La seconde bataille du cap Finisterre est une bataille navale livrée pendant la guerre de Succession d'Autriche. Elle se déroule au large de l'Espagne (et non de la Bretagne comme le laisse entendre à tort son nom). Cette bataille oppose, le , une escadre britannique commandée par Edward Hawke à l'escorte d'un convoi français commandé par Desherbiers de l'Estenduère. C'est le dernier des trois grands affrontements navals opposant la Marine française à la Royal Navy pendant ce conflitLe premier combat étant celui du cap Sicié en 1744 et le second celui de la bataille du cap Ortégal en mai 1747, sur le même lieu que la bataille que nous étudions ici..
Le contexte : la protection des convois pendant la guerre de Succession d'Autriche La guerre, qui a repris entre la France et l'Angleterre en 1744 (guerre de Succession d'Autriche) n'a vu se dérouler sur mer que deux batailles importantes. La première a lieu en 1744 devant Toulon afin de lever le blocus du port — imposé par la flotte de l'amiral Mathews — et d'en dégager une escadre espagnole qui s'y était réfugiée. Après cet affrontement, la Marine française, qui combat avec des effectifs très inférieurs à ceux de la Royal Navy — 51 vaisseaux contre 120 en 1744, sans compter les frégates — a réussi à éviter les grands engagements pour préserver les liaisons avec les possessions coloniales des Antilles, d'Amérique, d'Afrique et des Indes. Les Français ont donné la priorité à l'escorte des convois marchands ou de transports de troupes, organisés par le ministre de la marine, Maurepas. Ces missions ont été remplies avec succès de 1744 à 1747, au point que les chambres de commerce des ports ont adressé des félicitations aux officiers de la Marine de guerre, note l'historien Patrick VilliersDeux convois ont été organisés en mai et septembre 1744. Le 14 mai 1745 Maurepas a publié une ordonnance organisant les convois obligatoires sous peine de 500 l.t (livres tournois) d’amende pour le capitaine. En 1745, trois convois sont partis pour les Antilles (dont un de 123 voiles en septembre) et deux en sont revenus. L’escadre de huit vaisseaux du Bailli de Piosin a protégé l’arrivée à Cadix d’un convoi franco-espagnol de dix millions de piastres. En 1746, deux départs seulement, mais Conflans et Dubois de La Motte ont escorté sans perte 123 et 80 navires. La Galissonnière a ramené six navires de la Compagnie des Indes. En janvier 1747, Dubois de La Motte est rentré avec le convoi des Antilles estimé à 40 millions de l.t, soit deux fois le budget de la Marine ..
La Royal Navy est de son côté empêtrée dans une interminable guerre contre l'Espagne commencée en 1739 et dans un lourd soutien à l'armée britannique engagée aux Pays-Bas autrichiens, ce qui l'oblige à disperser ses escadres un peu partout. Celle de la Manche, entre autres, était très importante, alors que les Français, après les deux échecs de leurs plans d'invasion de l'Angleterre avaient quasiment déserté ces eaux, n'y laissant agir que les corsaires.
La Royal Navy ne prend conscience du succès de la stratégie française qu'en 1746, ce qui suscite une vigoureuse réaction menée par des chefs nouveaux (Anson, Hawke) qui remplacent les vieux amirauxL'expression est de . Il s’agit de Towsend, Davers, Digby Dent ou Fox, lesquels se sont montrés incapables d’intercepter les convois français dans l’Atlantique les années précédentes. Des chefs aujourd’hui oubliés par l’Histoire. . Au même moment, l'Espagne, qui supportait les attaques anglaises sur ses colonies américaines depuis 1739 résistait aussi, la Royal Navy n'ayant réussi qu'à s'emparer de Porto-Bello. La Navy échouait devant Carthagène puis Santiago de Cuba. La marine anglaise des années 1740 « semble rouillée » note .. Ces derniers décident de serrer la côte française au plus près avec une nouvelle escadre, le Western Squadron, chargée de guetter l’arrivée ou le départ des convois (souvent prévenus aussi, par un service d’espionnage renforcé). Cette politique de blocus provoque en 1747 la reprise des grands affrontements navals sur la façade atlantique. Une première bataille a opposé les deux marines au large des côtes espagnoles en . Cet affrontement s'est soldé par la défaite des 6 vaisseaux de La Jonquière et leur capture par les 14 d'Anson, le convoi ayant réussi en partie à s'enfuir.
Les forces en présence : un large avantage à la Royal Navy malgré les efforts français vignette|Samuel Scott - Vice Admiral Sir George Anson's Victory off Cape Finisterre - Google Art Project À Versailles, on tire les leçons qui s’imposent de cet affrontement : la stratégie des convois escortés qui a bien fonctionné pendant presque trois ans est maintenant tenue en échec. Mais est-il possible d’en changer ? Renoncer aux convois escortés serait reconnaitre la suprématie de la Royal Navy devant les ports français, laisser sans protection le commerce colonial et accepter une quasi-rupture des liaisons avec les possessions françaises d’outre-mer. Un abandon bien évidemment impossible. Le Ministre de la Marine décide donc de renforcer l’escorte. Alors que La Jonquière ne disposait que de 6 vaisseaux dont 4 de petit gabarit, on porte la division à 8 vaisseaux dont 4 sont de véritables vaisseaux de force, le Tonnant (80 canons, vaisseau amiral), l’Intrépide (74), le Monarque (74) et le Terrible (74). Ils sont suivis par 4 vaisseaux de moyenne puissance, le Neptune (68 canons)Commandé après la mort du capitaine et du second par le premier lieutenant Louis Billouart de Kerlerec., le Fougueux (64), le Trident (64) et le Severn (56), accompagnés par une frégate, le Castor (26 canons)Composition donnée par . Le Severn est un bâtiment d'origine anglaise capturé en 1746.. Cette force respectable dispose donc de servis par et soldatsComposition des équipages fournie par ., soit 250 canons de plus que n’en avait La Jonquière, sans tenir compte de la frégate qui ne doit normalement pas intervenir dans une bataille navaleRappelons que les frégates sont chargées de l’éclairage des gros vaisseaux, c'est-à-dire faire du renseignement, ainsi que porter les ordres et les dépêches.. L’escorte compte aussi en neuvième position le Content, un navire armé de la Compagnie des Indes porteur de 60 canons. Mais la valeur militaire des navires de la Compagnie est faible. Leur armement ne doit pas faire illusion car leur équipage n'a pas le niveau d'entrainement de celui d'un vaisseau de guerre et il est moins nombreux en raison de la place laissée aux marchandises et aux passagers. L’armement n’est normalement prévu que pour faire face à des corsaires ou des pirates dans les mers du Sud, et éventuellement repousser un concurrent des compagnies adverses, anglaises ou néerlandaisesCe navire n’est d’ailleurs la plupart du temps pas mentionné par les historiens rendant compte du combat..
Cette force est confiée à Henri-François des Herbiers de L'Estenduère (ou Létenduère), un commandant qui a fait ses preuves dans de précédentes missions d'escorteHenri-François Desherbiers, marquis de L'Estenduère (1682-1750) est un valeureux capitaine, qui a fait ses preuves dans de nombreux combats sous Louis et dans de nombreuses missions d’exploration hydrographiques aux Indes et au Canada dans les années 1710–1730. Il est alors un habitué des missions d’escorte .. Il doit assurer la sécurité d’un immense convoi de 252 voiles qui se rassemble autour de l’île d'Aix à destination des Antilles. Un autre officier expérimenté, Conflans, ne cache pas son inquiétude. Dès le , il écrit à Maurepas pour le mettre en garde : « Les ennemis, ne s’occupent plus que du soin de couvrir nos côtes, nous ôtent l’espérance de sauver aucune flotte ni vaisseau de guerre à moins d’un hasard singulier. L’aventure de M. de La Jonquière nous en fournit un triste exemple. Il serait plus avantageux que le commerce risquât moins jusqu’à la paix que d’aventurer tant de biensRapport cité par .. » Tout est dit. Mais peut-on demander à plus de de se mettre à l’abri et de décharger en attendant la conclusion des interminables négociations de paix ? C’est bien sûr impossible, à moins d’accepter d'avance le tollé des armateurs et des chambres de commerce, sans parler d’avoir à encourir le reproche particulièrement déshonorant, au , de couardise… L'avertissement n'est cependant pas vain, puisque Conflans fait lui-même l'expérience de l'efficacité du blocus anglais trois mois plus tard. Le , il est blessé et capturé au large d'Ouessant alors qu'il se rend à Saint-Domingue pour y prendre son poste de gouverneur généralConflans ne gagnera son poste de gouverneur général de Saint-Domingue qu'en 1748, après le traité de paix ..
Côté anglais, le Western Squadron est maintenant commandé par Edward Hawke, qui dispose, comme lors de la bataille du printemps précédent, de 14 vaisseaux. L’escadre s’est vue retirer son navire amiral de 90 canons, mais ce retrait est compensé par la présence de deux vaisseaux de force de 70-74 canons. Elle se compose du HMS Kent (74 canons), du Warspite (70), suivis d'un groupe important de vaisseaux moyens, le (64/66, vaisseau amiral), le Yarmouth (64), le Monmouth (64), le Princess Louisa (60), le Windsor (60), le Lion (60), le Tilbury (60), le (60), le (58), le Eagle (60), le (50) et le Portland (50). Cette force puissante n’est curieusement pas accompagnée de frégates et on ne note la présence que d’une corvette, le Weazel (16)Composition de l'escadre anglaise donnée par .. En laissant de côté la corvette, Hawke dispose de presque 860 canons, servis par et soldatsPour les deux escadres, le nombre total de canons est obtenu par la simple utilisation d’une calculette. Michel Vergé-Franceschi parle d'une escadre anglaise de 20 vaisseaux mais sans fournir de précision et semble nettement se tromper . La composition des équipages est fournie par .. Avec 6 vaisseaux et 300 canons de plus que ce dont dispose L'Estenduère, la supériorité de l’escadre anglaise reste écrasante, même si l’historien anglo-saxon Tunstall fait remarquer que 3 vaisseaux anglais manquent de poudre. Les vaisseaux de Hawke semblent avoir été radoubés récemment : ils ont des coques propres, ce qui leur donne un avantage en vitesse non négligeable par rapport à des adversaires dont les carènes sont incrustées de coquillages et d’algues.
Une bataille acharnée à huit contre quatorze thumb|right|310px|L'Intrépide secourant le Tonnant. La bataille dure plus de sept heures et ne s'achève qu'à la nuit tombante. Elle coûte 6 vaisseaux à la Marine royale. Le , le convoi de 252 navires quitte l’île d'Aix et commence à faire route vers le sud-ouest. L’escorte suit en ligne de front, par vent de travers arrière, sa vitesse réglée sur la navigation plus lente des navires marchands. Le , à 88 lieues au large du cap Finisterre, la frégate le Castor (26) signale des voiles inconnues au nord-ouest sur les arrières des Français. Il est du matin. L'Estenduère, sur le Tonnant (80), pense d’abord qu’il s’agit d’une partie de son propre convoi dont il a été séparé pendant la nuit. Mais on se rend rapidement à l’évidence que c'est une escadre anglaise qui se rapproche. L'Estenduère ordonne au convoi, à la frégate, et au vaisseau de la Compagnie des Indes de poursuivre leur route, puis forme la traditionnelle ligne de bataille pour s’interposer.