Paul d'Astros (Paul Thérèse David d'Astros), né le à Tourves et mort le à Toulouse, est un homme d'Église français, évêque, puis archevêque et cardinal.

Originaire de Provence, prêtre réfractaire, il est à partir d' à la tête du cabinet de son oncle Portalis l'Ancien qui est conseiller d'État chargé des cultes. Il y participe à la mise en œuvre du concordat de 1801. Il est l'un des rédacteurs principaux du Catéchisme impérial instauré en 1806.

Vicaire général de Paris, il s'oppose à la nomination par Napoléon, sans l'accord du Pape, du cardinal Maury à Paris, ce qui lui vaut trois ans d'emprisonnement au secret de 1811 à 1814. Il est le premier supérieur des Bénédictines de la rue Monsieur.

Évêque de Bayonne, puis archevêque de Toulouse, il crée des communautés missionnaires du Sacré-Coeur, ainsi et que des séminaires dont il veille de près à la qualité, défend la liberté d'enseignement. Il s'oppose au protestantisme, ainsi qu'aux du mennaissisme qui sont ensuite condamnées par Grégoire XVI. Il est créé cardinal en 1850, ne l'ayant pas été auparavant du fait de l'opposition de la monarchie de Juillet.

Gallican modéré dans la ligne de Bossuet, il figure parmi les principaux évêques français de son époque. Il mène une vie personnelle ascétique, et est surnommé le à la fin de sa vie.

Biographie

Origine Paul Thérèse David naît à Tourves le 15 octobre 1772, jour de la fête de Thérèse d'Avila et raison pour laquelle il a Thérèse en second prénom. Il est baptisé le lendemain. Il est le fils de Jean François Louis d'Astros (décédé en ), reçu avocat au Parlement de Paris, et notaire royal à Tourves, et de Marie Madeleine Angélique Portalis (décédée en ).

Il est le sixième d'une fratrie de neuf enfants, dont :

Marie Françoise d'Astros (-) décédée à Toulouse en veillant sur la santé de son frère Paul, dont l'archevêque Dominique Castellan est l'arrière petit-fils ; le médecin et écrivain provençal Léon d'Astros, dont il joua le rôle de père de substitution après le décès de leur père.

Il est le neveu par sa mère du juriste, parlementaire et homme d’État provençal Jean Portalis qui fut un des rédacteurs principaux du Code civil.

Formation À l'âge de trois ans (c'est l'usage à l'époque), il est confirmé par Jean-Baptiste de Belloy, alors archevêque de Marseille, dont il sera plus tard le vicaire général à Paris.

À l'âge de huit ans, il reçoit la tonsure cléricale des mains de Jean de Dieu-Raymond de Boisgelin de Cucé, archevêque d'Aix, auquel il est conduit en chaise à porteurs et qui le salue . Il étudie dès au collège du Bon-Pasteur de Marseille tout en se destinant au sacerdoce et y commençant ses cours de théologie.

Il retourne ensuite à Tourves dans la maison familiale (du fait du désordre semé par la constituante ou du décès de son père), poursuit ses études ecclésiastiques, et devient le père de substitution de ses deux jeunes sœurs et de son petit frère Léon. C'est à Tourves qu'il apprend le vote de la Constitution civile du clergé. Il refuse de prêter serment, ce qui oblige sa mère à se retirer à Marseille puis Aix avec toute sa famille (son père étant décédé depuis deux ans) où elle décède en . Revenu à Tourves, il est ensuite réquisitionné pour le siège de Toulon. Il s'y rend mais, sa santé se dégradant, il ne voit pas d'autre option que de déserter au bout de quelque temps.

En , il est arrêté, soupçonné de simple vagabondage, et s'évade la nuit même pour échapper au risque d'un interrogatoire à l'issue incertaine le lendemain.

En , il reçoit à Paris, des mains de Jean-Baptiste-Marie de Maillé de La Tour-Landry, dernier évêque de Saint-Papoul, le sous-diaconat le , et le diaconat le du même mois. A cette époque, il est auxiliaire, avec Jean-Joseph Allemand et d'autres, de l'abbé marseillais Reymonet, prêtre réfractaire. Il cache un autre prêtre réfractaire dans sa maison de Tourves sont il transforme la pièce principale en église.

Prêtre Après accord de son évêque, Jean de Dieu-Raymond de Boisgelin de Cucé, archevêque d'Aix, il est ordonné prêtre le (une vingtaine de jours après le coup d'État du 18 fructidor an V) à Marseille, dans une chambre particulière de la rue Bernard-du-Bois, des mains du dernier évêque de Grasse, François d'Estienne de Saint-Jean de Prunières. Il commence l'exercice de son ministère presbytéral en tant que confesseur dans les diocèses de Marseille, Toulon et Fréjus.

Neveu de Jean Portalis qui le considérait comme un fils et appréciait ses qualités (science et éloquence, droiture et fermeté) ainsi que son tempérament agréable, il participe à à l'application du concordat de 1801 auprès de son oncle qui lui confie la direction de son cabinet dès sa nomination du , après l’avoir eu comme secrétaire particulier (poste auquel Joseph Jauffret le remplacera). D’Astros entre rapidement en relation avec plusieurs membres du clergé parisien et l’élite ecclésiastique souvent sulpicienne se rend a son cabinet (dont les abbés Duval, Frayssinous, Boyer, de Coussergues, et Emery) où il recueille ainsi les aspirations de l’Église gallicane. L’abbé d’Astros est notamment chargé par Portalis de la sélection de l'ensemble des évêques. Selon son biographe Caussette, il aurait plutôt penché du côté du Pape. Malgré son grand succès dans les missions qui lui avaient été confiées, il ne demande rien pour lui et se voit continuer son ministère presbytéral auprès du prédicateur René-Michel Legris-Duval.

L'abbé d'Astros est également membre de l'Assemblée des amis à Paris, probablement issu de celle d'Aix-en-Provence, et ensuite membre de la Congrégation.

Il est nommé le , chanoine à Notre-Dame de Paris.. Le suivant, il reçoit des lettres de grand-vicaire d'honneur écrites de la propre main de Étienne-Alexandre Bernier, évêque d'Orléans, dont il avait été le collaborateur à l'administration des cultes. Il ne néglige pourtant pas l'apostolat et ses efforts convertissent la femme de son cousin germain Joseph-Marie Portalis, initialement luthérienne. vignette|Détail du Sacre de Napoléon de David huile sur toile, 1807, musée du Louvre, dont un dessin préparatoire fait apparaître d'Astros derrière le cardinal de Belloy sur sa gauche. Il est nommé ensuite à la tête de la commission chargée de rédiger le catéchisme de l’Empire en 1803. Le , un décret impérial ordonne l'usage d'un unique Catéchisme impérial, qui aurait été presque intégralement rédigé par l'abbé d'Astros, à l'exception de la leçon sur les devoirs dus envers Napoléon et le gouvernement qui a été rédigée par l’évêque Bernier, Portalis et le cardinal Caprara malgré l’avis défavorable d’Astros et de sa commission.

Début , à , il est nommé grand-vicaire (en remplacement d'Étienne Parfait Martin Maurel de Mons nommé évêque de Mende) par le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, alors âgé de . À la mort du cardinal, en , il est nommé à l’unanimité des suffrages vicaire capitulaire (puis premier vicaire capitulaire en . en remplacement de François Antoine Lejéas nommé évêque de Liège) et administre le diocèse jusqu'à la nomination du nouvel archevêque.

En 1805, il obtient du Pape Pie VII l'instauration du Pardon de Tourves (son village natal) doté d'indulgences plénières, chaque fois que le 3 mai (fête de l'Invention de la Sainte Croix) tombe un dimanche. L'année suivante, il obtient du cardinal de Belloy pour Tourves deux parcelles de la Sainte Couronne d'épines.

À la fin de , lors du demandé par Napoléon à la suite de ses victoires en Espagne, il se fait négativement remarquer de l'Empereur en appelant de ses vœux la paix dans son mandement.

L'Affaire d'Astros vignette|Gravure du cardinal Maury par H. Rousseau et E. Thomas, Album du centenaire, 1889. Après avoir pensé installer son oncle le cardinal Fesch, primat des Gaules, à la tête de l'archevêché de Paris, Napoléon désigne le le cardinal Maury à ce siège sans en avoir reçu, au préalable, la permission du pape ni du nonce apostolique.

Le chanoine d'Astros reçut la copie (par l'intermédiaire du cardinal di Pietro) du bref apostolique daté du , du pape déporté alors à Savone, adressé au cardinal Maury, confirmant la censure qui le frappe et lui enjoignant de renoncer à l'administration de l'archidiocèse de Paris. Le jeune chanoine prend conseil auprès son cousin germain Jean-Étienne-Marie Portalis (fils de son oncle Jean-Étienne-Marie Portalis), qui prévient le préfet de police Pasquier, mais la rumeur de ce bref courait déjà auprès du clergé de Paris.

Un second bref apostolique de censurant le cardinal Maury, datant du et adressé directement au chanoine d'Astros, parvient à la connaissance de l'Empereur. Napoléon, parfaitement informé par Gaspard de Chabrol des échanges entre le Pape et le chanoine d'Astros, assène au jeune chanoine lors de la réception du aux Tuileries :

Au sortir des Tuileries, le cardinal Maury emmène le chanoine d'Astros à l'hôtel du duc de Rovigo où il est interrogé sur ses correspondances avec le Pape. Refusant de démissionner, le chanoine est emprisonné au donjon de Vincennes : Napoléon veut le faire fusiller mais, sur les conseils de son ministre Michel Regnaud de Saint-Jean d'Angély, se ravise et ordonne qu'il soit emprisonné à vie.

En prison, il est soumis pendant dix mois au secret le plus absolu, privé de papier et de livres. Il ne sort de prison qu'à la chute du Premier Empire, en après avoir été transféré de Vincennes au château d'Angers en à cause de l'avancées des troupes ennemies..

Après quelque temps de repos, il redevient vicaire capitulaire de Paris et prend part à la commission nationale instituée par Louis XVIII pour traiter des affaires religieuses. vignette|Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, fondatrice des bénédictines de la rue Monsieur. Durant les Cent-Jours, il émigre en Angleterre à auprès de la famille d'Orléans. Bonaparte, qui, revenu à Paris, s'informe de la situation du chanoine d'Astros, est informé que ce dernier a pris un passeport pour Londres sous le nom de David. Bonaparte écrit à Fouché le 31 mars 1815 pour mettre à l'écart d'Astros, le qualifiant d' et de .. C'est à la suite des relations de l'abbé d'Astros, notamment en Angleterre, avec la princesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé (qu’il avait auparavant rencontrée.), qu'il accepte la fonction de supérieur des bénédictines de la rue Monsieur jusqu'à ce qu'il doive quitter Paris pour rejoindre son évêché. Il désigne l'abbé Denis Frayssinous pour le remplacer dans ses fonctions auprès des bénédictines.

La crise du sacerdoce et de l'Empire a des conséquences durables sur l'abbé d'Astros : initialement très conciliant vis-à-vis du nouvel ordre issu de la Révolution française, il s'affirme après comme l'une des grandes figures du clergé intransigeant.

Évêque À la suite de la restauration des Bourbons, il fait partie (notamment avec Jean-Baptiste de Latil et Étienne Antoine Boulogne) de la Commission chargée de conseiller le roi sur les affaires ecclésiastiques. et est nommé évêque d'Orange par le pape le . Le diocèse n'ayant pas été rétabli, du fait de la non validation du concordat du 11 juin 1817, il est nommé évêque de Saint-Flour et du Puy le . Cependant, l'évêché de Bayonne lui est proposé du fait de son climat plus tempéré qui serait plus favorable à sa santé dégradée par la prison, et son transfert est acté le . Il est sacré évêque à Notre-Dame de Paris le par l'archevêque coadjuteur de Paris Hyacinthe-Louis de Quélen avec comme co-consécrateurs l'archevêque de Reims Jean-Charles de Coucy et l'évêque d'Amiens Marc-Marie de Bombelles.