thumb|200px|Portrait en buste de Charles Le Brun, l'organisateur de l'Académie royale, sculpté par Antoine Coysevox.
L'Académie royale de peinture et de sculpture est une ancienne institution d'État française chargée de réguler et d'enseigner la peinture et la sculpture en France durant l'Ancien Régime, de 1648 à 1793.
Historique L'acte créant l'Académie royale de peinture et de sculpture date du , jour de la requête au Conseil du roi de (alors enfant) par l'amateur d'art Martin de Charmois (1605-1661), conseiller d'État originaire de Carcassonne, où il possède un cabinet de curiosités remarquable.. Cette institution est ainsi fondée sur mandat royal, sous la régence d'Anne d'Autriche, à l'instigation d'un groupe de peintres et de sculpteurs réunis par Charles Le Brun, qui avait pris la première initiative.
L'Académie est reconnue par lettres patentes en 1665.
Choisissant comme devise Libertas artibus restituta, cette « liberté rendue aux Arts », ils la demandèrent à l'autorité royale, réclamant l'exemption de la tutelle de la corporation des peintres, doreurs, sculpteurs et vitriers de Paris, héritière de la Communauté des peintres et tailleurs d'images du qui avait le monopole de la marchandise des peintures et sculptures, conformément au système de l'organisation des professions de l'Ancien régime . Ils refusaient d'être soumis à des maîtres qui étaient des artisans et des entrepreneurs, souvent successeurs de leur père. Ils voulaient échapper au statut d'artisan et porter la peinture au nombre des arts libéraux ; ..
Ils attribuaient les succès et le prestige de l'art italien à l'existence de l'Académie de Saint-Luc à Rome, où s'enseignaient les beaux-arts. Les fondateurs adoptèrent des statuts prévoyant l'admission au choix des membres sur présentation d'une pièce (le « morceau de réception ») et la permanence d'un enseignement basé sur le dessin de modèle vivant.
L'ambition de l'Académie était de former et rassembler les meilleurs artistes du royaume, dont les plus doués étaient nommés académiciens, un titre prestigieux garantissant protection, notoriété grâce au Salon de l'Académie royale des beaux-arts et commandes d'État.. Parmi les premiers membres, outre Charles Le Brun, figuraient : Philippe de Champaigne, Louis Boullogne, Sébastien Bourdon, Laurent de La Hyre, Eustache Le Sueur, Juste d'Egmont, François Perrier, Gérard van Opstal. Pierre Mignard, membre de la Communauté des peintres et tailleurs d'images, refusa de se joindre à eux.
La Communauté des peintres et sculpteurs de Paris ne manqua pas de réagir, et les premiers temps de l'Académie royale de peinture furent troublés, dans une époque elle aussi agitée par les dissensions de la Fronde (1648-1653). Les deux institutions se trouvaient en rivalité de monopole pour l'enseignement et le marché des tableaux et des sculptures, l'Académie avec le soutien de la Régence et du cardinal Mazarin, la Communauté des maîtres avec celui du Parlement.
En 1655, elle reçut des lettres-patentes du roiGuyot de Fère, Statistique des beaux-arts en France, Paris, 1835, p. 1..
La Fronde se terminant à l'avantage des forces royales, le cardinal Mazarin nomma l'intendant de la Maison et des Bâtiments du roi, Antoine de Ratabon, directeur de l'Académie, assisté de quatre artistes élus recteurs : Le Brun, Jacques Sarrazin, Charles Errard et Sébastien Bourdon.
vignette|260px|Allégorie de la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture (1666)Nicolas LoirVersailles, musée du château
Après la mort du cardinal, en 1661, le président Pierre Séguier devint le protecteur de l'Académie, le ministre Colbert étant vice-protecteur. Le jeune roi commença à exercer son pouvoir personnel, et il réorganisa en 1665 l'Académie royale. Elle avait eu peu de pouvoir jusqu'à ce que Colbert y vît un moyen de mettre les artistes au service et sous le contrôle de l'ÉtatBarbara Hryszko, Principles of the theory of art governing propaganda imagery of the Sun King, „Barok”, XXVII/XXVIII, (47/48), 2017, p. 137-149.. La réforme chargeait l'Académie royale d'assurer l'enseignement de la peinture et de la sculpture à Paris. Le Roi la finançait, distribuant des pensions à ses professeurs. Les artistes qui n'étaient pas membres furent priés d'y présenter leur candidature. Mignard refusa, et resta premier peintre du Roi. Le Brun fut nommé directeur. En 1666 fut créée l'Académie de France à Rome.
À la mort de Le Brun, Pierre Mignard, fut admis, nommé professeur adjoint, professeur, chancelier et recteur dans la même séance du . Les directeurs se succédèrent ensuite, restant en poste en général trois ou quatre ans.
Jacques-Louis David, bien qu'il en fût membre, s'était toujours rebellé contre l'autorité de l'Académie et les privilèges de ses membres, qu'il assimilait, non sans raisons, à ceux des corporations dissoutes par la Convention, comme en son temps Le Brun s'était rebellé contre la corporation des peintres et imagiers. Il déposa une motion à la Convention en . et après un discours à la Convention nationale en , un décret de la Convention pris le supprime « toutes les académies et sociétés littéraires patentées ou dotées par la Nation »Le 8 août, après un rapport sur les Académies et sociétés littéraires par l'Abbé Grégoire(). Discours de David ibid. p. 523-524..
Elle fut remplacée l'année suivante par l'Institut qui fut lui-même remplacé à la Restauration par l'Académie des beaux-arts, et finalement appelé Institut de France.
Lieu L'Académie est d'abord située dans la rue Taînée (aujourd'hui rue Rambuteau), puis dans l'hôtel de Clisson dans la rue des Deux-Boules. Elle déménage au Palais-Royal en 1661 avant de s'installer, en 1692, au Louvre jusqu'à sa fermeture..
Activité L'Académie avait deux fonctions principales : la régulation et l'enseignement de la peinture et de la sculpture.
Organisation L'Académie, à l'instar de l'Ancien Régime et de l'Église catholique, fonctionnait selon un principe hiérarchique. Ce système d'organisation tente de faire coïncider la connaissance avec le pouvoir matériel. L'admission et l'élévation des membres dépend donc, en principe, de la compétence qu'ils ont acquise. Cette compétence était, dans l'Académie, vérifiée par l'opinion des pairs, recueillie par un vote dont la sincérité était garantie par le secret. Ces principes ont souvent cédé à l'influence du pouvoir politique, aux intrigues, aux intérêts des académiciens en place. Ils restèrent, cependant, un idéal inscrit dans les statuts que l'on pouvait utiliser pour justifier des décisions.
L'Académie reconnaissait plusieurs niveaux de compétence artistique. Une fois agréé ( niveau) par la présentation d'un premier ouvrage, l'artiste pouvait être reçu académicien, par l'approbation, dans un délai marqué, d'un ouvrage dont le sujet avait été imposé à l'étape précédente. Le nombre des académiciens n'était pas limité. La carrière académique se poursuivait par l'élection à la responsabilité de professeur-adjoint (huit postes), puis, après un stage dans cette fonction, de professeur. Les douze professeurs avaient, par roulement mensuel, la charge d'ouvrir la leçon quotidienne de dessin de modèle, de placer le modèle et de le mettre en position, et de corriger les élèves.
Les professeurs, et anciens professeurs s'il y en avait, étaient membres du Conseil de l'Académie, chargé de prendre les décisions les plus importantes, sous la surveillance d'un protecteur et d'un vice-protecteur représentant l'État, qui finançait entièrement l'institution, y compris par des pensions versées à certains des membres. L'Académie pouvait aussi recevoir dans son Conseil jusqu'à six connaisseurs qui n'étaient pas artistes.
Initialement, l'Académie élisait quatre recteurs, deux vice-recteurs et un directeur. À partir des statuts colbertiens de 1664, ceux-ci furent nommés par le Roi. Un des recteurs était élu chancelier et chargé des affaires administratives. Le Conseil désignait un secrétaire à vie, chargé des actes officiels et des comptes rendus et un trésorier. Le sceau officiel fut conçu en 1656 par Jean DarmandNatalis Rondot, Les médailleurs et les graveurs de monnaies, jetons et médailles en France, A. Leroux, 1904, — sur Gallica..
Régulation L'Académie était un lieu de réflexion artistique, et les académiciens y élaboraient les règles de l'Art et du bon goût. Le premier traité de peinture composé sinon par elle du moins pour elle et qui influença la conception classique des rapports entre la composition, le dessin et la couleur, est le fait du peintre, disciple de Poussin, et théoricien Charles-Alphonse Du Fresnoy, le De arte graphica ; nouvelle édition et traduction française de Philippe-Joseph Salazar, précédé d'un essai critique sur L'institution de la peinture, Paris, L'Alphée, 1990, 98-121.. Henri Testelin publie en 1680 Sentiments des plus habiles peintres sur la pratique de la peinture et de la sculpture, mis en tables de préceptes avec plusieurs discours académiquesHenri Testelin, Sentiments des plus habiles peintres sur la pratique de la peinture et de la sculpture, mis en tables de préceptes avec plusieurs discours académiques, édition chez l'auteur en 1680, édition chez la veuve Mabre-Cramoisiy en 1696 (lire en ligne). faisant une synthèse des conférences données à l'Académie.
L'académie ayant, à partir de 1665, le monopole de l'enseignement artistique, les théories défendues par ses membres avaient pratiquement force de loi dans le monde de l'art ; mais d'une part son organisation garantissait une certaine pénétration des influences extérieures, et d'autre part, dès que ces théories furent ressenties comme insuffisantes, il se trouva, dans et hors de l'institution, des dissidences.
Il importait aux Académiciens que l'institution regroupât les artistes d'une compétence supérieure, et distingue, en son sein, les meilleurs. Ce principe fondateur s'illustrait dans l'organisation de concours pour les étudiants et aurait dû gouverner les admissions. Cependant, les luttes d'influence et d'orgueils entre artistes et la promotion par la faveur des puissants y eurent aussi leur part, ainsi que l'intolérance religieuse qui excluait les Protestants. On trouve hors de l'Académie des artistes français reconnus par la postérité comme Pierre Puget ou Jean-Honoré Fragonard. Toutefois, dans l'ensemble, les peintres et sculpteurs de l'Académie représentent assez bien l'excellence, telle que conçue de leur temps.
La peinture était divisée en genres hiérarchisés. La peinture d'histoire venait en premier, car elle était censée demander un plus grand effort intellectuel de connaissance, d'interprétation et de composition. Le choix d'un sujet, dans l'histoire sainte et dans la mythologie gréco-romaine, ou bien dans l'histoire ancienne ou moderne était examiné avec la plus grande attention. Le second genre était le portrait, puis les sujets moins « nobles » définissaient la « peinture de genre » (scène de la vie quotidienne). Venaient ensuite les genres dits « d'observation » qu'étaient la peinture de paysage, la peinture animalière et la nature morte. Cette hiérarchie se révélait lors des concours d'entrée où les peintres d'histoire n'étaient tenus de fournir qu'une seule œuvre contre deux pour les autres genres.
D'autres genres furent ajoutés, tels les « fêtes galantes » en l'honneur d'Antoine Watteau, qui ne remirent toutefois pas en cause la hiérarchie.
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