Le MV Le Joola, plus communément appelé Joola sans l'article défini qui figurait toutefois sur la coque, était un ferry qui assurait la navette entre la capitale sénégalaise et la région naturelle de Casamance. Il sombra le , en causant un total de et disparus selon le bilan officiel. Les associations de familles de victimes évaluent le nombre de morts à plus de , soit dans tous les cas davantage que lors du naufrage du Titanic (), ce qui en fait l'un des naufrages les plus meurtriers de l'histoire en temps de paix à ce jourLe naufrage du Doña Paz, en 1987 aux Philippines, aurait fait entre et .. Il n'y a eu que . Le Joola était conçu pour transporter ..
Caractéristiques techniques Le Joola était un ferry de 76,5 mètres de long sur 12,5 mètres de large, de , équipé de deux moteurs de , lancé en Allemagne de l'Ouest en 1990. Il effectuait, avec un équipage de , la liaison Dakar - Karabane - Ziguinchor : il reliait la Casamance, province isolée, au reste du Sénégal en évitant de transiter par la Gambie. Il effectuait deux liaisons par semaine à partir de la capitale, les mardis et vendredis aux alentours de , et deux autres à partir de Ziguinchor, les jeudis et dimanches vers . Le voyage durait Collectif, Guide du routard, « Sénégal-Gambie », 2002, Paris, Hachette, 2002, ..
Le naufrage Le , peu avant (heure locale), le Joola, surchargé par plus de trois fois le nombre normal de passagers, chavire et se retourne en moins de , au large de la Gambie, à environ de la côte. Seuls deux canots pneumatiques de sauvetage peuvent être utilisés plusieurs heures après le début du naufrage. Certains passagers se réfugient sur la coque du navire retourné, mais l'immense majorité reste piégée à l'intérieur du navire ou se noie. Les pêcheurs présents dans les parages interviennent le lendemain matin au lever du jour. Les secours officiels n'arrivent que le lendemain du naufrage en fin d'après-midi..
Les poursuites judiciaires En 2003, la justice sénégalaise classe le dossier, concluant à la seule responsabilité du capitaine du navire, disparu dans le naufrage.. Le gouvernement sénégalais indemnise les familles des victimes d'une somme de . Des responsables officiels sont licenciés, sans être poursuivis. Le rapport officiel d'enquête est publié le Commission d'enquête technique sur les causes du naufrage du "JOOLA", Rapport d'enquête, 04/11/2002..
En , une information judiciaire est ouverte en France pour homicides involontaires par violations délibérées des règles de navigation, de prudence et de sécurité, blessures involontaires par violation délibérée des règles de prudence ou de sécurité, et non-assistance à personne en péril, à la suite d’une plainte de familles de victimes, parmi lesquelles figure le seul rescapé français, Patrice Auvray. En est rendue une ordonnance de non-lieu par les juges d'instruction du tribunal d'Évry, au motif de l'existence de dispositions internationales applicables à ce naufrage, qui les empêchent d’engager des poursuites en France contre sept responsables sénégalais civils et militaires. L'ordonnance est confirmée par la cour d’appel en 2016, les juges constatant l’existence de charges suffisantes contre ces sept hommes, protégés toutefois par une « immunité de juridiction » qui leur permet d’échapper à la compétence des tribunaux français. Le , la Cour de cassation valide cette analyse.
Analyses et récits Selon Alain Verschatse, président de l’Association des familles des victimes du Joola en France, il y a eu : la surcharge en passagers du navire, l'incurie et la panique au moment du sauvetage et le déni de justice...
Dans son livre Les Disparus du Joola (2020), Adrien Absolu revient sur la catastrophe en suivant notamment le parcours d'un jeune Français originaire du Morvan, et en analysant la chaîne de responsabilités au Sénégal : incompétence, corruption, existence d'une billetterie clandestine parallèle, retrait du permis de navigation, vétusté du matériel de sauvetage à bord, dysfonctionnements divers sur le navire, lenteur des secours…
Un autre roman, Un tombeau pour Kinne Gaajo (écrit en wolof puis traduit en français par l’auteur) de Boubacar Boris Diop, base l’histoire sur le naufrage du Joola, mettant en scène une victime (Kinne Gaajo) qui représente en quelque sorte le Sénégal dans toutes ses nuances..
Rétablissement de la ligne Du fait de l'importance du trafic entre Dakar et Ziguinchor, le manque d'infrastructure constituait une entrave à la bonne marche de l'économie sénégalaise. Après plus de trois ans d'interruption, la liaison maritime Dakar-Ziguinchor reprend le avec un nouveau navire, le Wilis, géré par un équipage de Marocains, puis, depuis , avec l’Aline Sitoé Diatta.
Commémoration Un monument aux morts commémore la tragédie à Ziguinchor dans un parc au bord du fleuve, et le le Premier ministre y inaugure un mémorial..
Bibliographie Nassardine Aidara, Aux victimes du bateau Le Joola. L'hommage d'un père, Dakar, Imprimerie Saint-Paul, 2003, 142 p. Bruno Parizot, Le Joola, le naufrage de la honte !, 2004, AAPédition, 146 p. Philippe Bernard, « Joola : un juge français met en cause des ex-ministres sénégalais », Le Monde, Patrice Auvray, Souviens-toi du Joola. Témoignage d'un rescapé en mémoire des 2000 victimes abandonnées, éd Globophile, 2012 Nassardine Aïdara, Le Joola, an IV. Le régime de l'alternance et le naufrage du Joola, Dakar 2006 Berhault-Legrand Françoise, Travail de deuil, actes thérapeutiques chez les Diola à la suite du naufrage du bateau le « Joola », Paris, Paris VIII 2003 Bouaré Mady Marie, L'Affaire H. Habré et l'Affaire du Joola : Une justice pénale controversée ? Paris, L'harmattan 2011 Travail collectif présidé par M. Seydou Madani Sy, Commission d'enquête technique sur les causes du naufrage du bateau le Joola, Rapport d'enquête. Dakar, le Dasylva Eusébio, Le Joola, la mémoire contre l'oubli, Ziguinchor, 2005 Ndaw Ibrahima, Une fleur dans la mer, ou le naufrage du bateau le « Joola », Gaitersburg éditions Phénix, 2011 Panos IPAO, Le Naufrage du Joola. Responsabilité citoyenne des médias sénégalais ? Dakar IPAO 2003 Panos IPAO, Le Naufrage du Joola. Médias et société civile face au drame, Dakar IPAO 2004 Sall Babacar, Sel de mer. Poèmes pour les naufragés et les rescapés du « Joola », Paris, L'Harmattan 2003 Thomas Jean-Raymond, Tricot Michel, Naufrage du transbordeur sénégalais le « Joola ». Rapport d'expertise pour le tribunal de grande instance d'Évry. 2008 Verschatse Alain, Le Joola, une affaire d'État, Le Croquant, Lyon, 2004 Wane Almamy Mamadou, Le Sénégal entre deux naufrages, le Joola et l'alternance, Paris, L'harmattan, 2003 Ndaw Ibrahima, L'Espoir immergé, Poèmes en hommage aux victimes du Joola, Dakar, Athena.édif, 2014 Patrice Auvray, L'Au-delà Casamance, Poèmes aux oubliés du Joola, Dakar, Athena.édif, 2014
Fatou Diome, Les Veilleurs de Sangomar, Albin Michel, 2019 (roman). Adrien Absolu, Les Disparus du Joola, Lattès, 2020 (enquête). Stefano Boroni, « Que la mer vous soit légère, la vraie fable du bateau Joola », L’Harmattan BD, 2023 (BD)
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Accident aérien de Cap Skirring , dont le naufrage pourrait avoir été plus meurtrier Transport au Sénégal Liste de naufrages
Liens externes
Luis Jar Torre, « Una masacre africana, el naufragio del Joola », in Revista general de marina, novembre 2003. Site des familles des victimes européennes du naufrage Association M. MARTIN disparu du Joola Souvenons-nous du Joola, le webdocumentaire, par Alain Devalpo Les deux naufrages du Joola, Affaires sensibles, France Inter,
Catégorie:Histoire du Sénégal Catégorie:Ferry Catégorie:Catastrophe maritime en 2002 Catégorie:Bateau sénégalais Catégorie:Nom de bateau Catégorie:Bateau lancé en 1990 Catégorie:Navire construit en Allemagne Catégorie:Navire coulé en 2002