La rébellion des Turbans jaunes (caractères traditionnels : 黃巾之亂/黃巾起義 ; caractères simplifiés : 黄巾之乱/黄巾起义 ; pinyin : Huáng jīn zhī luàn,Huáng jīn qǐ yì) est une révolte paysanne majeure en Chine, à la fin du . Le soulèvement éclate en 184 sous le règne de l’empereur Han Lingdi lorsque Zhang Jiao, fondateur de la secte taoïste Taiping (, « grande paix »,), soulève une partie de la population chinoise contre la dynastie Han, jugée décadente et corrompue.

Assiégés, les Han lancent un appel à l'aide et ordonnent une campagne contre les Turbans jaunes qui se comptent par centaines de milliers. De puissants et célèbres généraux, tels que Yuan Shao, Cao Cao, Sun Jian et Ma Teng répondent à cet appel. De son côté, le général Lu Zhi recrute des volontaires. Parmi eux, Liu Bei, Guan Yu et Zhang Fei qui, selon l'Histoire des Trois royaumes, se jurent fraternité et s'en vont combattre les Turbans jaunes. Ils viennent en aide au général Dong Zhuo. Les frères de Zhang Jiao, Bao et Liang, sont battus par Cao Cao et Sun Jian.

Bien que la rébellion principale ait été défaite en 185, des poches de résistance restent invaincues et des soulèvements de plus petite ampleur émergent sporadiquement. Ce n’est qu’en 205, après 21 années de révoltes, que les Turbans jaunes sont définitivement vaincus. La rébellion, qui tire son nom de la couleur dans laquelle les rebelles se drapaient, a été particulièrement importante dans l’histoire de la Chine comme dans celle du taoïsme, à cause des collusions nombreuses entre rebelles et sociétés taoïstes secrètes. La révolte sert de cadre d’ouverture au grand classique de la littérature chinoise Les Trois Royaumes.

Ce soulèvement est un des facteurs de la chute des Han.

Causes Une des causes principales de la révolte est la crise agraire qu’affronte alors le nord de la Chine. La famine et les inondations causées par des crues du fleuve Jaune contraignent de nombreux paysans et d’anciens colons militaires à chercher du travail dans le sud. De grands propriétaires exploitent durement cette nouvelle main-d’œuvre. Les paysans ayant réussi à conserver leur terre doivent eux faire face à une augmentation des taxes, destinées à construire des fortifications le long de la route de la soie. En effet, les infiltrations étrangères et les menaces d'invasions obligent le gouvernement Han à déployer de coûteuses garnisons autour de cet axe stratégique. La perte des terres et la pression fiscale insupportable entraîne une population toujours plus nombreuse à former des bandes armées itinérantes, et finalement des armées privées.

Dans le même temps, le gouvernement central des Han est en proie à des troubles internes. Le pouvoir des grands propriétaires est un problème ancien, mais peu avant le début de la révolte, les eunuques de la cour ont gagné une influence considérable sur l’empereur, dont ils abusent pour s’enrichir. Les dix plus puissants eunuques forment un groupe appelé les Dix Eunuques (chinois traditionnel : 十常侍 ; pinyin : shí chángshì), et l’empereur Lingdi se réfère à un d’entre eux, Zhang Rang, comme son « père adoptif ». Le gouvernement est largement considéré comme incapable et corrompu, et les famines et inondations sont vues par le peuple comme une preuve que l’empereur décadent a perdu le mandat du Ciel.

Le mécontentement politique, ainsi que la sécheresse et les fléaux, alimentent le ressentiment de la population contre le gouvernement Han. Des prophètes prétendant être l'incarnation ou le descendant de l'Empereur Jaune ou de Laozi trouvent un écho considérable parmi les paysans. Zhang Jue est le plus populaire de ces messies et sa secte taoïste rayonne dans toute la Chine. Tirant profit de la situation, il met en place un projet de rébellion de grande ampleur. Des conjurateurs parviennent même à infiltrer la cour impériale. Les membres du gouvernement ne prennent aucune mesure contre la secte, soit par ignorance, soit par peur de son pouvoir. Alors que Zhang Jue est sur le point de déclencher un soulèvement dans tout l’Empire, certains de ses sympathisants à Luoyang sont arrêtés et exécutés par les autorités. Craignant la répression des autorités alors qu'elle n'a pas eu le temps de lancer des actions d’envergure, la secte commence son soulèvement en province en avance par rapport au calendrier établi, au deuxième mois de 184. Malgré l’impréparation et le manque de coordination, des dizaines de milliers d’hommes se soulèvent, les bureaux locaux du gouvernement sont saccagés et pillés, et les armées impériales contraintes à se tenir sur la défensive.

Les rebelles

Les fondateurs La rébellion est menée par Zhang Jue (aussi connu sous le nom Jhang Jiao, et appelé par ses disciples « Général des Cieux ») et ses deux frères cadets Zhang Bao (張寶)) et Zhang Liang (張梁), nés dans la commanderie Julu. Les frères ont fondé une secte religieuse taoïste dans la province nommée aujourd’hui Shandong. Ils étaient des guérisseurs, acceptant des patients pro bono qui ne pouvaient pas les payer. Les frères sont témoins des abus du gouvernement contre les paysans, harassés de travail et de taxes.

Secte taoïste Les rebelles sont les premiers fidèles de la Voie de la Paix suprême () et vénèrent la déité Huanglao qui, d’après Zhang Jue, lui a transmis un livre sacré appelé Les clés cruciales de la Voie de la Paix (), basé sur le Taipingjing. Zhang Jue, qu’on croyait alors magicien, se fait appeler le Grand Professeur (). Quand la rébellion est lancée, il crée un slogan de seize mots :

Le Ciel d’azur sont déjà morts ; le Ciel jaune va bientôt s’élever.

Quand l’année est jiazi, prospérité sera faite sous les Cieux !

(蒼天已死,黃天當立。歲在甲子,天下大吉。)

Comme les trois frères sont des guérisseurs, ils répandent rapidement ce slogan parmi les paysans à travers leurs patients.

Pratiques religieuses Zhang Jue se sert d’une forme du taoïsme pour soigner les maladies par la confession des péchés et la guérison par la foi. La religion et les idéaux politiques des frères Zhang sont fondés sur la croyance en un changement apocalyptique de l’ordre du monde. Ils enseignent à leurs fidèles que l’année du jiazi est le commencement d’un nouveau cycle sexagésimal : le ciel deviendra jaune, et sous ces nouveaux cieux le gouvernement de la dynastie Han s’effondrera ; une nouvelle ère politique débutera. Les idéogrammes jiazi (甲子) deviennent un symbole du changement à venir, et plus tard, quand les fidèles de Zhang Jue iront se battre, ils porteront un tissu jaune enserré autour de leur tête. D’où le nom de « Turbans jaunes ».

Presque toutes les pratiques religieuses de la secte sont des activités communautaires, comme des transes collectives ou des banquets. Le service religieux consiste en des chants et de la musique, la combustion d’encens, des sermons et des anecdotes qui peuvent être délivrés à tout membre de la congrégation, y compris les femmes et ceux perçus comme barbares. Certains dirigeants xiongnu comme Yufuluo sont connus pour avoir apporté un soutien à la secte, et Zhang Jue pourrait s’être inspiré de pratiques chamaniques pour son enseignement.

Bien que nombre des croyances initiales de la Voie de la Paix Suprême aient été perdues, il est très probable qu’elles aient des connexions avec l’école des cinq boisseaux de riz, considérant que Zhang Jue prétend descendre de Zhang Deoling. De nombreux écrits des 52 chapitres du Taiping Jing qui nous sont parvenus à travers le Daozang ont un lien avec la Voie des Maîtres célestes, même si on peut penser que les divergences ont été supprimées par les sectes ultérieures.

Les plans de Zhang Jue pour la rébellion Avant le début de la rébellion, Zhang Jue envoie Ma Yuanyi (馬元義) pour recruter des fidèles dans les provinces de Jing et de Yang et les amener à Ye. Comme Ma Yuanyi voyage fréquemment à Luoyang, la capitale impériale des Han, il tisse des contacts avec Feng Xu (封諝) et Xu Feng (徐奉), deux membres de l’influente faction des eunuques de la cour impériale, et les convainc de collaborer en secret avec Zhang Jue. Ils planifient le comme date du début de la rébellion, mais avant qu’ils ne puissent mettre leur plan à exécution, les Turbans jaunes sont trahis. Un des fondateurs du mouvement du Chemin de la Paix, Tang Zhou (唐周), qui avait été écarté de la suite des opérations par les frères Zhang, a dénoncé Ma Yuanyi aux autorités en représailles. Ma Yuanyi est arrêté et exécuté par démembrement à Luoyang.

Après que l’empereur Lingdi a pris connaissance que Zhang Jue préparait une révolte, il ordonne au préfet Zhou Bin (周斌) de mener une enquête et de capturer les conspirateurs. Des centaines de personnes sont alors arrêtées et exécutées.

La rébellion Quand Zhang Jue apprend que le gouvernement Han a découvert ses plans, il envoie rapidement des messagers pour contacter ses soutiens à travers toute la Chine afin de lancer une action sur le moment même. Entre le et le , Zhang Jue lance la rébellion des Turbans jaunes avec environ 360 000 fidèles sous son commandement, tous portants du tissu jaune noué autour de leur tête. Il se fait appeler « Seigneur-Général des Cieux » (), ses frères Zhang Bao et Zhang Liang étant respectivement le « Seigneur-Général de la Terre » () et le « Seigneur-Général des Humains » (). Les rebelles attaquent les bureaux gouvernementaux, pillent les comtés et les villages, et prennent le contrôle des commanderies. En dix jours, la rébellion se propage à travers toute la Chine et inquiète profondément la cour impériale à Luoyang.

Les rebelles se concentrent majoritairement dans les provinces de Ji, Jing, You et Yu. Le groupe mené par Zhang Jue et ses frères est soutenu fortement dans la province de Ji, située au nord du fleuve Jaune, près de la commanderie de Julu, terre natale de Zhang Jue (aujourd’hui Comté de Pingxiang, Hebei), et de la commanderie Wei (aujourd’hui Handan, Hebei). Une seconde révolte d’ampleur éclate dans les commanderies de Guangyang (aujourd’hui Pékin) et de Zhuo (aujourd’hui Zhuozhou, Hebei), dans la province You. Le troisième centre de la rébellion est la commanderie de Yingchuan (autour de l’actuelle Xuchang, Henan) et la commanderie de Runan (autour de l’actuelle Xinyang, Henan) dans la province Yu, et la commanderie de Nanyang (autour de l’actuelle Nanyang, Henan) dans la province Jin septentrionale.

Le , l’empereur Lingdi nomme son beau-frère He Jin, Intendant du Henan (河南尹), général en chef () et lui ordonne de superviser l’armée impériale afin qu’elle écrase la révolte. Au même moment, l’empereur nomme trois généraux (Lu Zhi, Huangfu Song et Zhu Jun) pour mener trois armées séparées afin de négocier avec les rebelles. Lu Zhi se rend dans la Province Ji, où se trouve Zhang Jue, pendant que Huangfu Song et Zhu Jun font route pour la commanderie Yingchuan. Ils ont sous leurs ordres 40 000 hommes.

Province You : commanderies Guangyang et Zhuo Dans la province You (), les rebelles tuent Guo Xun (郭勳), l’Inspecteur provincial, et Liu Wei (劉衛), l’administrateur de la commanderie Guangyang (, actuels Hebei et Pékin).

Zhou Jing dirige les forces impériales, de concert avec Liu Bei qui prend la tête d’un groupe de volontaires afin de l’assister.

Province Yu : commanderies Runan et Yingchuan Quand la rébellion embrase la province Yu (, aujourd'hui Henan), la cour impériale Han choisit Wang Yun pour être l’Inspecteur de la province, chargé de superviser les opérations militaires.

Zhao Qian (趙謙), l’administrateur de la commanderie de Runan, mène ses troupes contre les rebelles avant l’arrivée de Zhu Jun, mais est défait à Shaoling. Quand les Turbans jaunes attaquent le comté de Chen (aujourd’hui comté de Huaiyang, Henan), sept des subordonnés de Zhao Qian sans formation miliaire prennent les armes et se dressent contre les rebelles, mais sont finalement tués. À la fin de la rébellion, l’empereur Lingdi les honore du nom de « Sept Vertueux » ().