La chaîne de Belledonne, ou massif de Belledonne, est un massif des Alpes françaises dont une partie est proche de Grenoble, constituant une région naturelle française. Le massif est principalement situé dans le département de l’Isère, mais son versant nord-est se trouve en Savoie. Son plus haut sommet, le Grand pic de Belledonne, culmine à .
Toponymie Belledonne s'écrit sans article, contrairement à la plupart des autres massifs, et au singulier ; son étymologie a plusieurs versions.
D'après P.-L. Rousset, il faudrait chercher les origines de la toponymie dans les langues indo-européennes d'Asie centrale ; Belledonne aurait donc une origine préceltique associée aux racines *bel-*, *bal-* et *bol-* signifiant « hauteur », « rocher », « belvédère », avec l'ajout plus tardif de la finale *dūnon* « forteresse, hauteur fortifiée »PL. Rousset, Les Alpes et leurs noms de lieux - 6000 ans d'histoire Arvillard ses lieux-dits, ses légendes..
L'arrivée du latin (« beau ») aurait ensuite qui aurait induit un glissement de sens en faisant perdre la signification première de « rocher élevé » au profit du qualificatif de « beauté ». Il aurait alors fallu expliquer ce qui était « beau », on décida un rapprochement imagé avec donna, la « mère ». Cette version poétique de la mère à l'enfant interprétable depuis le versant est par la relative ressemblance du Grand Pic à une femme ayant à ses côtés un enfant est très souvent évoquée.
Raymond Joffre accrédite cette hypothèse de bella donna, « la belle dame », que les émigrants italiens venant travailler en Oisans en passant par le col du Glandon auraient initiéeRaymond Joffre, La Fabuleuse Histoire de Belledonne, des origines au , éditions de Belledonne. Il légitime cette origine par son caractère récent, ne trouvant trace de ce toponyme qu'à partir du . En effet, en 1414 apparaît « mons frigidus fontis inclusis pratis de Freydana » traduit par « la montagne de la source cachée dans les prés de Freydane ». Freydana est une appellation qui se retrouve versant Grésivaudan en plusieurs lieux (au Moutaret : Frédon, Freydières, Freydon en 1260 ; à Sainte-Agnès : Freydone en 1413 ; à Morêtel-de-Mailles : cabannaria de freyduri en 1260 ; à Chapareillan : Freydière, Freydier), mais jamais dans la vallée de l'Eau d'Olle. Le Pic de Belledonne n'est évoqué que sous l'appellation de Freydane jusqu'au , et uniquement côté ouest. La carte de Bourcet de 1749 entérine le nom de Belledonne pour désigner le point culminant, tandis que celle de Cassini, terminée en 1789, fait une union toponymique en écrivant Roc de Freydane ou de Belledone.
J. Bruno mentionne un mons belli dignarii de 1444, qui désigne la montagne de Bédina, et associe bedina, beldina et belledone. Selon lui, il faudrait remonter à l'ancien beldina / bel done, dont seules les formes anciennes du mot donnent son sens : bel = « obscur » + di du gaulois divos = « sacré » + na du gaulois nantos = « vallée » : c'est « la vallée sacrée »J. Bruno, Le Graisivaudan, toponymie et peuplement d'une vallée des Alpes..
Autre hypothèse trouvant racine dans la langue gauloise : belo signifie « puissant », « imposant » et dunon désigne soit un lieu fortifié, soit une muraille ou un mouvement de terrain assez fort pour constituer un obstacle difficile à vaincre. Le nom Belledonne serait alors issu de belodunon, datant de au moins, dont le sens se serait perdu au fur et à mesure que d'autres langues s'imposèrent.
G. Tuaillon rappelle que les gens du pays ne donnaient pas de noms aux massifs montagneux. Belledonne serait d'abord le nom d'un petit torrent. Ce n'est qu'au que le nom a désigné le massif. Cependant, d'après le dictionnaire de Pilot de Thorey, il n'existe aujourd'hui pas de torrent ayant le nom de Belledonne.
Le sommet du massif portait un nom différent selon le versant : le Roc de Freydone côté Grésivaudan (qui évoluera en orthographe et en lieu, pour être aujourd'hui le col de Freydane) désignait le point culminant, nommé Pic de Belledonne côté Eau d'Olle.
Une autre hypothèse a aussi cours, il s'agit du rapprochement avec la plante Atropâ Belladona, surnommée « Belle Dame » en référence aux romaines de l'Antiquité se servant d'extraits utilisés pour donner du brillant aux yeux ou comme fard.
Vers la Savoie, certains désignent parfois le massif au pluriel en y ajoutant l'article « les », Belledonne semblant évoquer un pluriel à consonance italienne.
Dans la partie centrale de Belledonne, le massif des Sept Laux comprend un ensemble de sommets et de lacs ; il a d'abord été connu sous le nom de « montagne abîmée » en 1622 (parois et vallons donnant sur de profondes vallées), puis de Cælo sur la carte de Tillemon en 1690 : en latin, Cælum-i-o signifie « montagne du ciel » (reflets des lacs ou sommets élevés ?). Ensuite, en 1803, le comte de Barral fit dresser une carte pour figurer dans son contrat de où l'on trouve l'orthographe Ceylau qui, déformée phonétiquement, devint Sept Laux. Ainsi, Laux ne serait pas le pluriel de « lac », d'autant plus que le plateau central de ce massif comporte quatorze lacs nommément désignés, et non sept. Les Sept Laux ne désignent donc pas « les sept lacs »D'après une synthèse d'un document de communication EDF - Pôle Industrie UP Alpes - Groupe d'exploitation hydraulique Vallée de la Maurienne.
Géographie Situation vignette|upright|Carte de la chaîne de Belledonne avec les principaux éléments géographiques.
Le massif s'étend sur de long et de large.
Il est bordé par de profondes vallées, notamment au nord-est avec la Maurienne (Arc) qui la sépare des massifs de la Lauzière et de la Vanoise, au nord par la combe de Savoie (Arc et Isère) qui la sépare du massif des Bauges, à l'ouest du Grésivaudan (Isère) qui le sépare du massif de la Chartreuse, au sud-ouest du Y grenoblois (Drac et Romanche) qui le sépare du massif du Vercors et au sud de la basse vallée du Drac et de l'Oisans (Romanche) qui le sépare du massif du Taillefer. Au sud-est, les vallées de l'Eau d'Olle et des Villards séparées par le col du Glandon, moins profondes que les autres vallées, isolent la chaîne de Belledonne des Grandes Rousses et du massif des Arves. L'extrémité septentrionale du massif est constituée de la colline sur laquelle s'élève le château de Chamousset, son extrémité orientale par celle sur laquelle s'élève le château de Charbonnières, son extrémité méridionale est marquée par la croix du Moutet et son extrémité occidentale est constituée du plateau de Champagnier.
Les sommets enneigés de Belledonne constituent le décor naturel des deux plus grandes villes des Alpes françaises, Grenoble et Chambéry.
Topographie Le massif se compose de trois chaînons principaux. Du sud au nord : le massif de Belledonne, à proprement parler : s'étend (du sud au nord) de la vallée de la Romanche au pas de la Coche ; le point culminant est le Grand pic de Belledonne. le massif des Sept Laux : s'étend (du sud-ouest au nord-est) du pas de la Coche au col de la Croix ; le point culminant est le rocher Blanc. le massif d'Allevard : s'étend (du sud au nord) du col de la Croix à la vallée de l'Arc ; le point culminant est le puy Gris.
Principaux sommets thumb|Le Grand pic de Belledonne (gauche), le pic Central de Belledonne (centre) et la Croix de Belledonne (droite).
Principaux cols vignette|Le col de la Pra.
Véritable barrière naturelle, Belledonne n'est franchie par aucun col routier. Une caractéristique du relief de la chaîne est en effet que les cols sur la crête principale sont proches en altitude des sommets voisins.
Le pas de la Coche, séparant le massif de Belledonne proprement dit du massif des Sept-Laux, est le seul véritable point faible où la crête faîtière (ligne de partage des eaux entre l'Isère à l'ouest, l'Arc et la Romanche à l'est) s'abaisse en dessous de d'altitude.
Les principaux cols de la chaîne de Belledonne sont :
Hydrographie Principaux glaciers
Principaux lacs vignette|Le lac du Grand Doménon. vignette|Lac du Crozet avec vue sur le massif de la Chartreuse.
Géologie Le massif de Belledonne est un massif cristallin externe. Le granite est présent dans certaines zones (vallon de Bourbière), mais on trouve principalement du gneiss amphibolique. Le massif est très travaillé tout au long de l'hiver par des gels et dégels successifs (cryoclastie ou gélifraction). Dans les soubassements du massif, le schiste est dominant.
La chaîne de Belledonne fait partie de l'arc alpin qui prend de l'altitude, à raison d'un millimètre par an en moyenneRaymond Joffre, La fabuleuse histoire de Belledonne, Éd. de Belledonne (2006), p. 32 . Elle se déplace également vers le sud-est à une vitesse relativement élevée de plusieurs centimètres par an. Ce dernier phénomène se manifeste par des éboulements et des glissements de terrain relativement fréquents dans la vallée de la Romanche, lesquels menacent en particulier le secteur des Ruines de Séchilienne.
Faune Outre la faune classique des Alpes (marmotte, chamois, bouquetin, lagopède…), le loup est aussi présent depuis quelques années, principalement dans le massif d'Allevard à cheval entre l'Isère et la Savoie.
Le bouquetin avait totalement disparu de Belledonne. Une vingtaine d'individus d'origine suisse (treize femelles et sept mâles) ont été réintroduits au printemps 1983 au-dessus du barrage de Grand'Maison dans la combe de l'Âne. Au printemps 2002, la population s'élevait à 900 têtes réparties sur l'ensemble du massifPopulation de Belledonne - Bouquetins des Alpes.
L'ours était aussi présent dans le massif. Mais chassé, il en disparut complètement dans les années 1920. Certains toponymes témoignent encore de cette présence passée, comme la cascade de l'Oursière au-dessus d'Uriage ou le Plan de l'Ours dans la vallée du VeytonBelledonne38 - le massif - Faune.
Histoire Très largement utilisé avant l'apparition de l'automobile par les populations locales pour passer d'une vallée à l'autre, voire se rendre en Maurienne par le col du Glandon, le pas de la Coche aurait été utilisé par Hannibal lors de sa traversée des AlpesGeoffroy de Galbert, Hannibal en Gaule, Editions de Belledonne (2006) . Il a failli être traversé par une route. Sous l'impulsion de Joseph Paganon (1880-1937), maintes fois ministre, la D 528 devait relier Laval au Rivier-d'Allemont, mais le projet s'est arrêté à la cote 1336 côté Grésivaudan, alors que côté vallée de l'Eau d'Olle, rien n'avait été encore entreprisPascal Sombardier, Randonnées au cœur des Alpes, Glénat .
Outre les traditionnelles activités pastorales encore présentes, Belledonne a connu une activité minière jusque récemment ; en témoignent certains toponymes (col de la Mine de Fer). Tournant principalement autour de l'exploitation du fer (vallée du Bréda), il y eut aussi des mines d'argent sous la Grande Lance d'Allemont, au lieu-dit des Chalanches. Les mines des Chalanches furent exploitées de 1767 à 1890, d'abord clandestinement, puis légalement à la suite de nombreux accidents. Étienne Favier, premier alpiniste ayant gravi le Grand pic de Belledonne le , y travaillait comme contremaîtreRaymond Joffre, La Fabuleuse Histoire de Belledonne, Éd. de Belledonne (2006), p. 21 . Cette activité minière, grande consommatrice de bois, fut la principale responsable de la déforestation du massif.
Belledonne a aussi été un des berceaux de la houille blanche grâce à Aristide Bergès et à ses papeteries à La Combe-de-Lancey, ou sur la commune de Livet-et-Gavet. En effet, le massif de Belledonne cumule plusieurs facteurs favorables à l'exploitation de l'énergie hydroélectrique : pluviométrie abondante, et présence de neiges persistantes et de glaciers garantissant le débit des torrents à longueur d'année ; versant abrupts permettant des installations hydroélectriques avec une hauteur de chute importante ; proximité de la vallée du Grésivaudan et des agglomérations de Grenoble et Chambéry.
Alpinisme 1859 - Première ascension du Grand pic de Belledonne par Étienne Favier