thumb|Le clocher, vu de l'est.|alt=|250x250px La cathédrale Saint-Gervais et Saint-Protais de Lectoure est le principal édifice religieux de la commune de Lectoure, dans le département du Gers. Elle est dédiée à saint Gervais et saint Protais.
La cathédrale était le siège de l’ancien diocèse de Lectoure (un évêché mentionné depuis 506) jusqu'au , date à laquelle le pape Pie VII a établi la bulle Qui Christi Domini rattachant le territoire du diocèse de Lectoure à celui du diocèse d'Auch.
La cathédrale Sainte-Marie d'Auch est alors devenu la cathédrale de l'archidiocèse d'Auch où siège l'évêque. Depuis 1801, la cathédrale est devenue l'église paroissiale Saint-Gervais et Saint-Protais.
Elle est classée monument historique dès 1897 et la cathédrale a été classée par un arrêté en 1912..
Histoire Origines L’édifice actuel a succédé à plusieurs autres. L’emplacement, sur la partie la plus élevée du plateau lectourois, était déjà un lieu de culte avant l’arrivée des Romains, et ceux-ci y élevèrent des temples, comme en témoignent les nombreux autels tauroboliques découverts lors de la reconstruction du chœur en 1540, tandis que la ville elle-même se construisait dans la plaine. La première église dut être bâtie dans la ville antique, peut-être à l’emplacement de l’actuelle église Saint-Gény, mais on n’en a conservé aucun vestige.
La première église attestée sur l'emplacement actuel était dédiée à saint Thomas. Après la période gallo-romaine, la ville était revenue sur les hauteurs. L’église Saint-Thomas suit le délabrement général de l’environnement ecclésiastique. Un concile réuni à Toulouse en 1118 décide de remettre dans l’abbaye de Saint-Gény des moines « de bonne vie », et de reconstruire une cathédrale.
La cathédrale romane Là encore on ne sait rien de cette construction. Sur un dessin de 1380 du notaire Pey de Mayrès, on voit une tour romane carrée et une flèche ajourée qui peut dater du Le Clocher de Lectoure, notice anonyme, p. 2. Le plan de la nef, encore visible, montre deux larges travées carrées, avec d’énormes piliers quadrangulaires. En comparant ce plan avec ceux de Cahors ou de Souillac, on peut émettre l’hypothèse que la cathédrale de Lectoure était couverte de coupoles, ou du moins que telle était l’intention première des bâtisseurs.
À la fin du , l’évêque Géraud de Monlezun fait édifier des voûtes sur croisées d’ogives. On ne sait pas si les coupoles avaient été construites, ou si le projet a simplement changé. L’évêque de Monlezun fait également édifier le chœur, et un clocher à l’angle Nord-Ouest.
La destruction de 1473 À la suite des démêlés tragiques de Jean V d'Armagnac avec le roi Louis XI, Lectoure est assiégée. Les troupes royales prennent la ville, tuent Jean V, pillent et incendient les maisons. La cathédrale, qui dans la partie Est de la ville fait partie des fortifications et abrite ses derniers défenseurs, est particulièrement exposée : la façade, le clocher, la nef sont en grande partie démolis.
Pendant des mois, Lectoure incendiée, démolie, vidée de ses habitants, est une ville fantôme. Puis Louis XI décide d’aider la reconstruction et la repopulation, en exemptant les habitants d'impôts.
La fin du
Cette fin du est pour Lectoure une véritable résurrection. Des chantiers s'ouvrent partout, dont le moindre n'est pas celui de la cathédrale qu'il faut reconstruire. En 1487, l’évêque Pierre d'Abzac de La Douze fait appel à un maître d’œuvre tourangeau, Mathieu Reguaneau.
Reguaneau refait la nef, la façade, et son chef-d’œuvre, le clocher-donjon (1488), qui, prolongé d’une flèche, avoisine les 90 mètres de hauteur et en fait l'un des plus hauts édifices de l'époque. La date de 1488 marquant le début des travaux est encore visible dans la première chapelle Nord de la nef, sur le linteau de la porte qui donne accès au clocher.
Le L’évêque Jean de Barton décide en 1540 de poursuivre la rénovation de la cathédrale en remplaçant le chœur roman, et en améliorant la nef. Cette vaste entreprise est confiée à l’architecte Arnaud Cazanove. Les chapelles du chœur, de plan carré, ne font pas saillie à l’extérieur et sont reliées par des massifs de maçonnerie triangulaires, constituant un chevet polygonal simple.
Comme dans les églises du Nord, on a doté le chœur d’un déambulatoire. Cazanove construit le haut contrefort Nord, qui n’a pas son pendant au Sud : vestige sans doute d’un projet d’élever une nef plus haute, au moins de la hauteur du chœur. Dans la nef, il divise en deux les grandes travées pour créer deux chapelles dans chacune, et établit au-dessus une galerie haute ou triforium.
Les guerres de Religion En 1561, les partisans de la religion réformée sont maîtres de Lectoure. Ils entreprennent alors de démolir méthodiquement les édifices religieux. La cathédrale, dont la reconstruction n’était pas terminée, voit ses voûtes abattues, le mur Sud presque rasé… L’évêque Guillaume V de Barton s’est réfugié à Auch et le diocèse reste vacant.
Blaise de Monluc, commandant les armées catholiques, met le siège en devant Lectoure. En reprenant la ville, il arrête la démolition de la cathédrale. Mais les troubles ne sont pas pour autant terminés et les travaux ne recommenceront qu’en 1600, après la promulgation de l’édit de Nantes (1598). Pour des raisons d’économie, on ne reprend pas les plans ambitieux de Jean de Barton. L’architecte Bathia termine la reconstruction en apportant ses propres modifications : c’est lui qui place l’énorme arc triomphal qui fait la jonction entre la nef et le chœur.
Du au En 1742, on décide une grande campagne de travaux destinés à reconstruire le chœur, les collatéraux, la charpente et la couverture de la cathédrale. Mais les conflits incessants entre l’évêque et les consuls, la difficulté de réunir les sommes nécessaires, réduisent le projet à quelques réparations au moindre frais. Faute d’engager 145 livres pour des réparations au clocher, on en arrivera à devoir dépenser plus de pour démolir la flèche et l'étage octogonal qui la supportait. Selon la légende (manifestement fausse), la foudre, en tombant sur le clocher, se serait propagée jusqu’aux caves de l’évêque, brisant ses plus précieuses bouteilles.
En comparaison de ce vandalisme officiel, on a pu dire que la Révolution avait fait moins de dégâts : on jette à bas du clocher les 12 statues, représentant les 8 prophètes de l’Ancien Testament et les 4 évangélistes, on martèle les ornements du portail...
Le , l'évêque de Lectoure, monseigneur Paul Robert de Beaufort bénit la première pierre de la voûte du chœur. Une grande procession est organisée et la « pierre est posée sur le premier pilier du cœur du côté du cimetière. » Une foule nombreuse se présente alors à la cathédrale.
En 1745, Dominique de Bastard-Saint-Denis, dit Monsieur de l'Isle, (décédé le ) capitaine d'infanterie, conseiller du roi, président, juge-mage et lieutenant-général civil et criminel du présidial de Lectoure, subdélégué de l'intendant de Béarn, Navarre et d'Auch, y est enterré dans la chapelle Saint-LucGénéalogie de la maison de Bastard, par Jean de Bastard comte d'Estang p. 100. Il est fils de Dominique de Bastard, conseiller du roi, receveur des finances, trésorier général et grand voyer de France, seigneur de Saint-Denis-sur-Garonne, et de Cécile de Lousteau. Il avait épousé le , Marguerite de Lucas.
Aux , peu de modifications majeures : suppression du jubé (1825), relégation du maître-autel classique dans la chapelle axiale, remplacé par un autel néo-gothique en marbre de Carrare (1880). Au début du on détruit la maison greffée sur la base occidentale du clocher. Dorénavant on s’attache à restaurer à l’identique, notamment la façade Ouest dont le calcaire fragile est mis à mal par les intempéries.
Visite Extérieur Le clocher De quelque côté qu'on aborde Lectoure, c'est la silhouette du clocher-tour qui s'impose. Il a été construit d'un seul jet en 1488, par le maître d'œuvre Mathieu Reguaneau, et s'il est accolé à la nef de la cathédrale, il n'en est pas moins architecturalement indépendant (bien que son angle sud-est repose sur l'ancien pilier quadrangulaire de l'église romane primitive). Sa hauteur actuelle est de . Il se compose de cinq niveaux de plan carré et de largeurs décroissantes, ce qui lui donne une silhouette de pyramide tronquée. D'épais contreforts occupent les angles.
Conformément à son rôle défensif, à proximité de la porte Est de la ville, seul point d'accès, la partie basse du clocher ne comporte que peu d'ouvertures et de décoration : celles-ci augmentent aux étages supérieurs. Les grandes fenêtres garnies d'abat-sons comportaient à l'origine un montant central et des arcs polylobés. Les contreforts sont ornés de piédestaux et de dais qui étaient occupés par des statues de prophètes et d'évangélistes, jusqu'à la Révolution. Le troisième et le quatrième niveau sont entourés par des galeries extérieures, entre les contreforts.
Des passages ménagés dans les contreforts permettent d'y circuler. L'horloge se trouve au troisième niveau (qui, de fait, correspond au premier « étage », car il n'y a pas de plancher entre le rez-de-chaussée et le niveau au-dessus). Au-dessus se trouve le beffroi, qui comporte trois cloches. Enfin, la plate-forme supérieure, entourée d'une balustrade de pierre, permet une vue très étendue. À l’angle sud-ouest, un rectangle de fer, jadis peint aux couleurs du drapeau français, aujourd’hui en blanc, fait office de girouette. Une sirène occupe le centre de la plateforme.
On accède aux différents étages du clocher, ainsi qu'à la tribune de l'orgue, aux tribunes de la nef et à l'extrados des voûtes, sous la toiture de la nef, par un escalier à vis placé dans une tourelle extérieure, à l'angle sud-est du clocher.
Jusqu'à la fin du , le clocher se prolongeait par un étage octogonal, entouré d’une balustrade à jour, et qui se reliait aux contreforts d'angle par des pinacles et des arcs-boutants richement ornementés, et une flèche très aiguë dont les faces étaient ornées en écailles de poisson et les angles en files de crochets. Un bouton terminal de près d'un mètre de diamètre, portant une croix de fer, terminait l'ensemble, qui atteignait quatre-vingt-huit mètres de haut.
La tourelle de l’escalier était sommée d’une pyramide hexagonale. Après la démolition de l’étage supérieur et de la flèche, on établit une balustrade et une toiture. Mais peu de temps après, la foudre frappa encore et la haut du clocher fut garni d’une terrasse et d’une nouvelle balustrade du type « lectourois » du , sans rapport avec le reste de l’architecture, qui sont toujours en place. On établit également un chaînage de fer dont les ancres apparaissent sur les faces du clocher. Les meneaux et les croisillons polylobés qui divisaient les baies furent supprimés J. Camoreyt, Notice sur le Clocher de Lectoure, Auch, Cocharaux, 1942.
Le clocher était évidemment un poste d'observation de choix. Un poème en gascon écrit par Darquier, curé de Saint-Clar, contemporain ou successeur de Jean-Géraud d'Astros, relate sur le mode héroï-comique un épisode des guerres de religion, où catholiques et protestants se disputaient la maîtrise de la ville, la Guèrra deus Limacs (la guerre des escargots) : une nuit, du haut du clocher, les guetteurs voient des dizaines de lueurs tremblotantes se déplacer dans la plaine.
Il ne fait pas de doute que ce sont des ennemis qui tentent une attaque-surprise sur la cité endormie. Aussitôt, ils sonnent le tocsin, toute la population se porte en armes sur tous les remparts. On envoie une patrouille en reconnaissance, et il s'avère que les mystérieux ennemis sont de braves gens qui, avec des lanternes, recherchent des escargots, dont les Lectourois étaient très friands, ce qui leur valait le surnom de limacaïres.
La cathédrale