. Il voulait rendre sa voiture au premier relais devant la Mercedes-Benz de Fangio. Hawthorn dépasse Levegh, puis, peu avant d'aborder la ligne droite des stands pour ravitailler, dépasse la petite Austin-Healey de Macklin. Fangio, qui accuse environ de retard sur Hawthorn, est quant à lui encore quelques longueurs derrière son équipier Levegh qui lui fait signe de la main d'attendre d'avoir passé la ligne droite des stands afin de pouvoir le doubler.
L'accident
À peine a-t-il dépassé son compatriote Macklin que Hawthorn se rend compte qu'il arrive trop vite à son stand, freine brutalement et oblique sa trajectoire vers la droite pour prendre l'allée des stands, séparée de la piste par une simple ligne blanche. Visiblement surpris par la manœuvre de Hawthorn, Macklin écrase sa pédale de freins (ces derniers, contrairement à la Jaguar Type D, ne disposent pas de disques mais de tambours, Jaguar venant d'ailleurs d'inventer les freins à disques et étant la seule écurie à en être équipée) et fait un écart vers la gauche pour éviter une collision.
L'écart de l'Austin surprend Pierre Levegh, qui arrivait sur la gauche avec sa Mercedes-Benz lancée à approximativement de plus que Macklin. Levegh ne peut éviter de heurter par l'arrière l'Austin qui, étant assez ronde, a servi de tremplin à la Mercedes-Benz. Celle-ci décolle et s'écrase sur le muret qui sépare la piste des tribunes. En retombant, elle explose littéralement, tuant sur le coup son infortuné pilote, et expédiant des débris dans les tribunes. Le train avant, l'aérofrein (connu sous le nom de système Intrados) et le moteur sont autant de projectiles qui viennent tracer un sillon mortel dans les gradins, tuant instantanément plus de 70 personnesFilm de l'accident - YouTube ..
Déséquilibrée par le choc, l'Austin de Macklin part en toupie vers les stands où il écrase trois personnes (un gendarme, un journaliste et un commissaire de course ; le gendarme mourra des suites de ses blessures) pour ensuite rebondir et terminer sa course sur la barrière en bois des gradins.
Quant à Fangio, il parvient miraculeusement à se frayer un chemin au milieu du chaos, n'abîmant que légèrement sa carrosserie. Il témoignera plus tard que Pierre Levegh, en levant le bras quelques instants auparavant pour lui faire signe de patienter avant de le doubler, lui a sans doute sauvé la vie.
Mike Hawthorn quant à lui dépasse son stand, s’arrête plus loin en catastrophe, sort de sa voiture et voit l'explosion. Celui-ci est abasourdi par ce qu'il vient de provoquer, s'enfuit dans les stands pour aller demander pardon à Lance Macklin, mais ce dernier lui répond : "Tu as failli me tuer, non, je ne te pardonne pas !". Le règlement du Mans est formel, on ne peut faire marche arrière sur la piste des stands. Le directeur sportif de Jaguar, Lofty England, rattrape ainsi Hawthorn pour le remettre dans sa voiture afin qu'il fasse un tour supplémentaire pour pouvoir être relayé. le pilote Jaguar, se sentant coupable, refuse, England lui répond alors que c'est un ordre. Hawthorn s'exécute pour un tour et passe le relais à son équipier Ivor Bueb. En sortant de sa voiture, Mike Hawthorn est dans un état proche de l'hystérie. Au total, l'accident provoquera la mort de 82 personnes et fera 120 blessés dans le public The Deadliest Crash: the Le Mans 1955 Disaster - BBC Four..
La course continue malgré tout Malgré l'ampleur du drame, les organisateurs décident de ne pas stopper sa course. À la tradition consistant à ne pas arrêter un événement sportif s'ajoutent des considérations plus pragmatiques : si l'épreuve avait été arrêtée, les auraient quitté le circuit, bloquant les routes et donc l'acheminement des secours. La course se poursuit donc, ainsi que le duel entre la Mercedes-Benz de Moss et Fangio et la Jaguar de Hawthorn et Bueb. Moss et Fangio ont pris l'ascendant sur leurs adversaires et sont en tête de l'épreuve lorsque la direction de Mercedes-Benz à Stuttgart intime l'ordre à Alfred Neubauer vers du matin de retirer les deux Flèches d'Argent encore en course. N'ayant plus d'adversaires à leur niveau (les Ferrari, dont celle d'Eugenio Castellotti ayant abandonné sur ennui mécanique), la Jaguar de Mike Hawthorn et Ivor Bueb n'avait plus qu'à passer la ligne d'arrivée en vainqueur, le deuxième équipage, constitué de Peter Collins et Paul Frère au volant de l'Aston Martin DB3S, avait en effet de retard.
Les causes du drame thumb|upright=1.4|Plaque commémorative du drame du 11 juin 1955.