La Pie bavarde (Pica pica) est une espèce de passereaux de la famille des Corvidae, et l'une des espèces de corvidés parmi les plus répandues en Europe et dans une grande partie de l'Asie. Les pies peuvent aisément être identifiées grâce à leur morphologie et à leur plumage noir et blanc caractéristique. Il existe 13 sous-espèces de pie bavarde.

Étymologie Le nom scientifique de cet oiseau, Pica pica, signifie en latin « pie », mais aussi bavard, insistant sur les jacassements de l'espèce. Ce caractère bavard de la Pie bavarde se retrouve évidemment aussi dans son nom vernaculaire.

En France et en Belgique, elle est aussi connue sous le nom d'ageasse, ajasse ou agasse (dialectes poitevin-saintongeais et wallon), agache (en picard), ajaça (occitan et limousin) dans le sud-ouest de la France, ou encore d'agace (agaça) en provençalNoms usuels de la pie sur le CRNTL.., Gascogne et Guyenne, des dérivés de « jacasse ». Morphologie thumb|left|Sur cette photo de pie bavarde en vol, on voit nettement l'iridescence bleue et verte sur les ailes et la queue|246x246px

La pie bavarde arbore un plumage noir sur le dessus du corps, au niveau de la tête, de la poitrine et de la partie sous-caudale, et blanc au niveau du ventre, des flancs, des rémiges primaires et à la base des ailes. Le plumage noir montre des reflets métalliques, bleuâtres sur les ailes, violacés sur le corps et la tête, et verdâtres sur la queue, dus à une iridescence des plumes. Le bec est noir, de même que les pattes et l'iris des yeux.

Cet oiseau d'assez grande taille (de 44 à de longueurMacMahon J.A. (1997) Deserts , National Audubon Society Nature Guides, Knopf A.A. Inc, .) est doté d'une longue queue (de 20 à ). L'envergure varie de 52 à et la masse de 190 à . Le mâle est légèrement plus grand que la femelle, mais il n'existe pas de réel dimorphisme sexuel chez cette espèce. La coloration des ailes peut donner une indication de l'âge de l'individu.thumb|Pie bavarde (dessin naturaliste, de Wilhelm von Wright (1810 - 1887))|281x281px

Elle se distingue de la pie orientale Pica serica par un corps moins trapu que celle-ci et une queue plus longue.

Comportement

Locomotion Son vol semble parfois incertain (dit « en festons ») mais en ligne droite ; sa marche est un peu saccadée, avec souvent la queue levée et par succession de petits bonds.

Régime alimentaire thumb|Pie bavarde mangeant une sauterelle.|270x270px thumb|La pie, comme d'autres corvidés fait partie des animaux nécrophages qui contribuent à faire rapidement disparaitre les petits cadavres de l'environnement (ici cadavre de lapin), jouant ainsi un rôle sanitaire important|276x276px La pie bavarde est omnivore : son régime alimentaire peut varierAntonov, A. and Dimitrinka, A. 2003. Small-scale differences in the breeding ecology of urban and rural Magpies Pica pica. - Ornis fennica 80:21-30., mais est essentiellement constitué : d'invertébrés (limaces, insectes…) qui constituent plus de 80 % de l'alimentation des jeunes et des adultes (Balança 1984), et près de 100 % de celle des poussinsBirkhead, T. 1991. The Magpies. - London T&AD Poyser. ; de fruits et graines diverses ; d'œufs (pris dans les nids de passereaux) ; de poussins d'autres oiseaux (2 % du régime alimentaire au printemps/été)Balanca, G. 1984. Diet of a magpie (Pica pica) population. - Gibier Faune Sauvage 3:37- 61. ; détritus d'origine humaine (surtout en ville, où elle a parfois appris à percer les sacs poubelles) ; charognes (ex : animaux écrasés sur les routes) ; petits vertébrés, occasionnellement petits rongeurs (dont des campagnols), lézards : moins de 1 % des proies.

La pie pratique, comme d’autres corvidés, le cleptoparasitisme, en dérobant des proies à d’autres oiseaux et mammifèresUrs Noel Glutz von Blotzheim : Handbuch der Vögel Mitteleuropas. 13/3, Passeriformes. 3. Teil, Corvidae und Sturnidae. Aula, Wiesbaden 1993, ..

La proportion de ces aliments varie selon leur disponibilité dans le territoire de chaque pieAntonov, A. et Atanosova, D. 2002. Nest-site selection in the Magpie Pica pica in a highdensity urban population of Sofia (Bulgaria). - Acta Ornithologica 37:55-65.Holyoak, D. 1968. A comparative study of the food of some British Corvidae. - Bird Study 15:147-153., D. 1968.. Elle mange essentiellement au sol, et des proies animales en été. Une hypothèse est qu'elle pourrait profiter des gazons régulièrement entretenus et des basses strates dégagées des parcs urbains, en bénéficiant de proies plus visibles et accessibles, mais ceci n'est pas confirmé par les études faites en Île-de-France.

Une étude suédoise a démontré qu'un accès à une nourriture plus abondante et plus riche (poisson mis à disposition par les expérimentateurs) avant et lors de la période de reproduction améliorait la santé et le succès de reproduction des individus qui en bénéficiaient (construction plus précoce du nid, ponte plus précoce, œufs plus lourds, meilleur succès d'incubation et nombre plus élevé d'oisillons que chez les pies-témoins ne bénéficiant pas de ces apports). Dans ce cas, les différences entre succès de reproduction semblent pouvoir être attribuées à la prédation (par les corneilles Corvus cornix L).

Par contre le fait d'offrir de la nourriture accessible dans une zone non choisie comme territoire par les pies (dans l'espoir d'induire une réoccupation du site) ne les a pas amenées à venir s'y nourrir. Cette étude a conclu que la pénurie alimentaire semble être (en Suède au moins) le facteur de mortalité le plus important pour cette espèceGoran Hogstedt, Effect of Additional Food on Reproductive Success in the Magpie (Pica pica) ; Journal of Animal Ecology Vol. 50, No. 1 (Feb., 1981), (article consists of 11 pages) Published by: British Ecological Society lien vers l'étude..

On a par ailleurs montré chez la pie que les pontes tardives ou de remplacement d'une couvée ayant échoué produisaient des poussins avec une immunocompétence diminuéeGabriele Sorci, Juan José Soler and Anders Pape Møller, Reduced immunocompetence of nestlings in replacement clutches of the European magpie (Pica pica) ; doi: 10.1098/rspb.1997.0222 Proc. R. Soc. Lond. B 22 November 1997 vol. 264 no. 1388 1593-1598 (Résumé et article complet (PDF))..

Comportement social

Comportement territorial Comme d'autres corvidés, la pie bavarde, de nature grégaire (en particulier l'hiver), est une espèce bruyante et peu farouche qui aime à vivre dans le voisinage de l'hommeJerzak, L. 2001. Synurbanization of the magpie in the Palearctic. - In: Marzluff, J. M., Bowman, R. et Donnelly, R. (eds), Avian ecology and conservation in an urbanizing world. Norwell, Massachusetts, Kluwer Academic, . et semble apprécier, et de plus en plus, nicher près des habitations et dans les espaces verts où elle atteint ses plus fortes densitésBossema, I., 1986. Adaptations to interspecific competition in five corvid species in the Netherlands. - Ardea 74(2):199-210.. Elle semble y trouver des habitats ouverts et faciles à prospecter (pour la nourriture) et peut-être une protection contre les rapaces et autres prédateurs.

Si elle sait être méfiante et discrète en cas de danger, c'est également un oiseau extrêmement curieux.

La pie bavarde n'est pas spécialement attirée par les objets brillants, et elle ne les vole pas. Une étude scientifique parue en 2014 a contredit la réputation de voleuse attachée de longue date à l'oiseauScience. Non, la pie n'est pas voleuse, article de l'Agence France Presse dans Libération le 19 août 2014. Page consultée le 22 août 2023..

La pie est un oiseau très sédentaire, plutôt fidèle à son nid (occupé toute l'année ou à chaque printemps) et très territorial en période nuptiale, mais plus social en période inter-nuptiale, où il est capable de se rassembler en petits groupes et de former la nuit des dortoirs de quelques dizaines à une centaine d'individus. Ces dortoirs, parfois bruyants en début de soirée, contribuent à l'impression d'abondance que donnent les pies. D'une année à l'autre, si des adultes reproducteurs se dispersent, c'est à faible distance (dans le même territoire, ou dans un territoire jouxtant le précédent pour 95 % des pies se déplaçant)Birkhead, T., 1986. Social organization of a population of magpies Pica Pica. - Ardea 74:59-68.. et, selon Eden, ces stratégies de déplacement ne changent pas dans le temps pour une même pie (Eden, 1987). thumb|right|Pie bavarde à Madrid, un milieu urbain. De même, la dispersion des juvéniles est souvent faible (moins de souvent pour les oiseaux facilement observables) : en moyenne à plus de pour les adultes et jusqu'à pour les juvéniles selon une étude anglaise basée sur les reprises de bagues.. Ce sont des distances faibles pour des adultes, mais, pour les juvéniles, comparables aux distances parcourues par ceux d'autres espèces urbaines comme le pigeon ramier et la corneille noire (compétiteur principal, plus grand et plus lourd, qui mange des œufs de pies, et leur vole des branchettes de nids, voire - parfois - tue des pies adultes). Cependant quand les corneilles attaquent les pies, elles dépensent beaucoup d'énergie, et il n'est pas démontré qu'elles ont un impact important sur la démographie des pies.

En milieu urbain, la pie semble encore plus sédentaire : les données récentes de Seine-Saint-Denis ont confirmé le caractère exceptionnel des déplacements de pies entre espaces verts ().

On pourrait penser ou espérer que les excédents de populations urbaines puissent réalimenter les populations rurales, mais les données de baguage et 16 ans de suivi STOC montrent que nonVoir à ce propos la page 99/322 de la thèse de François Chiron citée en bibliographie.. L'hypothèse que des individus ruraux investissent les zones urbanisées demande à être mieux étudiée, mais est parfois contestée ou ne concernerait qu'un nombre d'individus assez faible.

Le territoire d'un couple de pies s'étend sur 1 à 2 hectares en ville, mais peut être chevauché par d'autres territoires de pies, notamment dans les parcs urbains. Il peut atteindre 4 à 5 ha en moyenne dans des habitats plus naturelsG. Baeyens (1981). The roles of the two sexes in territory defence in the Magpie (Pica pica). - Ardea 69:69-82.. Dans tous les cas, cette aire peut être parfois partagée avec d’autres couples ou avec des pies non reproductrices.

Cette territorialité est l'un des facteurs d'autorégulation des populations (Wilson 1975). Dans un parc urbain, les pies adultes qui ne trouvent plus de place pour fonder un couple ne se reproduisent pas. Ainsi, selon l'importance des populations, ce sont de 5 à 60 % des effectifs adultes qui ne participent pas à la reproduction. Ces pies (ainsi que les jeunes de l'année déjà indépendants) ne sont pas occupées à la surveillance du nid et des petits et elles sont bien plus mobiles, pouvant prospecter des zones atteignant 18 ha. Elles peuvent occasionnellement remplacer l'un des membres d'un couple (Newton 1998).

Vocalisations thumb|Écouter les jacassements de la pie bavarde La pie jacasse. Ses vocalisations sont variées, mais toujours un peu nasales et rauques, et parfois un peu gémissantes. Le cri d'alarme est un « tché-tché-tché-tché… » en séries rapides et prolongées ; le cri de conversation est un « tcha-ka ! » ou « tchia-tcha » claquants.

Intelligence Le cerveau des oiseaux commence à être mieux comprisGerd Rehkämper, Heiko D. Frahma, Karl Zilles, Quantitative Development of Brain and Brain Structures in Birds (Galliformes and Passeriformes) Compared to that in Mammals (Insectivores and Primates) (Part 2 of 2) ; Brain, behavior and evolution, Vol. 37, , 1991 (PDF 2035 KB) (Résumé)., et ses performances réévaluées..