Les barbituriques sont des molécules appartenant à une famille médicamenteuse agissant comme dépresseurs du système nerveux central, par leur action sur les récepteurs GABA-A. Leur spectre d'activité est large : ils sont utilisés comme sédatifs, pour les anesthésies générales, comme anticonvulsivants, comme myorelaxants, en tant qu'anxiolytiques et comme hypnotiques. Les effets précis dépendent des molécules et ils ne sont ainsi pas tous utilisés dans les mêmes indications.
Tous sont dérivés de l'acide barbiturique et de ses homologues (acide thiobarbiturique, acide iminobarbiturique). Ils sont de nos jours beaucoup moins prescrits en raison de leurs effets indésirables, de leur faible index thérapeutique, du risque d'abus (lié à la forte dépendance qu'ils causent), ainsi que de l'arrivée sur le marché de molécules à l'action comparable, mais aux effets secondaires réduits et à la toxicité limitée (principalement les benzodiazépines et les z-drugs). Ils ont également de nombreuses interactions médicamenteuses, car ils sont de puissants inducteurs enzymatiques.
Ils ont cependant eu historiquement une importance majeure, que ce soit en thérapeutique, en permettant le traitement médicamenteux de l'épilepsie, ou dans la culture générale à cause des nombreux abus et de la dépendance qu'ils engendrent.
En France, en Suisse et en Belgique, le phénobarbital (Gardénal) et la primidone (Mysoline) sont encore indiqués et parfois prescrits, principalement par les neurologues pour leurs propriétés antiépileptiques. Le thiopental est utilisé dans les trois pays pour les anesthésies générales, mais n'est plus privilégié.. Les autres barbituriques n'y sont plus commercialisés.
Origine du nom Il existe plusieurs théories quant à l'origine du mot : la première fait remonter cette origine à la date de la synthèse de l'acide barbiturique par Adolf von Baeyer, soit le , jour de la Sainte-Barbe ; selon une autre version, rapportée par Michel Rosenzweig dans son livre les Drogues dans l'histoire, « barbiturique » viendrait du grec barbitos qui signifie « semblable à la lyre », parce que la molécule de l'acide en question présente la forme de cet instrument. Le suffixe « urique » est naturellement dérivé du mot urée ; Le premier barbiturique commercialisé fut le barbital, ou acide diéthylbarbiturique (nom commercial : Véronal, tiré du fait qu'il fut inventé en 1903 par Hermann Emil Fischer, chimiste allemand travaillant à Vérone). De nombreux dérivés furent par la suite développés, avec des propriétés plus ou moins spécifiques (solution aqueuse d'action rapide pour le thiopental sodique, capsules hypnotiques puissantes pour les pentobarbital et sécobarbital, action longue et progressive pour le phénobarbital) mais un mécanisme d'action toujours similaire. Lorsque l’on dut trouver un nom commercial pour le phénobarbital, breveté en 1911, la technique du laboratoire Rhône-Poulenc pour faciliter son introduction et sa mémorisation tant par les médecins que par le public aurait été de . Le nom commercial Gardénal fut donc inventé et est toujours d'actualitéÉtymologie de Gardénal d'après le Centre national de ressources textuelles et lexicales, citant . Suppl. et Cah. de l'Assoc. internat. des ét. fr., mai 1973, , .. vignette|Formule du barbital (Véronal), premier barbiturique commercialisé, rendu obsolète par ses multiples dérivés. L'acide barbiturique, que l'on obtient par action de l'ester malonique sur l'urée, est également désigné sous le nom de « malonylurée ».
Indications et usages En raison de leurs effets secondaires et de l'existence de produits plus modernes, la prescription des barbituriques est aujourd'hui limitée à quelques produits anticonvulsivants, ou inducteurs d'anesthésie générale et comme anesthésiant vétérinaire. Les produits apparentés comme le thiopental et la primidone sont aussi considérés comme des barbituriques. Ainsi, depuis les années 1970, la plupart des barbituriques ont été remplacés par des benzodiazépines, plus sûres car moins à risques de surdosages.
Antiépileptique En 2026, le phénobarbital (Gardénal/Alepsal) et la primidone (Mysoline) sont toujours indiqués et commercialisés pour leurs propriétés antiépileptiques en France, en Suisse et en Belgique. Les barbituriques ne sont pas efficace dans les absences épileptique et dans les crises myocloniques, qui peuvent parfois être aggravées.
Les barbituriques ayant une activité anticonvulsivante sont ceux portant un substituant de 5-phényle.
La primidone est largement métabolisé en phénobarbital (le reste l'est sous forme de phényléthylmalonamide, ou alors est éliminé directement dans les urines).
Le phénobarbital est commercialisé seul sous le nom de Gardenal, ou combiné avec de la caféine pour limiter la somnolence (Alepsal).
Anxiolytique
Hypnotique
Myorelaxant Leur action sur les récepteurs GABA entraîne une myorelaxation. Elle est généralement relativement mauvaise, notamment par rapport aux benzodiazépines. On préfère donc l'utilisation d'autres myorelaxants, comme le diazépam.
Sédatif Les barbituriques ont été grandement utilisés pour leur effet sédatif en tant qu'agent d'anesthésie. Cet effet est lié à leur effet de dépresseur du système nerveux central par leur activité modulatrice sur les récepteurs GABA-A.
Le thiopental était le principal barbiturique utilisé en anesthésie. Cependant, le propofol, qui possède un profil d'effets indésirables plus favorable..., une utilisation plus aisée. et des effets sédatifs comparable., est de plus en plus préféré. Pour administration à des patients en état de choc, l'étomidate est préférée.. Le thiopental a donc désormais un rôle plus marginal en anesthésie, notamment dû à ses effets dépresseurs sur le myocarde, car il est inotrope négatif, qui induisent des effets vasodilatateur périphérique, tachycardisant et antihypertenseur. Il est déconseillé, à cause de ses effets, en cas d'hypovolémie, d’instabilité hémodynamique, d’insuffisance coronaire ou cardiaque et en cas de traumatisme crânien grave. Il est de plus inutilisable en entretien de l'anesthésie, car il s’accumule rapidement sans être suffisamment éliminé, ce qui complexifie la réversibilité de son action hypnotique en cas de problème. En raison de son effet antiépileptique (commun aux autres barbituriques), il reste cependant l'anesthésiant le plus utilisé pour les patients en état de mal convulsif.
Les autres barbituriques ne sont guères plus utilisés dans cette indication.
Sevrage alcoolique Les barbituriques ont été utilisés dans le sevrage alcoolique, rôle où les benzodiazépines les ont également supplantés.
Leur action d'agoniste envers les récepteurs GABA-A, comme l'alcool, permet de limiter le syndrome de sevrage alcoolique. Ils préviennent donc l'apparition de delirium tremens en cas de sevrage brutal, qui est un syndrome potentiellement mortel.
Euthanasie Ils ont été utilisés, notamment le pentobarbital, pour des euthanasies clandestines en France. Ils ont été le principal instrument d'intoxications médicamenteuses volontaires de leur introduction aux années 1970 et sont toujours utilisés à cet effet, de façon plus marginale, au début du XXIe siècle.
Le thiopental aurait été utilisé pour euthanasier les soldats américains blessés à Pearl Harbor.
Médecine vétérinaire Les barbituriques sont utilisés pour l'euthanasie en médecine vétérinaire. Ils provoquent le décès par hypoxie secondaire à la paralysie des muscles respiratoires qu'ils induisent. Ils agissent aussi sur le système cardio-vasculaire, avec une cardiotoxicité.
Les autres rôles des barbituriques ont été totalement supplantés en médecine vétérinaire, par d'autres classes médicamenteuses.
Pharmacologie et comparaison avec les benzodiazépines
Pharmacodynamie Les deux familles de médicaments ont un canal d'action primaire commun, la modulation positive de la puissance des récepteurs GABA-A. Cependant, leur impact est légèrement différent : là où les BZD augmentent le nombre d'ouvertures du canal ionique Cl−, les barbituriques en augmentent l'amplitude, un moyen d'action qui est moins sujet à un 'effet plafond' en cas de surdosage. Qui plus est les barbituriques peuvent également activer ce canal directement, là où les BZD ne font que renforcer l'action du GABA fabriqué naturellement par le corps. Dans les deux cas cela permet de grandement hyperpolariser le neurone cible et d'inhiber son potentiel de stimulation électrique par les ions positifs, mais pas dans les mêmes proportions.
Les barbituriques sont de surcroit des antagonistes des récepteurs AMPA et inhibent l'action du glutamate. Ils produisent donc la sédation par le biais de plusieurs canaux, ce qui augmente le risque de sédation excessive.
Le potentiel addictif des deux familles (surtout du fait de l'adaptation des récepteurs GABA-A-alpha1, qui induisent la majeure partie de la sédation) est néanmoins comparable; sur cet aspect là ni les BZD ni le zolpidem ou le zopiclone ne présentent un profil vraiment plus sûr et il convient de traiter ces substances avec la même prudence que pour les barbituriques.
On notera aussi que les BZD sont actifs à des doses bien moindres (typiquement moins de par prise contre plus de pour les barbituriques).
Pharmacocinétique Une classification fréquente est la classification par durée d'action des barbituriques:
Très courte durée d'action (<30 minutes): thiopental (d'où son utilisation comme agent d'anesthésie générale). Courte durée d'action (2 heures): heptobarbital, hexobarbital, pentobarbital, sécobarbital, principalement utilisés pour l'induction du sommeil. Durée d'action intermédiaire (3–6 heures): amobarbital, butabarbital, Durée d'action longue (>6 heures): phénobarbital, cyclobarbital
Abus de barbituriques et impact sociétal
L'utilisation des barbituriques fut très répandue dans la première moitié du . Historiquement, et bien que la plupart des patients aient retiré un bénéfice de la prise de barbituriques, la prévalence des toxicomanies, des accidents de sevrage (convulsions parfois mortelles, proche du delirium tremens) et des accidents d'intoxication due à un excès de barbituriques ont conduit l'industrie pharmaceutique au développement de thérapies alternatives (en particulier les benzodiazépines) qui ont fortement restreint l'utilisation des barbituriques.
À dose modérée, ces médicaments entraînent un effet très proche de celui produit par l'intoxication alcoolique (ivresse). Les symptômes principaux sont une perte de la coordination motrice, un discours incohérent, des troubles du jugement. Ces effets ont parfois été recherchés dans une optique récréative, sédative ou pour les suicides. Les profils de dépendance et de sevrage sont très similaires à ceux de l'alcool. En cas de sevrage trop rapide et non compensé par d'autres gabaergique, un syndrome proche du delirium tremens peut apparaître.
Dans le cas d'un abus chronique se développe très rapidement une tolérance aux barbituriques, une dépendance physique et psychologique. La tolérance en particulier entraîne un rétrécissement de la zone comprise entre la dose nécessaire pour obtenir l'effet recherché et la dose mortelle. La dose létale, elle, n'évolue pas avec la tolérance. En conséquence, la dose requise pour obtenir l'effet peut devenir supérieure à la dose létale, entraînant coma et décès en absence de prise en charge médicale urgente.
Les barbituriques ont rapidement pris, dès les années 1920, une place importante dans les tentatives de suicide. Les suicides de Marilyn Monroe en 1962, de Michel Magne en 1984 et de Dalida en 1987 en sont des exemples célèbres.
Impact économique