Le Tigre de Java (Panthera tigris sondaica) est une sous-espèce du tigre éteinte qui vivait uniquement sur l'île de Java. De petite taille, il se caractérisait par une robe aux rayures fines et serrées, un museau long et étroit avec des carnassières longues. Très peu de données sont connues sur son comportement.

Chassé par les populations locales, le Tigre de Java a subi la déforestation de son habitat au profit des rizières et de forêts de teck, de café et d'hévéa. La raréfaction de ses deux proies principales, le Cerf rusa (Rusa timorensis) et le sanglier (Sus scrofa), et la modification de son habitat ont entraîné une concurrence avec le Léopard de Java (P. pardus melas), mieux adapté à la chasse des proies de taille petite à moyenne. Cette combinaison de facteurs a conduit à l'extinction de la sous-espèce dans les années 1980.

Sur le plan culturel, le Tigre de Java est un animal à la symbolique forte dans la société javanaise. Il est associé à la royauté, aux forces de la nature, au chamanisme et au culte des ancêtres. Dans toute l'Asie du Sud-Est, le tigre est un animal à âme humaine, pouvant être maléfique, notamment avec la figure du tigre-garou. La sous-espèce était associée à une cérémonie sacrificielle, le .

Description Physique upright=0.8|thumb|left|alt=Chasseur européen posant devant une peau de Tigre de Java.|Le pelage du Tigre de Java se caractérise par de nombreuses et fines rayures. Le Tigre de Java se caractérisait par des rayures longues et fines, légèrement plus nombreuses que celles du Tigre de Sumatra (P. t. sumatrae). Le museau était long et étroit, le notablement étroit et les carnassières longues en comparaison de la taille du crâne. Le diamètre des empreintes était plus grand que celui du Tigre du Bengale (P. t. tigris).

Plus petit que les sous-espèces continentales, le Tigre de Java était un peu plus grand que le Tigre de Bali (P. t. balica) et sa taille approchait celle du Tigre de Sumatra. Le mâle mesurait de longueur totale et il n'existe pas de données pour la femelle. La longueur du crâne était de à pour le mâle et de à pour la femelle. Le poids variait de pour le mâle et de pour la femelle.

La petite taille du Tigre de Java et des tigres des îles de la Sonde en général suit la règle de Bergmann, qui établit une corrélation entre la masse des animaux endothermes et la température extérieure : plus la température est élevée, plus l'animal est léger, ce qui facilite la thermorégulation. Par ailleurs, la taille des proies disponibles à Java, qui sont plus petites que les cervidés et les bovidés d'Asie continentale, est également un facteur limitant la taille des prédateurs. L'influence de l'insularité peut être un des facteurs du du Tigre de Java.

Comportement Le Tigre de Java se nourrissait de Cerfs rusa (Rusa timorensis), de Bantengs (Bos javanicus) et de sangliers (Sus scrofa) et parfois d'oiseaux aquatiques et de reptiles. Il est probable que le Cerf rusa et le sanglier formaient à l'origine ses proies principales. L'analyse des restes de repas dans une tanière et des fèces montre que le Tigre de Java se rabattait également sur des proies plus petites, notamment après la modification de son habitat : macaques, oiseaux, porcs-épics et Civettes des palmiers (Arctogalidia trivirgata) composaient le régime alimentaire. On ne connaît rien de la biologie reproductive et du cycle de vie en général.

Habitat Le Tigre de Java est l'une des trois sous-espèces dont l’aire de répartition est limitée à une île, à savoir l'île de Java. Son habitat est difficile pour un grand prédateur comme le tigre : les pluies sont très abondantes, la biomasse terrestre est faible et l'île se situe en dehors des zones d'habitat des grands cervidés.

Taxonomie Histoire évolutive du tigre thumb|alt=Crâne et mandibule de Panthera zdanskyi|Fossile de Panthera zdanskyi.

La lignée des panthères, les Pantherinae, a divergé il y a 10,8 millions d'années de l'ancêtre commun des Felidae. Panthera palaeosinensis, qui vivait au début du Pliocène, forme la base du clade des Panthera.

Panthera zdanskyi est découvert en 2004 dans le gisement fossile de Longdan dans la province de Gansu en Chine. Ce fossile est daté d'il y a d'années (début du Pléistocène). L'analyse cladistique montre que P. zdanskyi est le taxon frère du tigre et conduit à penser que le berceau du tigre moderne se situe au début du Pléistocène dans le nord-ouest de la Chine. Les plus vieux fossiles de tigre sont des fragments de maxillaires et de mandibules datés du Calabrien (milieu du Pléistocène) et découverts en Chine.

Depuis la Chine, le territoire du tigre se serait ensuite étendu sur les îles de la Sonde puis vers l'Inde. Entre la fin du Pliocène et le début du Pléistocène, le tigre est une espèce très largement distribuée dans l'Asie. Les populations ont cependant fortement varié durant les différentes glaciations du quaternaire. Il y a ans, le tigre frôla l'extinction en raison de l'éruption du volcan Toba à Sumatra, ce qui peut expliquer la faible diversité génétique de l’espèce actuelle.

Sous-espèces

La première description du tigre a été effectuée par Linné en 1758 dans son livre Systema Naturae. Le Tigre de Java est décrit par Temminck en 1844, à partir d'une unique holotype, en même temps que le Tigre de Sibérie (P. t. altaica). Les sous-espèces du tigre étaient traditionnellement définies par la taille du corps, la morphologie du crâne et la couleur et les motifs de la robe. Ainsi, à l'origine, Temminck différencie le Tigre de Sibérie de celui de Java par la longueur de leur fourrure. Toutefois, les premières descriptions des sous-espèces se sont basées sur un très petit nombre d'individus, sans prendre en compte la variabilité morphologique naturelle entre les spécimens d'une même espèce.

Plusieurs modèles tendent à diminuer le nombre de sous-espèces et consistent à séparer les tigres continentaux (Tigres de Sibérie, du Bengale, de Malaisie, de Chine méridionale, d'Indochine et de la Caspienne) des tigres insulaires (Tigres de Java, de Bali et de Sumatra).

En 2006, Mazak et Groves proposent d'élever le Tigre de Sumatra et le Tigre de Java au rang d'espèce (respectivement Panthera sumatrae et Panthera sondaica) selon une étude basée sur les dimensions crâniennes. Le Tigre de Bali est par ailleurs proposé comme une sous-espèce du Tigre de Java (P. s. balica). Le Tigre de Java est cependant plus usuellement considéré comme une sous-espèce du tigre.

Présence à Java en temps préhistoriques Les premiers fossiles de tigre à Java sont datés d'il y a un million d'années. Plusieurs formes se sont succédé : Panthera tigris oxygnatha, P. t. trinilensis puis P. t. soloensis. Une étude de 2004 basée sur l'analyse de trois marqueurs moléculaires de différents a permis d'estimer que le dernier ancêtre commun à toutes les sous-espèces de tigre vivait il y a environ , ce qui est tardif en comparaison des autres félins du genre Panthera.

Les premières traces du Tigre de Java moderne sont datées de avant le présent. Les fossiles sont plus nombreux durant le Mésolithique ( avant le présent), lorsque l'île de Java présentait un habitat plus ouvert que de nos jours. Selon Peter Boomgaard, au Néolithique ( avant le présent), le nombre de tigres à Java aurait probablement diminué en raison de l'accroissement des forêtsLe tigre est un prédateur qui préfère les forêts ouvertes, voire les lisières de forêts. La forêt primaire de Java est un milieu très fermé, plutôt défavorable à l'implantation d'un félin de grande taille. et peut-être de la présence humaine.

Concernant les liens entre le Tigre de Java et celui de Bali, il est possible que les tigres aient pu traverser le bras de mer séparant les deux îles, qui ne mesure que deux kilomètres. De telles traversées sont plausibles, et des témoignages semblent corroborer ce fait, mais n'ont jamais pu être prouvés.

L'extinction

Situation jusqu'au thumb|gauche|alt=Villageois posant devant un tigre mort|Un Tigre de Java abattu à dans la province de Banten en 1941. À la fin du , les tigres sont présents sur la plus grande partie de l'île de Java. En 1822, dans le Java oriental, les tigres sont si nombreux entre Panarukan et Banyuwangi qu'ils représentent un danger pour le bétail. La déforestation au milieu du est engagée lors de la migration interne de milliers de paysans du Java central et de Madura. Les ressources forestières et cynégétiques sont rapidement épuisées par l'être humain : le tigre commence à se rabattre sur le bétail et les hommes.

Le chercheur Peter Boomgaard a inventorié une trentaine d'histoires d'attaques dues à des tigres entre 1633 et 1687 et une quarantaine entre 1812 et 1869Le manque de données du peut être relié à une concentration des témoignages autour de la ville de Batavia (actuellement Jakarta), un manque d'intérêt pour ses histoires et l'indisponibilité du sur cette période.. L'analyse de ces histoires montre que certaines sont plagiées ou enjolivées pour maintenir l'intérêt du public, toutefois, il apparaît que les victimes sont surtout des hommes, travaillant en extérieur, comme les postiers ou les derniers travailleurs sur une ligne de coolies. Vers 1850, les Javanais vivant dans les zones rurales le considèrent comme un fléau. Certains travailleurs refusent d'aller dans les plantations de cannes à sucre, d'hévéa, de tabac ou de café, par peur de se faire attaquer et les voyageurs se déplacent armés pour se prémunir d'une attaque. Le Tigre de Java s'attaque également au bétail, contraignant certains villages très exposés à se barricader ou à être désertés. Les attaques sont plus nombreuses pendant et à la fin de la mousson.

Toutefois, selon Peter Boomgaard, il faut tempérer les témoignages recueillis car le Tigre de Java a également servi de bouc émissaire pour expliquer les disparitions de bétail ou déplacer des populations. Ainsi le cas du tigre de Caringin est une cause célèbre débattue jusqu'au parlement néerlandais : les villageois de Caringin, agriculteurs sur brûlis ont été forcés à quitter leur foyer, soi-disant à cause d'un tigre mangeur-d'hommes, mais plus probablement pour repeupler les rizicultures abandonnées. De même, les travailleurs ont pu utiliser le prétexte de la présence d'un tigre pour stopper leur activité dans les plantations. Il est également fréquent que la locution soit utilisée comme une épithète de nature pour désigner une forêt sauvage et peu peuplée.

Lorsque le Tigre de Java a commencé à entrer dans les villages, son image dans l'imaginaire javanais en est modifiée. En 1822, le gouvernement emploie pour la première fois des chasseurs professionnels contre le Tigre de Java. Il est estimé qu'entre 1830 et 1860, environ sont mis à mort chaque année à Java. Les Tigres de Java sont quant à eux responsables de annuels en 1860 et annuels dans les années 1900.

La déforestation et ses conséquences thumb|alt=Photo en noir et blanc d'une plantation d'hévéa|La déforestation a considérablement réduit l'habitat du Tigre de Java. Ici, une plantation d'Hévéa au début du dans le Java occidental. Au début du , de personnes vivent sur l'île de Java. La production annuelle de riz étant insuffisante pour subsister et nourrir les populations futures, la surface cultivable est accrue de 150 % en quinze ans. Entre 1938 et 1975, la couverture forestière sur l'île passe de 23 % à 8 % tandis que la population javanaise augmente pour atteindre d'habitants. Dès le début du , des forêts de tecks (Tectona grandis), de café et d'hévéa (Hevea brasiliensis) sont plantées dans toute l'île, hormis dans les zones les plus reculées et inaccessibles où les Tigres de Java doivent se retirer. Le Tigre de Java est absent sur une grande partie de l'île à partir des années 1940 : la population est estimée à 200 à .