Le terrorisme d'État désigne l'emploi de méthodes violentes et de la terreur par un gouvernement contre sa propre population pour se maintenir au pouvoir, ou le parrainage clandestin d'actions terroristes menées à l'étranger pour servir des intérêts géopolitiques

On peut se référer à la formule de Gérard Chaliand citée dans l'article « Terreur » : Il arrive à des États de recourir à la terreur comme mode de gouvernement . Le recours à la terreur rend illégitime, si l'on se réfère à la théorie des fondements du pouvoir d'État selon Hobbes, l'exercice par l'État de son monopole de la violence dès que, d'une part, celle-ci est en violation du contrat décrit par Thomas Hobbes selon lequel le citoyen accepte de renoncer à une partie de sa liberté au profit d'une protection fournie par l'État et que, d'autre part, cette violence ne vise pas au maintien, menacé, de l'État mais à un accroissement de ses prérogatives.

Le terrorisme d'État pose donc un problème d'ordre éthique puisqu'il met en cause non seulement la relation entre l'État et la société civile, mais aussi la nature des rapports que l'État entretient avec la violenceMax Weber écrit « De nos jours, la relation entre État et violence est tout particulièrement intime », in Le Savant et le politique, éd.10/18, collection sciences humaines, réédition 2002, 220 pages..

Un État terroriste est une entité politique territorialement distincte qui utilise la force et à la violence contre d'autres États ou leurs citoyens avec l'intention d'intimider ou de contraindre à accepter sans réserve son idéologie, et de réaliser ainsi une position dominante dans le monde ou de séjour permanent au pouvoir dans leur propre pays.

vignette|Kourapaty, région forestière à proximité de Minsk, fut le théâtre d'exécutions de masse commises envers la population civile de Biélorussie sur l'ordre de Staline de 1937 à 1941.

Origine

Le terrorisme d'État est à l'origine une variante du terrorisme. Or la notion même de « terrorisme » est issue de l'histoire révolutionnaire française et du régime de la Terreur. Comme le remarque Jean-François GayraudJean-François Gayraud, Le terrorisme, PUF, , 2002, Paris, 127 pages., il y eut d'abord une expérience concrète avant qu'apparaisse le terme. Selon ses mots, il s'agit « d'une vaste machine politique » qui a organisé des assassinats et des exécutions, soutenue par le pouvoir judiciaire puisque le pouvoir politique avait voté des lois d'exception. Par la suite, l'expression « terrorisme d’État » a été forgée dans le cadre de la guerre froide par l'URSS pour désigner l'opération Condor : une stratégie de répression des mouvements insurrectionnels d'extrême-gauche, mise en place par les régimes autoritaires d'Amérique du Sud dans les années 1970. Il s'agissait de dénoncer les pratiques qui consistaient à employer massivement des services secrets ou des groupes paramilitaires pour mener des actions d'assassinat et de torture. La « disparition forcée » fut un des phénomènes marquants de cette période (voir à ce sujet le mouvement de Las madres de la plaza de Mayo en Argentine). Guy Debord est un théoricien majeur du terrorisme d'État. Dans La véritable scission, ouvrage cosigné avec Gianfranco Sanguinetti (lui-même par ailleurs auteur de Du terrorisme et de l'Étatpublié en français en 1980. ) et publié en 1972, il accuse « les services de protection de l'État italien » d'avoir fait exploser en 1969 les bombes de la Piazza Fontana« [...] l'explosion des bombes que les services de protection de l'État italien ont utilisées, en décembre 1969, pour briser ou retarder le mouvement des grèves sauvages qui en venait à ce moment à constituer une menace de subversion immédiate de la société. » La Véritable Scission dans l’Internationale - circulaire publique de l'Internationale Situationniste Arthème Fayard 1998, page 90., principal point de départ des « années de plomb » italiennes. En , dans la Préface à la quatrième édition italienne de « La Société du Spectacle », et à propos de l'assassinat d'Aldo Moro, il admet la possibilité « d’une couche périphérique de petit terrorisme sincère », mais « toléré momentanément, comme un vivier dans lequel on peut toujours pêcher à la commande quelques coupables à montrer sur un plateau »« Dans un tel climat, on constate inévitablement l’élargissement d’une couche périphérique de petit terrorisme sincère, plus ou moins surveillé, et toléré momentanément, comme un vivier dans lequel on peut toujours pêcher à la commande quelques coupables à montrer sur un plateau ; mais la "force de frappe" des interventions centrales n’a pu être composée que de professionnels ; ce que confirme chaque détail de leur style. » Préface à la quatrième édition italienne de « La Société du Spectacle », janvier 1979. . En février-, dans Commentaires sur la société du spectacle, il explique qu'il est dans l'ordre de la logique historique que des terroristes sincères en viennent à se faire manipuler par des services secrets« Certains ne verraient dans le terrorisme rien de plus que quelques évidentes manipulations par des services secrets ; d’autres estimeraient qu’au contraire il ne faut reprocher aux terroristes que leur manque total de sens historique. L’emploi d’un peu de logique historique permettrait de conclure assez vite qu’il n’y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipulés ; et même encore plus facilement que d’autres. Il est aussi plus facile d’amener à "se repentir" quelqu’un à qui l’on peut montrer que l’on savait tout, d’avance, de ce qu’il a cru faire librement » Commentaires sur la société du spectacle chapitre IX, page 34 de l'édition 1988..

Le terme de terrorisme d'État a été utilisé a posteriori pour qualifier des événements historiques plus anciens, notamment par Pierre Grimal en 1953 à propos de la destruction de Carthage par Rome en -146..

Terrorisme d'État et secret d'État Par définition, le terrorisme d'État reste difficile à identifier puisqu'il relève du secret et que la difficulté tient à mettre en relation de façon formelle la perpétration des actes relevant du terrorisme et l'État qui en est le commanditaire. Ceci est compliqué par le rideau qui empêche de faire la distinction entre l'autorité qui a donné l'ordre et celui qui n'est pas au courant. Le concept reste souvent totalement tabou dans le cadre des relations diplomatiques entre deux pays. Dans le traitement médiatique, les journalistes évitent également « par manque d'éléments de preuve » de procéder à une attribution en direction d'un État et préfèrent s'en tenir d'abord à la réserve.

Dans ces conditions, rares sont les affaires où les États sont mis en cause au plus haut niveau de façon flagrante. En 1985, l'attentat du Rainbow Warrior, attribué à l'État français, sera retentissant dans le concert des nations puisque intervenant dans un contexte de paix et ciblant un pays démocratique sur son territoire. Sans comparaison, un autre événement aussi médiatique sera l'attentat de Lockerbie attribué à la Jamahiriya arabe libyenne en 1988 et qui donnera lieu à un processus qui aboutira après à la reconnaissance par la Libye de sa responsabilité. Un processus similaire, conduit par un collectif de victimes, Les Familles du DC10 d'UTALes Familles du DC10 d'UTA, se produira pour l'attentat contre le vol 772 UTA le , pour lequel la Jamahiriya arabe libyenne reconnaîtra aussi sa responsabilité et indemnisera les familles des 170 victimes.

Noam Chomsky écrivait en 1989 que Comprendre le pouvoir, tome 1, Aden, 2005, p. 25.. Elle avait un budget de 50 millions de dollars par an, employait dont environ 500 américains, et resta malgré tout secrète pendant 14 années, de 1961 à 1975. Elle fut révélée en partie par la Commission Church au Sénat américain et .

La notion de terrorisme d'État peut également être utilisée dans le cadre d'une critique politique : c'est le cas pour Noam Chomsky qui considère les États-Unis comme menant une politique étrangère relevant du terrorisme d'État, écrivant notamment : « (...) il faut commencer par reconnaître que dans la majeure partie du monde, les États-Unis sont considérés comme un grand pays terroriste. »Noam Chomsky, 11-9 : autopsie des terrorismes, Serpent à Plumes, 2001, p. 27.. Il s'appuie en particulier sur un jugement rendu par la Cour internationale de justice en 1986 qui a condamné les États-Unis pour « usage illégal de la force » au Nicaragua dans les années 1980Noam Chomsky, op. cit., p. 27-30..

Le thème du « terrorisme d'État américain » a été repris par d'autres commentateurs, comme l'historien Jean-Michel Lacroix, pour qui « on ne saurait oublier que si les États-Unis condamnent [après le 11 Septembre] le terrorisme d'État, c'est après l'avoir appuyé en Indonésie, au Cambodge, en Iran ou en Afrique du Sud » Jean-Michel Lacroix, Histoire des États-Unis, PUF, coll. « Quadrige », 2006, p. 533..

Méthodes de terrorisme d'État Les tribunaux expéditifs, la torture, les explosions terroristes, le kidnapping et les exécutions hors-procès sont cités comme pratiques courantes de terrorisme d'État, souvent utilisées pour terroriser les populations par les régimes souverains ou mandataires.

John Rawlings Rees (1890-1969), psychiatre et directeur du Tavistock Institute of Medical Psychology à Londres en 1932, a développé une théorie de contrôle psychologique des masses fondée sur la formation délibérée de névroses. Selon lui, il était possible d'imposer à une population adulte un état émotionnel comparable à celui d'enfants névrosés John Rawlings Rees,The Shaping of Psychiatry by War, New York, W. W. Norton & Co., 1945..

Kurt Lewin décrit l'impact des stratégies de terreur sur les individus : « L'alternance fréquente entre des mesures disciplinaires sévères et la promesse d'être bien traité, accompagnée d'informations contradictoires, interdit toute compréhension logique de la situation. L'individu ne peut dès lors décider si telle ou telle action va le rapprocher ou au contraire l'éloigner de ses propres objectifs. Dans ces conditions, même les individus les plus déterminés seront démobilisés par des conflits intérieurs qui paralyseront leur capacité d'action muskingum.edu Kurt Lewin, « Time Perspective and Morale » in G. Watson, Civilian Morale, second yearbook of the SPSSL, Houghton Mifflin, Boston, 1942.. »

Les citoyens des nations occidentales sont généralement protégés des procès injustes par des protections constitutionnelles ou législatives et les procédures judiciaires, bien que, par exemple, récemment aux États-Unis, ces protections auraient été écartées dans l'affaire Hamdi v. Rumsfeld en 2004. Les autres nations peuvent avoir des institutions plus faibles et des régimes instables qui permettent aux gouvernements d'avoir une influence plus importante sur le déroulement des procès.

Amnesty International signale qu'en 2003, dans 132 pays la torture a été pratiquée par des membres des forces de sécurité, de la police ou d’autres agents de l’Étatwww.amnesty.org.

Attentats Cinq membres de l'administration iranienne sont formellement accusés par la justice argentine d'avoir commandité en 1994 l'attentat de l'AMIA à Buenos Aires perpétré par le Hezbollah par mesure de rétorsion contre l'Argentine qui n'avait pas rempli les obligations d’un contrat prévoyant un transfert de technologie nucléaire à Téhéran..

Assassinats Les assassinats ou meurtres politiques ont lieu quand des agents de l'État tuent des citoyens jugés comme des menaces, ou pour intimider des communautés. Ils peuvent être réalisés par des militaires, les services de renseignement, les forces de polices ou des milices paramilitaires (type « escadrons de la mort »). Dans ce dernier cas, il peut y avoir des liens étroits entre eux et les forces officielles, avec des participations communes et/ou une absence de poursuites.