La bataille de Badr () est un affrontement que la tradition islamique situe entre les villes de La Mecque et de Médine vers 624 (an 2 de l'Hégire) à la suite de l'Hégire, et qui oppose la tribu des Quraysh à Mahomet et ses compagnons (muhâjirûn, ansâr). Selon la tradition, Mahomet et trois cents de ses hommes, voulaient récupérer leurs biens confisqués par les Quraysh.Ceux-ci les ont mis dans une caravane.Mohamed et ses compagnons qui n'étaient que 300, se retrouvent face à une armée d'un millier de Quraysh qu'ils dominent, y voyant le signe d'une intervention divine. La bataille marque le début de l'expansion des premières communautés musulmanes. Cette bataille est la seule explicitement nommée dans le Coran.
Récit traditionnel de la bataille Contexte Vers 622, Mahomet et plusieurs de ses compagnons (muhâjirûn) quittent la ville de La Mecque à la suite des violences qu'ils commencent à y subir de la part de la tribu des Quraysh, et s'installent à Yathrib (actuellement Médine), au cours de l'épisode de l'Hégire (consulté le 22 novembre 2022). Malgré les accords conclus dans la constitution de Médine, les muhâjirûn restent en marge de la vie socioéconomique locale et commencent à s'attaquer aux caravanes faisant du commerce à La Mecque.
Au printemps 624, une caravane quraychite quitte La Mecque pour rejoindre la Syrie comme chaque année, à laquelle s'associe également un convoi à destination de l'Irak.. La caravane qui voyage en ce milieu de mois de Ramadan est donc particulièrement riche, transportant une grande partie des revenus mecquois. Elle est dirigée par l'un des ennemis les plus coriaces de Mahomet, à savoir le Quraychite Abû Sufyân.
Mouvements avant la bataille Les événements commencent lorsque Mahomet ordonne de prendre pour cible la caravane, après qu’il a reçu des informations selon lesquelles Kurz ibn Jabir al-Fihri a volé quelques troupeaux en pâture appartenant aux musulmans. Mahomet prend alors la tête d'un groupe de 70 compagnons, qui poursuivent Kurz ibn Jabir al-Fihri jusqu'à Safouan, dans la banlieue de Badr. Mais celui-ci parvient à leur échapper.. Note : le livre contient une liste des batailles de Mahomet en arabe, la traduction anglaise est disponible ici..
Mahomet rassemble alors une force d'environ issus de La Mecque (muhâjirûn) et de Médine (ansâr)D'après les chroniques de Tabari (), la version la plus exacte avance que le nombre de musulmans est de .. Abû Sufyân réussit à éviter l'affrontement pendant plusieurs jours. Pendant ce temps, Abu Jahl rassemble à La Mecque une force de pour défendre la caravane et éliminer Mahomet qui faisait obstacle au commerce mecquois. De leur côté, les hommes de Mahomet remplissent de sable les puits situés sur la route de la caravane, de façon à attirer l'armée adverse vers la localité de Badr pour combattre.
Bataille thumb|upright=1| Mouvement des troupes quraychite et musulmane. Les deux armées se retrouvent vers la localité de , située entre Médine et La Mecque. Comme cela est la tradition, un combat opposant trois membres de chaque armée a lieu avant l'affrontement.
La bataille tourne à l'avantage de l'armée de Mahomet, malgré leur infériorité numérique face au millier de combattants Quraysh. Elle aurait fait du côté mecquois (dont Abu Jahl) et seulement 14 de l'autre, qui aurait en outre capturé 70 prisonniers.. Ce succès fit beaucoup pour la réputation de Mahomet comme chef de guerre, grâce au butin qu'il rapporta.
Conséquences humaines Morts Lorsque la bataille s’acheva, les corps des Quraychites furent enterrés dans une fosse commune..
Prisonniers Le sort des prisonniers "polythéistes" (selon une définition coranique) fit l'objet de divergences entre les sahaba. Abou Bakr suggéra de les épargner, Omar de les tuer et Abdullah ibn Rawaha de les brûler vifs. Mahomet loua ces trois propositions, voyant dans celle d'Abou Bakr les qualités d'Ibrahim et de ʿĪsā, dans celle d'Omar les qualités de Moussa, et dans celle d'Abdullah ibn Rawaha, les qualités de Nûh. À chaque fois, il cita des passages du Coran pour justifier ces dires. Finalement il décida de favoriser la position d'Abou Bakr : les prisonniers furent traités humainement., et libérés après le paiement d'une rançon ou, pour certains d'entre eux, à condition d'apprendre à dix personnes comment lire et écrire.. ; mais il regretta son choixEn effet, les versets qui suivent sont (Coran 8, 66-67) : ..
Exécution de Oqba ibn Abi Mouait et Nadr ibn al-Harith Deux des prisonniers capturés à Badr, à savoir et le médecin arabe païen , auraient été exécutés sur ordre de Mahomet.
Selon de nombreux témoignages jugés fiables par les musulmans sunnitesNotamment, un certain nombre de récits dans le Sahih de l'imam al-Boukhari et le recueil biographique (Tabaqat Al-Kubra) d’Ibn Sa’d, Oqba ibn Abi Mouait n’a pas été exécuté, mais a été tué lors des combats sur le champ de bataille à Badr et faisait partie des chefs qurayshites dont les cadavres ont été enterrés dans la fosse commune..Al Tabaqat-al-Kubra, Muhammad Ibn Sa'd, Volume 2, , ghazwatul Badr, Darul Ihya'it-Turathil-'Arabi, Beirut, Lebanon, First Edition, (1996).
L'exécution de Nadr ibn al-Harith est également débattue, bien que retenue par Ibn Kathir dans son interprétation (tafsir) du verset 31 de la sourate 8. Des récits mentionnent l'exécution de Nadr par Ali, mais sans chaîne de transmissionDans la sîra d'Ibn Ishaq, rapportée via la version d'Ibn Hichâm, et les Sunan d'al-Bayhaqî.. D'autres textes font état de l’exécution de Nadr ibn al-HarithDans les Sunan d'al-Bayhaqî, dans le Kitab al-Amwal de Hamid ibn Mukhlid ibn Zanjawayh au numéro 418, dans le Kitab al-Marasil d'Abou Dawoud, dans l'Ansab al-Ashraf d'Al-Balâdhurî., mais sont mis en doute car leur chaîne de transmission est « mursal », c'est-à-dire qu'elle ne remonte pas jusqu'à Mahomet ou à ses compagnonsElles s'arrêtent à Ash-Shafî'î, qui vécut plus d'un siècle et demi après Muhammad, ou à Sa'id bin Jubair, qui était un tābi).. D'autres versionsCelle rapportée par At-Tabarani dans al-Awsat au numéro 3892, ou celle d'Abu al-Faraj al-Isfahani dans son Kitab al-Aghani. qui évoquent l'exécution de Nadr ibn al-Harith ont des chaînes de transmissions qui remontent jusqu'aux compagnons du prophète (ibn Abbas, Ali), mais sont parfois considérées inauthentiques par la présence de narrateurs inconnus, ou non fiables. Enfin, certains d'entre eux diffèrent quant à l'identité du bourreau de Nadr ibn al-HarithHamid ibn Mukhlid ibn Zanjawayh rapporte ainsi dans son Kitab al-Amwal, que ce serait Miqdad ibn Amr qui l'aurait mis à mort.. À l'opposé des précédents récits, Ibn Sallâm al-JumahîDans le Tabaqat fuhul ash-Shu'ara. affirme que Nadr ibn al-Harith est mort naturellement, par refus de se nourrir en prison.
À la suite de la mort de Nadr ibn al-Harith, la tradition attribue à sa sœur , poétesse arabe du , un poème évoquant la douleur qu'elle éprouve à la mort de son frère et les liens qu'il a pu avoir avec MahometAprès une exécution capitale : .
Historicité
Depuis les années 1970, un certain nombre de sources jusque là considérées comme historiquement fiables (e.g. hadîths, compilation d'Othman ibn Affan) sont fortement remises en doute.
Importance historique La bataille de Badr marque le passage d'une posture défensive à une posture d'expansion de la part des premières communautés musulmanes. Croyant à l'intervention divine lors de la bataille, les musulmans n'hésitèrent plus à contester la domination de Quraysh, jusqu'à la reddition de La Mecque en 630 après des années de conflits.
Un événement fondateur dans la construction du récit historique islamique L’importance historique du récit de Badr réside autant dans la manière dont il est raconté que dans l’événement lui‑même. Les récits de Badr s’inscrivent dans la culture du khabar : ils combinent exemplarité religieuse, mémoire communautaire et narration, faisant de la bataille un épisode paradigmatique où la victoire est lue comme signe divin et modèle politique plutôt qu’un simple fait militaire. La place de Badr dans les sīra et les maghāzī illustre ainsi la façon dont l’historiographie arabe classique articule histoire, théologie et édification, en mobilisant l’isnād autant comme dispositif d’autorité que comme structuration du récit.
Dans cette historiographie, le récit de Badr occupe une place centrale en tant qu’événement fondateur des débuts de l’islam. Les historiens arabes classiques n’écrivent pas l’histoire comme une simple chronique factuelle, mais comme un récit porteur de sens, destiné à expliquer l’émergence d’une communauté, d’une autorité et d’un ordre moral. Dans cette perspective, Badr est fréquemment présentée comme le premier moment où la communauté musulmane apparaît comme un acteur historique autonome.
Signification politique et communautaire Les récits de Badr jouent un rôle majeur dans la représentation de la consolidation politique de la première communauté musulmane. Les historiens classiques interprètent cette bataille comme un tournant marquant le passage d’un groupe religieux marginal à une entité collective dotée d’une légitimité politique et militaire. Tarif Khalidi montre que l’historiographie arabe classique accorde une importance particulière aux événements qui expliquent la naissance et la légitimation du pouvoir, ce qui permet d’inscrire Badr dans une logique narrative de montée en puissance progressive du Prophète et de ses compagnons.
Dimension religieuse et symbolique
Dans la tradition historiographique musulmane, la bataille de Badr est également investie d’une forte dimension religieuse. Les récits classiques associent cet événement à l’idée d’une intervention divine dans l’histoire humaine, en écho aux passages coraniques qui présentent la victoire comme un secours accordé aux croyants. Cette interprétation confère à Badr un statut exemplaire dans la mémoire musulmane : la bataille n’est pas seulement un succès militaire, mais une démonstration de la validité du message religieux et de la faveur divine accordée à la communauté croyante, en particulier aux combattants de Badr souvent distingués dans les œuvres biographiques.
Badr comme modèle historiographique L’historiographie arabe classique tend à organiser le passé autour de moments fondateurs qui servent de points de référence pour les événements ultérieurs. Dans cette perspective, on peut considérer que la tradition relative à Badr illustre ce schéma : la bataille devient un modèle narratif récurrent, mobilisé pour interpréter d’autres conflits ou crises à la lumière des débuts de l’islam. Cette fonction explicative contribue à renforcer l’importance historique de Badr au‑delà de ses conséquences immédiates.
Que dit la recherche moderne ? Plusieurs historiens modernes distinguent entre les conséquences historiques directes de la bataille de Badr et son rôle dans la construction de la mémoire et du récit historique islamique. Tarif Khalidi met en évidence la fonction exemplaire de tels événements dans l’historiographie arabe classique, tandis que Fred M. Donner souligne leur importance symbolique dans la formation de la première communauté des « croyants ». Dans cette optique, l’importance historique de Badr réside autant dans son rôle dans la formation de la mémoire collective et de l’identité islamique que dans ses effets militaires ou politiques immédiats.
Dans les sources coraniques Dans le Coran La bataille de Badr est l'une des rares batailles explicitement décrites dans le CoranLa bataille est évoquée aux références suivantes : ; ..
Elle est la seule bataille qui y est mentionnée nommément, dans la sourate 3 « Al-Imran », dans le cadre d'une comparaison avec la bataille d'Uhud : ..